Vous aimez les langues ? Vous aimez jouer avec les mots, rigoler, refaire le monde ? Délires de linguiste est fait pour vous ! Bienvenus sur le blog de Jean O'Creisren !
La guerre en Ukraine fait rage depuis maintenant plus de trois ans. À l’heure où je vous écris, les grands de ce monde se défient et négocient, ce qui peut déboucher soit sur une sortie de ce conflit régional soit sur une Troisième Guerre mondiale. Peut ceux d’entre vous qui croient en Dieu, je vous invite à prier avec moi pour la paix.
À l’approche de la fête de Noël 2024, la Commission des Épiscopats de la Communauté européenne (COMECE) a adressé un message de solidarité au peuple ukrainien et aux responsables des différentes confessions chrétiennes dans le pays.
Par la présente, je certifie avoir informé par écrit cette institution que j’avais publié sur ce blog la traduction ci-après. Je m’engage à supprimer cet article si la COMECE me le demande. En outre, je précise que ladite traduction n’engage en rien la responsabilité de la COMECE, mais uniquement la mienne. Seule la version originale en anglais fait foi.
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture et vous invite à être artisans de paix, par vos paroles, vos actes et vos prières. 🕊
La COMECE envoie une lettre de solidarité au peuple ukrainien
Une église orthodoxe en Ukraine endommagée par une attaque militaire russe (Photo : Shutterstock/Baranov Oleksandr)
La Commission des Épiscopats de la Communauté européenne (COMECE) a réaffirmé sa solidarité à l’égard du peuple d’Ukraine dans une lettre adressée au Conseil ukrainien des Églises et organisations religieuses, le lundi 2 décembre 2024.
Signée par le Président de la COMECE, S. E. Mgr Mariano Crociata, la lettre exprime le soutien et la compassion constants des évêques de l’UE à l’égard de l’Ukraine, au milieu de ses souffrances continues causées par l’agression à grande échelle de la part de la Russie.
Ce message reconnaît l’immense souffrance endurée par le peuple ukrainien pendant plus de 1 000 jours de conflit. La COMECE souligne que la destruction généralisée, le déplacement de millions de personnes et la perte d’innombrables vies humaines a ouvert des plaies profondes en Ukraine.
Mgr Crociata fait observer que cette douleur est partagée par des communautés de toutes les religions et à travers l’ensemble des nations. Dans cette lettre, la COMECE assure au peuple ukrainien que les évêques de l’Union européenne restent unis dans la prière, particulièrement durant les mois d’hiver rigoureux et au milieu de l’incertitude géopolitique.
Les prélats de l’UE expriment l’espoir que personne ne se sentira abandonné et prient pour que tous ceux qui souffrent à cause de la guerre aient accès à la chaleur et à un toit.
En outre, la COMECE appelle les dirigeants politiques en Europe et au-delà à agir avec sagesse, intégrité et discernement, en vue d’une paix juste et durable.
Alors que Noël approche, cette lettre offre un message d’espérance inspiré par la naissance de Jésus-Christ. La COMECE souligne la pertinence immuable des enseignements du « Prince de la Paix », qui dépasse toutes les frontières et encourage la solidarité ainsi que la fraternité humaine, notamment pendant les périodes d’épreuve.
Cette missive fait suite à une série d’initiatives de solidarité et de plaidoyer prises par la COMECE en soutien au peuple d’Ukraine depuis l’agression à grande échelle par la Russie en 2022.
Aux chers représentants et membres du Conseil ukrainien des Églises etorganisations religieuses
Bruxelles, le 2 décembre 2024
Chers frères et sœurs,
Au nom de la Commission des Épiscopats de la Communauté européenne (COMECE), je souhaite exprimer nos sincères et permanentes solidarité et proximité aux membres du Conseil ukrainien des Églises et organisations religieuses, ainsi qu’à tout le peuple souffrant d’Ukraine. L’esprit de compassion et de soutien envers votre pays martyrisé et sa population a été profondément ressenti lors des prières et discussions qui se sont tenues au cours de la récente Assemblée plénière d’automne de la COMECE.
Depuis maintenant plus de 1 000 jours, en conséquence de l’agression militaire à grande échelle opérée par la Russie, vous endurez d’immenses épreuves et souffrances. La destruction a atteint des niveaux accablants, forçant des millions de personnes à quitter leur foyer et réclamant trop de vies humaines, celles de civils comme celles de défenseurs de votre patrie. Les blessures de ce conflit, la souffrance et la dévastation sont profondément ressenties non seulement aux quatre coins de votre pays, mais aussi au-delà de ses frontières, indépendamment des religions et confessions.
En ces temps difficiles et incertains, plus particulièrement au moment où l’hiver s’installe et où le paysage géopolitique reste tendu du fait de l’instabilité, nous souhaitons vous assurer que les Évêques de l’UE restent unis dans la prière en faveur du peuple ukrainien et d’une paix juste et durable. Au milieu du froid et de la peur que vivent actuellement beaucoup de nos frères et sœurs, nous prions pour que personne ne se sente abandonné. Puissent tous ceux qui souffrent des conséquences de la guerre trouver de la chaleur, un toit et un accueil. Nous prions également pour ceux qui assument des responsabilités politiques en Europe et dans le monde, afin que leurs décisions soient guidées par les vertus de sagesse, d’intégrité et de discernement, au service de la justice et de la paix.
Pour les chrétiens, l’approche de la Fête de Noël, la naissance de Jésus-Christ, offre une lueur d’espérance. En ces temps d’obscurité, nous souhaitons partager avec tout le peuple souffrant d’Ukraine le message du « Prince de la Paix », qui transcende toutes les frontières et nous invite à embrasser la solidarité ainsi que la fraternité humaine dans nos cœurs et dans nos actes.
Fraternellement vôtre,
+Mariano Crociata
Président de la COMECE
Les deux textes ci-dessus ont été traduits de l’anglais par Jean O’Creisren.
En politique, nous le voyons bien, la situation est parfois compliquée et tendue. Les gouvernants qui marquent l’histoire d’un pays ont généralement dû faire face à ses crises majeures. Lorsqu’il arrive en Espagne, à l’âge de 16 ans, le jeune Charles de Habsbourg, Charles Ier de Castille et d’Aragon, qui deviendra Charles Quint du Saint-Empire romain germanique, suscite l’incompréhension et l’impopularité, au point qu’une partie des Castillans se révolte contre son autorité. Ce mouvement connu comme celui des Comunidades fait couler beaucoup d’encre encore aujourd’hui et peut nous éclairer sur les crises politiques que nos pays peuvent traverser de temps à autre.
Lors de cet exposé chronologique de cette insurrection, nous tenterons de répondre à la question suivante : Pourquoi et comment s’est déroulée la guerre civile ouverte par le mouvement comunero en Castille et quelles ont été ses conséquences politiques dans l’Espagne de la première moitié du XVIe siècle ?
Il convient tout d’abord d’élucider les causes de l’éclatement du conflit. Nous verrons ensuite les différentes péripéties de ce dernier, puis nous tirerons les leçons de la victoire finale du camp royaliste.
Bas Moyen Âge et début de la Renaissance : les racines d’une crise multifactorielle
Après un Moyen Âge marqué par une fragmentation politique et la reconquête progressive de la péninsule par les royaumes chrétiens aux dépens des États hispano-musulmans, la dynastie des Trastamare s’imposa en Castille et en Aragon. Les héritiers des deux branches, Isabelle et Ferdinand, se marièrent en 1469 et conquirent en janvier 1492 le royaume de Grenade. Ainsi, ils mettaient fin à près de huit siècles de présence musulmane dans la péninsule Ibérique. Moins d’un an plus tard, le marin Christophe Colomb allait prendre possession de terres jusqu’alors inconnues au nom des Couronnes des Espagnes. En raison de leur défense de la foi chrétienne, le pape Alexandre VI leur octroya le surnom de « Rois catholiques ». Cela inclut des épisodes glorieux, comme la volonté de la reine Isabelle que les autochtones du continent américain fussent évangélisés et en aucun cas réduits en esclavage (ce qui ne sera malheureusement pas toujours appliqué sur le terrain), mais aussi des réalités sombres de l’histoire du catholicisme, comme l’expulsion des juifs et l’établissement de l’Inquisition.
Le 26 novembre 1504, Isabelle mourut à Medina del Campo. S’ensuivit une rivalité politique entre son mari Ferdinand et son genre Philippe le Beau, duc de Flandres et archiduc d’Autriche. Ce dernier œuvrait de manière manipulatrice envers son épouse Jeanne, héritière légitime du royaume de Castille, confisquant le courrier que lui envoyait ses parents et la gardant sous sa domination. Inquiète pour sa fille et pour l’avenir du royaume, Isabelle avait donc rédigé son testament de sorte que l’archiduc fût écarté du trône qu’il convoitait tant. Néanmoins, le Flamand sut acquérir à sa cause une partie de la noblesse castillane, qui s’était sentie lésée par les Rois catholiques. Il était à couteau tiré avec le roi d’Aragon, qui revendiquait lui aussi la régence, car Jeanne était considérée comme incapable de gouverner du fait de troubles mentaux. Finalement, ce fut Philippe qui parvint à obtenir ladite régence, mais il mourut en 1506 à Burgos, peut-être empoisonné. Dans l’urgence créée par cette situation imprévisible, la relève fut assurée par le cardinal Cisneros, archevêque de Tolède, ancien confesseur d’Isabelle la Catholique et exécuteur testamentaire de cette dernière. En 1509, Jeanne arriva à Todesillas, où elle fut enfermée jusqu’à sa mort, considérée comme incapable de gouverner le royaume de Castille. L’année suivante, au terme d’un bras de fer diplomatique entre l’empereur Maximilien et le roi Ferdinand d’Aragon, ce dernier put assumer la régence du royaume de sa défunte épouse, avec l’appui des Cortes (députés élus pour représenter la population ce certaines villes castillanes).
Le 23 janvier 1516, le roi d’Aragon et régent de Castille mourut à son tour. Son testament désignait son petit-fils Charles de Habsbourg comme héritier des royaumes hispaniques. En effet, Jeanne était toujours tenue à l’écart des responsabilités politiques, officiellement à cause d’une prétendue maladie mentale. Dans les faits, beaucoup d’historiens contestent son surnom de « Jeanne la Folle » et estiment que ce fut en raison des prétentions masculines de son père Ferdinand, de son mari Philippe et de son fils Charles qu’elle fut enfermée dans le palais royal de Tordesillas jusqu’à sa mort. Depuis le décès du souverain, la régence fut à nouveau assumée par le cardinal Cisneros.
En toute illégalité au regard du droit castillan, Charles fut couronné le 14 mars 1516 sur une terre étrangère, en l’occurrence à la cathédrale Sainte-Gudule de Bruxelles. Cela provoqua un premier scandale au sein de la population castillane. Par la suite, il débarqua à la tête d’une suite de nobles flamands et bourguignons, qui s’habillaient de manière luxueuse et colorée, heurtant les us et coutumes locaux, qui étaient beaucoup plus sobres. Cette noblesse étrangère prit possession des meilleurs postes au sein de l’administration, assurant les responsabilités les plus importantes et s’assurant les meilleurs revenus. Le pouvoir était officieusement assuré par Guillaume de Croÿ (aussi connu sous le nom de « sieur de Chièvres »), qui fit nommer son neveu d’une vingtaine d’années à la tête de l’archevêché de Tolède, pour succéder à l’incontesté cardinal Cisneros. Se sentant déclassée, la noblesse castillane commença à nourrir une certaine rancœur envers ceux qu’elle considérait comme des envahisseurs. De plus, le jeune roi (qui n’avait que 16 ans lors de son arrivée en Espagne), ne maîtrisait pas la langue castillane.
Au terme d’une longue période d’instabilité, le jeune souverain inexpérimenté s’imposait donc d’une manière très maladroite et créait une situation de tension avec ses sujets. Après cet aperçu de la situation politique complexe que fut celle du royaume de Castille à l’avènement de Charles Quint, voyons quelles causes économiques sous-tendirent le conflit qui allait être déclenché.
Depuis le décès d’Isabelle la Catholique, la Castille non seulement était frappée par l’instabilité politique, mais souffrait également de mauvaises récoltes et d’épidémies. Alors que Burgos, Bilbao et les autres ports de la côte septentrionale fleurissaient grâce à l’exportation de la meilleure laine du royaume, Séville bénéficiait des routes maritimes qui reliaient l’Italie aux ports hanséatiques et de son monopole commercial avec l’empire colonial naissant en Amérique. Cependant, à l’intérieur des terres de la péninsule, sur cette plaine aride que les Espagnols nomment « la Meseta », l’industrie textile était incapable de concurrencer les produits étrangers, de meilleure qualité. Ces derniers étaient notamment fabriqués en Flandres grâce à la bonne laine castillane exportée à travers Burgos et Bilbao, tandis que la matière première de mauvaise qualité restait en Castille et donnait nécessairement lieu à de moins bons produits. Cela occasionna, à partir de 1510, des différends entre les tisserands locaux et les négociants burgalais, qui ne furent ni arbitrés ni tranchés par les souverains et régents successifs du fait de l’instabilité politique et de questions considérées comme prioritaires. À cela s’ajoutait une inflation assez élevée. Si le centre de la péninsule Ibérique correspond aujourd’hui aux 70 % du territoire que les démographes nomment « l’Espagne vidée » (la España vaciada), il s’agissait au contraire de la zone la plus dense et la plus urbanisée au début du XVIe siècle. Cet accroissement démographique en zone urbaine état observable depuis l’époque des Rois catholiques et les mauvaises récoltes ne permettait pas de nourrir tout le monde correctement. Cette population nombreuse souffrait aussi d’un certain isolement par rapport aux régions côtières. En effet, Ségovie, Valladolid, Palencia, Tolède et Cuenca étaient éloignées des ports, le relief faisant par ailleurs obstacle au transport et à la logistique. Ces villes du centre péninsulaire se trouvaient donc en marge de la croissance liée au commerce international. Cette dichotomie entre le centre marginalisé et les périphéries reliées aux échanges extérieurs explique pourquoi la guerre civile se limita surtout à la Meseta et au bassin du Douro. Quand la révolte des comuneros éclata, les villes andalouses refusèrent de rejoindre le mouvement des insurgés car le statu quo leur convenait. De même, Burgos finit par changer de camp.
Mais, avant de détailler les différentes péripéties de cet épisode historiques, revenons aux causes économiques qui le déclenchèrent. Ce qui aviva le plus les tensions fut la levée par Charles d’un impôt sur les villes castillanes, pour financer les pots-de-vin promis aux princes électeurs du Saint-Empire romain germanique. En effet, à travers la corruption de ces derniers, le jeune co-roi d’Espagne put succéder à son grand-père, l’empereur Maximilien Ier de Habsbourg, au terme de sa fameuse rivalité avec François Ier pour ce poste si convoité. Il fut élu le 28 juin 1520 et la nouvelle lui parvint le 6 juillet suivant. S’étant endetté d’immenses sommes auprès de banquiers flamands et italiens, il convoqua les Cortes de Castille à La Corogne le 20 mars 1520, juste avant de s’embarquer depuis la Galice pour rejoindre Aix-la-Chapelle, en vue de son couronnement. Au sein du royaume de Castille, dix-huit villes bénéficiaient en effet d’un statut d’autonomie spécial, octroyé par la Couronne en remerciements de services rendus à l’époque de la Reconquête chrétienne. Il s’agissait de Tolède, Avila, Ségovie, Madrid, Burgos, Zamora, Guadalajara, León, Salamanque, Toro, Soria, Cuenca, Murcie, Valladolid, Jaén, Cordoue, Séville et Grenade. Afin que l’impôt pût être perçu, il était nécessaire d’obtenir l’accord des Cortes, une assemblée à laquelle les représentants de ces dix-huit municipalités bénéficiaient du droit de vote. La Couronne intervint pour faire élire les procuradores les moins hostiles à la mesure fiscale et déploya une campagne pour influencer le vote de ces derniers. Déjà, le mécontentement populaire se fit entendre et la réunion des Cortes fut reportée au 31 mars et se tint à Saint-Jacques-de-Compostelle. Finalement, au terme d’une propagande habile de la part du pouvoir royal, le servicio fut approuvé. Cela fut l’élément déclencheur du conflit, comme nous le verrons plus bas…
Après avoir dressé un tableau des causes politiques et économiques de cette crise, intéressons-nous aux conceptions du pouvoir royal à la fin du Moyen Âge et au début du XVIe siècle.
