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« Unis par le Camino » : Jean O’Creisren publie son premier roman

Qu’y a-t-il de commun entre Albane, Jonaz, Maëlwenn, Hakam, Scratch et Girolamo ?

Apparemment, tout les différencie : une jeune femme au cœur d’or qui parle aussi bien anglais que russe, deux Bretons aussi têtus l’un que l’autre, un chirurgien algérien qui a tout abandonné pour commencer une licence de droit, un SDF alcoolique, ainsi qu’un traducteur italien à la fois fervent catholique et fan du groupe anarchiste Ska-P. 😉

Pourtant, ils vont cheminer ensemble vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils vont affronter les mêmes épreuves sur un pied d’égalité. Avec les autres pèlerins, ils formeront une communauté très hétérogène, mais solidaire. Tous marchent pour une raison singulière, qu’ils en aient conscience ou non. Trouveront-ils ce qu’ils recherchent en cours de route ? 🌻

Photo de Guduru Ajay bhargav sur Pexels.com

Vous aimez lire les articles de « Délires de linguiste » ? 🙂 Quatre ans après avoir lancé ce blog, je publie Unis par le Camino. Ce roman original se développe autour du Chemin de Compostelle. Différents personnages évoluent au cœur de cette Espagne que j’aime tant. Ce voyage initiatique leur permet de soulever de grandes questions dans des dialogues constructifs, de se connecter à leur for intérieur et de se recentrer sur leurs aspiration les plus profondes. Vous retrouverez dans cet ouvrage ma passion pour les langues, mon goût de l’aventure et une bonne dose d’humour. 😉

Entre autres retours sur ce roman, un lecteur m’a dit que l’intrigue est bien construite, avec autant de suspense que vous êtes en droit de l’attendre. 😎

Cette idée de lecture vous intéresse ? Vous pouvez commander mon livre sur le site de l’éditeur.

Vous pouvez également vous le procurer dans la librairie de votre choix ou sur une plate-forme en ligne. Voici les références bibliographiques à fournir à votre libraire :

O’CREISREN, Jean. Unis par le Camino : une quête de sens sur le chemin de Compostelle. Saint-Ouen : Les Éditions du Net, 2023.

Bonne lecture et ultreïa ! 😉

Jean O’Creisren

Les peuples autochtones du détroit de Magellan, de la Terre de Feu et de la Patagonie australe

Les peuples autochtones s’installèrent dans la région vers la fin de la dernière période glaciaire, lorsque l’île de Terre de Feu était encore rattachée au continent. Certains restèrent chasseurs-cueilleurs, tandis que d’autres se spécialisèrent dans tout ce qui a trait à la mer (pêche, collecte de fruits de mer, navigation en canoë et chasse aux lions de mer, entre autres). Ces différents groupes interagissaient beaucoup entre eux. Lorsque des Européens rencontrèrent des populations autochtones de la région, chaque recoin de l’Isla Grande avait déjà été occupé. Ces Amérindiens fabriquaient des outils à partir d’os de mammifères marins, notamment de baleines. On retrouva, par exemple, des harpons fabriqués avec ce type de matériau.

Les anthropologues européens considéraient ces peuples comme très primitifs, alors même que ceux-ci avaient vécu durant des milliers d’années dans un environnement particulièrement hostile. Darwin les considérait comme les êtres humains les plus primitifs de son époque. Cela servit de justification aux massacres du XIXᵉ siècle, que certains historiens considèrent comme des génocides.

Les ancêtres des Yagans et des autres peuples autochtones fuégiens rencontrèrent les explorateurs du XVIᵉ siècle. Il existe toute une histoire des rencontres de cette époque que nous ignorons. En revanche, il subsiste des registres du XIXᵉ siècle, notamment sur les chasseurs de lions de mer (certains remontent même au XVIIIᵉ siècle). Pour rappel, les lions de mer sont une espèce de mammifères marins de la famille des otaries. Certains indiens kawésqars furent exposés dans des zoos humains lors de certaines expositions universelles. Toujours au XIXᵉ siècle, les missions salésiennes voulurent « civiliser » les populations autochtones et la plupart d’entre elles moururent. Les survivants furent envoyés à Punta Arenas (ville au centre du détroit, aujourd’hui en zone chilienne), où ils furent pratiquement réduits en esclavage.

À ce jour, le colonialisme britannique continue d’exercer une certaine influence dans cette région (par exemple, avec les îles Malouines). Les peuples autochtones résistèrent eux aussi aux Britanniques.

Les photographies d’Indiens vêtus de peaux de bêtes sont des montages. C’est ainsi que les ethnologues européens voulaient les voir et les présenter au public. Il est clair que ces peuples autochtones n’avaient pas un niveau de développement matériel comparable à celui des Incas, par exemple, mais ils possédaient leurs propres richesses.

Source : https://youtu.be/4JWanxNi5kY?si=Hm6wR6L-h8vNN1Y5

Source de la carte : https://forums.civfanatics.com/threads/civ-maps-kerfuffles-coffee-and-cartography.535410/page-4

Les Yagans

Ils se nourrissaient principalement d’oiseaux, de fruits de mer et de lions de mer.  Ils possédaient des canoës fabriqués à partir d’écorces d’arbres[1] et pêchaient à l’aide de filets. Nomades, ils construisaient des huttes lorsqu’ils s’installaient temporairement dans un lieu. Celles-ci ressemblaient aux tipis des peuples autochtones d’Amérique du Nord. Elles avaient la même forme conique et étaient faites de banches et de peaux de bêtes.

Les anciens allumaient des feux de camp autour desquels ils se réunissaient pour transmettre aux enfants les valeurs du respect et du travail. Ils dansaient et chantaient tous ensemble, le visage peint. Tous les anciens accompagnaient les adolescents dans des rites de passage. La cérémonie d’initiation avait lieu lorsque les enfants atteignaient l’âge de 13 ans. Tout était lié à la peur, aux esprits, et les anciens portaient des masques. Les adolescents étaient séparés de leur famille. Ils devaient se priver de nourriture et fournir des efforts ; s’ils réussissaient ces épreuves, ils étaient alors considérés comme des adultes.

Comme ils ne disposaient ni de pelles ni d’outils appropriés pour creuser le sol et enterrer leurs morts, ils déposaient les corps n’importe où et les recouvraient de pierres.

Enfant, Cristina Calderón (la dernière locutrice native de la langue yagan, décédée il y a quelques années) parcourait tout le « canal »[2] et chassait des loutres.

Quant à la langue des Yagans, aujourd’hui plus ou moins éteinte, elle possédait deux types de prétérit, en fonction de si le locuteur avait lui-même été témoin de ce qu’il racontait ou de si cela lui avait été rapporté. Voici quelques mots :

Vent : húša

Canot : ánan

Mer : híxa (le « X » se prononce comme le « J » espagnol)

Grand-père : ušúan

Grand-mère : kulúana

Blanc : qakuá ? Yakuá ?

Noir : limpiá

Rouge : lušá

Vert : arlušá

Sources : https://www.youtube.com/watch?v=EBoEh9Xv8nM ; https://www.youtube.com/watch?v=h6PyWm3yK0c.

Les Tehuelches

Ils occupèrent presque toute la Patagonie. Certains groupes selk’nam pouvaient même presque être considérés comme des Tehuelches. Dans cette région, les températures pouvaient descendre bien en dessous de zéro ; par conséquent, ce peuple dut s’adapter biologiquement et culturellement.

Apparemment, les ancêtres des Tehuelches se séparèrent en deux groupes :

  • Les Tehuelches du Sud, qui s’établirent près du Détroit
  • Les Tehuelches du Nord, qui s’installèrent dans la Pampa.

Ils sont les descendants des chasseurs-cueilleurs qui vécurent en Patagonie au cours des 12 000 dernières années (au moins). On trouve en Patagonie des peintures rupestres datant de 11 000 av. J.-C., à l’Estancia La María (province de Santa Cruz).

« Tehuelche » est le nom que leur donnèrent les Mapuches.

La vie des Tehuelches tournait autour de la chasse au guanaco (un camélidé de la faune locale, de la même famille que le lama, l’alpaga et la vigogne), dont ils tiraient leur
nourriture et de quoi se vêtir. Ils en domestiquèrent même certains, qui les accompagnaient dans leurs campements. En plus de la chasse, ils cueillaient des plantes ; ils étaient très doués pour les reconnaître et les préparer de différentes manières. Leur régime alimentaire était très carné. La chasse se pratiquait en groupe, apparemment pas tant avec des arcs et des flèches qu’avec une « bola ».

Certains animaux et certains lieux étaient considérés comme sacrés. Ce peuple croyait en l’existence de bons et de mauvais esprits. Ils croyaient en un dieu unique qui régnait sur les hommes et les animaux. Ce fut lui qui leur enseigna le secret du feu et des armes. Ils accordaient beaucoup d’importance à la vie après la mort. Lorsque l’un d’entre eux mourait, ils sacrifiaient ses meilleurs animaux ainsi que ses animaux domestiques, afin que le défunt ne se retrouve pas seul dans l’au-delà.

Lorsqu’un ancien ne pouvait plus ni marcher ni chasser, sa famille lui faisait ses adieux avant de l’abandonner en cours de route.

C’étaient des individus de constitution robuste. Ils étaient grands, avec des épaules assez larges et une stature imposante.

La langue tehuelche est phonologiquement complexe. Comme le chinois, elle est tonale. Il y a huit ans, il ne restait plus qu’une seule locutrice native. Néanmoins, certains jeunes d’origine tehuelche étudiaient cette langue et enseignaient tout ce qu’ils en savaient. Voici quelques mots :

Un : chuche

Deux : kauke

Trois : ash

Quatre : agge

Cinq : atem

Sucre : ayohongo

Noir : pol enk

Vert : tenk ? Verdetenk ?

Rouge : qapenk

Blanc : orrenk

Jaune : vaitenk

Bleu : qaitenk

Beige ? Marron ? : mortenk

Sources : Guardianes de la lengua: Tehuelche (capítulo completo) – Canal Encuentro ; https://youtu.be/Y2oX0aYip1U.

Les « Selk’nam » ou « Onas »

C’était un peuple nomade. Ils étaient les seuls chasseurs-cueilleurs d’Amérique à vivre sur une île. Ils se caractérisaient également par leur petite taille et leur grande mobilité. Ils pratiquaient le tir à l’arc selon une technique très particulière. Par exemple, leurs flèches étaient spécialement conçues pour être très aérodynamiques. Ils devaient faire preuve d’une grande ingéniosité pour subsister en Terre de Feu avec leur mode de vie, malgré leur faible nombre. La chasse aux guanacos se faisait à l’arc, mais aussi avec des bolas. Cette activité était pratiquée uniquement par les hommes, même si les deux sexes participaient à la pêche et à la chasse d’autres espèces.

Leurs seuls vêtements étaient faits de peaux d’animaux, principalement de guanaco. Cependant, ils préféraient les peaux de renard pour leurs capes et utilisaient également celles de rongeurs, de loutres, d’oiseaux et de lions de mer. Ils excellaient dans l’art du chant et de la peinture corporelle.

Ils disparurent presque complètement au XIXᵉ siècle. Les éleveurs chiliens et argentins colonisèrent la région. À la fin de ce siècle, on découvrit également de l’or sur l’île, ce qui entraîna l’arrivée de mineurs et provoqua des conflits avec les populations indigènes. Les Selk’nam ne comprenaient pas le concept de propriété privée. Par conséquent, lorsque des fermes furent installées, ils chassèrent les moutons pour les manger. Les colons les considérèrent alors comme des voleurs et n’hésitèrent pas à les éliminer, en si grand nombre qu’ils faillirent provoquer leur extinction. Pour certains historiens, il s’agissait d’un génocide.

La langue ona est presque éteinte. Aujourd’hui, seul un jeune homme, nommé Keyuk, parle correctement cette langue. Il l’a apprise d’une femme âgée avant qu’elle ne meure et l’enseigne à quelques personnes métisses d’ascendance selk’nam afin qu’elle ne s’éteigne pas. Apparemment, le système phonologique compte trois voyelles et vingt-trois consonnes. Voici quelques chiffres :

1 : sóos

2 : sóoke

3 : sawken

4 : konè sóokèy

5 : kessmarey

Shionitse signifie « nuage noir ».  Dans leur cosmologie, les Onas considèrent qu’il s’agit d’un bras dans le ciel lumineux, qui existe depuis l’époque où la lumière fut créée et où l’obscurité fut reléguée.

Sources : https://youtu.be/hIcK3glbhkU?si=ZGd8znZqULmTJCvf ; https://youtu.be/ySZlYSCSLt4.

Les Kawésqars

Le peuple kawésqar vivait en harmonie avec la nature et tirait de l’abondance de celle-ci toutes les ressources dont il avait besoin pour survivre. Ils construisaient les canoës en sculptant l’intérieur du tronc d’un conifère. Ils étaient nomades ; ils se déplaçaient d’un endroit à l’autre pour trouver de la nourriture. La chasse était soumise à certaines restrictions. Ils se nourrissaient aussi de fruits de mer. Ils chassaient et pêchaient des loutres, des oursins, des mauchos, des locos, des patelles, etc. Les mollusques étaient cuits avec leur coquille, directement dans le feu. Sur certaines îles, ils cueillaient des baies. Enfin, ils chassaient des lions de mer chaque fois qu’ils en avaient l’occasion, surtout pour leur graisse.

Les huttes étaient construites avec des branches et des feuilles. En kawésqar, at se traduit par « logement » ou « campement ». Le feu restait constamment allumé en raison du froid très intense. Quand une baleine s’échouait[3], les populations autochtones construisaient des tentes pour invoquer les esprits et se peignaient le La peinture était faite à base de baies cuites. On demandait la permission aux esprits, d’une tente à l’autre, avant d’aller ramasser des fruits de mer.

Lorsqu’ils campaient quelque part, ils prenaient également un moment pour se détendre et se raconter des histoires les uns aux autres. Ces histoires n’étaient racontées que la nuit, dans la pénombre, en présence des enfants. Les bruits extérieurs s’intégraient au récit et produisaient des effets incroyables sur les auditeurs.