Les Siete partidas del sabio rey don Alfonso el [décimo] ont constitué une référence jusqu’à l’époque de Charles Quint. Ce document établit ce que doit être le pouvoir royal, en se basant sur la pensée d’Aristote, le droit romain, les pères de l’Église, etc. Quelle est la légitimité du pouvoir politique ? D’après saint Augustin et d’autres sources patristiques, il est reçu de Dieu. Selon le ius natural, qui trouve sa source chez Aristote, les animaux peuvent vivre seuls, mais l’homme, qui est faible, doit vivre en communauté. Au sein de celle-ci, le fort protège le faible. Dans le cas de la Castille, le concept du pouvoir d’origine divine prime sur le ius natural au cours du bas Moyen Âge. Depuis Platon et Aristote, il existe une loi des nombres : lorsqu’il y a un gouvernant, ou parle de « roi » ou de « souverain ». Mais le gouvernement peut aussi être assuré par quelques-uns (nobles ou élite) ou par la multitude (république). On dénombre donc 3 types de gouvernement, mais chacun peut être bon ou mauvais, ce qui nous donne donc un total de 6 : la tyrannie, l’oligarchie et la démocratie (ce que nous entendons aujourd’hui comme la « démagogie ») sont les formes perverties des 3 options susmentionnées. Ce qui sépare les formes positives et négatives est, en particulier, la notion de « bien commun » (le bien de la collectivité). Par exemple, la tyrannie tient compte uniquement de l’intérêt personnel du gouvernant. Malgré le risque de tyrannie, l’Espagne préfère la monarchie aux époques médiévale et moderne. L’unicité est présente dans la loi divine (monothéisme) et la loi naturelle (par exemple, le corps est régi par une seule tête et les abeilles, par une seule reine). Par ailleurs, l’expérience et l’expertise du souverain comptent. Nous pouvons remarquer les différences entre le roi et le tyran dans quelques comédies du Siècle d’or, ainsi que dans les chroniques. Les idées politiques sont diffusées parmi les gens cultivés et le peuple.
Le roi pratique la justice (c’est un juge). Le tyran est injuste et cruel. Le roi aime ses sujets et cherche à les garder dans la paix et la concorde. Dans cet amour, il y a une certaine réciprocité, mais pas d’égalité. L’amour du roi implique qu’il protège son peuple. L’amour de ce dernier envers le souverain implique obéissance et loyauté. En revanche, le tyran n’aime pas ses sujets. Le peuple craint et hait le tyran. Le roi favorise la prospérité de son peuple. Le tyran l’appauvrit, y compris par une pression fiscale excessive, qui constitue une forme de tyrannie. Le roi se montre à ses sujets, à travers des audiences. Le tyran se cache car il craint ses sujets, sachant qu’ils le haïssent. Dans l’Espagne du Siècle d’or, un valido (sorte de premier ministre) reçoit au nom du monarque. Au début du règne de Charles Quint, ce rôle est officieusement rempli par le Flamand Guillaume de Croÿ, aussi appelé le « sieur de Chièvres ». Comme il ne fait pas confiance à ses sujets, le tyran ne recrute pas de soldats parmi son peuple, mais fait appel à des mercenaires. Les chroniques accusent Henri IV de Castille (prédécesseur d’Isabelle la Catholique) de tyrannie, à cause de sa luxure et d’autres méfaits. Le roi doit exercer les 3 vertus théologales (foi, espérance et charité), ainsi que les 4 vertus cardinales (prudence, justice, force et tempérance). Il doit combattre tous les vices (avarice, orgueil, etc.). Non seulement il se doit d’être un bon chrétien, mais il doit veiller à la foi de ses sujets. L’on insiste de plus en plus sur la vertu de prudence pour un bon gouvernement. La justice implique la récompense et la punition, mais aussi la justice distributive. Les bons sujets méritent des récompenses, des titres, des grâces royales, des terres ou autres gratifications, pour les services rendus à la Couronne, mais aussi pour le fait d’être issus d’une lignée noble. C’est pour cette raison que les aristocrates castillans ne comprirent pas le comportement de la suite flamande et bourguignonne de Charles de Habsbourg. Si la libéralité est une vertu, la prodigalité est un vice.
Les sept Partidas furent rédigées sous les auspices du roi Alphonse X le Sage. Ce document insiste sur l’origine divine du pouvoir et sur la justice, avec une série de métaphores pour qualifier le roi (« tête », « cœur », « berger », « père », etc.). Nous entrons ensuite dans une allusion à Aristote ainsi qu’à la faiblesse de l’homme. Dans la loi IX, il est écrit que le roi doit davantage veiller au bien commun qu’à ses intérêts personnels. La loi X décrit les caractéristiques de la tyrannie. Le tyran y est vu comme un usurpateur du pouvoir. Dans ce cas, le peuple est autorisé à lui résister (on parle du « droit de résistance »). Par la suite, le texte traite des obligations réciproques du souverain et des sujets.
Le roi doit à la fois être aimé et craint. En revanche, la notion de pacte et de contrat est absente des Partidas. Cela est inclus dans l’origine divine du pouvoir. Selon certains théoriciens, il existe une médiation de la part de la communauté. D’après saint Thomas d’Aquin, Dieu a donné le pouvoir à la communauté et celle-ci s’est choisi un roi. Si un contrat existe, il est possible d’y mettre fin, dans certaines conditions. La communauté peut récupérer la délégation de pouvoir. Ce fut le cas avec Henri IV, ainsi qu’avec les Comunidades. Celles-ci considéraient que le peuple devait protéger le roi de ses ennemis, de ses sujets et de sa propre personne (c’est-à-dire de ses erreurs).
Au sein de l’université de Salamanque, on assistait à un renouveau de la pensée politique, influencée par l’Italie, qui était alors le laboratoire politique de l’Europe. Ces idées arrivaient en Espagne notamment du fait des liens étroits entre la péninsule Italique et la Couronne d’Aragon. Plus tard, les idées de l’humanisme civique arrivèrent de Florence. La participation politique des citoyens fut valorisée. Ce courant est aussi appelé « aristotélisme politique », car il s’agit d’une nouvelle interprétation de La Politique d’Aristote, due à une nouvelle traduction vers le latin du texte original. En 1502, un texte sur l’humanisme civique fut publié à l’université de Salamanque. D’après le document médiéval Auxilium et Concilium, le roi ne gouvernait pas seul, mais s’appuyait sur ses conseillers, à savoir les nobles. Peut-être le peuple pouvait-il gouverner dans les villes. En effet, la classe moyenne qui y habitait était instruite et avait connaissance de ces idées. La revendication des villes de s’auto-gouverner explique la relation entre l’humanisme civique et l’aristotélisme enseigné par les universitaires salmantins, d’une part, et les revendications politiques des Comunidades, d’autre part. Entre autres, Madrigal, Fernando de Roa et Pedro de Osma s’attaquèrent à la monarchie (surtout héréditaire), considérée comme tyrannique (du fait de la division entre les sujets, de la pression fiscale, du recrutement de mercenaires, etc.). Pour eux, la couronne ne doit pas être attribuée par la naissance, mais par le mérite. Roa considérait que les charges doivent être rotatoires. En outre, le tyrannicide était justifié ; la résistance contre la tyrannie était une forme de guerre juste, si le Pape la soutenait, par exemple à travers l’excommunication du tyran. D’après Roa, le Pape n’avait rien à voir avec cela ; le peuple pouvait agir de sa propre initiative si le souverain attentait au bien commun. Les sermons des Franciscains et des Salmantins (qui n’ont pas été publiés, mais dont nous avons écho à travers des correspondances et des témoins) eurent beaucoup d’importance dans la diffusion de ces idées.
À ce sujet, penchons-nous sur l’usage de la notion de « pacte » dans les archives des Cortes (surtout celles d’Ucaña en 1469), ainsi que sur la relation entre le roi et les sujets. Il y est question d’une mauvaise gouvernance, à cause du roi Henri IV, et il y est rappelé que le rôle du souverain est de « bien régir ». Tout le reste (lignée, richesse et honneur) n’a aucune importance si la justice n’est pas exercée. Le roi est considéré comme un mercenaire du peuple, qui le rémunère à travers l’impôt. On retrouve un passage de ce texte presque copié à identique aux Cortes de Valladolid.
En somme, les causes qui sous-tendent la révolte des Comunidades sont multiples : instabilité politiques depuis des décennies, fragilité économique d’une aire enclavée et comportement incompréhensible d’un jeune souverain inexpérimenté qui n’a aucune idée des us et coutumes du pays. À ces facteurs s’ajoute un substrat idéologique favorable à un élan révolutionnaire, à une époque où la population est plus instruite qu’au Moyen Âge. En effet, l’imprimerie et l’émergence d’une proto-bourgeoisie s’inscrit dans le mouvement intellectuel de la Renaissance, bien que d’aucuns considèrent le mouvement communero comme la dernière révolte médiévale. À la suite de l’approbation de l’impôt spécial, voyons maintenant le déroulement chronologique du conflit…
La révolte des Comunidades de Castille
Le 20 mai 1520, le roi s’embarqua pour se faire couronner empereur en Allemagne, laissant la régence au cardinal Adrien d’Utrecht. Le mécontentement était particulièrement visible à Tolède. Cependant, ce fut à Ségovie que se produisit l’événement déclencheur. De retour des Cortes, le député (procurador) Rodrigue de Tordesillas chercha à justifier son changement d’avis l’ayant amené à voter en faveur de l’impôt. Sourde à ses explications, la foule en furie le lyncha et l’exécuta. À Burgos, Zamora, Guadalajara, León et Avila, les faits ne se révélèrent pas aussi graves, mais plusieurs députés durent fuir pour échapper à la mort et leurs propriétés furent parfois brûlées. Le régent décida d’envoyer Rodrigo Ronquillo y Briceño à la tête d’une troupe, pour qu’il puisse enquêter sur le meurtre de Ségovie. Les habitants se rassemblèrent autour du chef de la milice de la ville, Jean Bravo. Lorsque le « Maire Ronquillo » assiégea la cité, les insurgés envoyèrent des émissaires aux autres villes castillanes pour faire front contre les troupes royalistes. Sous le commandement de Jean de Padilla, un millier de Tolédans, avec cent cavaliers et quelques pièces d’artillerie, constituèrent une partie des renforts. De même, Madrid envoya quatre cents hommes et Salamanque mit également des troupes à disposition.
Le 8 juin, Tolède convoqua les dix-huit villes bénéficiant du droit de vote aux Cortes à une assemblée extraordinaire visant à annuler la perception du servicio et d’établir de nouvelles normes fiscales. Il fut également demandé que les charges publiques et ecclésiastiques fussent exclusivement occupées par des Castillans. Par ailleurs, il était question d’interdire la sortie d’argent du royaume et de remplacer Adrien d’Utrecht par un régent originaire de Castille jusqu’au retour du roi. Cette assemblée extraordinaire se tint à Avila le 1er août 1520. Certaines villes y participèrent et d’autres non. Cette junte, tête politique des insurgés, prit le nom de Santa Junta del reino, afin de se légitimer à une époque où le catholicisme était une référence incontestable. Par ailleurs, les bases idéologiques du mouvement étaient notamment la philosophie politique de saint Thomas d’Aquin, reprise par des moines prêcheurs (notamment des universitaires de Salamanque) qui propageaient les idées d’insurrection au sein des populations citadines lors de leurs sermons. Quoi qu’il en fût, cette assemblée se positionnait comme un gouvernement parallèle à celui du roi. Son président était Pedro Lasso de la Vega y Guzmán. Quant au bras militaire du mouvement, l’armée comunera, elle fut dirigée par Juan de Padilla, qui était secondé par Juan de Zapata, Mgr Antonio de Acuña (évêque de Zamora) et Francisco de Maldonado. La Junta extraodinaria de procuradores de las comunidades castellanas émit la Ley perpetua del reino de Castilla, que certains considèrent comme le premier projet de constitution démocratique des temps modernes. Ce document limitait le pouvoir du roi et entendait s’imposer à lui, tout en rééquilibrant les devoirs fiscaux des villes castillanes avec ce qui était considéré comme juste et patriote.
Tandis que l’on débattait à Avila, Adrien d’Utrecht tenait à punir Ségovie pour son indiscipline. À cette époque, la ville marchande de Medina del Campo disposait d’une importante réserve d’artillerie. Rodrigo Ronquillo et Mgr Antonio de Fonseca y furent donc envoyés à la tête de douze mille hommes, arrivant au petit matin du 21 août. Les habitants, comprenant que ces armes à feu seraient utilisées contre la population de Ségovie, refusèrent de les livrer. Fonseca, fatigué d’attendre, ordonna que l’on mette le feu aux maisons afin de distraire et de disperser les citadins. Contre toute attente, ces derniers restèrent groupés autour des canons, laissant leur ville se consumer. Pour éviter que cette dernière brûlât entièrement, Fonseca ordonna la retraite. Le lendemain, les habitants de Medina tuèrent le regidor Gilles Nieto, qui, d’après eux, était complice des royalistes. Les nouvelles de l’incendie de Medina del Campo se diffusèrent dans toute la Castille, provoquant l’indignation générale. Des villes qui étaient jusqu’alors restées en marge du conflit rejoignirent le mouvement comunero.
Juan Padilla et ses troupes prirent la direction de Tordesillas, où Jeanne Ière était enfermée. Ils y parvinrent le 29 août. Celle qui n’avait jamais été déchue de son titre de reine de Castille et d’Aragon pouvait constituer un soutien fondamental pour les insurgés. Elle pouvait, si elle le souhaitait, destituer le régent, et même retirer la couronne à son fils Charles. Toutefois, elle refusa catégoriquement de trahir ce dernier. Le siège de la Junta General del Reino s’établit donc dans cette villa. Burgos, Soria, Ségovie, Avila, Valladolid, León, Salamanque, Zamora, Toro, Tolède, Cuenca, Guadalajara, Murcie et Madrid y envoyèrent des représentants. Les quatre villes andalouses du royaume (Séville, Grenade, Cordoue et Jaén) refusèrent de s’associer au mouvement, car leurs intérêts économiques étaient diamétralement opposés à ceux des villes de l’intérieur des terres, comme nous l’avons vu plus haut. Pour ces ports reliés à la Hanse, l’union sous une même autorité des royaumes hispaniques avec le Saint-Empire romain germanique constituaient une excellente nouvelle pour le commerce.
Au fil du temps, les revendications des députés (surtout tolédans, ségoviens et salmantins) prirent une tournure de moins en moins fiscale et de plus en plus politique, notamment sous l’influence des thèses thomistes défendues par les universitaires de Salamanque. En revanche, les procuradores représentant Burgos, Soria et Valladolid, entre autres, ne se montraient pas excessivement intéressés par des changements politiques radicaux. Suivant l’exemple de l’insurrection citadine des comuneros, une série de soulèvements antiseigneuriaux se déroulèrent dans les campagnes. L’aristocratie foncière commença donc à craindre pour ses privilèges. Le 9 septembre, Charles Quint nomma le connétable de Castille (Íñigo Fernández de Velasco y Mendoza) et l’amiral de Castille (Fadrique Enríquez) comme gouverneurs du royaume aux côtés du cardinal Adrien. Peu à peu, la haute noblesse, qui s’était montrée neutre jusqu’alors, voire avait soutenu, dans certains cas, les comuneros (un mouvement qui concernait surtout, sociologiquement, la proto-bourgeoisie et la petite noblesse, ce que nous appellerions aujourd’hui « la classe moyenne »), rejoignit le camp royaliste. Le Conseil royal s’établit à Medina de Rioseco, un fief de l’amiral, afin d’organiser la contre-offensive envers les forces armées des Comunidades.
Le 1er novembre, Burgos abandonna le mouvement des insurgés, car le connétable octroya à cette ville ce qu’elle réclamait. Économiquement, cette dernière n’était pas tellement désavantagée par le statu quo, d’autant plus qu’elle était dirigée par les négociants en laine, qui s’enrichissaient aux dépens d’autres villes castillanes. Ce coup dur commença à éroder le mouvement comunero. De son côté, Adrien d’Utrecht se rendit compte que la noblesse allongeait volontairement le conflit, afin de recevoir de plus grands avantages de la part du roi. Pour la contenter et grossir ses troupes, le régent avait besoin de moyens financiers. Il se tourna vers des banquiers portugais et des commerçants castillans pour contracter les emprunts nécessaires. Le comte de Haro dirigeait l’armée royaliste qui avait ainsi pu être formée. Elle se composait de fantassins et de piquiers recrutés en Navarre, en Galice et dans les Asturies (des régions où les idées comuneras n’avaient pas conquis l’opinion publique), ainsi que de pièces d’artillerie provenant de Navarre et de Fuenterrabía, ce qui exposait la frontière à une invasion française.