Au XXᵉ siècle, de nombreux Kawésqar moururent à cause des maladies introduites par les Chiliens d’origine européenne. Parmi les descendants des survivants (qui vivent principalement dans la ville chilienne de Puerto Edén), on raconte encore des histoires sur les animaux de la faune locale, comme les martins-pêcheurs et les pics. Selon toute apparence, la langue kawésqar n’est pas éteinte.

Sources : https://www.youtube.com/watch?v=XP9JlwiT9K0 ; https://www.youtube.com/watch?v=osYc8Wmz2gM.

Pour en apprendre davantage sur les rencontres entre les navigateurs du XVIᵉ siècle et les populations autochtones, vous pouvez consulter cette source (elle est assez synthétique) :

González Díaz, S. et Urbina, S. (2023). Presencias invisibles. Entendiendo ciudad Rey Don Felipe en clave étnica. Autoctonía Revista: Ciencias Sociales e Historia. Université Bernardo O’Higgins, Centre d’études historiques. https://www.redalyc.org/journal/7370/737077437009/html/ [consultée le mercredi 3 décembre 2025]

Le texte que vous venez de lire est une traduction de cet article, rédigé en espagnol par Jean O’Creisren et publié sur ce blog il y a quelques mois.

Un grand merci à Abigail Mawuto Danklou de l’avoir traduit vers le français !

[1] Cette affirmation est de Cristina Calderón, dont la langue maternelle n’est pas l’espagnol. Comme il est difficile d’imaginer une embarcation solide et imperméable fabriquée de cette manière, je suppose qu’ils sculptaient plutôt l’intérieur du tronc d’un arbre, comme le faisaient les Kawésqars.

[2] Il n’est pas précisé s’il s’agit du détroit de Magellan ou du canal de Beagle.

[3] Ce phénomène était fréquent dans le détroit, car les cétacés se laissaient tromper par les mouvements de la marée et s’aventuraient dans des endroits que la mer laissait ensuite à découvert.

Voyage dans le nord des Espagnes

Que faites-vous, cet été ? Pour ma part, je voyage au sein de ce qui était autrefois le royaume d’Aragon. Un périple riche et complet : études, pratique de la langue, découverte et visite de lieux magnifiques, travail manuel, sport, préparation de l’année à venir, spiritualité… Voici quelques bribes et clichés de mon séjour sur cette terre ibérique qui m’est si chère. Bonne lecture !

Barcelone, le mardi 14 juillet 2026

Comme tous les ans, je ne suis pas en France pour notre fête nationale. 🇨🇵 À l’heure où j’écris ces lignes, j’attends ma correspondance dans la gare Sants de la capitale catalane.

En effet, cette année, je voyage en car pour limiter mon empreinte carbone. 🌱 J’aurais pu opter pour un road trip en écoconduite radicale, comme ce que j’ai fait il y a un an. Mais les canicules à répétition de ce début d’été nous rappellent qu’il est indispensable de prendre soin de notre environnement pour assurer la survie de notre humanité.

Je suis donc parti de chez moi hier en fin d’après-midi et j’arriverai à destination au terme d’un trajet d’environ 24h. Cela n’a pas été plus pénible que d’habitude. 🙂 J’ai même plutôt bien dormi. J’ai moins discuté avec mes compagnons de route qu’à d’autres occasions, mais j’ai trouvé de quoi m’occuper intelligemment : lecture, leçons d’arabe, d’échecs et de mathématiques sur une application bien connue, prière, et enfin militantisme sur un réseau social.

Au lever du soleil, j’ai filmé la campagne languedocienne, ce que vous pourrez visionner dans ce réel à visée écologique. 🌻🐝

Chartreuse Aula Dei (province de Saragosse), le mercredi 15 juillet 2026

Après quelques heures d’attente, j’ai pris le train pour me rendre dans la capitale de l’Aragon. Le trajet a été agrémenté par une discussion très riche, en anglais, avec le passager néo-zélandais qui était assis à côté de moi.

En fin d’après-midi, je suis arrivé dans une ancienne chartreuse confiée à la communauté du Chemin Neuf. Voici une vidéo qui présente ce lieu magnifique et immense, chargé d’histoire :

En soirée, j’ai eu l’occasion de regarder la demi-finale de la Coupe du Monde, où l’équipe d’Espagne nous ont bien terrassés. Dès que j’ai eu accès à mon téléphone portable, j’ai envoyé un message à mes amis espagnols pour les féliciter et leur souhaiter de gagner la finale. 🏆 Hier, nous avons donc été battus le jour de notre Fête nationale. Aujourd’hui, nos députés s’apprêtent à voter définitivement une loi autorisant des soignants à tuer des personnes fragiles. Et si notre défaite honteuse d’hier soir était un message envoyé par le Bon Dieu pour nous faire part de son désaccord quant à ce texte législatif ? Ce questionnement, dont je n’ai pas la réponse, n’engage que moi…

Chartreuse Aula Dei, le vendredi 17 juillet 2026

Peut-être vous demandez-vous pourquoi j’ai nommé cet article « Voyage dans le nord des Espagnes »… Pourquoi « des Espagnes » et non pas « de l’Espagne » ? Jusqu’à l’arrivée des Bourbons sur le trône de ce pays, les couronnes de Castille et d’Aragon se trouvaient sous l’égide d’un même souverain, mais restaient bien deux royaumes distincts, avec leurs langues, leur monnaie et leurs lois propres. 👑👑 Il s’agissait donc d’une sorte de fédéralisme, même si ce terme est quelque peu anachronique. Aujourd’hui, un territoire de l’ancien royaume d’Aragon revendique l’indépendance. Il s’agit bien évidemment de la Catalogne. Les catalanistes considèrent que Madrid décide tout de manière dictatoriale, dans une logique centralisatrice qui n’a pas vraiment évolué depuis les premiers Bourbons et depuis Franco. En Castille, on ne veut pas entendre parler de séparatisme. Là-bas, beaucoup pensent que l’autonomie des Catalans est déjà excessive et les amène à réclamer toujours plus. Pour ma part, j’ai des amis des deux bords et je ne souhaite pas prendre parti. Pour ne fâcher personne, j’ai intitulé mon article « Voyage dans le nord des Espagnes ». 🇨🇭 Comme ça, les Castillans seront contents que je considère que la Catalogne fait partie d’un ensemble hispanique et les Catalans ne me reprocheront pas de considérer que leur « pays » n’est qu’une province sans identité au sein d’un empire hégémonique.

Néanmoins, quand vous lirez cet article, vous vous rendrez compte que je ne mettrai pas les pieds dans l’ancien royaume de Castille lors de ce voyage. Pourquoi donc ne pas l’avoir intitulé « Voyage en Aragon et en Catalogne, deuxième édition » ou « Voyage à travers l’ancien royaume d’Aragon » ? Eh bien, lorsque j’ai commencé à écrire ce billet, je pensais que j’irais faire un petit tour à Valladolid pour y rendre visite à mes amis et assister à l’éclipse totale prévue pour le 12 août. 🌑 Or, je viens de vérifier les prix, et les tarifs de l’auberge de jeunesse où je me rends habituellement a été multiplié par 50 ! Je me doutais bien qu’il y aurait une certaine pression à l’occasion de cet événement si rare, mais je n’imaginais pas que la loi de l’offre et de la demande s’avèrerait si redoutable…

Chartreuse Aula Dei, le samedi 18 juillet 2026, vers 1h30 du matin

Profitant d’une insomnie très certainement due à la chaleur, je peux vous raconter ma sortie en soirée. J’ai pris le car pour Saragosse, où j’ai rejoint D., un frère de la communion du Chemin Neuf venu rendre service pendant un mois à la Cartuja. Il ne parle pas du tout espagnol et n’avait jamais mis les pieds en Espagne auparavant. J’ai donc pu lui expliquer certaines choses, comme les us locaux concernant les pourboires et la résistance de la capitale aragonaise face aux armées napoléoniennes. Je lui ai également traduit certaines choses incongrues que disaient certaines personnes que nous avons croisées, à l’instar de cet homme qui a lancé une insulte que je ne répèterai pas en notre direction. Je me suis retourné, indigné, avant de me rendre compte qu’il s’adressait à l’un de ses amis qu’il apercevait au loin. Cela devait donc être une manière affectueuse de le saluer… 😉 Il y a eu aussi cette conductrice du bus du retour, apparemment originaire de la région des Caraïbes (son accent semblait le dénoter), qui a refusé que je paye mon billet par carte. N’ayant sur moi, à ce moment-là, d’autres espèces qu’un billet de cinquante euros, je lui ai demandé si elle avait de la monnaie. N’en ayant pas, elle a allumé son micro et a passé une annonce auprès de tous les passagers, demandant si quelqu’un avait de la monnaie sur cinquante euros. Elle a laissé cet avis tout en évitant un chauffard qui lui faisait une queue de poisson. J’ai donc immédiatement demandé à D. de m’avancer 1,70 € pour que ce soit réglé avant qu’on ne me détrousse…

Avant de nous embarquer pour notre lieu d’accueil, nous avons pris quelques clichés de la basilique du Pilar au clair de lune. Voici ce que j’ai pu tirer de meilleur de mon smartphone relativement basique :

Monastère de Piedra, le dimanche 19 juillet 2026

Profitant d’un jour off, je me suis rendu dans ce parc naturel perché dans les montagnes du Système ibérique. En cette période de canicule, on apprécie la fraîcheur de ses torrents, de ses cascades, de ses grottes et de ses forêts en altitude. ⛰️💧🌳 Après une randonnée de trois heures et demie à travers la création du Bon Dieu, j’ai visité de manière assez superficielle l’ancien monastère cistercien. ✝️ Voici un pêle-mêle de photos de ces deux sanctuaires édifiés à la louange du Créateur :

Cartuja Aula Dei, le mercredi 22 juillet 2026

Dimanche, en rentrant du monastère de Piedra, j’ai été déposé à 19h55 à la gare routière de Saragosse-Delicias. J’ai donc suivi l’Èbre pour pouvoir participer à la messe dominicale à la basilique du Pilar, à 21h. 🥖🍇 Or, exactement au même moment, débutait la finale de la Coupe du Monde. Bien évidemment, pour un catholique, accomplir son devoir dominical est bien plus important que voir dans son intégralité un événement sportif international qui n’a lieu qu’une fois tous les quatre ans. Mais j’avoue que rester concentré sur le déroulé de l’office était parfois un défi, car la place qui se trouve devant la cathédrale accueillait, paraît-il, entre vingt et trente mille personnes qui regardaient le match sur des écrans géants. ⚽️ Les clameurs des supporters couvraient donc assez souvent la voix du prêtre et des lecteurs. Comme la messe dominicale en Espagne dure généralement une demi-heure, j’ai pu assister au spectacle à la fin de la première mi-temps, mais je n’ai pas pu m’éterniser car le dernier bus vers la Cartuja partait à 23h15. J’ai donc traversé la place pendant le concert de Shakira et al., ce qui a constitué un certain défi. En effet, je n’ai pas le souvenir de m’être déjà trouvé au sein d’une foule aussi dense. Peut-être cela m’est-il arrivé lors de certains épisodes de certaines JMJ, mais jamais à d’autres occasions. Après quelques péripéties chemin faisant, j’ai réussi à rejoindre la communauté au début des prolongations et j’ai assisté à la toute fin du match, partageant la joie des retraitants et serviteurs espagnols. 🇪🇦

Hier, avant-hier et ce matin, je n’ai pas chômé au niveau des travaux manuels : débroussailleuse, cuisine, vaisselle, ménage, manutention, gestion des déchets… Le travail d’équipe avec les serviteurs espagnols est à la fois plaisant et efficace, de même que nos temps d’échanges au moment des repas.

Cartuja Aula Dei, le jeudi 23 juillet 2026

Aujourd’hui est ma dernière journée complète à la Chartreuse. J’y ai à nouveau tenu des conversations riches avec des familles espagnoles, en plus des différents services et de la vie de prière. Cela fait à peine dix jours que je suis ici, mais j’y ai été tellement actif, j’y ai accompli tant de tâches si variées que j’ai l’impression d’y séjourner depuis un mois. La suite de mes vacances s’annonce plus tranquille, mais je pense que j’aurai du mal à tenir en place. Exactement comme quand je rentrais d’un camp scout, lorsque j’étais adolescent. Globalement, cette expérience s’est avérée très positive. 👍 Le fait de participer à la Sainte Messe et de communier pendant dix jours d’affilée aura fait beaucoup de bien à mon âme. De même, le travail manuel s’est révélé été très bénéfique tant pour mon corps que pour mon esprit. Je recommande à tout un chacun de vivre ce genre d’expérience fortifiante au niveau spirituel, physique et psychique.

Barcelone, le vendredi 24 juillet 2026

Toute bonne chose ayant une fin, je suis parti de la Cartuja cette après-midi. J’ai profité de mon trajet en car pour lire quelques pages de Magnifica Humanitas (encyclique de Léon XIV sur cette immondice qu’on nomme « intelligence artificielle »), pour passer quelques appels, laisser quelques messages et étudier un peu les échecs, l’arabe, l’allemand et le catalan.

Une fois déposé en gare de Sants, j’avais une heure et demie de marche avec ma valise pour arriver à l’auberge de jeunesse. Le plan de l’application que j’ai utilisée pour me guider montrait clairement que je me trouvais dans l’Ensanche, conçu par l’urbaniste Idelfons Cerdà. 🟦 En croisant le Passeig de Gràcia, j’ai aperçu de loin la Casa Milà. Si vous voulez en savoir plus sur l’aménagement du territoire barcelonais à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, je vous invite à lire cet article, que j’ai publié il y a environ un mois. Vers la fin du parcours, j’ai eu la bonne surprise de passer devant la Sagrada Família. C’était la première fois de ma vie que je la voyais de nuit. Quand j’en aurai la possibilité technique, j’exposerai ci-après un pêle-mêle de prises de vues…

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Barcelone, le samedi 25 juillet 2026

Aujourd’hui, j’ai eu la joie de visiter le Palau de la Música Catalana. Dans cette vidéo, vous pourrez visionner l’architecture moderniste de ce monument incontournable. Veuillez trouver ci-après les clichés mitraillés lors de la visite dès que j’en aurai la possibilité technique.

Quelques heures plus tard, j’ai assisté à la messe dominicale anticipée à la cathédrale. En Espagne, la Saint-Jacques a la préséance sur le dimanche du temps ordinaire du calendrier liturgique des autres pays.  L’évangile était donc le suivant :

Évangile

« Ma coupe, vous la boirez » (Mt 20, 20-28)

Alléluia. Alléluia.
C’est moi qui vous ai choisis du milieu du monde,
afin que vous alliez, que vous portiez du fruit,
et que votre fruit demeure, dit le Seigneur.
Alléluia. (cf. Jn 15, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
    la mère de Jacques et de Jean, fils de Zébédée,
s’approcha de Jésus avec ses fils Jacques et Jean,
et elle se prosterna pour lui faire une demande.
    Jésus lui dit :
« Que veux-tu ? »
Elle répondit :
« Ordonne que mes deux fils que voici
siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche,
dans ton Royaume. »
    Jésus répondit :
« Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? »
Ils lui disent :
« Nous le pouvons. »
    Il leur dit :
« Ma coupe, vous la boirez ;
quant à siéger à ma droite et à ma gauche,
ce n’est pas à moi de l’accorder ;
il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. »
    Les dix autres, qui avaient entendu,
s’indignèrent contre les deux frères.
    Jésus les appela et dit :
« Vous le savez :
les chefs des nations les commandent en maîtres,
et les grands font sentir leur pouvoir.
    Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi :
celui qui veut devenir grand parmi vous
sera votre serviteur ;
    et celui qui veut être parmi vous le premier
sera votre esclave.
    Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi,
mais pour servir,
et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Source : AELF

Tout l’office était en catalan, mais j’ai assez bien compris l’ensemble, d’autant plus que j’avais lu les textes bibliques en amont. J’ai d’abord noté que le prêtre parlait de l’apôtre Jacques le Majeur comme l’évangélisateur de « notre pays ». Il n’y avait donc aucune revendication séparatiste dans ce discours professé uniquement dans cette langue à l’identité forte. Était-ce par conviction, par volonté pacificatrice ou pour ne pas attirer d’ennuis au diocèse ? L’ensemble des fidèles était-il d’accord avec ce point de vue ? Peu importe. Ce qui a davantage compté pour moi, c’est le contenu de l’homélie, où le prédicateur a pris le soin de ne pas s’arrêter à des raccourcis politiques pour se centrer sur l’essentiel. 🎯 En guise d’introduction, il a observé que, dans l’iconographie chrétienne, il existe trois manières de représenter saint Jacques. La première se dépeint comme le compagnon de Jésus qu’il était, un apôtre particulièrement proche, qui a pu accompagner le Christ dans des moments intimes, comme la Transfiguration. La deuxième manière dont il peut être représenté (très certainement la plus fréquente) est la figure du pèlerin de Compostelle. Ainsi, de nombreuses personnes cheminent chaque année vers la tombe de Santiago Apóstol. 🥾 Le prêcheur a observé que notre vie est un pèlerinage, avec ses joies, ses peines, ses moments de sainteté et ses chutes. Nous cheminons vers notre Patrie céleste depuis notre baptême et Jésus nous accompagne à tout moment. Enfin, la troisième manière de représenter l’Apôtre est propre à l’Espagne. Il s’agit bien évidemment de saint Jacques Matamore. Selon la légende, il serait apparu sur un cheval blanc lors de certaines batailles pour aider les chrétiens à trucider des musulmans. Le prêtre ne s’est pas arrêté à une idée de croisade ou de guerre des civilisations. Il a simplement dit que cette représentation nous rappelle la lutte contre le mal, qui commence au sein de notre propre âme. À titre personnel, j’y vois un parallèle avec ce qu’on appelle en islam le « Grand djihad«  : le combat contre soi-même. Revenant à l’évangile proposé par la liturgie, le prédicateur a rappelé que nous avons tous des tendances égoïstes, comme la mère de Jacques et Jean qui ose formuler au Christ une demande aussi osée. Or, au contraire, nous devons tendre vers le bien, notamment en nous mettant humblement au service les uns des autres.

Barcelone, le dimanche 26 juillet 2026

En ce jour du Seigneur, j’ai eu la joie immense de visiter l’une de Ses demeures sur Terre. ⛪️ La principale raison de ma venue dans la Cité comtale cette année est liée au fait que je m’étais pointé l’été dernier à l’entrée de la Sagrada Família en espérant pouvoir y entrer. J’avais alors découvert qu’il aurait fallu réserver plusieurs semaines à l’avance. Je me suis donc mieux organisé cette année et j’ai pu me tenir sans doute une heure et demie dans l’enceinte de cet édifice incomparable. 🦚🌻🌳 J’ai pu y prier et m’y recueillir, notamment dans la chapelle où se trouve le Saint-Sacrement, mais aussi suivre une visite guidée et prendre les photos que vous pourrez regarder ci-après. J’ai également enregistré deux vidéos, que vous pourrez visionner en cliquant ici et ici. Je ne ferai pas plus de commentaires sur l’architecture de la basilique, sur sa symbolique religieuse, sur l’histoire de sa construction et sur Gaudí. Si vous voulez en savoir plus sur tous ces sujets passionnants, venez la visiter ! 😃

Port-Vendres, le mercredi 29 juillet 2026

Voici le troisième jour que je suis rentré en France, accueilli par mon ami Albert et sa famille. Comme lors de mon voyage de l’année dernière, nous passons quelques temps dans ce que les séparatistes appellent la « Catalogne du Nord ». Nous rejoindrons Cadaqués (province de Gérone) ce week-end.

Aujourd’hui, Albert et moi avons participé à un tour de catamaran avec vision sous-marine dans une zone Natura 2000, sur la côte du sud du Roussillon. 🐠 Voici quelques clichés pris du bateau (au-dessus et en dessous de la surface). On y aperçoit surtout des castagnoles, mais aussi un barracuda, qu’il est rare d’observer à cet endroit. Cette vidéo fait apparaître plus clairement ce poisson carnassier mentionné dans la célèbre chanson de Claude François.

Cadaqués, le samedi 32 juillet 2026

Ce matin, je me suis promené sur la côte au sud de Port-Vendres, en direction du cap Béar. Voici quelques clichés de cette randonnée :

En fin de journée, nous avons pris la voiture pour aller plus loin vers le sud. Nous avons traversé la frontière pour nous rendre à Cadaqués, où je séjournerai avec mes hôtes ces deux prochaines semaines.

Ci-dessous, vous trouverez quelques clichés pyrénéens de cette zone frontalière. Comme la conductrice avait l’habitude des virages de montagne, certaines photos sont un peu floues. Les bâtiments tagués correspondent à l’ancien poste-frontière, devenu obsolète avec l’entrée en vigueur des accords de Schengen. 🇪🇺

Cadaqués, le dimanche 2 août 2026

En ce jour du Seigneur, je suis allé à la messe à l’église du village. Entre autres touristes français, j’ai eu la bonne surprise de croiser une ancienne collègue de la faculté, avec son mari et ses enfants. La cérémonie était presque entièrement en langue catalane. ⭐️ Comme le célébrant parlait beaucoup plus vite que son confrère de la cathédrale de Barcelone, j’ai compris l’homélie de manière moins précise qu’il y a une semaine. Heureusement, un résumé en langue locale a été remis aux fidèles sous forme de polycopié. Avant d’entrer dans la maison de Dieu, j’avais pris le temps de lire les textes du jour sur une application en portugais. Voici la version française, tirée du site officiel de l’AELF :

Première lecture

« Venez acheter et consommer » (Is 55, 1-3)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
    Vous tous qui avez soif,
venez, voici de l’eau !
Même si vous n’avez pas d’argent,
venez acheter et consommer,
venez acheter du vin et du lait
sans argent, sans rien payer.
    Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas,
vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?
Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses,
vous vous régalerez de viandes savoureuses !
    Prêtez l’oreille ! Venez à moi !
Écoutez, et vous vivrez.
Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle :
ce sont les bienfaits garantis à David.

    – Acclamons la Parole de Dieu.

Psaume

(Ps 144 (145), 8-9, 15-16, 17-18)

R/ Tu ouvres ta main, Seigneur :
nous voici rassasiés.
(cf. Ps 144, 16)

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Les yeux sur toi, tous, ils espèrent :
tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
tu ouvres ta main :
tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de tous ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

Deuxième lecture

« Aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ » (Rm 8, 35.37-39)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
    qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ?
la détresse ? l’angoisse ? la persécution ?
la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ?
    Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs
grâce à celui qui nous a aimés.
    J’en ai la certitude :
ni la mort ni la vie,
ni les anges ni les Principautés célestes,
ni le présent ni l’avenir,
ni les Puissances,
    ni les hauteurs, ni les abîmes,
ni aucune autre créature,
rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu
qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.

    – Parole du Seigneur.

Évangile

« Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés » (Mt 14, 13-21)

Alléluia. Alléluia.
L’homme ne vit pas seulement de pain,
mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Alléluia. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
    quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste,
il se retira et partit en barque
pour un endroit désert, à l’écart.
Les foules l’apprirent
et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
    En débarquant, il vit une grande foule de gens ;
il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.

    Le soir venu,
les disciples s’approchèrent et lui dirent :
« L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée.
Renvoie donc la foule :
qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! »
    Mais Jésus leur dit :
« Ils n’ont pas besoin de s’en aller.
Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
    Alors ils lui disent :
« Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
    Jésus dit :
« Apportez-les moi. »
    Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe,
il prit les cinq pains et les deux poissons,
et, levant les yeux au ciel,
il prononça la bénédiction ;
il rompit les pains,
il les donna aux disciples,
et les disciples les donnèrent à la foule.
    Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés.
On ramassa les morceaux qui restaient :
cela faisait douze paniers pleins.
    Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille,
sans compter les femmes et les enfants.

    – Acclamons la Parole de Dieu.

Quelle générosité de ce Dieu qui nourrit avec largesse les pauvres et les affamés ! Dans son homélie, le prêtre a fait le lien avec l’accueil des migrants dont nous sommes appelés à faire preuve au nom de Celui qui a dit « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35). 🤗 Quelques jours après que des dizaines de milliers de Marocains ont forcé la frontière de l’enclave espagnole de Ceuta, le prêcheur a cité Mgr Xabier Gómez OP, évêque du diocèse de Saint Feliu de Llobregat et responsable des migrations et de l’interculturalité au sein de la Conférence épiscopale de Tarragone. Veuillez trouver ci-dessous la lettre écrite par ce prélat, que je suis en train de traduire (ce sera ma toute première traduction d’un texte en catalan) en vue de publier la version française dans cet article. Vous la trouverez à la fin du billet de demain. Mgr Gómez y fait notamment référence au récent déplacement de Léon XIV aux îles Canaries, auprès des migrants qui ont traversé l’indicible pour arriver presque par miracle dans une Europe où ils peinent à s’intégrer.

Cadaqués, le mardi 4 août 2026

Hier soir, nous sommes allés à un concert dans un hôtel perché dans la montagne. Surplombant le village, il en offre une vue pittoresque, que j’ai pu capturer dans ce cliché :

Veuillez trouver ci-dessous l’un des clips de Carla Martin, la chanteuse qui s’est produite dans ce cadre exceptionnel :

En fin de journée, je suis allé dîner avec Albert dans une guinguette qui proposait des plats très sains, notamment des fruits de mer et du poisson. Nous avons donc fait le plein d’omégas 3 devant un magnifique panorama du littoral :

En soirée, j’ai enfin pu finaliser ma traduction de la lettre de Mgr Gómez. Je l’ai bien évidemment révisée et relue, notamment en la comparant avec la version castillane (même si cette dernière n’est pas le texte original). Cela m’a permis de déceler quelques erreurs commises du fait que j’ai encore le niveau débutant en catalan. Voici la mouture finale du texte cible :

Réflexion au sujet des événements à Ceuta

1er août 2026

Les événements à Ceuta et à Melilla nous placent devant un drame humain, politique et social qui nécessite vérité et responsabilité. Les données disponibles parlent d’au moins 67 personnes mortes en mer. C’est un drame humain terrible et véritable : chacune d’entre elles a un nom et un visage. On parle aussi de l’entrée massive de dizaines de milliers de personnes à Ceuta, dont, pour le moment, plus de 48 000 sont retournées au Maroc, d’après le Gouvernement espagnol. Par ailleurs, des tensions ont été vécues à Melilla, avec la fermeture temporaire et la réouverture ultérieure du passage de Beni-Enzar.

Je partage l’opinion des experts qui ont averti que nous ne sommes pas face à un drame migratoire ordinaire. Le Service jésuite auprès des migrants a signalé qu’« il existe une confusion qui cherche à faire voir que nous sommes devant un phénomène migratoire, mais [que] cela va plus loin » et a rappelé que beaucoup des personnes qui sont entrées étaient marocaines ; il ne s’agissait pas de migrants venus par les routes africaines classiques. C’est pourquoi il parle d’une question « éminemment géopolitique », où le phénomène migratoire ne serait que « l’épiderme » d’un problème plus profond.

Ainsi, nous devons nous demander, en toute honnêteté : à qui cette situation peut-elle bénéficier ? Elle ne bénéficie pas aux personnes qui se sont jetées à la mer, beaucoup d’entre elles poussées par la pauvreté structurelle, les inégalités économiques, le manque de travail et la frustration d’un futur bloqué au Maroc ou dans d’autres pays africains blessés par la guerre ou par la faim. Elle ne bénéficie pas non plus aux citoyens de Ceuta et de Melilla, auxquels nous souhaitons exprimer notre solidarité, et qui ont le droit de vivre en sécurité, sans soubresauts et dans une atmosphère de coexistence pacifique. En revanche, elle peut bénéficier à ceux qui utilisent la mobilité humaine comme instrument de pression politique, à ceux qui veulent tendre les relations diplomatiques avec de possibles « menaces hybrides », à ceux qui jouent avec la peur sociale ou à ceux qui transforment la souffrance d’autrui et la peur en rentabilité électorale. Et si c’était cela qui, d’une certaine manière, était en train de se produire ?