À la fin de l’automne 1520, l’armée des Comunidades était inférieure en nombre et se composait désormais des milices urbaines des villes les plus engagées, des trois cents soldats armés de l’évêque de Zamora, Antoine de Acuña, ainsi que de l’artillerie stationnée à Medina del Campo. Elle était dirigée par Pedro Girón y Velasco, troisième comte d’Ureña, qui, semble-t-il, s’était joint à la cause des insurgés par rancune personnelle envers Charles Quint, qui lui avait refusé le duché de Medina Sidonia.
Après quelques escarmouches, les deux armées se trouvaient face-à-face début décembre 1520, dans les environs de Medina de Rioseco. Le 2 décembre, Pedro Girón déplaça une partie importante de son armée pour occuper Villalpando, un fief du connétable de Castille, dans l’actuelle province de Zamora. Ce mouvement imprudent exposa Tordesillas à une offensive ennemie. Fut-ce une erreur de stratégie ou une trahison ? La question reste un mystère. Comme la mouvement comunero était divisé entre une majorité radicale et une minorité qui souhaitait négocier une paix consensuelle, il est possible que cet officier eût sabordé le mouvement, fatigué de l’intransigeance de ses camarades. Il est également probable qu’il se fût jeté dans un piège tendu par l’adversaire, ou qu’il calculât mal la stratégie à suivre. Quoi qu’il en fût, la garnison de Tordesillas tomba, après une farouche résistance, et les insurgés perdirent leur principale pièce sur l’échiquier, à savoir la reine Jeanne.
Après la chute de la villa, la Junte s’installa à Valladolid. Soria et Guadalajara cessèrent d’y envoyer des représentants. La direction du mouvement par Padilla fut remise en question, en particulier par ceux qui défendaient l’idée d’une sortie négociée du conflit. Les hommes de Mgr Acuña, qui avaient pour mission de mener une campagne de recrutement afin de gonfler les rangs de l’armée comunera, pillaient en réalité tout sur leur passage, ce qui attira l’hostilité de l’opinion publique dans les campagnes. Aux côtés de nombreux échecs militaires, le seul succès sur cette période fut la conquête de Torrelobatón (actuelle province de Valladolid) en février 1521, où s’établirent Padilla et ses hommes. Les désertions au sein des troupes insurgées furent nombreuses. Entre autres, Pedro Lasso de la Vega changea de camp en mars 1521.
De leur côté, les royalistes renforçaient leur puissance militaire. Depuis début avril, ils rassemblaient de plus en plus de troupes. Padilla hésitait entre rester à Torrelobatón et partir vers une autre place forte où trouver les renforts nécessaires. Après avoir gaspillé plusieurs jours précieux, quand l’armée fidèle à la Couronne était déjà au complet, il prit la route pour Toro au cours de la nuit du 22 au 23 avril. Tandis que l’armée transitait difficilement à cause de la pluie aux environs de Villalar (province de Valladolid, à environ 4 ou 5 heures de marche de Torrelobatón), elle fut prise par surprise par la cavalerie de l’amiral de Castille, qui les avait rejoints depuis Medina de Rioseco. Ce fut une hécatombe. Les rebelles furent massacrés et l’on dit que des centaines, voire des milliers de cadavres jonchèrent le champ de bataille.
Monuments commémoratifs à Villalar : champ de bataille et lieu d’exécution des trois chefs de guerre comuneros.
Le lendemain, Juan de Padilla, Juan Bravo et Francisco de Maldonado furent jugés par Rodrigo Ronquillo et décapités sur la place du village de Villalar. Sans leurs principaux chefs, en moins d’un mois, toutes les villes comuneras capitulèrent, à l’exception de Tolède, qui put tenir plus longtemps, puisque les Français avaient profité de la démilitarisation de la Navarre pour envahir ce royaume. La priorité pour le camp royaliste fut donc de défendre la frontière septentrionale des Espagnes. Après la fuite de Mgr Acuña, María Pacheco, veuve de Padilla, prit les rênes de la cité tolédane, cherchant à perpétuer les revendications de son défunt mari. L’actuelle capitale de Castille-la-Manche signa un accord de reddition fin octobre, mais ne déposa pas les armes avant que le roi en personne eût signé cet acte.
Victoire du camp royaliste et restauration de l’ordre monarchique
Quelques mois plus tard, María Pacheco tenta de raviver les braises de l’insurrection, mais ce fut un échec. Elle dut s’enfuir au Portugal, dont sa famille était originaire et où elle resta jusqu’à sa mort, en 1531.
Les villes qui s’étaient rebellées durent payer, pendant vingt ans, un impôt spécial, afin de couvrir les dommages occasionnés durant la révolte. Les personnes ayant été lésées par le conflit (pertes économiques, bien abîmés par les rebelles, mais aussi frais avancés par l’Amiral de Castille pour financer la victoire du camp royaliste) déposèrent des plaintes et réclamations auprès des tribunaux compétents. Des impôts indirects (notamment des taxes sur certains produits alimentaires) furent donc levés dans certaines villes anciennement insurgées pour que les autorités publiques pussent mettre en œuvre ces dédommagements. L’économie de la Castille sombra, notamment l’industrie textile. Les dernière Cortes convoquées furent celles de 1538.
Néanmoins, les comuneros remportèrent quelques victoires dans la manière dont Charles Quint allait gouverner. De fait, ce dernier donna un rôle proéminant à ses royaumes hispaniques ainsi qu’à ses conseillers castillans. En outre, le roi distribua des « grâces » (mercedes), titres et autres privilèges aux nobles l’ayant aidé à rétablir l’ordre monarchique.
La répression ne fut pas excessivement sévère. Un « Pardon général » fut proclamé par le roi-empereur à l’occasion de la Toussaint 1522, peu après son retour en Espagne. Beaucoup de personnes ayant participé militairement à la rébellion furent graciées, car le souverain voulait prendre un nouveau départ avec ses sujets, en cette période où commençait l’âge d’or de l’empire colonial espagnol et le Siècle d’or de la littérature en langue castillane. Néanmoins, certains hauts responsables furent exécutés, y compris Mgr Acuña. Charles risquait l’excommunication pour la mise à mort d’un évêque, mais il ne fut pas inquiété par le Pape de l’époque, qui n’était autre qu’Adrien d’Utrecht, qui avait été choisi par le collège des cardinaux pour succéder à Clément VII et régnait sous le nom d’Adrien VI.
Pour conclure, cette révolte de la proto-bourgeoisie, d’une partie du clergé (régulier comme séculier) et de la petite noblesse des villes de Castille trouvait son origine dans une situation économique compliquée, ainsi que dans la maladresse d’un monarque inexpérimenté qui fut parachuté, très jeune, à la tête d’un pays instable depuis des décennies. Né d’une contestation principalement fiscale, le mouvement commença à s’étayer idéologiquement à mesure qu’il s’imposait militairement. Néanmoins, la perte du soutien de Burgos, le renforcement des troupes royalistes et les divisions internes firent avorter ce projet politique avant qu’il ne pût se structurer davantage.
À l’heure où j’écris ces lignes, nous pourrions être tentés de tracer quelques parallèles avec la situation actuelle de notre pays. En effet, la couleur politique du gouvernement semble imposée d’en haut, de manière non représentative du vote des Français lors des dernières élections législatives. La question fiscale est au cœur des contestions à l’égard de l’exécutif, de même que ce qui mit le feu aux poudres en Castille il y a cinq siècles. Enfin, l’hostilité à l’égard des Flamands perçus comme des pillards rappellent certains arguments de l’extrême-droite à l’égard de populations étrangères trop vite associées à la délinquance. A contrario, cette prise de pouvoir par de puissants étrangers pourrait aussi nous rappeler l’ingérence d’Elon Musk et de la Russie, qui inondent les réseaux sociaux de propagande pour des partis qui menacent l’ordre établi, ainsi que de fake news.
Loin de moi l’idée de prendre parti, et encore moins d’inciter à la révolte ! Pour vous prouver ma bonne foi en la matière, j’évoquerai différentes tentatives de récupération du mouvement comunero au cours des siècles postérieurs. Certains idéologues libéraux les ont vus comme des précurseurs progressistes, tandis que d’autres les considéraient comme des réactionnaires refusant la modernité qu’allaient apporter les Habsbourg et leur ouverture sur le reste de l’Europe. Or, ces deux analyses sont biaisées. En effet, lire l’histoire des Comunidades avec les références politiques de l’époque contemporaine relève de l’anachronisme. En ce début des temps modernes, les références idéologiques étaient surtout issues de la philosophie gréco-romaine et de la théologie catholique, notamment thomiste. De même que la doctrine sociale de l’Église, cette ébauche d’idéologie basée sur une tradition bien plus ancienne que la Révolution française ne saurait être placée sur un axe droite-gauche. Si cet épisode de l’histoire peut nous éclairer pour construire intelligemment le monde d’aujourd’hui, gardons-nous des raccourcis trop faciles et replaçons toujours les choses dans leur contexte.
Quelque part en France, le samedi 14 décembre 2024
L’honorable François Bayrou, Premier ministre de la République française
Monsieur le Premier ministre,
Tout d’abord, c’est avec une grande joie que j’ai appris votre nomination en tant que chef de notre futur gouvernement. En effet, votre nom figurait sur le premier bulletin que j’ai glissé dans l’urne. C’était à l’occasion de l’élection présidentielle de 2007. J’avais tout juste 18 ans et je croyais en votre projet. J’ai voté pour le MoDem aux élections législatives qui ont suivi, puis à nouveau pour vous en 2012 au premier tour. Depuis, il m’est arrivé de voter à droite, au centre et à gauche, mais jamais pour le FN/RN ou Reconquête ! Je n’ai jamais non plus donné ma voix à un parti que je considérais comme d’extrême gauche.
Comme vous, je confesse la foi catholique. En vertu du commandement divin « Tu ne tueras point » (Ex 20, 13), je vous demande instamment de nommer un(e) Ministre de la santé qui mettra fin au projet de loi sur la fin de vie. Je me permets de vous demander de faire tout votre possible pour que l’euthanasie et le suicide assisté ne soient pas légalisés en France et pour que la République garantisse à tous l’accès aux soins palliatifs.
Je sais que notre pays est très endetté. J’ai bien conscience que, plus nous sommes nombreux sur Terre, plus nous polluons. Pour ma part, je tâche de vivre de manière écologique et de m’acquitter honnêtement de toutes mes obligations fiscales.
Ayant une certaine fibre sociale, j’accompagne également Laurent, un ami atteint de la maladie neurodégénérative de Huntington. Depuis quelques années, il est hospitalisé en permanence, avec parfois de violentes crises accompagnées de tentations suicidaires. En tant qu’ami, j’ai toujours cherché à l’accompagner au mieux, par des visites, de longs appels téléphoniques et un soutien constant l’aidant à choisir la vie. C’est avec son accord que je vous parle de sa situation et que je le nomme. Très récemment, alors même que les symptômes s’accentuaient, il a décidé de continuer à se battre et s’est joint à ma voix pour vous écrire cette lettre. Aux yeux d’une partie de la société, Laurent est un assisté, qui vit de l’argent public et n’apporte rien. Or, je peux vous témoigner que cela est faux. Quand il va bien, il écrit des apophtegmes et pensées de différentes natures (y compris humoristique), que vous pourrez lire sur ce lien. Vous qui êtes un homme de lettres, peut-être conviendrez-vous que ses écrits constituent un grand apport à l’humanité, au même titre que ceux de Baudelaire, de Maupassant, et d’autres grands écrivains qui souffraient de symptômes dépressifs et/ou étaient considérés comme inutiles par l’esprit du monde.
En tant qu’électeur plutôt centriste, pétri de valeurs républicaines, citoyen du pays des droits de l’Homme, fils d’agriculteur et écrivain cherchant à suivre le Christ, je me permets de vous adresser cette requête du fond du cœur. Je ne sais pas si vous aurez le temps de lire cette missive avant de constituer votre gouvernement, ou de la lire tout simplement. Si, dans votre « emploi du temps de ministre », vous prenez le temps de parcourir ces quelques lignes, je vous en remercie vivement. Quelle que soit la politique que vous conduirez en la matière, je garderai la même estime pour votre personne et resterai attaché à la France ainsi qu’aux valeurs de la République.
Dans l’attente d’une réponse favorable, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma haute considération.
Dans cette vidéo, Laurent Jouet invite monsieur François Bayrou et tous nos dirigeants à ne pas légaliser l’euthanasie. Il invite également toutes les personnes qui souffrent à continuer à se battre. 💪✌
Il y a quelques jours, j’ai pris un verre avec une amie. C’est une personne que j’apprécie, avec qui je partage la foi catholique et de nombreuses valeurs, malgré de réelles divergences au niveau politique. Nous appellerons cette jeune femme « Camille ».
Attablé à cette terrasse, un jeune homme que nous appellerons « Argan » se restaurait tandis que je commandai un jus de tomate. La conversation a vite tourné vers les préoccupations de tous les Français en ce moment, à savoir les élections législatives. Sachant que j’allais susciter des réactions, j’ai avoué que j’avais voté pour le Nouveau Front Populaire au premier tour car, pour moi, l’écologie est une priorité. J’ai néanmoins rassuré mes interlocuteurs en expliquant je n’étais pas d’accord avec tout ce que dit l’union de la gauche, particulièrement en ce qui concerne les questions bioéthiques.
Argan m’a alors dit :
– Ne penses-tu pas qu’une véritable écologie reviendrait à renvoyer tous les Noirs en Afrique ?
– Pourquoi dis-tu cela ?
– Dieu l’a voulu ainsi.
– Ah bon ?
– Oui, dans la Bible, on parle de « races » et de « nations ». Dieu l’a voulu et chacun devrait rentrer chez soi.
– La Bible parle aussi de mouvements migratoires voulus et orchestrés par Dieu…
– Moi, je suis contre le métissage ! Dieu nous a voulus blancs, noirs, jaunes. Nos corps sont différents et, si nous nous hybridons, nos âmes seront des mélanges dégénérés. C’est une simple question de biologie. Ce que je te dis là est tout à fait catholique.
– Pas de mon point de vue, mais je ne vais pas m’avancer dans ces débats pseudo-scientifiques. Je vais juste te dire que j’ai donné des cours de français à des migrants pendant 3 ans par le biais d’une association. Là, une dame originaire de RDC m’avait fait remarquer que les multinationales occidentales exploitent les ressources minières d’un pays qui pourrait être la 8e puissance mondiale si elle y avait accès. Les Français, les Chinois et d’autres grandes puissances vendent des armes aux différentes ethnies de ces pays-là pour qu’elles s’entretuent, ce qui leur permet de piller leurs ressources. Ainsi, cette dame considère qu’il serait juste que la France, qui s’enrichit par ce vol, donne un visa et du travail d’emblée aux migrants congolais qui arrivent sur son sol.
– Dans ce cas, je veux bien qu’on fasse un échange : on part de chez eux avec nos moyens de production et ils reprennent leurs ressortissants. De toute façon, sans nous, ils seront dans la merde, car les Noirs ne sont pas assez intelligents pour s’organiser et exploiter eux-mêmes leurs ressources.
Voilà ce qu’est capable d’expliquer un militant d’extrême droite qui se dit catholique. Pour moi, ça n’a rien de chrétien. J’ai cru comprendre que cet énergumène qui se prétend membre de l’Église est en fait proche de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X, qui, canoniquement, ne fait pas partie de l’Église catholique. Mais passons ces détails.
Quant à ce discours raciste, capillotracté et complètement incohérent, qu’a-t-il de catholique ? Si, heureusement, de nombreux électeurs du RN et de Reconquête ! (dont mon amie Camille) ne sont pas aussi extrémistes qu’Argan, peut-on se dire chrétien et tenir de tels propos ? Qu’enseigne réellement la Bible sur les questions migratoires ?
En tant que blogueur et écrivain catholique, j’ai mûrement réfléchi à la question, notamment en lisant Ce que dit la Bible sur l’étranger, du père Yves Saoût, bibliste et missionnaire au Cameroun pendant de nombreuses années. Sur le même sujet, vous pouvez lire, par exemple, l’entretien de Mgr Pontier paru dans La Vie. Pour ma part, je ne suis pas prêtre, mais j’ai lu la Bible en entier (dont le Nouveau Testament deux fois), je vais à la messe plusieurs fois par semaine et je lis les textes de la liturgie au quotidien. J’ai aussi beaucoup voyagé, je parle plusieurs langues et j’ai de très bons amis issus d’horizons sociaux, ethniques et religieux très divers.