Il ne me paraît pas non plus crédible d’attribuer cette marée humaine ni à un jugement du Tribunal suprême ni à la régularisation actuellement en vigueur en Espagne, qui répond à des profils précis et qui n’est pas ouverte à tous. De même, il ne semble pas raisonnable de penser que des milliers de jeunes aient suivi avec attention la jurisprudence espagnole avant de mettre leur vie en danger. De fait, l’immense majorité sont retournés dans leur pays.

Aux Canaries, le pape Léon XIV a mis des mots évangéliques sur cette blessure : « Arrivent ici tant de vies blessées, dépouillées de presque tout, mais jamais de leur dignité ». Puis il a ajouté : « Ils ne sont ni des chiffres ni des dossiers », mais des personnes « avec une famille et une maison laissée derrière elles ; avec des rêves que personne n’a le droit de mépriser ». En outre, il a averti les migrants de cette manière : « Ne remettez pas votre existence entre les mains de ceux qui en font commerce », car les fausses promesses sont des « chants de sirènes » et des « industries de la mort ».

Il nous rappelait également aux îles Canaries qu’« il ne suffit pas de gérer les arrivées, de communiquer des chiffres, de renforcer les frontières, aussi nécessaire que cela puisse être, ou de déplorer les morts quand elles ont déjà eu lieu ». Il faut « des voies légales et sûres », une lutte résolue contre les trafiquants, la recherche de la vérité dans les récits et, surtout, défendre aussi « le droit à ne pas être obligé de migrer ».

+ Xabier Gómez OP

Évêque responsable des Migrations et de l’Interculturalité au sein de la CET

Source : Conferència Espiscopal Tarraconense, Reflexió entorn dels esdeveniments de Ceuta, publié le 1er août 2026.

Version espagnole : Reflexión en torno a los acontecimientos de Ceuta.

Cadaqués, le vendredi 7 août 2026

Ce matin, je me suis naturellement réveillé très tôt. J’ai donc décidé de sortir de la maison de mes hôtes, de marcher jusqu’au bord de l’eau et de photographier quelques belles vues baignées par le soleil levant. En remontant des rochers qui plongent dans la mer, j’ai eu la surprise de me retrouver face à un sanglier. 🐗 J’ai d’abord reculé un peu pour ne pas l’effrayer et donc éviter de me faire charger. Lorsqu’il a pris la fuite, j’ai eu, tardivement, la présence d’esprit de le prendre en photo, mais le résultat est un peu flou, car l’animal sauvage était en mouvement. Saurez-vous le reconnaître au sein du pêle-mêle ci-dessous ?

Après une journée de lecture et d’écriture, je me suis rendu sur la place principale du village vers 20h, où jouait un orchestre pour que les volontaires dansent la sardane. Cette dernière me fait un peu penser aux fest-noz bretons. Je ne sais pas si la danse traditionnelle catalane a également des origines celtiques. Il faudrait vérifier. J’ai pensé à filmer ces représentations pour mon blog et/ou pour Facebook, mais il était impossible de produire des vidéos qui respectent le droit à l’image en vigueur en France. ⚖️ En effet, de nombreuses familles étaient sur place et il était impossible, même en faisant de gros efforts de cadrage, de ne pas faire apparaître un enfant à un moment ou à un autre. Comme je ne suis pas assez doué pour flouter les visages, je n’ai donc rien à diffuser sur cet épisode. Cela me fera moins de vues et moins de visibilité, mais je reste dans la légalité. De surcroît, l’empreinte carbone de mes activités de publication en ligne s’en trouve limitée. 🌱 Enfin, vous avez sans doute remarqué que j’évite, dans la mesure du possible, de faire apparaître des personnes à l’écran. En effet, comme je ne montre jamais mon visage, par choix, je souhaite rester cohérent en ne montrant pas celui des autres, même dans les cas où la loi l’autorise. La seule exception est Laurent Jouet, qui tient à se rendre visible en ligne, un consentement auquel sa famille ne s’est jamais opposé.

Si vous souhaitez savoir à quoi ressemble la sardane, je vous invite à taper « sardana » sur Ecosia et à cliquer sur l’onglet des vidéos. Faute d’avoir pu capturer des contenus visuels ou audiovisuels adaptés sur cette danse, j’ai pu profiter du moment présent. Sur le chemin du retour, j’ai aussi photographié ce ciel couvert qui couronne la baie à la tombée du soir :

Cadaqués, le dimanche 9 août 2026

Hier soir, je suis sorti. Avec deux amis et certains de leurs amis, nous avons fait la fête à l’espagnole. Pour ma part, j’ai été assez raisonnable. Je n’ai bu qu’un chupito de tequila et j’ai beaucoup dansé. Je suis rentré à 6h du matin, mais je ne me suis pas couché. En effet, il ne fallait absolument pas louper la messe dominicale, qui avait lieu à 10h. ✝️ Je me suis donc préparé pour être à peu près présentable et je suis retourné au village en attendant la cérémonie. Étant donné mon état de fatigue, j’ai peut-être légèrement somnolé et j’ai eu du mal à suivre l’homélie en catalan. Néanmoins, je me permets de partager ci-dessous les textes de la liturgie, sans les commenter. Libre à vous de les lire et de les interpréter à votre manière :

Première lecture

« Tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur » (1 R 19, 9a.11-13a)

Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là,
lorsque le prophète Élie fut arrivé à l’Horeb, la montagne de Dieu,
    il entra dans une caverne
et y passa la nuit.
    Le Seigneur dit :
« Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur,
car il va passer. »
À l’approche du Seigneur,
il y eut un ouragan, si fort et si violent
qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers,
mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ;
et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre,
mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ;
    et après ce tremblement de terre, un feu,
mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ;
et après ce feu, le murmure d’une brise légère.
    Aussitôt qu’il l’entendit,
Élie se couvrit le visage avec son manteau,
il sortit et se tint à l’entrée de la caverne.

    – Parole du Seigneur.

Psaume

(Ps 84 (85), 9ab-10, 11-12, 13-14)

R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,
et donne-nous ton salut.
(Ps 84, 8)

J’écoute : Que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

Deuxième lecture

« Pour les Juifs, mes frères, je souhaiterais être anathème » (Rm 9, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
    c’est la vérité que je dis dans le Christ,
je ne mens pas,
ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint :
    j’ai dans le cœur une grande tristesse,
une douleur incessante.
    Moi-même, pour les Juifs, mes frères de race,
je souhaiterais être anathème, séparé du Christ :
    ils sont en effet Israélites,
ils ont l’adoption, la gloire, les alliances,
la législation, le culte, les promesses de Dieu ;
    ils ont les patriarches,
et c’est de leur race que le Christ est né,
lui qui est au-dessus de tout,
Dieu béni pour les siècles. Amen.

    – Parole du Seigneur.

Évangile

« Ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux » (Mt 14, 22-33)

Alléluia. Alléluia.
J’espère le Seigneur,
et j’attends sa parole.
Alléluia. (cf. Ps 129, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert,
    Jésus obligea les disciples à monter dans la barque
et à le précéder sur l’autre rive,
pendant qu’il renverrait les foules.
    Quand il les eut renvoyées,
il gravit la montagne, à l’écart, pour prier.
Le soir venu, il était là, seul.
    La barque était déjà à une bonne distance de la terre,
elle était battue par les vagues,
car le vent était contraire.

    Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux
en marchant sur la mer.
    En le voyant marcher sur la mer,
les disciples furent bouleversés.
Ils dirent :
« C’est un fantôme. »
Pris de peur, ils se mirent à crier.
    Mais aussitôt Jésus leur parla :
« Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! »
    Pierre prit alors la parole :
« Seigneur, si c’est bien toi,
ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. »
    Jésus lui dit :
« Viens ! »
Pierre descendit de la barque
et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus.
    Mais, voyant la force du vent, il eut peur
et, comme il commençait à enfoncer, il cria :
« Seigneur, sauve-moi ! »
    Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit
et lui dit :
« Homme de peu de foi,
pourquoi as-tu douté ? »
    Et quand ils furent montés dans la barque,
le vent tomba.
    Alors ceux qui étaient dans la barque
se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent :
« Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

– Acclamons la Parole de Dieu.

 Source : AELF

Revenu au village de très bonne heure, j’ai un peu flâné sur la plage et dans certaines rues en attendant que les bars proposant des petits-déjeuners soient ouverts. Voici deux clichés d’éléments vivants et non-vivants qui m’ont intrigué :

Cadaqués, le mercredi 12 août 2026

Après quelques jours consacrés en grande partie à mes activités professionnelles ainsi qu’aux tâches du quotidien, je m’apprête à voir l’éclipse de soleil en compagnie de mes hôtes, de leur famille et de leurs amis. 🌒 Avec Albert, nous avons à nouveau refait notre stock d’omégas 3 dans une guinguette en bord de mer et nous avons enfin plus d’informations sur l’endroit dont nous pourrons observer le phénomène astronomique, à l’aide de lunettes appropriées. En effet, l’éclipse ne sera pas visible depuis tous les points de la commune, qui donne sur la mer à l’est, mais est bordée de montagnes à l’ouest. Comme tout se passera en fin de journée, le relief peut donc masquer le couchant, en fonction du lieu d’observation.

Finalement, nous avons pu nous délecter de ce spectacle naturel sur la terrasse d’une maison d’amis. Voici quelques photos :

Parmi les convives se trouvait un invité de marque : le politologue Stéphane Rozès. Le voici prenant différentes pauses devant l’éclipse :

À l’issue de l’événement, avant que nous ne passions à table, j’ai eu la chance de m’entretenir avec lui sur son domaine de spécialité. Voici son analyse de la politique, à l’échelle mondiale : « Les élections sont la rencontre entre les expériences collectives des peuples et la capacité des leaders politiques, présidentiables et formations politiques à mettre en récit idéologiquement leur projet et programme en fonction desdites expériences. Les médias et réseaux sociaux ne sont que les amplificateurs de ces déterminants essentiels. » 📊 D’après son expérience de 25 ans en au sein de l’institut de sondage CSA (dont il est devenu directeur au bout de la 7e année en son sein) et de 15 ans dans le conseil en tant que travailleur indépendant (dont au service de plusieurs présidents de la République et présidentiables), Stéphane a donc pu observer que les médias et réseaux sociaux ne sont jamais le facteur déterminant pour gagner une élection.

Et que dire de la politique mondiale en 2026 et dans les dernières décennies ? D’après cet expert de terrain, « la singularité de la période réside dans le fait que le fond des choses ne résulte pas de la domination et de la soumission d’empires et de nations, mais des logiques de marché et de technologie. La globalisation économique, financière et numérique rend les peuples interdépendants. Pour autant, les peuples se replient et, peu à peu, semblent s’opposer. La raison en est que les peuples se sentent dessaisis de la maîtrise de leur destin. Ils souhaitent alors se tourner vers des figures autoritaires qui leur permettent (promettent ?) de reprendre le pouvoir. Ce sont les populismes (de droite comme de gauche), le radicalisme religieux (notamment l’islamisme) et le nationalisme. »

À titre personnel, je ne me reconnais pas dans ce mouvement de repli planétaire que Stéphane Rozès ne fait que constater. Je suis certes patriote, mais ouvert sur le monde dans son universalité. 🇨🇵🌏 Cela est sans doute dû à mes valeurs chrétiennes, qui se sont notamment incarnées dans les différentes JMJ que j’ai vécues, à partir de celles de Cologne en 2016. D’autres personnes ont formé leur foi dans le cadre d’un catholicisme différent, tout aussi conservateur que le mien, mais plus franchouillard. Bien qu’universel à sa manière, si l’on considère, par exemple, que la messe en latin permet de fédérer les fidèles au-delà des frontières. 🇻🇦 Nécessairement, ma vocation de linguiste m’a poussé à la curiosité vers d’autres langues et cultures, à rencontrer des gens de partout, sans renier ni d’où je viens ni qui je suis. Bien sûr, il m’est arrivé d’être trahi par certaines personnes d’origine différente, ce qui aurait pu me conduire à stigmatiser certaines communautés. Mais d’autres personnes des mêmes communautés ont fait preuve d’une loyauté sans faille à mon égard, tandis que les personnes les plus « assistées » que je connaisse sont des Français de souche, qui ont droit à toutes les aides auxquelles n’ont pas accès les migrants sans papiers. Bref, voici mon point de vue. N’hésitez pas à me faire part du vôtre en commentaire !

Cadaqués, le vendredi 14 août 2026

Tout d’abord, commençons le billet d’aujourd’hui avec une vue nocturne du centre-ville de Cadaqués, dont la luminosité est rendue à la manière de mon smartphone assez basique :

En soirée, Albert et moi nous sommes rendus à la messe anticipée de l’Assomption. Voici les textes proposés par la liturgie de l’Église catholique :

Messe du jour

Première lecture

« Une Femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous les pieds » (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit,
    et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire.

         Un grand signe apparut dans le ciel :
une Femme,
ayant le soleil pour manteau,
la lune sous les pieds,
et sur la tête une couronne de douze étoiles.
    Elle est enceinte, elle crie,
dans les douleurs et la torture d’un enfantement.
    Un autre signe apparut dans le ciel :
un grand dragon, rouge feu,
avec sept têtes et dix cornes,
et, sur chacune des sept têtes, un diadème.
    Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel,
les précipita sur la terre.
Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter,
afin de dévorer l’enfant dès sa naissance.
    Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle,
celui qui sera le berger de toutes les nations,
les conduisant avec un sceptre de fer.
L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône,
    et la Femme s’enfuit au désert,
où Dieu lui a préparé une place.
    Alors j’entendis dans le ciel une voix forte,
qui proclamait :
« Maintenant voici le salut,
la puissance et le règne de notre Dieu,
voici le pouvoir de son Christ ! »

    – Parole du Seigneur.

Psaume

(Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16)

R/ Debout, à la droite du Seigneur,
se tient la reine, toute parée d’or.
(cf. Ps 44, 10b)

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.

Deuxième lecture

« En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent » (1 Co 15, 20-27a)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
    le Christ est ressuscité d’entre les morts,
lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis.
    Car, la mort étant venue par un homme,
c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts.
    En effet, de même que tous les hommes
meurent en Adam,
de même c’est dans le Christ
que tous recevront la vie,
    mais chacun à son rang :
en premier, le Christ,
et ensuite, lors du retour du Christ,
ceux qui lui appartiennent.
    Alors, tout sera achevé,
quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père,
après avoir anéanti, parmi les êtres célestes,
toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance.
    Car c’est lui qui doit régner
jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis.
    Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort,
    caril a tout mis sous ses pieds.

    – Parole du Seigneur.

Évangile

« Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles » (Lc 1, 39-56)

Alléluia. Alléluia.
Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis :
Marie est entrée dans la gloire de Dieu ;
exultez dans le ciel, tous les anges !
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là,
Marie se mit en route et se rendit avec empressement
vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
    Elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Élisabeth.
    Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,
l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
    et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,
et le fruit de tes entrailles est béni.
    D’où m’est-il donné
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
    Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
    Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

    Marie dit alors :
« Mon âme exalte le Seigneur,
    exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
    Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.
    Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
    Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.
    Déployant la force de son bras,
il disperse les superbes.
    Il renverse les puissants de leurs trônes,
il élève les humbles.
    Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
    Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour,
    de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

    Marie resta avec Élisabeth environ trois mois,
puis elle s’en retourna chez elle.

    – Acclamons la Parole de Dieu.

Source : Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones (AELF)

Avant la messe, j’ai lu ces textes en castillan à mon ami et nous avons discuté de la manière dont nous les interprétions l’un et l’autre. 🇪🇦🕊 Lors du sermon, j’ai un peu mieux compris que la fois précédente. Je me souviens en tout cas que le prêtre a fait le lien entre l’astrologie mariale de la première lecture et l’éclipse que nous avons vécue il y a deux jours. Il nous a rappelé que le soleil que Marie porte en elle est Jésus, Dieu fait homme, le Créateur de tout le cosmos qui vient s’abaisser en notre humanité. Bien que locuteur natif catalanophone, Albert m’a confié qu’il a aussi eu du mal à tout comprendre car le prédicateur parle effectivement très vite.

Cadaqués, el sábado, 15 de agosto de 2026

Au terme d’une journée tranquille et en bonne compagnie, Albert et moi sommes partis en bateau à moteur dans une toute petite crique du côté de Port Lligat. Nous y avons été emmenés par notre ami Pol1, accompagné de sa chienne Teula. Voici quelques clichés de ce lieu étonnant :

Comme vous pouvez le constater, les falaises sont en schiste. Cette pierre locale est d’ailleurs utilisée pour la construction des maisons à Cadaqués. J’ai donc été plus prudent que d’habitude en escaladant les rochers, car glisser sur des ardoises saillantes peut causer quelques soucis que l’on risque de regretter… Dans cette vidéo, vous pourrez admirer l’œuvre du Sculpteur par excellence, qui agit sur le long terme à travers l’érosion. Voici mes plus belles prises de vue de cette géologie si intrigante :

Tandis que j’escaladais, photographiais, filmais ou nageais, Pol explorait les eaux peu profondes avec son masque et son tuba. Il recherchait des lunas. D’après ce que j’ai compris, lorsqu’un mollusque de type « escargot » est en vie, il se constitue une coquille (concha) côté extérieur, qui donne sur l’eau. 🐚 Pour le protéger du rocher auquel il s’adosse, il se fortifie dans une luna. Étant très loin d’être un spécialiste en biologie marine, je ne sais pas quelle est la traduction en français de ce terme qui ne concerne que quelques espèces d’escargots (pas toutes). J’ignore également si je restitue fidèlement ce qui est ou si j’écris des âneries. Si vous en savez plus que moi à ce sujet, n’hésitez surtout pas à étaler votre science en commentaire ! Quoi qu’il en soit, voici une photo des 28 lunas que Pol a ramassées aujourd’hui :

Gérone, le dimanche 16 août 2026, vers 22h33

À l’heure qu’il est, mes hôtes sont en train de fêter l’anniversaire de l’oncle d’Albert. J’ai un peu participé à la préparation, mais je ne peux pas faire la bringue avec les autres. En effet, mon billet de retour à la maison est réservé depuis longtemps. À 17h, je suis parti vers le chef-lieu de la province à laquelle est rattachée Cadaqués. Je vous écris depuis la banquette d’un burger, en attendant le car de minuit dix, qui me déposera à Perpignan vers 1h40. 🚌 Du chef-lieu des Pyrénées-Orientales, je prendrai un autre car en tout début d’après-midi. D’ici-là, je ne pourrai pas dormir, car je n’ai envie ni de rater un car, ni de rater un arrêt, ni de me faire voler mes affaires. Une fois embarqué vers Paris, je pourrai enfin me reposer. Vers le milieu de la nuit de demain à après-demain, j’aurai une nouvelle correspondance et je roulerai jusque chez moi jusqu’à mardi matin. Bref, toute une odyssée !

Vous vous demandez certainement pourquoi je m’inflige tout cela au lieu de prendre l’avion. Eh bien, par conviction écologique ! 🌻🐝 Nous avons tous vu nos forêt brûler cet été, à cause d’un dérèglement climatique dont nous sommes tous responsables. Cela, personne ne peut le nier ! Les preuves scientifiques sont là. Certes, j’endure une part d’inconfort lorsque je voyage de manière cohérente avec mes convictions. Mais j’ai la conscience tranquille. Pour lutter contre l’éco-anxiété, il n’y a qu’un seul remède : lutter réellement contre le dérèglement climatique ! 🌱

Je vais certainement choquer certains d’entre vous, mais j’ai eu un autre comportement limite pour ma santé lors de mon séjour de deux semaines à Cadaqués. En effet, je ne mettais jamais de crème solaire lorsque j’allais à la plage. Pourquoi ? Parce que ces produits chimiques se diluent dans la mer lorsque nous nous baignons et tuent une partie de la faune marine. 🪸 Un médecin ne recommanderait certainement pas de faire ce que j’ai fait, mais je l’ai fait et je l’assume. Ceci dit, j’ai tout de même été prudent. En effet, je ne me suis jamais étendu sur ma serviette pour lire ou me reposer. Chaque fois que j’allais à la plage, c’était soit pour nager soit pour honorer ma nouvelle résolution de cet été et d’au-delà (à savoir, une série de pompes par jour). Et le fait est que je n’ai pris aucun coup de soleil ! ☀️ Encore une fois, je ne suis pas médecin et je n’ai jamais dit que ne pas mettre de crème solaire lorsqu’un s’expose était bon pour la santé. Mais je l’ai fait de manière ponctuelle, en cohérence avec ma vision de l’écologie, et j’assume.

Avant de poursuivre ce billet, je vous propose de visionner quelques photos de la ville de Gérone. Je n’ai pas pris le temps de me renseigner sur ces monuments. Je vous propose donc ces clichés de manière brute, sans commentaire :

Ce matin, j’ai préféré dormir pour ne pas commencer mon odyssée sur les rotules. Je suis donc allé à la messe ce soir, dans une église paroissiale de Gérone. Voici les textes bibliques qui ont été lus :

Lectures de la messe

Première lecture

« Les étrangers, je les conduirai à ma montagne sainte » (Is 56, 1.6-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
Observez le droit,
pratiquez la justice,
car mon salut approche, il vient,
et ma justice va se révéler.

    Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur
pour l’honorer, pour aimer son nom,
pour devenir ses serviteurs,
tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner
et tiennent ferme à mon alliance,
    je les conduirai à ma montagne sainte,
je les comblerai de joie dans ma maison de prière,
leurs holocaustes et leurs sacrifices
seront agréés sur mon autel,
car ma maison s’appellera
« Maison de prière pour tous les peuples. »

    – Parole du Seigneur.

Psaume

(Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8)

R/ Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ;
qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
(Ps 66, 4)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que ton visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

Deuxième lecture

« À l’égard d’Israël, les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance » (Rm 11, 13-15.29-32)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
    je vous le dis à vous, qui venez des nations païennes :
dans la mesure où je suis moi-même apôtre des nations,
j’honore mon ministère,
    mais dans l’espoir de rendre jaloux mes frères selon la chair,
et d’en sauver quelques-uns.
    Si en effet le monde a été réconcilié avec Dieu
quand ils ont été mis à l’écart,
qu’arrivera-t-il quand ils seront réintégrés ?
Ce sera la vie pour ceux qui étaient morts !

    Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance.
    Jadis, en effet, vous avez refusé de croire en Dieu,
et maintenant, par suite de leur refus de croire,
vous avez obtenu miséricorde ;
    de même, maintenant, ce sont eux qui ont refusé de croire,
par suite de la miséricorde que vous avez obtenue,
mais c’est pour qu’ils obtiennent miséricorde, eux aussi.
    Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans le refus de croire
pour faire à tous miséricorde.

    – Parole du Seigneur.

Évangile

« Femme, grande est ta foi ! » (Mt 15, 21-28)

Alléluia. Alléluia.
Jésus proclamait l’Évangile du Royaume,
et guérissait toute maladie dans le peuple.
Alléluia. (cf. Mt 4, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
    partant de Génésareth,
Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
    Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant :
« Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David !
Ma fille est tourmentée par un démon. »
    Mais il ne lui répondit pas un mot.
Les disciples s’approchèrent pour lui demander :
« Renvoie-la,
car elle nous poursuit de ses cris ! »
    Jésus répondit :
« Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
    Mais elle vint se prosterner devant lui en disant :
« Seigneur, viens à mon secours ! »
    Il répondit :
« Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants
et de le jeter aux petits chiens. »
Elle reprit :
« Oui, Seigneur ;
mais justement, les petits chiens mangent les miettes
qui tombent de la table de leurs maîtres. »
    Jésus répondit :
« Femme, grande est ta foi,
que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »
Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

    – Acclamons la Parole de Dieu.

Source : AELF

Si vous avez pris le temps de lire ces textes, peut-être vous parleront-ils d’une manière ou d’une autre. En ce qui me concerne, j’ai été frappé par la bienveillance de Dieu à l’égard du peuple juif, d’après la seconde lecture. ✡️ Et ce, même si ceux qui sont restés juifs jusqu’à nous jours refusent de reconnaître Jésus comme le Messie. En ce sens, un chrétien ne peut pas être antisémite. Certains extrémistes essaient de concilier des idées complotistes farfelues avec une récupération du catholicisme, mais ils se trompent. Je condamne là le véritable antisémitisme, pas le simple fait de s’opposer à la politique du gouvernement israélien actuel.

Dans son homélie, le prêtre a dit plusieurs choses intéressantes, mais je ne me souviens pas de tout. La messe était entièrement en castillan, mais le prédicateur avait un fort accent catalan et certaines de mes préoccupations m’ont rendu moins attentif. Toutefois, j’ai retenu au moins une chose : Jésus ne commence à prendre en compte la prière de la Cananéenne que lorsque les disciples l’invitent à y prêter attention. ☝️ Le prêtre nous a donc dit que la prière peut être personnelle, mais pas individuelle. Elle se fait en lien avec les autres membres de la communauté ecclésiale. D’ailleurs, lorsque Jésus nous a appris à prier, il nous a dit d’appeler Dieu « notre Père » et non « mon Père ». Et vous, qu’en pensez-vous ? Êtes-vous d’accord avec ce point de vue ? De quelle manière interprétez-vous ces différents textes ? Tous vos commentaires sont les bienvenus !

Perpignan, le lundi 17 août, an de grâce 2026

Un peu avant 2h du matin, le car m’a déposé dans le chef-lieu de la Catalogne française. Je savais que j’allais devoir passer une nuit blanche pour surveiller mes bagages, d’autant plus que je ne connais absolument pas la ville. Une fois descendu, j’ai remarqué que le quartier de la gare routière est une cité. 🌆 Quatre jeunes filles en tenue d’été commentaient de manière ironique le parachutage des voyageurs qui ne savaient pas où ils mettaient les pieds. Si elles étaient du quartier et en bande, elle ne risquaient absolument rien à cet endroit à cette heure-là. Mais moi, je me suis dit qu’il valait mieux être prudent et passer mon chemin, sans les aborder, ne serait-ce que pour demander un renseignement. J’ai donc suivi la voie ferrée jusqu’à une zone apparemment plus huppée. Là, je me suis enfoncé dans un parking non éclairé pour étudier et mener une activité professionnelle sur mon téléphone portable.

J’ai coupé le son pour ne pas attirer l’attention. 🔕 De même, je n’ai pas allumé mon ordinateur pour éviter de me faire remarquer et d’appeler les convoitises sur un vieil appareil qui n’a d’autre valeur que certaines données. D’après une émission que j’ai écoutée sur France Culture il y a quelques années, les études montrent que l’absence d’éclairage public n’est pas nécessairement synonyme d’une plus grande insécurité. Parfois, c’est même le contraire. En effet, il paraît que même les agresseurs peuvent avoir peur du noir. Pour ma part, je préférais être caché que bien mis en évidence sous un lampadaire. Néanmoins, j’imagine que cette théorie n’est absolument pas valable pour certains crimes et délits. Je suppose que les délinquants et criminels sexuels ont tout intérêt à agir dans la pénombre, pour ne pas être reconnus. 😥 Si j’avais été une femme, je ne serais pas restée seule en pleine nuit, ni dans l’obscurité ni sous le feu des projecteurs. En l’occurrence, je suis un homme et je ne craignais que pour mon portefeuille, mon ordinateur et mon téléphone. Je me suis donc tapis dans l’obscurité, silencieusement, sirotant du café de temps à autres pour rester sur le qui-vive. J’ai pu détecter tout mouvement dans les dix mètres à la ronde, à savoir, deux voitures qui sont venues se garer et un passant qui m’a demandé une cigarette de façon tout à fait courtoise. Comme je ne fume pas, j’ai décliné tout aussi poliment et il a pris congé en me souhaitant une bonne soirée.