Sur la base de mes lectures et de mes expériences, j’ai écrit le livre Unis par le Camino : unequête de sens sur le chemin de Compostelle. Je vous propose d’en lire un passage, où Jonaz, le personnage principal, débat avec des catholiques polonais d’extrême droite et démontre quelle est vraiment la vision chrétienne des questions migratoires :
Jonaz discute avec ces Slaves très loyaux envers leur gouvernement. S’il ne partage pas toutes leurs idées, il est ravi d’en débattre sereinement, de manière constructive.
– Pourquoi avez-vous refusé d’accueillir des réfugiés syriens en 2015 ?
– Nous avons accepté d’accueillir les chrétiens, mais pas les musulmans. Notre pays sort d’un demi-siècle de communisme. Avant, notre élite intellectuelle avait été décimée par les nazis, qui avait aussi massacré nos concitoyens juifs, soit un tiers de notre population. Autrefois, nous étions l’un des rares endroits en Europe où les Israélites pouvaient vivre en paix. Depuis 1939, les totalitarismes ont cherché à tuer la Pologne, ses habitants et sa culture. Depuis la chute du rideau de fer, nous pouvons enfin nous reconstruire, et nous avons besoin de fermer nos frontières pour renforcer notre identité nationale et, peut-être, être capables de bien accueillir plus tard.
– C’est vrai que je ne sais pas quoi dire. Je sais que votre peuple a beaucoup souffert et une telle souffrance invite à la compréhension et au respect. Mais en France, il me paraît normal d’accueillir les migrants. Nous sommes le pays des droits de l’homme, et nous avons aussi une dette envers les Africains. Nous pillons leurs ressources naturelles tout en créant chez eux des conflits interethniques par la vente d’armes. Par exemple, la République démocratique du Congo dispose d’un sous-sol extrêmement riche en or et en diamants. Ce pays pourrait être l’une des premières puissances mondiales, mais nous volons ses richesses en le livrant aux massacres. Une demandeuse d’asile congolaise m’a un jour dit qu’étant donné ces pillages, la France devrait compenser en donnant d’office un visa et du travail dans l’Hexagone à tous les Congolais qui veulent s’y installer.
– C’est sûr : la France a une dette envers ces peuples. Mais pas la Pologne. Nous ne volons aucun pays en développement et nous ne leur devons rien. Nous fermons la frontière aux ressortissants de ces nations, mais nous sommes prêts à leur envoyer de l’argent pour les aider à rester chez eux. Sais-tu que beaucoup de Polonais sont en faveur de l’indépendance du Kurdistan ?
– Ah bon ?
– Eh oui, car le peuple kurde vit ce que nous vivions au XIXe siècle. Aujourd’hui, il ne dispose pas de son propre État, mais reste divisé entre l’Iraq, la Syrie, l’Iran et la Turquie. De même, notre pays était écartelé entre l’Autriche-Hongrie, la Russie et la Prusse. C’est pourquoi nous nous sentons proches d’eux.
– Eh bien, tu m’apprends quelque chose !
– Mais avec l’immigration, la France prend un mauvais chemin. Je prédis qu’à terme, une guerre civile éclatera chez vous !
– Ça fait au moins vingt ans que les militants d’extrême-droite me prédisent cette guerre civile imminente. Je l’attends toujours ! J’ai vécu plusieurs années dans des cités, mon meilleur ami est arabo-musulman, et je peux t’assurer que le vivre-ensemble est non seulement possible, mais bien réel.
– As-tu lu Le camp des saints, de Jean Raspail ? C’était un Français très visionnaire sur cette question. Il n’était pas croyant, mais il avait un grand respect pour la foi et la tradition catholiques…
– Voilà un discours qui m’énerve : ce sont souvent les non chrétiens, quelles que soient leurs convictions, qui disent que nous devons voter comme eux ! J’ai déjà entendu des gens athées dire : « Pour moi, un chrétien cohérent doit voter à gauche », « Pour moi, tout catholique devrait être royaliste », « Jésus était le premier communiste » ou encore « Ça existe, les chrétiens de gauche ? Moi, je ne suis pas chrétien, mais quitte à l’être, autant voter à droite ! » Dieu n’est ni de droite ni de gauche ! L’Église n’est pas un parti politique ! Elle donne juste des orientations pour éclairer notre conscience politique. Si elle appelle à protéger la vie de sa conception à son terme naturel, si elle est proche des chrétiens persécutés, si elle défend la famille, le travail, le principe de subsidiarité et la propriété privée, elle appelle aussi à donner la priorité aux plus pauvres, à protéger l’environnement, à redistribuer équitablement les richesses, à dialoguer avec les autres religions, à accueillir les étrangers et elle condamne fermement le racisme ainsi que toute sorte de discrimination.
– On peut vouloir contrôler l’immigration sans être raciste…
– Bien sûr que tous les militants d’extrême droite ne sont pas nazis. Bien sûr que certains défendent leurs idées tout en respectant les personnes différentes d’eux qui croisent leur chemin. Et heureusement, d’ailleurs ! Mais, de mon point de vue, ce discours alarmiste sur les flux migratoires n’a rien de chrétien, et je vais te le prouver. Du début à la fin de la Bible, l’immigration est promue. Au jardin d’Eden, Dieu crée l’homme et la femme, puis leur dit : « remplissez la terre et soumettez-la »[1]. Après le déluge, Dieu réitère sa demande auprès des fils de Noé : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre. »[2]
– Justement, coupe Jan Marian, dans ce passage, il est dit que Sem, Cham et Japhet ont peuplé trois parties différentes du monde. Ainsi, Dieu dit clairement qu’il a voulu que les Blancs restent en Europe, les Jaunes en Asie et les Noirs en Afrique.
– Écoute bien la suite, et tu verras que cette théorie ne tient pas debout ! En interprétant à sa manière un passage isolé de la Bible, on peut lui faire dire n’importe quoi. L’histoire sainte ne s’arrête pas avec Noé ! Plus tard, Abraham quitte son pays à la demande du Seigneur pour s’installer en Canaan. Puis son petit-fils, Jacob, vient s’installer avec sa famille en Égypte. Après y avoir été traités comme des esclaves, les Hébreux émigrent à nouveau vers la Terre promise. Dans la Loi que leur transmet Moïse de la part de l’Éternel, il leur est clairement dit d’accueillir correctement les immigrés, car eux-mêmes ont été des immigrés en Égypte. L’arrière-grand-mère du roi David était d’ailleurs une étrangère nommée Ruth. Le roi Salomon vit une histoire d’amour avec la reine de Saba, une Éthiopienne à la peau noire. La suite de l’Ancien testament parle d’échanges pacifiques ou guerriers avec d’autres nations. Avec l’exil à Babylone, le peuple juif fonde des communautés dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Europe. Tout cela est voulu par Dieu. Dans le Nouveau testament, l’Enfant Jésus doit fuir en Égypte pour échapper à la persécution d’Hérode. La Sainte Famille se compose donc de trois réfugiés politiques. Lors de sa vie publique, le Christ ne fait aucune différence entre les Juifs et les autres. Il traverse la Samarie et quelques terres païennes, il s’émeut de la foi d’un centurion romain et d’une femme syro-cananéenne. Après sa mort et sa résurrection, les apôtres émigrent pour annoncer la Bonne Nouvelle. Ils évangélisent de l’Espagne à l’Inde. Pour ce faire, ils s’appuient sur la Diaspora juive disséminée dans tout le monde connu. Si ton peuple et le mien connaissent le nom de Jésus, c’est grâce à ces mouvements migratoires. Enfin, l’Apocalypse mentionne la migration finale des vivants et des morts vers la Jérusalem céleste. Je ne suis pas hostile à l’idée de patrie et de nation ici-bas. Je me considère même comme patriote. Néanmoins, ces concepts s’évanouiront le jour où tous les humains n’auront plus qu’une seule patrie : le Royaume de Dieu.
En 1609, le roi d’Espagne Philippe III a expulsé des territoires hispaniques l’ensemble des Morisques, derniers musulmans d’Espagne, qui avaient refusé de se convertir au christianisme après la prise de Grenade en 1492. Cet épisode de l’histoire est bien connu en Espagne, mains beaucoup moins en France. Vous pourrez lire une explication détaillée dans cet article de la version espagnole de National Geographic (section Histoire). Je pourrai bien entendu compléter avec d’autres sources si vous me le demandez en commentaire. 😊
« S’il est moins aventurier que son compagnon, Hakam aime les défis. Dans son Algérie natale, il a réalisé son service militaire et sait qu’il est résistant, malgré ses apparences douillettes […]. Pour l’heure, il a envie de découvrir l’Espagne, ce pays passionnant qu’il ne connaît pas. C’est la terre mystérieuse de ses ancêtres, les Morisques chassés au XVIIe siècle parce qu’ils étaient soupçonnés de trahison envers leur patrie. Dans un contexte où la chrétienté était menacée par l’invasion ottomane, les derniers musulmans de ce puissant empire colonial catholique durent choisir entre la conversion et la valise. Finalement, l’Espagne sortit perdante de cette expulsion. Elle se sépara de nombreux travailleurs et fut frappée par une crise économique. Certains exilés utilisèrent leur connaissance des langues et des côtes de leur ancienne patrie pour conseiller les pirates barbaresques, dont les rangs avaient beaucoup grossi depuis la prise de Grenade. Souvent corsaires au service des Turcs, certains héritiers de Barberousse considéraient leurs razzias contre les roumis comme une forme de djihad. Hakam est heureux de découvrir ce pays d’où ont été expulsés ses ancêtres qui ont tout quitté pour rester fidèles à leur religion. Pour un premier contact avec cette culture, il a suivi son ami sur ce chemin dont il avait vaguement entendu parler. Il se laisse entraîner par ce fin connaisseur, comme un voyageur en soif d’aventure et de découvertes suivrait un guide expérimenté et érudit. »
Quelles conclusions tirer de cet épisode de l’histoire ?
À cette époque, l’Espagne traverse une période difficile. Après avoir été un empire florissant sous les Rois catholiques, Charles Quint puis Philippe II, le royaume connaît une période de crise tant en Europe que dans son empire colonial. Les guerres font rage ici et là, si bien que le XVIIe siècle est appelé elSiglo de hierro (« le Siècle de fer ») par certains historiens. Philippe III n’est pas aussi habile que ses ascendants pour régner, si bien que le pouvoir est exercé officieusement par le duc de Lerma, dont le rôle s’apparente à celui d’un Premier ministre.
Entre autres mauvaises décisions, on choisit d’expulser les sujets de confession musulmane, ce qui représentent des centaines de milliers de personnes. Or, il s’agit en grande partie de travailleurs du secteur agricole. Exilés pour des raisons de sécurité, ils laissent leurs postes vacants, si bien que de grosses quantités de nourritures ne seront pas produites et que l’Espagne connaîtra une période de famine. Quant à la sécurité, elle va donc s’empirer, puisque la Méditerranée orientale sera davantage menacée par la piraterie et la traite d’êtres humains.
Connaître l’histoire doit nous aider à ne pas reproduire les erreurs du passé. Si l’on expulsait tous les musulmans de France, ce seraient des millions de travailleurs qui s’absenteraient et laisseraient vacants des postes clés : aide à la personne, BTP, entretien / propreté, mais aussi tout type de métier, du cadre très supérieur à l’ouvrier agricole. Hakam est inspiré d’un personnage réel. Son alter ego en chair et en os est un très bon ami arabo-musulman dont je tairai l’identité. Un soir, alors que nous parlions de politique, il m’a dit : « Tu sais, Jean, je suis arabe, et je suis bien placé pour te dire que les Arabes sont fiers. Si certains d’entre eux sont jetés de France comme des malpropres, ils vont détester la France et vous allez vous prendre une vague d’attentats dans la figure ! » Effectivement, l’histoire nous apprend que Daesh n’aurait sans doute jamais émergé si George W. Bush n’avait pas saccagé l’Iraq une décennie auparavant.
Après, chacun peut avoir son point de vue sur l’immigration et l’intégration. Je suis ouvert au débat et vos commentaires sont les bienvenus. 🙂
Pour conclure ce sujet sérieux sur une note d’humour, je vous fais part de mon point de vue quant au critère unique qui devrait être pris en compte pour naturaliser les personnes qui demandent la nationalité française. 🐓 Pour ma part, j’imagine qu’un Français qui n’aime pas le fromage de caractère n’est pas un vrai Français. Lorsque des ressortissants d’autres pays demandent la naturalisation, nous devrions tous leur faire passer le même test : manger un camembert qui est resté hors du réfrigérateur pendant une semaine. Si le candidat apprécie, il est naturalisé. S’il fait une grimace en mangeant ou même à cause de l’odeur, son dossier est refusé. S’il vomit avant d’avoir terminé, il est soumis à l’obligation de quitter le territoire français (OQTF). 😉
Entre l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, l’isthme de Panama est un territoire à l’histoire passionnante. Depuis sa découverte par les Espagnols au début du XVIe siècle, cette fine bande de terre interocéanique a toujours été convoitée tant pour sa position stratégique que pour ses richesses. Il n’est donc pas étonnant que son histoire politique soit jalonnée d’épisodes d’ingérence et minée par la corruption… À l’heure où la République du Panama élit son nouveau président et doit relever des défis de taille, intéressons-nous à son passé captivant ! 😀
Au Panama se trouve la plus grande mine de cuivre d’Amérique centrale, qui génère près de 4 % du PIB et 65 % des recettes des exportations. Elle est exploitée par le consortium canadien First Quantum Minerals. Le 20 octobre 2023, le contrat entre celle-ci et l’État panaméen a été adopté pour 20 ans renouvelables. Des manifestations ont commencé à partir de cette date. Des associations écologistes, des corps de métiers, des syndicats, des groupes amérindiens et des étudiants, entre autres, ont exigé l’annulation de cet accord. Ils ont dénoncé la corruption y ont voulu protéger les ressources naturelles. Ils ont également considéré que cette mesure ne respecte pas la souveraineté nationale, estimant que l’exploitation de cette mine est un vol envers le peuple panaméen. Afin de mieux comprendre les racines de ce conflit, nous pouvons nous pencher sur l’histoire de l’Isthme…
Avant d’approfondir ce sujet, il convient de définir les concepts clés. D’après le Larousse (version numérique disponible sur ce lien), l’ingérence est, entre autres, l’« intervention d’un État dans la politique intérieure d’un autre État. » Dans cet article, nous nous baserons sur la définition retenue par le droit international, à savoir le fait qu’un État ou une organisation internationale intervienne dans la politique intérieure d’un État souverain sans l’accord de ce dernier (vous trouverez une définition plus complète de ce concept sur le site Internet de l’ENS de Lyon). Nous pouvons considérer comme la personnalité morale d’un État souverain soit la majorité de ses citoyens soit ses dirigeants, en principe élus démocratiquement par le peuple. Concernant la corruption, le Dictionnaire de l’Académie française définit, entre autres, ce concept emprunté du latin classique corruptio(« altération », « séduction ») de la manière suivante : « Le fait de détourner une personne de son devoir, de la soudoyer, de la suborner. User de corruption pour parvenir à ses fins. Recourir sans scrupule à la corruption. DROIT. Corruption active de fonctionnaire, délit consistant à solliciter d’un fonctionnaire un acte contraire à son devoir, en faisant appel à ses intérêts propres. Corruption électorale, pratique consistant à acheter les suffrages lors d’une consultation électorale. La corruption électorale est punie de la privation des droits civiques.Corruption passive, le fait de se laisser détourner de son devoir par de l’argent ou tout autre moyen de subornation. Le trésorier de cette association a été soupçonné de corruption passive. »
Compte tenu des éléments ci-avant, nous pouvons nous demander : Quels rôles jouèrent l’ingérence, d’autres types d’influence étrangère légitime et illégitime, ainsi que la corruption et les autres formes de manipulation de la part d’acteurs extérieurs, dans l’histoire politique de l’Isthme de Panama depuis l’ère coloniale jusqu’au milieu du XXe siècle ?
Pour répondre à cette question, nous suivrons le cours de l’histoire de cette région, en commençant par la phase qui s’étend de la conquête espagnole au projet de canal français (1501-1868). Nous nous intéresserons ensuite au rôle de l’influence étrangère dans la construction du canal et l’indépendance du Panama (1879-1914). Pour finir, nous terminerons notre étude chronologique en considérant ce qui se produisit entre la fin des travaux du canal de Panama et la Seconde Guerre mondiale (1914-1941).