Peu avant le lever du soleil, je me suis dirigé vers le hall de la gare, qui est sous vidéosurveillance. J’ai interagi avec certaines personnes sans domicile fixe, en situation de précarité ou de simples baroudeurs comme moi. Je me suis trouvé dans une situation d’entraide qui s’est révélée très enrichissante. En acceptant de payer un café à une femme qui me l’avait demandé avec diplomatie, je me suis retrouvé en contact avec plusieurs personnes issues de la communauté tsigane. 🇮🇳 Des personnes qui travaillent dans des métiers très honorables et y font preuve d’un très grand professionnalisme. J’avoue que, jusqu’à ce matin, j’étais extrêmement méfiant envers ce peuple. En effet, j’ai vécu de très mauvaises expériences avec certains de ses membres et, par la suite, j’ai tenu, à l’oral et dans des cercles privés, certains propos généralisants que l’on pourrait qualifier de xénophobes. J’en ai notamment tenus à Séville2 il y a deux ans et mon interlocuteur andalou m’avait répondu que les Gitans ont une culture très différente de la nôtre, d’où certaines incompréhensions, mais qu’ils ne laisseraient personne mourir de faim. Et, ce matin, le café que j’ai offert à cette personne m’a ouvert des portes insoupçonnées, en l’espace de quelques heures. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais j’ai rencontré des personnes qui ont vraiment le cœur sur la main, qui sont pétries de valeurs de solidarité et d’altruisme dont bien des Babtous devraient s’inspirer. 💖 Bref : une expérience humaine qui a fait changé d’avis l’imbécile que j’étais il y a encore quelques heures. Pour lutter contre les préjugés racistes et toute sorte de discrimination, il faudrait que les gens se rencontrent, même de manière inattendue (de fait, je n’ai pu détecter leur identité tsigane qu’au bout d’une bonne heure, par l’emploi répété du terme gadji dans leurs conversations), et que les aléas de la vie leur permettent de changer leurs a priori. Malheureusement, il y a d’autres catégories de personnes avec lesquelles je ne me sens pas très à l’aise. Si Dieu me permettait de recevoir autant de certaines personnes comme ci ou comme ça, je m’ouvrirais sans doute davantage et je blesserais sans doute moins mes frères et sœurs en humanité par mes attitudes trop fermées…

Jean O’Creisren


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  1. Cf. « Voyage en Aragon et en Catalogne » ↩︎
  2. Cf. « Voyage en Andalousie » ↩︎

L’aménagement du territoire à Barcelone à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle

Ces derniers jours, le pape Léon XIV a inauguré la tour du Christ de la Sagrada Família, dans une cérémonie grandiose que vous pourrez visionner ci-dessous :

Barcelone est notamment célèbre pour son architecture moderniste. Qui ne connaît pas Gaudí, à qui nous devons non seulement l’église la plus haute du monde, mais aussi, entre autres, la Casa Batlló et le Parc Güell ? Déjà riche d’une histoire passionnante, qui remonte à la conquête romaine de la péninsule Ibérique, la Cité comtale a connu une véritable transformation à partir de la révolution industrielle. Dans cet article, nous nous intéresserons à l’urbanisation de cette métropole entre le milieu du XIXe siècle et la Guerre civile espagnole (1936-1939).

Avant d’entrer dans les détails, il convient de définir un concept central de notre réflexion :

L’aménagement du territoire désigne l’ensemble des politiques mises en œuvre pour encadrer ou infléchir les évolutions d’un territoire généralement à l’échelle de l’État en fonction de choix politique et du contexte. L’aménagement est l’une des formes de l‘appropriation d’un territoire. La racine latine d’aménagement, manere, évoque la maison, le manse, le manoir. Aménager comme emménager ou déménager fait allusion, originellement, à l’espace domestique et à des actions de la vie quotidienne. L’un des objectifs de l’aménagement du territoire peut-être de corriger les déséquilibres. […].

Les champs d’application des politiques d’aménagement du territoire peuvent être divers : armatures et réseaux urbains ; planification et priorités en matière d’infrastructures et de grands équipements considérés comme « structurants » ; développement, localisation, relocalisation des activités productives ; définition et localisation de pôles d’innovation et de recherche et développement ; aménagement des régions à spécialisation territoriale (tourisme, montagne, littoral) ; prise en compte des dimensions supranationales et transfrontalières ; préoccupations dites de « développement durable ».

L’aménagement du territoire est apparu comme un domaine d’action autonome, identifié dans les politiques globales des États développés au cours des années 1930 et il s’est généralisé dans les années 1950. C’est par leurs politiques d’aménagement du territoire que les acteurs publics agissent pour corriger les déséquilibres et orienter les développements spatiaux à partir d’une appréhension d’ensemble et d’un projet global et prospectif. Les formes prises par l’aménagement du territoire ont une composante idéologique, dans la mesure où celui-ci consiste à réaliser un projet politique : favoriser les territoires les plus compétitifs pour attirer les entreprises et créer de l’emploi, ou maintenir une offre de services publics dans tous les territoires et pour tous les habitants, sont deux orientations différentes, même si elles ne sont pas nécessairement contradictoires. […].

À partir des années 1980, dans la plupart des pays à économie de marché, puis dans les anciens pays socialistes, l’aménagement a progressivement cessé d’être une politique publique de long terme à visée planificatrice destinée à corriger les déséquilibres d’un territoire. C’est l’époque de la dérégulation et de l’inflexion néolibérale des politiques publiques : l’aménagement est segmenté en grands projets, conduits par des partenariat public-privé : la puissance publique identifie un besoin et lance un appel d’offre, et l’opération est réalisée par des acteurs privés, le plus souvent une grande firme transnationale (grands cabinets d’architecture ou d’urbanisme, multinationales du BTP, géants miniers…). C’est dans ce contexte que fleurissent dans tous les pays, des plus riches aux plus pauvres et encore plus dans les pays émergents, les mégaprojets mobilisant des capitaux privés considérables, mais aussi des investissements publics massifs.

Aujourd’hui, le terme est souvent utilisé sans épithète : l’aménagement (source : ENS).

Maintenant que les jalons conceptuels et spatio-temporels de notre objet d’étude sont posés, voici la question à laquelle nous tenterons de répondre au fil de cet article :

Comment l’espace public a-t-il été aménagé dans la Ville comtale à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, en lien avec l’évolution de la société barcelonaise entre la révolution industrielle et la Guerre d’Espagne ?

Notre réflexion s’articulera autour d’une description plus ou moins chronologique de l’urbanisation de Barcelone.


  1. Barcelone à la fin du XIXe siècle : révolution industrielle, exposition universelle de 1888 et désastre de 1898

Lors du premier tiers du XIXe siècle, l’industrialisation et l’aménagement du territoire dans la Cité comtale sont limités. En effet, la région ne dispose pas des ressources naturelles nécessaires à la première révolution industrielle. Néanmoins, celle-ci pointe son nez, faisant suite à l’étape manufacturière qui s’était déjà opérée au XVIIIe siècle. Tournée vers la Méditerranée, la capitale de la Catalogne dispose déjà d’une longue tradition commerciale. Les centres de formation et l’innovation seront les catalyseurs du développement d’usines, à Barcelone et dans plusieurs villes de sa périphérie (notamment Terrassa, Sabadell, Igualada, Vic, Manrèse et Mataró). Au niveau de l’urbanisation, il est alors interdit de bâtir dans un rayon de 1254 mètres au-delà des remparts de Barcelone, pour des raisons défensives. À cette époque, les usines s’installent surtout dans le quartier populaire du Raval, au sud-ouest de la zone fortifiée. Peu à peu, Barcelone s’imposera comme le moteur industriel de l’Espagne, attirant des ouvriers de toute la Catalogne, mais aussi d’autres régions catalanophones (Valence, îles Baléares) ou castillanophones (notamment Aragon, et sans doute la région de Murcie, ainsi que la province andalouse d’Almería – information à confirmer pour ces deux derniers lieux de provenance).

Au milieu du XIXe siècle, l’explosion démographique lié à cet exode rural et à l’essor économique de la ville impose d’étendre cette dernière au-delà de son mur d’enceinte. En effet, cette construction défensive est désormais obsolète et il est question de l’abattre pour investir les alentours. Jusqu’à présent, cela était interdit, mais le surpeuplement de l’espace urbain (dont la population triple entre 1800 et 1850, passant de 55 000 à 170 000 habitants) produit une densité deux fois plus élevée qu’à Paris. Les rues sont étroites, le soleil ne les éclaire pas suffisamment, l’air ne circule pas assez et les conditions d’hygiène laissent à désirer, notamment à cette époque où sévit l’épidémie de choléra. En 1854, à la suite de manifestations à Barcelone en faveur de la destruction des remparts, Madrid finit par donner son aval. La vieille ville prend le nom de « Quartier gothique » et l’ingénieur militaire Ildefons Cerdà planifie, sur une surface bien plus grande, ce qu’on nommera l’Ensanche[1] en espagnol et l’Eixample en catalan. Contrairement au centre-ville, qui comprend encore aujourd’hui d’étroites ruelles, cette zone nouvellement urbanisée est tracée de grandes avenues, perpendiculaires ou diagonales, afin d’aérer et d’éviter les émeutes barricadées. On y dénombre peu d’espaces verts, mais les blocs d’immeubles se présentent sous formes d’« îlots », soit d’immenses carrés vides, renfermant un jardin à disposition des habitants. Dans les plans originaux, la plupart des blocs étaient ouverts sur un ou deux côtés, permettant de planter des espaces végétalisés ouverts à tous. Aujourd’hui, la plupart sont fermés et la cour intérieure s’est transformée en aire de parcage réservée aux riverains. L’on retrouve derrière ce projet les convictions utopistes et saint-simoniennes du concepteur. En se basant sur ce qui a pu être observé au niveau des conditions de vie dans la Vieille ville surpeuplée, Cerdà calcule ce qui permettrait aux habitants de l’Eixample d’être exposés à la dose idéale de soleil et d’air frais. Par exemple, il calcule que la largeur des avenues doit être de vingt mètres, soit la même distance que la hauteur des bâtiments. Ainsi, lorsque l’astre du jour sera à 45°, la base des édifices sera ensoleillée. De même, afin de favoriser une aération optimale, la longueur du côté des blocs (carrés) est de 113,3 mètres et les boulevards perpendiculaires et diagonaux sont orientés de manière stratégique par rapport aux vents dominants.

Sélectionné en 1859 parmi d’autres projets, le Plan Cerdà prévoit initialement un paysage urbain uniformisé et monotone. Néanmoins, à la fin du XIXe siècle, de nombreuses familles bourgeoises, notamment les tenants des grandes firmes industrielles et les indianos (Espagnols ayant fait fortune en Amérique, souvent, malheureusement, en pratiquant l’esclavagisme, puis revenus dans leur terre natale) vont embellir leurs demeures par un style architectural original, à savoir le modernisme. Comme tous les nouveaux riches de toutes les époques, ils veulent mettre en avant leur réussite et se démarquer. C’est ainsi que la famille Batlló commande à Antoni Gaudí une maison qui fait scandale dans tout Barcelone, notamment par ses représentations d’ossements humains sur la façade. C’est grâce à cette controverse qui occupe l’attention de toute la ville que cet hôtel particulier et son architecte deviennent célèbres. Gaudí a réussi son pari et je me suis inspiré de cette histoire en lançant cette publication sur Facebook.

De même, l’architecte Lluís Domènech i Montaner conçoit la Casa Navàs et la Casa Lleó i Morera. Enfin, la Casa Amatller est l’œuvre de Josep Puig i Cadafalch, un architecte, écrivain, archéologue et politicien qui dirigera, entre 1917 et 1924, la Mancomunitat de Catalunya. Établie en 1914, cette institution entendra diriger le territoire catalan au sein de la nation espagnole, comme une sorte de conseil régional. Abolie pendant les périodes où l’extrême droite gouvernera l’Espagne, elle portera par la suite le nom de « Generalitat ». Notons qu’à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le catalanisme s’affirme, mais sous un prisme bourgeois et conservateur, sans revendication séparatiste. Sur les façades de ces belles demeures qui embellissent l’Eixample, on aperçoit souvent Sant Jordi (saint Georges), patron de la Catalogne, terrassant le dragon.

De son côté, le prolétariat s’organise également. Mal payés et subissant des conditions de travail infrahumaines, les ouvriers sont souvent mal-logés dans des quartiers excentrés et délaissés par les services étatiques. Lorsqu’ils manifestent pour améliorer leur sort, l’armée réprime durement leurs demandes. Ainsi, l’anarchosyndicalisme prospère et les associations liées à cette idéologie assurent un travail social qui palie l’absence des services de l’État dans les quartiers populaires. Peu à peu, les travailleurs s’unissent face à l’alliance qu’ils perçoivent entre la classe politique, la bourgeoisie, les militaires et le clergé.

En 1885, l’entrepreneur galicien Eugenio Serrano de Casanova remarque que les expositions universelles sont bénéfiques pour les villes où elles sont organisées. Comme tout événement international, elles donnent une visibilité aux métropoles qui les organisent, attirant notamment les investisseurs. En amont, les travaux grandioses entrepris peuvent également s’avérer très rentables sur le long terme. Par exemple, la tour Eiffel a été construite à l’occasion de l’exposition universelle qui s’est déroulée à Paris en 1889. Aujourd’hui, elle représente une manne financière pour notre pays et nous lui devons certainement en partie la première place qu’occupe la France sur le podium mondial de l’accueil de touristes. Serrano de Casanova se rapproche donc de Francisco de Paula Ruis i Taulet, alors maire de Barcelone, et le convainc en 1886 d’organiser l’événement international dans la Cité comtale. Le comité d’organisation est surnommé « le Club des Huit », en raison du nombre de membres qui le composent.Des journalistes viendront du monde entier pour couvrir l’événement. La cathédrale gothique, dont l’extérieur est alors très sobre, doit se faire belle pour séduire les grands de ce monde. On lance donc un appel à projets. Le jeune Antoni Gaudí propose des aménagements originaux, qui ne sont pas retenus. Un autre architecte est recruté sur la base d’un état projeté beaucoup plus conforme aux canons de l’art gothique. Un an après avoir essuyé ce refus, Gaudí entreprend l’édification de la Sagrada Família. Aujourd’hui, cette dernière accueille en moyenne 11 000 visiteurs par jour (ces statistiques sont peut-être même majorées aujourd’hui), quand la cathédrale est seulement fréquentée par 3 000 fidèles au plus fort de son affluence, à savoir, les jours de solennités. Une belle revanche !