De la conquête espagnole au projet de canal français (1501-1868)
Entre deux océans et deux sous-continents, l’isthme de Panama est situé dans un lieu stratégique et naturellement ouvert à l’influence de plusieurs peuples. Nous verrons que cela est déjà documenté bien avant avant le projet de canal interocéanique.
D’après ce que savent les historiens, nous pouvons affirmer avec certitude que le début de l’ingérence sur le territoire de l’isthme de Panama remonte à 1501, quand les Européens mirent pour la première fois le pied sur cette terre. Christophe Colomb visita lui-même ces contrées lors de son quatrième voyage en 1502 et écrit au roi Ferdinand le Catholique qu’il s’agissait des terres les plus fertiles du monde. Ce fut alors que les Espagnols s’y installèrent ; ils y furent immédiatement harcelés par les autochtones. Vasco Núñez de Balboa leur imposa son autorité et se lia d’amitié avec quelques puissants chefs tribaux. Ces derniers lui révélèrent l’existence d’une autre mer, au bord de laquelle prospéraient des royaumes très riches en or. En 1513, l’expédition dirigée par le conquistador atteignit l’océan Pacifique, où les Amérindiens lui confirmèrent l’existence d’un grand empire au midi, c’est-à-dire l’Empire inca. Ainsi, la ville de Panamá la Vieja fut construite, servant de base pour conquérir l’Amérique du Sud.
Pendant l’époque coloniale, les Espagnols durent faire face à l’ingérence d’autres puissances européennes ainsi qu’aux pirates des Caraïbes. En effet, Portobelo était la ville dans laquelle étaient entreposés les trésors provenant des colonies méridionales. Le célèbre corsaire Francis Drake essaya de prendre la région pour y établir une base anglaise dans les Caraïbes et mettre en échec l’empire colonial espagnol. Il fut vaincu et mourut en 1596 face à Portobelo. Cette ville fut également attaquée par le pirate Morgan, qui incendia ensuite Panamá la Vieja, dont il ne reste aujourd’hui que des décombres. En 1663, la ville actuelle fut établie sur un lieu plus facilement défendable. Plus tard, des Écossais fondèrent des colonies dans le Darién, avec l’intention de relier par un chemin les deux océans. Après des conflits avec les Espagnols, la paix fut signée en 1700, puis les Britanniques abandonnèrent ce projet. Le XVIIIe siècle marqua le début du déclin de l’empire colonial espagnol en Amérique. À cette époque, la zone de l’isthme dut faire face aux attaques constantes des pirates des Caraïbes, ainsi qu’aux conflits contre les Amérindiens du Nicaragua et du Darién, qui détruisirent de nombreux villages. En 1746, les Anglais portèrent le coup de grâce à Portobelo. Les Espagnols arrêtèrent donc d’y entreposer des richesses. Les familles aisées avaient déjà commencé à déserter la bande de terre, qui commença à péricliter.
Par conséquent, le Panama commença le XIXe siècle sous l’aspect d’une petite province oubliée d’un empire en pleine décadence. Les révolutions américaine et française constituèrent d’autres influences étrangères, qui diffusèrent des idées indépendantistes sur le continent. Profitant de l’affaiblissement de couronne espagnole du fait de l’invasion napoléonienne, Simón Bolívar prit la tête de la révolte dans la zone qui englobait notamment le territoire qui nous intéresse. Il vainquit les armées royales lors de la bataille décisive de Boyacá (actuelle Colombie) le 7 août 1819. L’isthme de Panama quitta donc la domination de la métropole pour être rattaché au nouvel État de Grande Colombie. Autour de l’an 1835, les États-Unis manifestèrent pour la première fois un certain intérêt pour cette région. En effet, ils avaient déjà acheté la Louisiane aux Français, s’ouvrant ainsi un accès à la mer des Caraïbes. Le territoire de l’Isthme est une bande de terre très fine, qui permet de passer facilement d’un océan à l’autre. Or, en 1848, commença ce qu’on appelle la « ruée vers l’or ». Des mines étaient exploitées en Californie et le Panama était la route la plus sûre pour que les minerais fussent transportés jusqu’à la côte orientale des États-Unis. En effet, le Middle West était marqué par les conflits avec les Indiens ; ces peuples massacrés et affamés volontairement par les étasuniens ne perdaient aucune occasion de prendre en embuscade les diligences et les trains chargés de marchandises et de matières premières de valeur. De ce fait, l’or transitait par le Panama. Les navires étaient déchargés sur la côte Pacifique, puis la cargaison était transportée en canoë le long du fleuve Chagres. Enfin, elle était acheminée à dos d’âne jusqu’à la mer des Caraïbes. Le président américain Andrew Jackson (1829-1837) avait déjà en tête l’idée d’un canal interocéanique. Dans les années 1850, un traité fut signé entre les États-Unis et la Colombie afin d’utiliser l’isthme en tant que route commerciale. En 1855 fut inaugurée la ligne ferroviaire qui marqua la fondation de la compagnie des chemins de fer du Panama. La ville de Colón fut construite à cette époque, en tant que terminal de cette liaison sur la côte atlantique, mais aussi afin d’assumer la fonction de port pour des grands navires à vapeur. Après l’inauguration de cette ligne, l’isthme était constamment traversé par des milliers de personnes.
En somme, bien avant le projet français de canal interocéanique, le Panama était considéré par tous comme une zone stratégique et riche en ressources. C’est pour cela que toutes les puissances militaires et économiques de la région convoitaient cette bande de terre. Entre le XVIe et le milieu du XIXe siècle, les uns et les autres essayaient de la conquérir par les armes. Nous verrons qu’à l’époque contemporaine, d’autres moyens furent utilisés pour s’approprier ce lieu désiré par tant de monde…
Quelle est l’histoire de la construction du canal de Panama ?
II.La construction du canal et l’indépendance du Panama (1869-1914)
Le grand tournant dans l’histoire de l’isthme fut indubitablement la construction du canal, qui conduisit à l’indépendance de la République duPanama. Quel fut le rôle de certaines puissances étrangères dans le déroulement de ces événements ? Quelles armes utilisèrent-elles pour que tout se produisît selon leur volonté dans cette bande de terre si convoitée ?
En 1869, le commandant étasunien Thomas Oliver Selfridge dirigea une expédition à travers l’isthme afin de vérifier la faisabilité d’un canal interocéanique à cet endroit. Presque tous ses hommes moururent d’une fièvre mystérieuse. Par conséquent, les États-Unis apportèrent leur soutien à un autre projet, au Nicaragua. De son côté, le célèbre diplomate français Ferdinand de Lesseps envoya sur les mêmes lieux l’ingénieur Lucien Napoléon Bonaparte-Wyse, qui ambitionnait de marquer l’histoire, comme con grand-oncle Napoléon Ier. De façon similaire, les hommes tombèrent les uns après les autres. L’explorateur avança donc à marche forcée pour atteindre la côte pacifique avant d’être touché par la fièvre en question. Après y être parvenu, il prépara rapidement un contrat avec le gouvernement colombien afin de construire un canal à travers l’isthme. Le comte de Lesseps soutint ce projet, cachant la réalité tragique de l’expédition de Wyse. En mai 1879, une réunion fut convoquée, rassemblant les meilleurs ingénieurs du monde, afin qu’ils décidassent quel projet choisir entre les deux canaux, à savoir le nicaraguayen et le panaméen. Thomas Oliver Selfridge et Ferninand de Lesseps se faisaient face. Ce dernier sut vendre du rêve et proposa un canal à niveau, comme il l’avait fait avec prestige à Suez. Il ne parla pas de la mystérieuse fièvre et partait gagnant car la plupart de des votants étaient français. Son projet fut approuvé avec une très faible majorité. Le gouvernement français ne lui apporta pas son soutien. La société chargée de la construction du canal chercha des fonds privés, acheta la presse et attira des actionnaires en diffusant l’idée que le Panamá était synonyme de « progrès ». En 1881, les travaux commencèrent sous la direction d’Henri Bionne. Des milliers d’ouvriers arrivèrent sur les lieux, originaires pour la plupart de Jamaïque ou de la Nouvelle-Orléans. Finalement, la fièvre jaune et le paludisme tuèrent des milliers d’ouvriers et d’ingénieurs. En 1882, un tremblement de terre causa la mort de plusieurs travailleurs et détruisit de nombreuses infrastructures. Les travaux n’avançaient pas aussi vite que prévu et les ouvriers, qui voyaient mourir leurs camarades, étaient démoralisés. En France, l’opinion publique et les actionnaires commencèrent à perdre confiance. Après la mort de Bionne et le départ de Jules Dingler, qui avait perdu toute sa famille à cause de la fièvre jaune, Lesseps nomma Philippe Bunau-Varilla à la tête du chantier. À la suite d’un cyclone aux conséquences tragiques (50 employés y trouvèrent la mort et la société y enregistra de nombreux dommages matériels), le jeune ingénieur en chef déclara au comte qu’il fallait abandonner l’idée d’un canal à niveau pour en réaliser un fonctionnant à l’aide d’écluses. Lesseps convoqua plusieurs ingénieurs (dont Gustave Eiffel) afin de concevoir ce nouveau projet, mais il était déjà trop tard. Las actions de la société chutèrent sans cesse et, après une tentative de financement au moyen d’une loterie frauduleuse, la faillite se produisit sans attendre. Beaucoup d’investisseurs, dont un grand nombre étaient de condition modeste, perdirent tout leur avoir, ce qui provoqua une crise économique en France. Ferdinand et Charles de Lesseps y furent jugés pour malversation. Il fut prouvé que des législateurs avaient reçu des pots-de-vin pour que le parlement autorisât la loterie. La France avait tenté d’influer sur l’histoire de l’Isthme à l’aide de nouvelles armes, à savoir l’argent et la corruption. Cela devait se solder par un échec aux conséquences dramatiques. Toutefois, le projet allait se poursuivre à travers une autre puissance étrangère qui sut utiliser à sa manière des ressources financières et stratégiques.
En 1889, la faillite de la société française ruina de nombreux Français, mais l’un d’entre eux voulut récupérer sa mise : le dernier ingénieur en chef du projet, Philippe Bunau-Varilla. Ce dernier se mit en relation avec Theodore Roosevelt, élu président des États-Unis en 1901, qui voulait transformer son pays en une puissance mondiale et avait pour projet de contrôler les deux océans. Le Sénat étasunien soutenait l’idée d’un canal interocéanique passant par le Nicaragua, mais le président apprit que la société française en liquidation voulait céder pour 40 millions de dollars (soit environ 1 000 000 000 $ en valeur actuelle), 12 000 hectares de propriété foncière, le chemin de fer, du patrimoine immobilier (hôpitaux, bureaux et logements pour les salariés), ainsi qu’une immense quantité de machines (pelleteuses, grues, locomotives, wagons, etc.). Bunau-Varilla essaya de corrompre un membre clé du Sénat, chef de file des soutiens au canal nicaraguayen, mais sans succès. Quelques jours avant le vote, une éruption explosive dévasta la Martinique. En ce triste jour de 1902, le Mont Pelée fit disparaître environ 30 000 personnes et la panique des volcans s’étendit à toute la région. Le Français profita de cet événement tragique pour envoyer à chaque sénateur une lettre avec un timbre du Nicaragua, sur lequel apparaissait l’image d’un volcan. Dans ces missives, il expliqua qu’un ne pouvait pas construire un canal dans des lieux foisonnant de volcans. Par conséquent, le Sénat des États-Unis d’Amérique approuva, avec une très faible majorité, l’achat du chantier au Panama. Néanmoins, pour pouvoir opérer à cet endroit, il fallait bénéficier de l’accord de Bogotá. John Hay, qui était à cette époque secrétaire d’État de la puissance montante du continent américain, commença à dialoguer avec le gouvernement colombien, qui devait alors faire face à la guerre des Mille Jours. Le conflit entre conservateurs et libéraux s’avéra particulièrement violent au sein de l’isthme. Pour Roosevelt, il était impossible de commencer les travaux sans sécuriser la zone au préalable. Il y envoya donc des troupes. Ce débarquement, effectué sans avoir demandé au préalable l’autorisation du gouvernement conservateur, fut considérée comme une ingérence. De ce fait, la situation se tendit énormément entre les deux pays. Après le retrait des troupes américaines, la Colombie refusait toute négociation.
L’isthme de Panama était toujours une province très isolée du reste de la Colombie. À l’extrémité orientale de cette zone, la région appelée « le bouchon du Darién » est une forêt tropicale épaisse et dangereuse qui a toujours empêché le passage à pied de l’Amérique centrale à l’Amérique du Sud. À cette époque, la seule manière de se déplacer du territoire de l’actuel Panama à Bogotá était un trajet en bateau jusqu’à Cartagena, puis un voyage à dos de mule jusqu’à la capitale. Ce périple durait deux semaines. Au sein de l’isthme, beaucoup de personnes souffraient de la pauvreté et de la faim, manquant également de médicaments. Le projet de canal constituait une aubaine pour que la région sortît la tête de l’eau. Après la faillite de la compagnie française, le traité Herrán-Hay incarnait un nouvel espoir. Ce dernier s’évanouit quand le Sénat colombien s’opposa à ce texte juridique, qui avantageait beaucoup la puissance étrangère qui venait de faire preuve d’ingérence sur son territoire national. Il octroyait aux États-Unis des droits souverains pendant 100 ans sur une bande de terre de 6 milles à travers l’isthme. Par conséquent, le traité fut rejeté avec une large majorité. Dans la province reculée, cette nouvelle déception était inacceptable. Le médecin Manuel Amador Guerrero, que travaillait à l’hôpital du chemin de fer, voulut offrir un meilleur accès à la santé à la population locale. Il s’associa à José Agustín Arango, un avocat de la même compagnie fondée par les États-Unis. En collaboration avec d’autres cadres, ils organisèrent dans la clandestinité un mouvement révolutionnaire visant l’indépendance de l’isthme de Panama. Pour parvenir à leurs fins, ils avaient besoin du soutien de Washington, en contrepartie d’un permis de construire pour le canal interocéanique. En octobre 1903, le Dr Amador Guerrero partit aux États-Unis, où il prit contact avec le seul homme qui à la fois connaissait le Panama et pouvait lui ouvrir les portes de la Maison Blanche : Philippe Bunau-Varilla. Ils se réunirent pendant 15 jours dans la chambre 1162 de l’hôtel Waldorf Astoria. En bonne posture pour négocier, le Français imposa beaucoup de conditions au Panaméen. Entre autres, il exigea d’être nommé ambassadeur plénipotentiaire du Panama une fois l’indépendance proclamée. L’ingénieur français avait les contacts à Washington et parlait anglais, ce que peu de Panaméens pouvaient faire à cette époque. Le médecin n’eut pas d’autre choix que d’accepter et retourna vers l’isthme avec le soutien de la puissance américaine, mais aussi une liste de conditions, dont beaucoup furent rejetées par les autres cadres du mouvement. Le 2 novembre, un cuirassé étasunien se présenta face à la côte de Colón en même temps qu’un navire de guerre colombien venu écraser la rébellion. María Ossa de Amador, l’épouse de Manuel Amador Guerrero, imagina un stratagème pour séquestrer les officiers des troupes colombiennes. Les 500 hommes restèrent donc sous le commandement du colonel Torres et sans protection entre les insurgés et les marins américains. Les cadres du mouvement séparatiste corrompirent le colonel avec une quantité d’or d’une valeur de 8 000 $. Torres accepta leur proposition et la révolution triompha sans qu’une seule goutte de sang ne fût versée. Après la lutte sanglante entre libéraux et conservateurs, Arango et Amador Guerrero avaient conclu des alliances avec les figures importantes des deux camps sur le territoire de l’Isthme. Le drapeau du Panama symbolise cette union à travers les couleurs bleue et rouge, associées au blanc, qui représente la paix. Les jours suivants, plusieurs navires de guerre étasuniens arrivèrent sur les côtes de l’isthme afin d’en garantir l’indépendance et la sécurité. Bunau-Varilla, à qui était donc réservé le poste d’ambassadeur plénipotentiaire du Panama auprès des États-Unis, méprisa les directives du nouveau gouvernement panaméen et négocia avec Hay, avant l’arrivée des délégués, un traité qui n’était pas à l’avantage de la jeune république. Entre autres, il céda une zone de 10 milles de large sur laquelle Washington disposerait de droits souverains. L’ingénieur français leur accorda ces avantages de manière perpétuelle au nom du peuple panaméen. Furieuse, la délégation envoyée par le gouvernement panaméen exigea un amendement de la convention, mais Bunau-Varilla leur mentit, prétendant que Roosevelt était disposé à abandonner la jeune république ainsi qu’à négocier directement avec la Colombie. Par conséquent, le gouvernement provisoire finit par remettre ledit traité dûment ratifié au consul des États-Unis, si bien que les travaux purent commencer.
La priorité du projet de canal mené par Washington était d’empêcher une nouvelle hécatombe. L’excellent ingénieur John Frank Stevens fut nommé à la tête du chantier. Il fit confiance au Dr William Crawford Gorgas, qui avait compris que les vecteurs de la fièvre jaune et de la malaria étaient les moustiques. Une grande campagne de fumigation fut donc mise en œuvre afin de tuer les insectes. L’on plaça des moustiquaires dans les maisons, les rues des villes de Panama et de Colón furent pavées, l’on canalisa toutes les eaux et les deux premières stations de potabilisation furent construites. Toutes ces mesures donnèrent lieu à une efficacité inattendue. Les travaux purent se poursuivre et s’achevèrent en 1914. Du fait de la Première Guerre mondiale, le canal fut inauguré plus tard, en 1920.
En définitive, la construction du canal et l’indépendance de la jeune république se concrétisèrent à travers l’intervention de puissances étrangères qui n’hésitèrent pas à manipuler, à mentir et à corrompre pour que ces projets débouchassent sur un résultat à leur avantage. Bien que la population panaméenne ne parvînt pas à obtenir une juste rétribution, les Français et les Américains leur offrirent des infrastructures et des conditions sanitaires qui améliorèrent un peu leur situation.
III. De la fin des travaux pour la construction du canal à la Seconde Guerre mondiale (1914-1941)
Toutefois, avec les dispositions prévues au titre du Traité Hay-Bunau-Varilla, l’isthme de Panama ne pouvait pas sortir de la pauvreté. Voyons comment, du début au milieu du XXe siècle, l’histoire politique du nouvel État souverain resta un conflit d’intérêts, entre négociations, ingérence, usage de la force, corruption et coups d’État.
La constitution de la jeune République du Panama permettait aux États-Unis d’intervenir militairement sur son territoire national. Cet article fut ratifié à la suite de débats entre conservateurs et libéraux afin de garantir la sécurité intérieure du pays. En effet, son application permit d’empêcher une tentative de coup d’État au début du siècle. Après la fin des travaux du canal en 1914, des altercations se produisirent entre des soldats américains et certains éléments des forces de l’ordre panaméennes. Le gouvernement des États-Unis demanda donc au président libéral Belisario Porras Barahona de désarmer la police. Porras protesta, mais Washington l’obligea à prendre cette mesure humiliante. En 1916, le président Valdés fut élu. Il mourut en 1918. Son premier adjoint, le Dr Ciro Luis Urriola Garrés, se vit confier le pouvoir et reporta plusieurs fois les élections. Toute la classe politique protesta et les soldats américains le déposèrent. En 1921, l’armée costaricienne envahit la République duPanama à cause d’un différend territorial concernant une région frontalière revendiquée par les deux pays depuis le XIXe siècle. Lors de la guerre dite du Coto, les Panaméens étaient convaincus de pouvoir compter sur le soutien des États-Unis, qui s’étaient engagés à défendre leur intégrité territoriale. Pourtant, non seulement ils ne les aidèrent pas, mais ils leur demandèrent de se soumettre à la décision de la Cour Suprême du géant américain, qui donnait raison au Costa Rica. Le président Warren G. Harding envoya même une flotte de guerre au Panama afin que cet État retire ses troupes de la zone disputée. Mécontents, les Panaméens voulurent renégocier les contrats du canal, par l’intermédiaire du diplomate Ricardo Joaquín Alfaro. À la suite de l’élection du candidat libéral Rodolfo Chiari en 1924, les Indiens emberá se révoltèrent, incités par un citoyen étasunien. Après de longues négociations, ils finirent par déposer les armes. En octobre 1925, des émeutes se produisirent du fait de l’augmentation des loyers. Le gouvernement panaméen demanda aux États-Unis d’intervenir militairement pour rétablir l’ordre. Le 28 juillet 1926, Panama signa avec Washington le Traité Alfaro-Kellogg. Un nouveau groupe nationaliste appelé Acción Comunal protesta contre cette convention, considérant qu’elle cédait la souveraineté nationale aux forces armées des États-Unis. Par conséquent, ce nouvel accord ne fut jamais appliqué. En somme, les prérogatives militaires dont disposaient les États-Unis au Panama en vertu de la constitution de cette jeune république leur permit plusieurs fois de garantir l’ordre et la démocratie au sein de l’isthme. Néanmoins, à d’autres moments, ils utilisèrent ces droits d’une manière qui peut être considérée comme une forme d’ingérence.
Comme nous l’avons vu ci-avant, la population de la bande de terre interocéanique prit son indépendance et approuva le projet de canal pour sortir de la pauvreté. En 1928, le nouveau président Florencio Harmodio Arosemena (Parti libéral réformé) présenta un plan de développement ambitieux, mais la dépression économique des années 1930 obligea le gouvernement à modifier presque tous ses projets. Acción Comunal échafaudait des plans pour le renverser. Ce groupe se composait de militants nationalistes et de professionnels mécontents de la direction que prenait la politique nationale. Au cours de la nuit du 31 décembre 1930 au 1er janvier 1931, Arnulfo Arias, membre de l’organisation et gendre d’un ami intime du président, enivra les soldats de la garde présidentielle, puis attaqua la résidence du chef de l’État. Acción Comunal prit le contrôle de la ville de Panama et l’ambassadeur des États-Unis convainquit Arosemena de démissionner. Ce dernier signa son dernier décret en nommant ministre Harmodio Arias Madrid (frère d’Arnulfo Arias). Les instances compétentes désignèrent Ricardo Joaquín Alfaro comme président jusqu’à la fin du mandat. Cet événement marqua un tournant dans l’histoire politique du Panama, puisque la lutte nationaliste voulait mettre fin à l’ingérence étasunienne, contrôler le canal et éradiquer la pauvreté du territoire de l’isthme. Arias Madrid bénéficia du soutien du gouvernement lors des élections de 1932 et fut élu président. Il renégocia les traités avec son homologue Franklin D. Roosevelt. Voici la traduction d’un paragraphe extrait du journal La Estrella de Panamá et relatif au traité Arias-Roosevelt :
« Dans ce traité, la redevance annuelle était revalorisée et s’élevait désormais à 430 000 balboas. En outre, des mesures furent mises en œuvre pour contrôler la contrebande de biens dans la zone du canal, une activité illégale qui portait préjudice à l’économie panaméenne. Concernant les terres contrôlées par les États-Unis, la convention limitait l’expropriation de biens fonciers, mais ne prévoyait aucune restitution. Enfin, cet accord engageait le Panama en tant qu’allié militaire du géant américain. »
Le mandat d’Harmodio Arias Madrid se poursuivit jusqu’en 1936. Lorsqu’éclata la Seconde Guerre Mondiale, son frère Arnulfo présidait la République du Panama. En tant que nationaliste, le nouveau chef de l’exécutif admirait les régimes de l’Axe et refusa d’aider la marine américaine quand les États-Unis s’engagèrent dans le conflit. Un officier de police nommé Ricardo Adolfo de la Guardia dirigea un coup d’État orchestré par la puissance occidentale montante. Dès lors, la police allait jouer un rôle important au niveau de la politique nationale. Peut-on considérer cette intervention américaine comme un cas d’ingérence légitime du point de vue géopolitique ? Avant de la définir de la sorte, il convient d’interroger la légitimité du gouvernement d’Arias, qui avait accédé à la présidence par la force, étant donné que ses militants avaient poussé Alfaro à la démission par la violence. En octobre 1941, Ricardo Adolfo de la Guardia honora les requêtes des États-Unis et leur permit d’armer des navires marchands. Cela fut un autre exemple de l’influence étrangère (et principalement américaine) dans l’histoire politique du Panama, du commencement à nos jours.
Pour conclure ce que nous pouvons raisonnablement avancer sur cette période historique, les avantages que les textes juridiques octroyaient aux États-Unis en matière d’accès à la politique intérieure de la République du Panama leur permirent d’intervenir par la force à plusieurs reprises, parfois au bénéfice des intérêts du peuple panaméen. Dans d’autres cas, leur action pouvait clairement être qualifiée d’ingérence. Quoi qu’il en fût, la plus grande résistance à laquelle dut faire face la puissance nord-américaine fut le parti nationaliste Acción Comunal, qui s’appuyait sur le mécontentement d’une population peinant à sortir de la pauvreté car elle ne bénéficiait pas des recettes occasionnées par l’exploitation du canal. Grâce aux négociations menées par plusieurs politiciens, la République du Panama parvint à défendre ses intérêts légitimes et obtint la résiliation d’un contrat que John Hay lui-même avait considéré comme inégalitaire en son temps.
En définitive, depuis l’époque coloniale, l’isthme de Panama a toujours été une terre convoitée tant pour ses richesses que pour sa position stratégique. C’est pourquoi les Espagnols durent se battre contre les pirates et les Britanniques, puis les Colombiens furent expulsés de la région par les Américains après que les Français eussent échoué dans le premier projet de construction d’un canal interocéanique. Après l’indépendance, les États-Unis n’hésitèrent ni à faire preuve d’ingérence ni à jouer la carte de la corruption pour parvenir à leurs fins, comme l’avaient fait d’autres puissances à d’autres moments de l’histoire. Comme le monde entier transite par cette zone, l’isthme de Panama est depuis longtemps ouvert à l’influence étrangère, ce qui fait partie intégrante de son identité. Ce fait récurrent bénéficie souvent au peuple panaméen. Par conséquent, on ne peut pas le considérer comme une ingérence. Celle-ci existe à certaines occasions pour des raisons stratégiques et du fait d’intérêts économiques, de même que la corruption. Ces deux phénomènes semblent intimement liés à l’histoire de l’Amérique latine en général.
Néanmoins, comme à plusieurs reprises par le passé, le peuple panaméen n’accepte pas la tournure que prennent ces concepts récurrents, qui s’incarnent aujourd’hui dans le projet minier. Les élections présidentielles se tiendront le 5 mai prochain. Le peuple votera-t-il de manière souveraine et libre ou pouvons-nous craindre que l’ingérence d’une puissance étrangère et la corruption d’acteurs de poids, comme certains cartels de narcotrafiquants, influent sur les résultats ?
En Panamá existe la mayor mina de cobre de Centroamérica, que genera cerca del 4% del PIB y el 65% de los ingresos de exportaciones. La explota el consorcio canadiense First Quantum Minerals. El 20 de octubre de 2023 fue aprobado el contrato entre esta y el Estado panameño para 20 años renovables. A partir de esta fecha empezaron protestas. Unas asociaciones ambientales, gremios, sindicatos, grupos indígenas, estudiantes, entre otros, exigieron la cancelación del acto. Denunciaron la corrupción y quisieron proteger los recursos naturales. También consideraron que esta medida no respeta la soberanía nacional, siendo la explotación de la mina, un robo al pueblo panameño. Para entender bien las raíces de este conflicto, podemos hacer un recorrido por la historia del Istmo…
Antes de profundizar este tema, cabe definir debidamente los conceptos clave. Según el Diccionario panhispánico del español jurídico (de la Real Academia Española), la injerencia es la “intromisión, actuación sin habilitación ni título en un negocio o competencia ajenos.” En este artículo vamos a considerar la definición del derecho internacional, es decir, el hecho de que un Estado o una organización internacional intervenga en los asuntos internos de un Estado soberano sin el consentimiento de éste (véase una definición más completa en francés en la página web de la ENS de Lyon). En cuanto a la corrupción, el Diccionario Jurídico Elemental (de la firma de auditoría salvadoreña Jacobo & Asociados) la define de esta forma: “Se estimaba tal el acto de quienes, estando revestidos de autoridad pública, sucumbían a la seducción, como los realizados por aquellos que trataban de corromperlos. En realidad, la corrupción venía a confundirse con el soborno o el cohecho. Pero en el presente, corrupción equivale a destruir los sentimientos morales de los seres humanos.”
Considerando estos elementos, nos podemos preguntar: ¿qué papel desempeñaron la injerencia, otros tipos de influencia extranjera legítima e ilegítima, así como la corrupción y las otras formas de manipulación por parte de actores foráneos, en la historia política delIstmo de Panamá desde la era colonial hasta mediados del siglo XX?
Para contestar esta cuestión, vamos a seguir el curso de la historia de la zona, empezando por la fase que se extiende de la conquista española al proyecto de canal francés (1501-1879). Luego nos interesaremos en el papel de la influencia extranjera en la construcción del canal y la independencia de Panamá (1879-1914). Por fin, terminaremos nuestro estudio cronológico considerando lo que pasó entre el final de las obras del canal de Panamá y la II Guerra Mundial (1914-1941).
De la conquista española al proyecto de canal francés (1501-1868)
Entre dos océanos y dos subcontinentes, el Istmo de Panamá está ubicado en un lugar estratégico y naturalmente abierto a la influencia de varios pueblos. Vamos a ver que esto ya se documenta mucho antes del proyecto de canal interoceánico.
El principio de la injerencia en el Istmo de Panamá, según lo que han registrado los historiadores, podemos afirmar de forma segura que se remonta a 1501, cuando los europeos pisaron por primera vez esa tierra. El propio Cristóbal Colón la visitó en su cuarto viaje, en 1502, y le escribió al rey Fernando el Católico que eran las tierras más fértiles del mundo. Entonces los españoles se asentaron allí y fueron acosados por los indígenas desde el principio. Vasco Núñez de Balboa los sometió y trabó amistades con unos caciques potentes. Estos le revelaron la existencia de otro mar, donde prosperaban unos reinos muy ricos en oro. En 1513, la expedición encabezada por el conquistador llegó al Océano Pacífico, en donde los indios le confirmaron la existencia de un gran reino en el sur, es decir, el Imperio Incaico. Así que se construyó la ciudad de Panamá la Vieja, que sirvió como base para conquistar Sudamérica.
En la era colonial, los españoles tuvieron que enfrentarse a la injerencia de otras potencias europeas y a los piratas del Caribe. En efecto, Portobelo era la ciudad en la cual se almacenaban los tesoros provenientes de América del Sur. El famoso bucanero Francis Drake trató de tomar la zona para establecer una base inglesa en el Caribe y poner en jaque al imperio colonial español. Fue derrotado y murió en 1596 frente a Portobelo. Esa ciudad también fue atacada por el pirata Morgan, que luego incendió Panamá la Vieja, de la cual solo quedan escombros hoy en día. En 1663 se fundó la ciudad actual en un lugar mejor defendible. Más adelante, unos escoceses fundaron colonias en el Darién, con la intención de conectar ambos océanos mediante un camino. Luego de conflictos con los españoles, la paz fue firmada en 1700 y los británicos abandonaron ese proyecto. En el siglo XVIII, que marcó el principio de la decadencia del imperio español en América, la zona del Istmo tuvo que enfrentarse a los ataques constantes de los piratas del Caribe, así como a los conflictos con indios de Nicaragua y del Darién que acabaron con muchas poblaciones. En 1746, los ingleses le dieron el golpe de gracia a Portobelo, así que los españoles dejaron de almacenar riquezas allí. Las familias adineradas ya habían empezado a abandonar el territorio istmeño, que empezó a decaer.
Por lo tanto, Panamá empezó el siglo XIX como una pequeña provincia olvidada de un imperio en plena decadencia. Otras influencias extranjeras, es decir, las revoluciones norteamericana y francesa, difundieron ideas de independencia por América. Aprovechando el debilitamiento de la Corona Española por la invasión napoleónica, Simón Bolívar encabezó la revuelta en la zona y derrotó los ejércitos españoles en la batalla decisiva de Boyacá (actual Colombia) el 7 de agosto de 1819. El Istmo pasó a formar parte de la Gran Colombia. Alrededor del año 1835, EE. UU. demostró su primer interés por la zona. En efecto, ya había comprado Luisiana a los franceses, tendiendo un acceso al Caribe. El territorio istmeño es una franja de tierra muy fina, que permite fácilmente pasar de un mar a otro. Ahora bien, en 1848 empezó la llamada « fiebre del oro ». Se explotaban minas en California y Panamá era la ruta más segura para que los minerales se trasladaran hasta la costa oriental de los Estados Unidos. En efecto, el Middle West estaba marcado por los conflictos con los indios, y estos pueblos masacrados y hechos hambrientos por los estadounidenses no dejaban ninguna oportunidad de emboscar las diligencias y los trenes que cargaban mercancías y materias primas valiosas. Así que el oro transitaba por Panamá. Se descargaban los buques en la costa pacífica, luego el cargamento se trasladaba en canoas por el río Chagres, y por fin lo transportaban burros hasta el Caribe. Ya el presidente norteamericano Andrew Jackson (1829-1837) pensaba en la idea de un canal interoceánico. En la década de 1850 se firmó un tratado entre EE. UU. y Colombia para usar el Istmo como ruta comercial. En 1855 se inauguró la línea ferroviaria que fue el inicio de la compañía de ferrocarril de Panamá. Colón fue construida en aquella época, como punto terminal en el Atlántico de esta conexión, y también para que sirviera de puerto a los grandes buques de vapor. Luego de la inauguración de esta línea, miles de personas cruzaban el Istmo constantemente.