Concernant l’édifice le plus visité de Barcelone, il s’agissait (et il s’agit toujours) d’un temple expiatoire, conçu par Francisco de Paula del Villar en 1882. En cette époque de révolution industrielle, l’Église catholique voyait de nouvelles réalités qui égaraient beaucoup d’âmes. L’idée était donc de ne financer la construction de cet édifice religieux que par des dons, afin que les Barcelonais puissent bénéficier d’une indulgence partielle et passer moins de temps au Purgatoire après leur mort. Aujourd’hui encore, la poursuite des travaux de la Sagrada Família est financée par le ticket d’entrée des visiteurs, qui, pour qui y croit, remboursent de cette manière une partie de leur dette contractée envers Dieu et leur prochain. Gaudí lui-même était très croyant et pratiquant. Il assistait à la messe et disait son chapelet tous les jours. Ces habitudes se traduisaient par une vie cohérente avec ses convictions. Entre autres, il connaissait les ouvriers du chantier par leur prénom, faisait tout son possible pour qu’ils soient heureux au travail et avait créé une école gratuite pour que leurs enfants puissent bénéficier d’une formation de qualité. À certaines périodes où les dons manquaient, l’architecte décida de se priver et de demander l’aumône pour que les travailleurs puissent continuer à être rémunérés normalement. Il vivait chichement et donnait toute sa vie pour ce grand projet au service de Dieu.

En 1888, l’exposition universelle s’installe à l’emplacement de l’ancienne citadelle du XVIIIe siècle détruite en 1868 et aménagée en jardin public. C’est là que s’établissent les différents pavillons. Aujourd’hui encore, l’on peut visiter le Parc de la Ciutadella. Ce dernier apparaît en travelling dans une archive filmique bien postérieure à son aménagement en espace vert, intitulé Barcelone, principale ville de la Catalogne (Pathé, 1912) :

Parmi les monuments notables, le Château des Trois Dragons (ancien restaurant de l’événement) est actuellement un musée de zoologie. L’Umbracle est une serre exotique où il est très agréable de faire une pause en été (vous pourrez en avoir un aperçu en visionnant cette vidéo). C’est également dans cette optique qu’a été édifié l’arc de triomphe. Sur le plan événementiel, en cette époque darwiniste et colonialiste, des tribus originaires de différentes parties du monde réalisent des dansent exotiques aux yeux des visiteurs occidentaux. Des innovations révolutionnaires sont présentées au public, comme les couveuses pour les nouveau-nés. Les jeunes parents étaient invités à payer quelques pésètes pour y déposer leur bébé prématuré. L’événement international de cette fin de siècle présente au monde entier la façade d’une capitale économique qui souhaite rayonner au même titre que les capitales politiques. À cette époque, le modernisme est le mouvement artistique qui pointe son nez et s’affiche dans les monuments édifiés pour l’occasion.

À la toute fin du XIXe siècle, des dockers barcelonais sont filmés dans une pellicule des studios Lumière intitulée Déchargement d’un navire. Ce très court témoignage de l’état du port en 1896 montre un ouvrier qui fait des pitreries devant la caméra, tandis que ses camarades lui font visiblement signe de se remettre au travail, car il n’a pas que ça à faire. Ce que ces hommes qui s’activent comme des fourmis n’ont absolument pas compris, c’est que le Septième art, qui n’en est qu’à ses balbutiements, a énormément d’avenir. Seul le docker qui s’autorise une pause non autorisée est assez intelligent pour comprendre que ses mimiques et postures étonnantes seront immortalisées et traverseront les siècles :

  1. Barcelone au début du XXe siècle : l’exposition internationale de 1929 comme horizon, puis la résistance d’une capitale républicaine

En 1908 commencent les travaux d’aménagement de la Via Laietana, une avenue conçue pour la circulation routière, qui se développera au cours du siècle qui commence. Les architectes en charge de la conception de cet axe ne sont autres que Lluis Doménech i Montaner (entre la place de Antonio López et la place de l’Ange), Josep Puig i Cadafalch (entre la place de l’Ange et la rue Saint-Pierre plus bas) et Ferran Romeu (entre la rue Saint-Pierre plus bas et la place Urquinaona). Elle doit son nom au peuple ibérique qui peuplait la région avant l’arrivée des Romains. D’après cette source, 270 bâtiments sont détruits au total, soit 2000 logements. 10 000 personnes sont expulsées de chez elles et, comme la mairie ne prévoit aucun plan de relogement, elles se retrouvent à la rue.

En 1909 a lieu la Setmana Tràgica (Semaine tragique). Au début de l’été, une mobilisation massive est annoncée pour envoyer des soldats au Maroc, afin d’y défendre les intérêts miniers d’une famille bourgeoise. La rumeur court que les enrôlements de force seront nombreux en Catalogne. Le syndicat Solidaridad Obrera convoque donc une grève pour le 26 juillet. Celle-ci dégénère, notamment car certains manifestants s’en prennent à des chauffeurs de tram non-grévistes qu’ils nomment esquirols (mot catalan signifiant « écureuils »). Bien vite, le mouvement social se transforme en émeute de grande ampleur. Des barricades sont dressées en différents points du Quartier gothique (le plan Cerdà avait conçu l’Eixample de telle sorte que cela soit impossible dans cette zone), la moitié des édifices religieux barcelonais est incendiée, des tombes de religieuses sont profanées et trois prêtres sont assassinés. En effet, l’Église catholique est perçue comme une alliée de l’élite bourgeoise, qui exploite les travailleurs. Si elle exerce aussi des œuvres de charité, celles-ci sont vues comme une forme de condescendance humiliante par les « pauvres » qui en bénéficient. Les ouvriers se sentent persécutés par une alliance entre le clergé, le patronat et la monarchie des Bourbons (en particulier l’armée, qui réprime violemment les manifestations qui réclament des droits que nous considérons aujourd’hui comme fondamentaux). Cette alliance est illustrée par cette archive filmique des studios Lumière, Régiment d’artillerie sortant de la messe (1897) :

Parmi ces trois institutions qui exercent une forme de violence institutionnelle, l’Église est sans doute celle qui persécute le moins le prolétariat. Ses œuvres de charité sont certes maladroites, mais elles ont le mérite d’exister. Pourtant, elle est la seule à subir l’ire des masses populaires qui se vengent de cette triple oppression. Pourquoi ? Sans doute parce qu’elle est beaucoup plus faible que la bourgeoisie et l’armée. Après le rétablissement de l’ordre, Francesc Ferrer i Guàrdia est tenu responsable de l’insurrection et exécuté au terme d’un jugement sommaire, qui manque de preuves. Ce penseur libertaire est le fondateur de l’Institution libre d’enseignement (ILE). À cette époque, le catholicisme détient quasiment le monopole de l’enseignement et le courant laïque de cette organisation est perçu par le clergé comme une menace. Cette exécution sommaire fait scandale tant localement qu’à l’échelle nationale et internationale. L’année suivante est fondée la Confédération nationale du travail (CNT), un syndicat anarchiste qui rassemble plus d’un million d’affiliés dans toute l’Espagne, dont 40 % à Barcelone. Cette dernière s’affirme peu à peu comme une ville républicaine et de gauche, ce qui paramétrera la suite de son histoire politique.

Si le prolétariat s’ancre dans l’Internationale libertaire, le patronat reste catalaniste et conservateur. En 1914, la Mancomunitat est fondée. Cette année-là, une exposition internationale était censée se tenir dans la Ville comtale, mais elle est reportée à cause du conflit mondial, auquel l’Espagne ne participe pas. L’événement est notamment orchestré par Josep Puig i Cadafalch, l’architecte qui a conçu, entre autres, la Casa Amatller. Ce politicien de la droite régionaliste a compris qu’un tel événement permettra d’attirer l’attention de la communauté internationale et entend faire de Barcelone le « nouveau Paris du Midi ». Il intègre une commission où sont représentées diverses instances catalanistes. Aux côtés de Cadafalch y siègera notamment Francesc Cambó, autre leader catalaniste, républicain et ultraconservateur, cofondateur de la Ligue régionaliste de Catalogne. Après avoir hésité, ils choisissent d’installer l’exposition sur la montagne de Montjuïc, à proximité du port. Ce lieu est déclaré « espace d’utilité publique ». Un millier de familles en est exproprié et est relogé.

En 1916, le réalisateur italien Mario Caserini crée un documentaire tourné à Barcelone à des fins touristiques. Ayant beaucoup recours au travelling (notamment depuis le tramway), cette archive filmique donne une idée de l’aménagement du territoire et de l’urbanisation à cette époque. On y voit entre autres la cathédrale gothique avec sa façade embellie, la Casa Milà déjà sur pied, le Passeig de Gràcia et les Rambles déjà largement motorisés (des piétons pressent d’ailleurs le pas lorsqu’ils traversent, afin de ne pas se faire renverser), l’Arc de Triomphe, le Parc de la Citadelle, etc. Voici le document en question :

Filmé en août 1917, le document La huelga general de agosto en Barcelona met en scène des militaires ayant réprimé des grèves ouvrières dans le sang. L’espace urbain y est représenté de manière diverse. En effet, on y voit à la fois le centre-ville et les faubourgs pris d’assaut par les artilleurs. En revanche, les grévistes ne sont absolument pas représentés. L’objectif de cette pellicule est de dépeindre les forces armées comme des héros, donc de faire la propagande du régime en place :

L’aménagement du territoire comprend aussi les espaces verts. L’ingénieur forestier, urbaniste et paysagiste français Jean Claude-Nicolas Forestier et l’architecte, urbaniste et paysagiste catalan Nicolau Maria Rubió i Tudurí conçoivent les jardins qui embelliront le site de l’exposition. Monjuïc s’orne donc d’espaces végétalisés à partir de plantes endémiques du littoral méditerranéen, parmi les terrasses, fontaines et pergolas.

Josep Puig i Cadafalch érige sur l’avenue d’Amérique (aujourd’hui « avenue Marie-Christine ») quatre colonnes ioniques symbolisant les quatre barres gueules qui traversent de manière verticale les armoiries du Comté de Barcelone. Les travaux se terminent en 1923. Cette même année, Miguel Primo de Rivera prononce un coup d’État et instaure une dictature d’extrême-droite hostile au catalanisme, aux identités régionales en général et aux idées de gauche. En effet, l’insécurité régnait dans toute la péninsule, et plus particulièrement à Barcelone. Entre 1917 et 1923, l’Ensanche est en proie au pistolerisme. Des attentats ciblés au pistolet sont perpétrés de part et d’autre entre patrons et leaders syndicalistes. En six ans, cette guerre sans merci fait 424 morts. Lorsque le militaire propose au roi Alphonse XIII de s’imposer comme chef du gouvernement et de rétablir l’ordre par la force, le monarque accueille sa demande de manière très favorable. La bourgeoisie barcelonaise voit cela d’un très bon œil, bien que ses idées catalanistes se voient malmenées. Entre autres, la Ligue régionaliste de Catalogne sera évincée de l’organisation de l’exposition internationale. Par ailleurs, le « Village catalan » qui devait à l’origine être construit dans la Cité comtale sera transformé en « Village espagnol ». En 1927, alors que la dictature de Miguel Primo de Rivera (1923-1930) nie la spécificité culturelle de la Catalogne et lui refuse toute autonomie politique, Francisco Cambó et José María de Nadal introduisent le concept de « fait différentiel », expliquant que la culture catalane ne saurait s’adapter à un État centralisé et exclusivement castillan, administré uniquement depuis Madrid. Enfin, les quatre colonnes liées aux armes catalanes seront démolies en 1928, officiellement pour dégager la vue, mais en réalité car elles dérangent politiquement. Relégué à la clandestinité, tout comme les mouvements anarcho-syndicalistes, le communisme et le socialisme, le catalanisme s’ancrera à gauche et se radicalisera. À terme, il ne sera plus question de double nationalité ou de régionalisme, mais bien de séparatisme. Perdant son conservatisme, il deviendra républicain. Quant à l’exposition universelle, elle est à nouveau reportée du fait de ces remous politiques. Elle ne sera inaugurée qu’en 1929.

En 1924, un témoignage filmique permet d’avoir une idée de la vie commerciale et portuaire de cette métropole alors au cœur de la négoce méditerranéenne et avec l’Amérique. Il s’agit de Feria oficial de muestras de Barcelona. Quinta reunión, dont le réalisateur nous est inconnu :

En 1928, une famille bourgeoise commande un film aujourd’hui connu sous le nom de Festa sardanística al carrer Girona. On y voit notamment des personnes dansant la sardane dans l’Eixample. Or, cette danse est typique de l’identité catalane, alors que le régime en place réprime cette même identité. Cette pellicule semble indiquer une certaine tolérance de la part du pouvoir central concernant ces festivités :

Dans les années 1920, les premières lignes de métro voient le jour. Le réseau se constitue petit à petit. Il se développera jusqu’à l’éclatement de la Guerre civile en 1936.

L’Exposition internationale est inaugurée le 20 mai 1929 et se tient jusqu’au 30 janvier 1930. Voici un témoignage filmique qui nous en est parvenu, intitulé Exposición Internacional de Barcelona Pueblo Español, qui retrace les déambulations d’une famille aisée à Monjuïc, dans le Village espagnol (Poble Espanyol) et en différents lieux de la Cité comtale alors parée comme une vitrine :

Une autre pellicule à valeur testimoniale montre l’événement et Montjuïc sous un autre angle. Réalisé par Modest Solsona Roca (qui y filme notamment sa famille), L’exposició de Barcelona II se présente comme ceci :

Fin octobre, le krach boursier à New York attire l’attention du monde entier, éclipsant l’événement barcelonais. Celui-ci coûtera cher aux citadins, qui devront rembourser pendant trente-quatre ans, par leurs taxes, les dettes contractées par la municipalité (soit un solde négatif de 180 millions de pésètes). Néanmoins, ces investissements ont permis de grandes avancées en matière d’aménagement du territoire, notamment les suivantes:

  • Si beaucoup de bâtiments furent détruits à la suite de l’événement (comme le Grand hôtel international), beaucoup d’autres sont toujours sur pied aujourd’hui, à l’instar du Théâtre grec et du Village espagnol, embellissant la ville, agrémentant la vie des habitants et favorisant le tourisme.
  • Le système de tout-à-l’égout fut amélioré.
  • Les réverbères au gaz furent remplacés par des lampadaires électriques
  • Des toilettes publiques furent ouvertes
  • Les lignes de métro, de tramway et de bus furent étendues
  • Les travaux de la Grande Poste et de la gare de France s’achevèrent
  • Différentes places furent rénovées, de même que le Quartier gothique.