En suma, ya antes del proyecto francés de canal interoceánico, Panamá era vista por todos como una tierra estratégica y llena de riquezas. Así que todas las potencias de la zona la codiciaban. Entre el siglo XVI y mediados del siglo XIX, unos y otros intentaban conquistarla con armas. Veremos que, en la era contemporánea, otros medios se usaron más para apoderarse de este lugar tan deseado.
La historia del Istmo de Panamá es apasionante.
II. La construcción del canal y la independencia de Panamá (1869-1914)
Sin duda alguna, el gran giro en la historia del Istmo fue la construcción del canal, que llevó a la independencia de la República dePanamá. ¿Cuál fue el papel de las potencias extranjeras en estos fenómenos? ¿Qué armas usaron para que las cosas ocurriesen según su voluntad en esta franja de tierra tan codiciada?
En 1869, el comandante norteamericano Thomas Oliver Selfridge dirigió una expedición a través del Istmo para ver si se podía construir un canal interoceánico allí. Casi todos murieron de una misteriosa fiebre, así que EE. UU. apoyó otro proyecto, en Nicaragua. Por su parte, el famoso diplomático francés Ferdinand de Lesseps envió a la misma zona al ingeniero Lucien Napoléon Bonaparte-Wyse, que tenía la ambición de marcar la historia, como su tío abuelo, el emperador Napoleón I. De igual modo, los hombres cayeron unos tras otros, así que el explorador avanzó costara lo que costase para alcanzar la costa pacífica antes de que la fiebre de la selva lo alcanzara a él. Después de conseguirlo, preparó rápidamente un contrato con el gobierno colombiano para construir un canal que en el Istmo. El conde de Lesseps apoyó este proyecto, ocultando los muertos de la expedición de Wyse. En mayo de 1879, se convocó una reunión con los mejores ingenieros del mundo, para que decidieran cuál proyecto elegirían entre la ruta nicaragüense y la panameña. Thomas Oliver Selfridge y Ferninand de Lesseps se encontraban frente a frente. Este supo vender sueño y propuso un canal a nivel, como hizo con prestigio en Suez. No habló de la misteriosa fiebre y confió en el éxito porque la mayoría de los presentes eran franceses. Su proyecto ganó por muy poco margen. El gobierno francés no lo apoyó, así que la compañía encargada de la construcción del canal buscó fondos privados, compró la prensa y atrajo accionistas con la idea de que Panamá era un sinónimo de progreso. En 1881 empezaron las obras bajo la dirección de Henri Bionne. Llegaron miles de obreros, en su mayoría oriundos de Jamaica y Nueva Orleáns. Finalmente, la fiebre amarilla y el paludismo acabaron con la vida de miles de obreros e ingenieros. En 1882, un terremoto mató a varios trabajadores y destruyó muchas infraestructuras. Las obras no avanzaban tan rápidamente como lo esperaban y los obreros, que veían morir a sus compañeros, se desmoralizaban. En Francia, también la opinión pública y los accionistas empezaron a desconfiar. Después de la muerte de Bionne y de la salida de Dingler, que había perdido a toda su familia por la fiebre amarilla, Lesseps nombró a Philippe Bunau-Varilla para encabezar la obra. Después de una tormenta tropical de consecuencias trágicas (murieron 50 empleados y se dañaron muchas instalaciones de la compañía), el joven ingeniero en jefe le dijo al conde que había que abandonar la idea de un canal a nivel para hacer uno con esclusas. Lesseps convocó a varios ingenieros (entre los cuales el famoso Gustave Eiffel) para que diseñaran el proyecto, pero ya era demasiado tarde. Las acciones de la compañía bajaban sin parar y, después de un intento de financiación mediante una lotería fraudulenta, la bancarrota no se hizo esperar. Muchos inversionistas, entre los cuales muchos eran personas humildes, lo perdieron todo, y eso provocó una crisis económica en Francia. Ferdinand y Charles de Lesseps fueron juzgados por malversación. Se evidenciaron pruebas de sobornos a legisladores para que aceptaran la lotería. Francia había intentado influir en la historia del Istmo con nuevas armas, es decir, el dinero y la corrupción. Resultó en un fracaso que tuvo consecuencias dramáticas. No obstante, el proyecto iba a proseguir con otra potencia extranjera que iba a usar a su modo recursos financieros y estratégicos.
En 1889, la bancarrota de la compañía francesa arruinó a muchos galos, pero uno quiso recuperar su inversión: el último ingeniero en jefe, Philippe Bunau-Varilla. Este se relacionó con Theodore Roosevelt, elegido presidente de EE. UU. en 1901, que quería convertir a su país en una potencia de carácter global y tenía la idea de controlar ambos océanos. El senado estadounidense estaba a favor de un canal interoceánico que pasase por Nicaragua, pero el presidente se enteró de que la desaparecida compañía francesa quería vender por 40 millones de dólares (es decir, unos 1.000.000.000$ actuales), 12.000 hectáreas de terreno, el ferrocarril, hospitales, edificios de oficinas y viviendas para los empleados, así como una inmensa cantidad de maquinaria (excavadoras, grúas, locomotoras, vagones, etc.). Bunau-Varilla trató de sobornar a un miembro clave del Senado, líder en el apoyo del canal nicaragüense, pero no lo consiguió. A pocos días de la votación, se produjo una erupción explosiva devastadora en Martinica. Aquel día de 1902, el Monte Pelée acabó con la vida de unas 30.000 personas y el pánico a los volcanes se extendió por toda la región. El francés se aprovechó de aquel acontecimiento trágico para mandarle a cada senador una carta con un sello de Nicaragua, en el cual aparecía la imagen de un volcán. En esas misivas explicaba que no se podía construir un canal en un lugar lleno de volcanes. Así que, por muy poco margen, el senado norteamericano aprobó la compra de la obra en Panamá. Sin embargo, para poder operar en la zona, se necesitaba el apoyo de Bogotá. John Hay, que entonces era Secretario de Estado de Estados Unidos, inició el diálogo con el gobierno colombiano, que en aquel momento tenía que enfrentarse a la Guerra de los Mil Días. El conflicto entre conservadores y liberales era particularmente violento en el Istmo. Para Roosevelt, no se podía empezar la obra sin garantizar la seguridad de la zona, así que mandó tropas. Este desembarco sin haber solicitado previamente la aprobación del gobierno conservador fue considerado como una injerencia, y la situación se hizo muy tensa entre ambos países. Aun después de que EE. UU. retirase sus tropas, Colombia rechazaba cualquier negociación.
La Guerra de los Mil Días fue particularmente violenta en el Istmo de Panamá
El Istmo de Panamá seguía siendo una provincia muy aislada del resto de Colombia. En la extremidad oriental de la zona, el llamado Tapón del Darién es una selva tropical espesa y peligrosa que siempre ha impedido el paso a pie de Centroamérica a Sudamérica. En aquella época, la única forma de viajar del territorio istmeño a Bogotá era en barco hasta Cartagena, y luego en acémila hasta la capital. En el Istmo, muchos sufrían la pobreza, pasaban hambre, y carecían de medicamentos. El proyecto de canal era una oportunidad para que la región saliera de aquella situación. Después de la bancarrota de la compañía francesa, el tratado Herrán-Hay representaba una nueva esperanza. Esta se derrumbó cuando el senado colombiano se opuso a ese texto jurídico, que era muy ventajoso para la potencia extranjera que acababa de injerir en su territorio. Le otorgaba a Estados Unidos derechos soberanos durante 100 años sobre una franja de tierra de 6 millas a través del Istmo. Así que el tratado no fue aprobado por un amplio margen. En la remota provincia, no se podía aceptar otra decepción. El médico Manuel Amador Guerrero, que trabajaba en el hospital del ferrocarril, quiso otorgarle a la población istmeña un mejor acceso a la salud. Se unió con José Agustín Arango, un abogado de la misma compañía de origen estadounidense. Junto con otros líderes, organizaron a escondidas un movimiento revolucionario para independizar al Istmo de Panamá. Para que su movimiento triunfara, necesitaban contar con el apoyo de Washington, a cambio de una licencia para construir el canal interoceánico. En octubre de 1903, el Dr. Amador Guerrero fue a Estados Unidos, en donde se reunió con el único hombre que conocía Panamá y podía abrirle las puertas de la Casa Blanca: Philippe Bunau-Varilla. Se reunieron durante 15 días en la habitación 1162 del hotel Waldorf Astoria. En buena posición para negociar, el francés le impuso muchas cosas al panameño. Entre otras cosas, le exigió que, cuando se consiguiera la independencia, el propio Bunau-Varilla fuera nombrado representante plenipotenciario de Panamá. El ingeniero galo tenía los contactos en Washington y hablaba inglés, lo que muy pocos panameños podían hacer en aquel entonces. El médico no tuvo otra opción que aceptar y regresó al Istmo con el apoyo de la potencia norteamericana, pero también con una lista de condiciones, de las cuales muchas fueron rechazadas por los demás líderes. El 2 de noviembre, un acorazado estadounidense llegó frente a las costas de Colón al mismo tiempo que un buque militar colombiano que había venido a aplastar la rebelión. María Ossa de Amador, esposa de Manuel Amador Guerrero, imaginó una estrategia para secuestrar a los oficiales de las tropas colombianas. Los 500 hombres quedaban al mando del coronel Torres y desprotegidos entre los rebeldes y los marinos norteamericanos. Los líderes separatistas sobornaron al coronel con 8.000 dólares en oro. Torres aceptó la propuesta y la revolución venció sin que se derramara ni una gota de sangre. Después del sangriento conflicto entre liberales y conservadores, Arango y Amador Guerrero habían trabado alianzas con los líderes istmeños de ambos bandos. La bandera de Panamá muestra esta unión con los colores azul y rojo, junto al blanco de la paz. En los días siguientes, varios buques de guerra norteamericanos llegaron al Istmo para garantizar su independencia y su seguridad. Bunau-Varilla, que se preveía como ministro plenipotenciario, despreció las instrucciones del nuevo gobierno panameño y negoció con Hay, antes de que llegaran sus representantes, un tratado que no era ventajoso para la nueva república. Cedió una zona de 10 millas de ancho en la cual los EE. UU. iba a tener derechos soberanos, entre otras cosas. El ingeniero francés otorgó a perpetuidad estas ventajas en nombre del pueblo panameño. Enfurecida, la delegación exigió una modificación del contrato, pero Bunau-Varilla les mintió, pretendiendo que Roosevelt estaba dispuesto a abandonar a la joven república y a entablar negociaciones directamente con Colombia. Así que el gobierno provisional finalmente le entregó el tratado ratificado al cónsul de Estados Unidos y pudieron comenzar las obras.
La prioridad del proyecto norteamericano era impedir una nueva masacre. El excelente ingeniero John Frank Stevens encabezó la obra. Le dio su confianza al Dr. William Crawford Gorgas, que había entendido que el vector de la fiebre amarilla y de la malaria eran los mosquitos. Así que se emprendió una gran campaña de fumigación para matar a los insectos. Se pusieron mosquiteros en las casas, pavimento en las calles de las cuidades de Panamá y Colón, se canalizaron todas las aguas y se construyeron las primeras dos potabilizadoras. La eficacia de todas estas medidas fue inesperada. Las obras pudieron seguir un curso normal y terminaron en 1914. Debido a la Primera Guerra Mundial, se inauguró el canal más tarde, en 1920.
En definitiva, la construcción del canal y la independencia de la joven república fueron posibles por la intervención de potencias extranjeras que no dudaron en manipular, mentir y sobornar para que estos proyectos desembocaran en un resultado ventajoso para ellas. Aunque la población panameña no consiguió acceder a una debida retribución, los franceses y los norteamericanos les ofrecieron infraestructuras y condiciones sanitarias que permitieron mejorar un poco su situación.
En la historia del Istmo de Panamá la construcción del canal es un episodio clave.
III. Del final de las obras del canal a la II Guerra Mundial(1914-1941)
Sin embargo, con las condiciones del Tratado Hay-Bunau-Varilla, el Istmo de Panamá no pudo salir de la pobreza. Vamos a ver cómo, de inicios a mediados del siglo XX, la historia política del nuevo Estado soberano siguió siendo una lucha de intereses, entre negociaciones, injerencia, uso de la fuerza, corrupción y golpes de Estado.
La constitución de la joven República de Panamá le permitía a EE.UU. que interviniera militarmente en su territorio nacional. Este artículo fue aprobado después de debates entre conservadores y liberales para asegurar la seguridad nacional. En efecto, permitió impedir una tentativa de golpe de Estado a principios de siglo. Después de terminar las obras del canal en 1914 y de incidentes entre soldados norteamericanos y unos elementos de las fuerzas de seguridad panameñas, el gobierno estadounidense le pidió al presidente liberal Belisario Porras Barahona que desarmara a la policía. Porras protestó, pero Washington le obligó a que tomara esta medida humillante. En 1916 fue elegido el presidente Valdés, que murió en 1918. Su primer designado, el Dr. Ciro Luis Urriola Garrés, asumió el poder y pospuso varias veces las elecciones. Todos los políticos protestaron y las tropas norteamericanas lo depusieron. En 1921, el ejército costarricense invadió la República dePanamá por un desacuerdo territorial respecto a una zona fronteriza reivindicada por ambos países desde el siglo XIX. En la llamada Guerra del Coto, los panameños estaban convencidos de que pudieran contar con el apoyo de Estados Unidos, que se había comprometido a defender su integridad territorial. Sin embargo, no solo no los ayudaron, sino que les pidieron que se sometiesen a la decisión de la Corte Suprema de EE. UU., que le daba la razón a Costa Rica. El presidente Warren G. Harding aun mandó una armada de guerra a Panamá para que retiraran sus tropas de la zona disputada. Descontentos, los panameños quisieron renegociar los contratos del canal, con el diplomático Ricardo Joaquín Alfaro. Después de la elección del candidato liberal Rodolfo Chiari en 1924, los indios emberá se rebelaron, instigados por un ciudadano norteamericano. Luego de largas negociaciones, los indígenas depusieron las armas. En octubre de 1925, serios disturbios ocurrieron debido al aumento de las rentas. El gobierno panameño pidió la intervención militar de los Estados Unidos para restablecer la orden. El 28 de julio de 1926, Panamá firmó con ellos el Tratado Alfaro-Kellogg. Un nuevo grupo nacionalista llamado Acción Comunal protestó contra este convenio, considerando que les concedía la soberanía nacional a las fuerzas armadas de EE. UU. Por eso, el nuevo acuerdo nunca fue implementado. Al fin y al cabo, las prerrogativas militares de las cuales disponían los Estados Unidos en Panamá conforme a la constitución de la joven república les permitió varias veces garantizar el orden y la democracia en el Istmo, pero en otros momentos, usaron esos derechos de un modo que se puede considerar como una forma de injerencia.
Como vimos antes, la población istmeña se independizó y aprobó el proyecto de canal para salir de la pobreza. En 1928, el nuevo presidente Florencio Harmodio Arosemena (Partido Liberal Reformado) presentó un ambicioso plan de desarrollo, pero la depresión económica de los años 1930 le obligó al gobierno a cambiar casi todos sus proyectos. Acción Comunal hacía planes para derrocarlo. Esta agrupación estaba integrada por nacionalistas y profesionales descontentos con la dirección de la política nacional. Durante la Nochevieja de 1930 a 1931, Arnulfo Arias, miembro de la organización y yerno de un amigo íntimo del presidente, embriagó a los guardas presidenciales, tomó la comandancia y atacó la residencia del jefe del Estado. Acción Comunal tomó el control de la ciudad de Panamá y el embajador de EE. UU. le convenció a Arosemena a que renunciara. Este firmó su último decreto nombrando a Harmodio Arias Madrid (hermano de Arnulfo Arias) como ministro y las instituciones competentes designaron a Ricardo Joaquín Alfaro como presidente para que terminara el periodo. Ese acontecimiento marcó un giro en la historia política de Panamá, ya que la lucha nacionalista quería acabar con la injerencia norteamericana, controlar el canal y poner fin a la pobreza en el Istmo. Arias Madrid fue apoyado por el gobierno en las elecciones de 1932 y elegido presidente. Revisó los tratados con el presidente Franklin D. Roosevelt. Aquí viene lo que La Estrella de Panamá publica sobre el tratado Arias-Roosevelt:
“En el tratado la anualidad se incrementaba a 430,000 Balboas y también se implementaron medidas para controlar el contrabando de bienes de la Zona del canal, los cuales eran dañinos para la economía panameña. Respecto al tema de las tierras controladas por los Estado Unidos, el tratado limita[ba] la expropiación de tierras, pero no especificaba ninguna devolución. El tratado también comprometía a Panamá como un aliado militar de los Estados Unidos.”
El mandato de Harmodio Arias Madrid se extendió hasta 1936. Cuando estalló la Segunda Guerra Mundial, su hermano Arnulfo presidía la República de Panamá. Como nacionalista, admiraba los regímenes del Eje y se negó a ayudar a la Armada estadounidense cuando EE. UU. se comprometió en el conflicto. Ricardo Adolfo de la Guardia, un oficial de la policía, lideró un golpe de Estado instigado por la potencia occidental. En adelante, la policía iba a desempeñar un papel importante en la política nacional. ¿Se puede considerar esta intervención norteamericana como un caso de injerencia legítima desde un punto de vista geopolítico? Antes de definirla así, cabe cuestionar la legitimidad del gobierno de Arias, que había llegado a la presidencia por la fuerza, ya que sus militantes violentos le habían empujado a Alfaro a que renunciara. En octubre de 1941, Ricardo Adolfo de la Guardia accedió a las peticiones de EE. UU. y le permitió armar los navíos mercantes. Esto fue un ejemplo más de la influencia extranjera (particularmente estadounidense) en la historia política de Panamá, del principio a nuestros días.
Para concluir, las ventajas que diferentes textos legales le otorgaban a EE. UU. en la política interna de la República de Panamá le permitieron intervenir por la fuerza varias veces, a favor de los intereses del pueblo panameño en algunas ocasiones e injiriéndose en otros casos. Sea lo que fuere, la mayor resistencia que encontró la potencia norteamericana fue el partido nacionalista Acción Comunal, que se basaba en el descontento de una población que no salía de la pobreza por no aprovecharse de los ingresos generados por la explotación del canal. Por las negociaciones de varios políticos, la República de Panamá pudo defender sus intereses legítimos y acabar con un contrato que el propio John Hay había considerado desigual en su tiempo.
En Panamá hubo grandes manifestaciones en contra de un proyecto minero.
Al fin y al cabo, desde la era colonial, el Istmo de Panamá siempre has sido una tierra codiciada por sus riquezas y su posición estratégica. Por eso, los españoles tuvieron que luchar contra los piratas y los británicos, y los colombianos fueron echados de la zona por los norteamericanos después del fracaso del proyecto de canal francés. Luego de la independencia, los Estados Unidos no dudaron en injerirse y en corromper para llegar a sus fines, como lo habían hecho otras potencias en otros momentos de la historia. Como el mundo entero transita por la zona, el Istmo de Panamá es desde hace mucho tiempo un lugar abierto a la influencia extranjera, lo que forma parte de su identidad. Este hecho recurrente en muchas ocasiones se beneficia al pueblo panameño y, por lo tanto, no se puede considerar como injerencia. Esta existe en algunos casos, por razones estratégicas y por intereses económicos, así como la corrupción. Por cierto, ambos fenómenos están muy vinculados con la historia de América Latina.
Sin embargo, como en varias veces en el pasado, el pueblo panameño no acepta la forma que toman hoy en día estos conceptos recurrentes con el proyecto minero. En mayo tendrán lugar las elecciones presidenciales. ¿Votará el pueblo de forma soberana y libre o se puede temer que la injerencia de alguna potencia extranjera y la corrupción de pudientes actores, como unos carteles de narcotraficantes, influyan en los resultados?
Comment rouler écologiquement ? Comment limiter son empreinte carbone lorsqu’on est obligé de prendre le volant ? L’écoconduite classique suffit-elle ? Souhaitant à la fois moins polluer et moins dépenser, Jean O’Creisren a développé des techniques d’écoconduite dite radicale, qu’il vous partage dans cet article…
Comment être écologiste quand la vie professionnelle vous oblige à prendre la voiture régulièrement ? En effet, l’une de mes activités professionnelles consiste à donner des cours particuliers dans la campagne à des horaires bien spécifiques. Impossible donc d’y aller en transports en communs. Quand j’ai vraiment le temps et quand il fait beau, il arrive que je prenne mon vélo pour faire l’aller-retour dans la journée. Mais, la plupart du temps, je suis obligé de prendre la voiture… 🚗
La planète se réchauffe et nous en sommes tous responsables. On entend souvent qu’on ne peut rien y faire car 100 entreprises sont responsables à elles seules de 70 % des émissions de gaz à effet de serre. C’est vrai, mais sachant que parmi ces groupes figurent d’importantes compagnies pétrolières, nous participons tous à leur empreinte carbone lorsque nous faisons vroum-vroum…
Par ailleurs, le prix des carburants au beaucoup augmenté ces dernières années, pour différentes raisons. Comme beaucoup de Français, je ne roule pas sur l’or. Aussi, quand je fais 40 kilomètres pour donner 2 heures de cours, je préfère être économe. Non seulement pour l’environnement, mais aussi pour mon pouvoir d’achat.
Lors de ces trajets, les frais kilométriques sont remboursés et ne sont pas imposables. De toute façon, l’État touche une large part à chaque fois qu’un litre de carburant est acheté. Ce dernier coûte de plus en plus cher et en consommer le moins possible est déjà une question de bon sens économique. Une première façon de le faire est d’optimiser les trajets, en essayant de dispenser des cours le même jour aux élèves qui se trouvent dans la même zone. 😉
Une autre manière de réduire les coûts et l’empreinte carbone est l’écoconduite radicale. Sur internet, on trouve parfois des techniques d’écoconduite qui ont fait leurs preuves : bien gonfler ses pneus, rouler mollo, utiliser le frein moteur plutôt que la pédale du milieu, garder une vitesse constante, etc. Nous pourrions ajouter l’usage de certains carburants plus chers, mais moins polluants, disponibles à certaines pompes. Bon, je ne vais pas faire ici la publicité de deux compagnies pétrolières qui font partie du top 20 des 100 entreprises susmentionnées… L’écoconduite permettrait de réduire considérablement votre consommation par rapport à une conduite classique. Suivant les sources que j’ai consultées, cette diminution irait de 7 à 25 %. Cela dépend certainement du type de véhicule concerné.
C’est déjà un bon début, mais je vous propose d’aller encore plus loin. Comme je travaille à temps partiel, j’ai moins de revenus et davantage de temps que beaucoup d’autres personnes. Il se trouve qu’au-dessus de 70 km/h, vous déplacez deux fois plus d’air, donc vous consommez beaucoup plus de carburant. Par ailleurs, l’accélération est très gourmande en essence ou en gazole. Quand les prix ont commencé à flamber, j’ai donc décidé de rouler en 4e à 60 km/h, au moins sur les tronçons qui le permettent. Bien évidemment, je ne le fais pas sur les voies limitées à 110 ou à 130 (dans ce cas, je roule à 80 ou à 90 et les gens derrière peuvent me doubler sur la voie de gauche). 🙂 Mais, sur les routes de campagne, notamment entre deux ronds-points ou villages séparés par une distance de moins de 2 kilomètres, cela permet de garder une vitesse constante plutôt que d’accélérer et de freiner à répétition. Évidemment, les gens derrière ne sont pas toujours contents, mais je leur permets à eux aussi d’économiser et de moins polluer. Je fais juste une exception quand un véhicule prioritaire se trouve dans la file. Avant, je me faisais beaucoup klaxonner. Mais cela m’arrive beaucoup moins depuis que j’ai affiché, sur la lunette arrière, un écriteau en police verte expliquant ma démarche : « Écoconduite : doublez-moi ! » 🌱🌻
Pour moins polluer, nous pouvons aussi choisir d’accélérer davantage dans les descentes que dans les montées. Nous pouvons aussi éviter de mettre le chauffage et la climatisation ainsi que d’ouvrir les fenêtres.
Cette écoconduite radicale me permet d’économiser 20 à 25 % de carburant par rapport à une écoconduite standard. Bon, il faut dire que mon véhicule n’est pas très aérodynamique car je n’ai pas les moyens de m’acheter une voiture mieux conçue. Cet écart serait sans doute plus réduit sur d’autres types de modèles. Ainsi, je vous encourage à tester cette manière de conduire pour calculer la réduction de votre consommation.
Quand on est fauché comme moi, la société vous renvoie que votre action ne change pas grand-chose. Vous aimeriez soutenir plein d’associations défendant des causes qui vous tiennent à cœurs, mais vous n’avez pas les moyens d’effectuer des dons conséquents. Vous aimeriez investir dans la finance éthique, mais le peu d’argent que vous avez doit d’abord vous servir à manger. En revanche, il existe une façon très efficace d’exercer un pouvoir vertueux pour l’environnement. En pleine heure de pointe, quand je roule une demi-heure pour rentrer de mon cours d’une heure et demie qui m’a fait gagner à peine 30 €, je peux rouler à 60 km/h entre les différents ronds-points qui jalonnent le trajet. Les gens ne sont pas contents ? 😡 Ils ont, pour la plupart, la chance de rentrer de leur travail à plein temps. Contrairement à moi, leur trajet est largement rentabilisé après une journée de 8 heures. Ce n’est pas dramatique s’ils arrivent à la maison 5 minutes plus tard. En revanche, moi, j’augmente un peu mon faible pouvoir d’achat. Et surtout, je réduis non seulement mon empreinte carbone, mais celle de dizaines d’autres conducteurs qui pestent de ne pas pouvoir me doubler. Ainsi, par mon geste écolo-radin, j’ai un impact très positif sur l’environnement et j’exerce un pouvoir non négligeable, même si je me situe en bas de l’échelle sociale. 😊
Petit bémol néanmoins : en roulant en sous-régime, vous risquez d’encrasser et d’abîmer le moteur. Les frais que vous économisez en carburant risquent de vous rattraper plus tard chez le garagiste. Parfois, je laisse donc de côté mes principes d’écoconduite radicale pour faire une petite pointe en surrégime et décrasser ma bagnole. En règle générale, une écoconduite qui respecte votre véhicule requiert de rouler entre 1500 et 2000 tours-minute pour les moteurs diésel et entre 2000 et 2500 tours-minute pour les moteurs à essence. Un mécanicien et un ingénieur en mécanique m’ont signalé que, pour limiter les frais de garage, il est recommandé de se situer dans la fourchette haute et de décrasser assez régulièrement, même si l’on consomme davantage de carburant.
Considérant tout ce que vous venez de lire, pourquoi ne pas transformer l’écoconduite radicale en norme du code de la route ? 🚦 Pour moi, les hommes politiques devraient s’inspirer de cela pour réduire drastiquement l’empreinte carbone des Français. Pourquoi ne pas limiter à 70 tous les tronçons de moins de 2 km entre deux ronds-points, deux agglomérations ou entre un rond-point et une agglomération ?
Que pensez-vous de tout cela ? Quels gestes faites-vous déjà pour que le monde soit plus vert ? Êtes-vous disposés à vous convertir à l’écoconduite radicale ? Si oui, au boulot !
PS : depuis l’époque où j’ai rédigé cet article, mon activité professionnelle s’est développée et mon pouvoir d’achat a augmenté. Entre autres succès dont je suis fier, vous pourrez découvrir du pur Jean O’Creisren sur ce lien. 😉
Qu’y a-t-il de commun entre Albane, Jonaz, Maëlwenn, Hakam, Scratch et Girolamo ?
Apparemment, tout les différencie : une jeune femme au cœur d’or qui parle aussi bien anglais que russe, deux Bretons aussi têtus l’un que l’autre, un chirurgien algérien qui a tout abandonné pour commencer une licence de droit, un SDF alcoolique, ainsi qu’un traducteur italien à la fois fervent catholique et fan du groupe anarchiste Ska-P. 😉
Pourtant, ils vont cheminer ensemble vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils vont affronter les mêmes épreuves sur un pied d’égalité. Avec les autres pèlerins, ils formeront une communauté très hétérogène, mais solidaire. Tous marchent pour une raison singulière, qu’ils en aient conscience ou non. Trouveront-ils ce qu’ils recherchent en cours de route ? 🌻
Vous aimez lire les articles de « Délires de linguiste » ? 🙂 Quatre ans après avoir lancé ce blog, je publie Unis par le Camino. Ce roman original se développe autour du Chemin de Compostelle. Différents personnages évoluent au cœur de cette Espagne que j’aime tant. Ce voyage initiatique leur permet de soulever de grandes questions dans des dialogues constructifs, de se connecter à leur for intérieur et de se recentrer sur leurs aspiration les plus profondes. Vous retrouverez dans cet ouvrage ma passion pour les langues, mon goût de l’aventure et une bonne dose d’humour. 😉
Entre autres retours sur ce roman, un lecteur m’a dit que l’intrigue est bien construite, avec autant de suspense que vous êtes en droit de l’attendre. 😎
Cette idée de lecture vous intéresse ? Vous pouvez commander mon livre sur le site de l’éditeur.
Vous pouvez également vous le procurer dans la librairie de votre choix ou sur une plate-forme en ligne. Voici les références bibliographiques à fournir à votre libraire :
O’CREISREN, Jean. Unis par le Camino : une quête de sens sur le chemin de Compostelle. Saint-Ouen : Les Éditions du Net, 2023.
Vous aussi, vous êtes fan de Ska-P ? Voici ma traduction en français des paroles de « Welcome to hell » (¡¡Que corra la voz!! – 2002)
Welcome to hell
Les heures sont éternelles dans ce couloir sale ; Je pense en détail à mon exécution. Le temps me presse, why ne puis-je pas l’arrêter ? Eh brother, welcome to hell!
Attaché sur une chaise, ils vont m’électrocuter. J’ai été condamné à la peine capitale. J’allègue mon innocence, ils ne veulent pas la voir. Eh brother, welcome to hell!
L’heure est arrivée, mon frère chicano Ton heure est arrivée, Afro-américain
On condamne des déments ou des mineurs Sur la chaise de la mort ou dans la chambre à gaz. Combien d’innocents ai-je vu périr ? Eh brother, welcome to hell!
Je vis dans un pays où tu peux tout acheter ; Être vivant ou mort dépend de ton capital. Mon futur est déjà écrit, je ne peux pas me défendre. Eh brother, welcome to hell!
L’heure est arrivée, mon frère chicano Ton heure est arrivée, Afro-américain
DES CRIMES D’ÉTAT CONTRE L’HUMANITÉ CONFORMES À LA LOI EN VIGUEUR. LES DROITS DE L’HOMME EXISTENT ; ÇA LEUR EST ÉGAL.
WELCOME HELL, CETTE AFFAIRE EST CLOSE ! WELCOME HELL, IL FAUT L’ASSASSINER ! WELCOME HELL, CETTE AFFAIRE EST CLOSE ! WELCOME HELL, IL FAUT L’ÉLIMINER !
Combien d’êtres humains devrez-vous assassiner Pour vous rendre compte que c’est une atrocité ? « Œil pour œil », ça ne peut rien résoudre. Eh brother, welcome to hell!
Au fil des ans, on a réussi à démontrer Que je n’étais pas coupable. Why? On ne peut pas revenir en arrière. Mon corps est pourri. Why? Je ne peux plus renaître. Eh brother, welcome, welcome…
L’heure est arrivée, mon frère chicano Ton heure est arrivée, Afro-américain
DES CRIMES D’ÉTAT CONTRE L’HUMANITÉ CONFORMES À LA LOI EN VIGUEUR. LES DROITS DE L’HOMME EXISTENT ; ÇA LEUR EST ÉGAL.
WELCOME HELL, CETTE AFFAIRE EST CLOSE ! WELCOME HELL, IL FAUT L’ASSASSINER ! WELCOME HELL, CETTE AFFAIRE EST CLOSE ! WELCOME HELL, IL FAUT L’ÉLIMINER !