À cette même époque, le cinéma se développe et ses techniques se perfectionnent. Le court-métrage Encara que sembli una bola, de Llorenç Llobet Gràcia, s’inscrit dans les avant-gardes dont font partie le modernisme et le surréalisme. L’imaginaire urbain est représenté de manière parodique, montrant notamment la motorisation croissante, qui cohabite, encore à cette époque, avec la traction animale :

Après la dictature de Primo de Rivera, la Seconde République est proclamée en 1931. Un lustre plus tard, la Guerre civile ensanglante l’Espagne. À Barcelone, le camp républicain réunit notamment les catalanistes, les socialistes, les communistes et l’extrême gauche (anarchistes et trotskystes). La ville résiste héroïquement aux attaques des nationalistes. L’espace urbain est aménagé de manière défensive et plusieurs lieux sont endommagés par les bombardements. Dans le Quartier gothique, une église porte encore les séquelles des éclats d’obus de l’aviation fasciste italienne. Plus dramatique encore, ce bombardement a tué des enfants scolarisés dans un établissement catholique d’enseignement. Des enfants innocents, qui ne demandaient rien à personne et qui ne comprenaient rien aux querelles politiques des adultes. Aujourd’hui, on sait que les nationalistes ont tué plus de personnes que les républicains, même si, parmi ces derniers, les plus extrémistes ont aussi martyrisé des innocents, notamment de nombreuses personnes haïes pour leur foi et qui ne se mêlaient absolument pas de politique. La hiérarchie ecclésiale de l’époque a donc pris parti pour les insurgés, qui ont gouverné l’Espagne par la terreur durant presque quarante ans, emprisonnant, torturant et censurant tout ceux qui n’entraient pas dans leurs normes. Le retour à la démocratie, à partir de la fin des années 1970, a été accompagné du soutien d’un épiscopat renouvelé par le Concile Vatican II. Un chapitre passionnant, mais qui nous éloigne du sujet de cet article…


En définitive, l’aménagement du territoire à Barcelone entre la moitié du XIXe siècle et la Guerre civile a suivi le cours de l’histoire. Une histoire extrêmement riche, qui s’inscrit dans celle de l’Espagne, de l’Europe et du monde. Elle a donné lieu à une architecture d’avant-garde, reflet des idées progressistes qui caractérisent encore aujourd’hui le peuple catalan. Un peuple qui commerce, entreprend et innove depuis la nuit des temps.

Nous pouvons donc nous demander quels aménagements urbains connaîtra la Cité comtale entre 2026 et 2126. Dans quelle mesure la manière dont évoluera le monde influera-t-elle sur l’aménagement du territoire à Barcelone ? Cette métropole recherchera-t-elle une urbanisation plus écologique et/ou adaptée aux effets inéluctables du dérèglement climatique ? Se digitalisera-t-elle davantage sous la dictature de l’intelligence artificielle ? Deviendra-t-elle la capitale d’une république catalane indépendante ? Seul l’avenir nous le dira !

Jean O’Creisren


Bibliographie et sitographie

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[1] Traduction en français : « Élargissement ».

El papel del estrecho de Magallanes en la conexión de los espacios en los siglos XVI y XVII

Con el cierre del estrecho de Ormuz, vemos cuánto puede destacar un fino lugar de paso marítimo entre dos masas terrestres. Los canales de Panamá y de Suez también destacan a nivel del comercio internacional. Del mismo modo, los estrechos del Bósforo y de los Dardanelos han tenido mucha importancia a lo largo de la historia, especialmente a nivel geopolítico. Cuando los turcos tomaron Constantinopla en 1453, la pérdida de esa pareja de accesos de un mar a otro constituyó un fracaso máximo para la Cristiandad. Unas décadas más tarde, los cristianos ibéricos lo compensaron con la conquista de otro estrecho, el de Gibraltar, al tomar Granada en 1492 y al proseguir con la colonización del norte del actual Marruecos.

En cuanto al estrecho de Magallanes ¿cuál ha sido su papel a nivel comercial y geopolítico desde la primera incursión de los europeos en el extremo sur de América? En un artículo dedicado al proceso de construcción del continente americano, la historiadora francesa Louise Bénat-Tachot escribe:

“[…] el estrecho es un buen observatorio para la comprensión de las interconexiones entre diferentes escalas (local, regional y global) pues desempeñó un papel importante en la articulación de los espacios interiores del continente. No solo importó por cuestiones defensivas, sino también a nivel regional por el impulso que los colonos dieron a la ocupación y proyección hacia el interior del continente, reconfigurando la cuestión de la interoceanidad de América. El proceso de apertura y captación de la geografía americana fue progresivo y se hizo a base de especulaciones, rumores, miedos, experiencias en general traumáticas. El estrecho como punto de fuga fue una pieza clave a pesar de ser un espacio indefendible y deshabitado por los europeos”.

Louise Bénat-Tachot “El estrecho de Magallanes y el proceso de construcción del continente americano (siglos XVI-XVII)”, in Juan José Iglesias Rodríguez, José Jaime García Bernal, Isabel María Melero Muñoz (dir.), Ciudades atlánticas del sur de España. la construcción de un mundo nuevo (siglos XVI-XVIII), Sevilla, Universidad de Sevilla, 2021, pág. 207

Esta cita hace hincapié en el papel del estrecho para las conexiones a nivel local, regional (es decir, subcontinental) y global, en los siglos XVI y XVII. Mediante los acontecimientos geopolíticos de aquella época y los mitos que creía la gente, el dominio de aquel lugar de paso en el remoto austro adquirió importancia estratégica para los españoles y las potencias rivales.

Por lo tanto, nos podemos preguntar lo siguiente: ¿En qué medida fue el estrecho de Magallanes un lugar clave para asentar y defender la potencia de los imperios coloniales de la era moderna y para conectar el subcontinente sudamericano, así como el mundo entero?

Primero, veremos cómo el archipiélago del extremo sur de América permitió, o no, la conectividad de los océanos y el monopolio de España como potencia occidental en el Pacífico entre la expedición del navegante luso (1520) y la incursión de Francis Drake (1579). Luego, estudiaremos cómo y por qué la zona magallánica fue codiciada por distintos imperios coloniales a partir de la circunnavegación del corsario inglés y hasta finales del siglo XVII (e incluso inicios del XVIII). Por fin, después de relatar cronológicamente las conexiones entre las escalas local y global desde una perspectiva marítima, explicaremos por qué, en la misma época, el estrecho de Magallanes puede ser considerado como un punto de fuga desde una perspectiva terrestre y regional, sobre todo para los virreinatos subordinados a las coronas de Castilla y Aragón.


  1. La conectividad de los océanos y el Pacífico como “lago español” (1520-1579)

En la Edad Media, los pueblos europeos comerciaban con Asia mediante la Ruta de la Seda. Por los numerosos intermediarios, los productos asiáticos eran muy caros. Cuando los turcos tomaron Constantinopla en 1453, los precios se dispararon. Por lo tanto, los portugueses decidieron bordear las costas africanas para encontrar un paso hacia las Indias. Pronto los españoles quisieron hacer lo mismo, enviando a Cristóbal Colón para llegar a Asia por el oeste, pues apostaban que la Tierra es redonda. Como todos sabemos, encontró América en 1492, pero no alcanzó Extremo Oriente. Poco después, los portugueses consiguieron abrirse un paso al Sureste Asiático, después de que Vasco de Gama consiguiese ir más allá del Cabo de Buena Esperanza y navegar por el océano Índico.

Para rivalizar con la Corona de Portugal en el comercio de las especias, el emperador Carlos V quiso abrir un paso hacia lo que se conocía como el “mar del Sur” para alcanzar las Molucas. En efecto, en aquel entonces, los clavos de olor solo se producían en aquel archipiélago de la actual Indonesia. Fernando de Magallanes era un marinero luso que ya conocía el estrecho de Malaca. Quería encontrar una forma de alcanzar el sudeste de Asia saliendo de Europa por el oeste. Firmado en 1494, el Tratado de Tordesillas había trazado una línea vertical en el océano Atlántico. Al este de esta, las tierras descubiertas y por descubrir iban a pertenecerle a Portugal; al oeste del límite, todo iba a ser propiedad de las Coronas de Castilla y Aragón. Entonces, si se llegaba a las Molucas por el oeste de la línea trazada, la zona de producción de las especias iba a pertenecerle legítimamente a España. En efecto, como no se conocían con exactitud ni la circunferencia de la Tierra ni la anchura del « mar del Sur », los castellanos creían que el valioso archipiélago estaba al este del « antimeridiano », es decir, en el hemisferio hispánico.

Los cinco buques de la expedición salieron de Sevilla el 10 de agosto de 1519. Después de cruzar el océano Atlántico, bajaron hacia el mediodía a lo largo de la costa oriental de Sudamérica. Cuando llegaron al Río de la Plata (el estuario que se ubica en la actualidad entre Argentina y Uruguay), pensaron haber encontrado el paso hacia el mar del Sur, pero se percataron de que era agua dulce. Pararon durante los meses de invierno en la actual Patagonia, luego prosiguieron su viaje. El 21 de octubre de 1520, encontraron lo que hoy se conoce como el estrecho de Magallanes. Allí la travesía fue complicada. Un barco ya había naufragado antes y otro decidió desertar para regresar a España. Cuando salieron de aquella zona y alcanzaron el llamado “mar del Sur”, sus aguas estuvieron tan tranquilas que lo nombraron el “océano Pacífico”. Este era mucho más ancho de lo que había previsto Magallanes. Entonces la travesía se complicó, por el hambre y el escorbuto. Murieron varios hombres, incluso el indio tehuelche capturado en Patagonia. Finalmente, llegaron a Filipinas. Allí, el jefe de la expedición se enteró de que las Molucas se ubicaban en el hemisferio portugués. Por desesperación y para compensar el fracaso, quiso apoderarse de unas islas, pero los indígenas no aceptaron su autoridad y lo mataron. Al final, solo una nave de las cinco que habían salido de España, la nao Victoria, regresó a Sevilla, al mando de Juan Sebastián Elcano. Llegó al puerto andaluz el 8 de septiembre de 1522. El buque estaba cargado de clavos de olor, lo que permitió reembolsar los gastos de todo el viaje. Entre los tripulantes estaba el italiano Antonio Pigafetta, cronista de la expedición que duró tres años y resultó ser la primera circunnavegación de la historia. Esto confirmó que la Tierra es redonda y que todos los mares están comunicados, lo que iba a ser muy importante en adelante para el comercio internacional. Por lo tanto, el “estrecho de Todos los Santos”, como lo nombró Magallanes al descubrirlo, permitió conectar al mundo entero mediante la primera circunnavegación de la historia, que fue impulsada por intereses económicos y políticos y pronto iba a convertir el océano Pacífico en un “lago español”.

En 1525, otra expedición salió de La Coruña, al mando de García Jofre de Loaysa. Ese buen jefe militar tenía la misión de conquistar y colonizar las Molucas. Salieron siete barcos del puerto gallego el 24 de julio. Entre los tripulantes estaba el veterano Elcano. Siguieron el mismo itinerario que la expedición de Magallanes, incluso la travesía del temido estrecho. Finalmente, fue un fracaso. Muchos marineros desaparecieron, incluso Loaysa y Elcano. Unos pocos consiguieron alcanzar el destino, pero no sabían cómo volver a América. Por lo tanto, se quedaron allí, trabando alianzas con unos indígenas para resistir a los portugueses, que se habían aliado con otros indígenas.

Al cabo de unos años de rivalidad entre España y Portugal por el control de las especias, ambas potencias ibéricas llegaron a un acuerdo. Como explica Rafael Baldás en este artículo:

El asunto se zanjó en el Tratado de Zaragoza de 1529. A cambio de 350.000 ducados de oro, Carlos V renunció a sus supuestos derechos sobre la Especiería, pero no sobre las Filipinas. En 1533 la noticia ya había llegado a aquellas latitudes si bien aún quedaban diecisiete españoles vestidos con harapos y armados con armas melladas al mando de Hernardo de la Torre. Entre ellos se encontraba un aún desconocido Andrés de Urdaneta

Durante las décadas siguientes, los españoles no se interesaron mucho por el estrecho de Magallanes. La zona era hostil y difícil de navegar. En cambio, exploraron el océano Pacífico, sus archipiélagos, así como sus costas asiáticas y oceánicas mediante expediciones que salieron de los actuales Perú y México. Entre otras cosas, descubrieron una isla a la cual llamaron “Nueva Guinea” por la piel oscura de sus habitantes.

Al cabo de varias expediciones, los españoles sabían muy bien cómo atravesar el Pacífico para ir a Asia. En cambio, no sabían cómo regresar a América. Todas las tentativas habían fracasado. Durante décadas, buscaron el llamado “tornaviaje”, que les permitiesen hacer el viaje de ida y vuelta entre el actual México y el Sureste Asiático. En 1557, el nuevo rey Felipe II decidió llevar a cabo ese proyecto. Encomendó a Miguel López de Legazpi la colonización y la evangelización de Filipinas, un archipiélago del hemisferio luso al cual habían renunciado los portugueses. Junto a aquel señor mayor iba otro hombre experimentado, el fraile agustino Andrés de Urdaneta. De joven, este se había embarcado en la expedición de Loaysa, en la cual había sido el asistente de Elcano. El veterano le había enseñado a leer las corrientes, los vientos y el vuelo de los pájaros, entre otras cosas. Con los otros sobrevivientes de la expedición, Urdaneta había luchado contra los portugueses y adquirido muchos conocimientos sobre las Molucas. El 21 de noviembre de 1564, la expedición salió del puerto de la Natividad, cerca de Acapulco (actual México). Llegaron al centro del archipiélago filipino el 13 de febrero de 1565.

El 9 de julio del mismo año, Urdaneta fue piloto de la expedición de vuelta, encargada de encontrar el tornaviaje. Siguió la corriente caliente Kuroshio, que pasa por el sur de Japón. Por lo tanto, el barco San Pedro se dirigió al norte, hasta alcanzar una latitud de 39,5° N (lo que corresponde más o menos a la parte norteña del estado estadounidense de California, a la actual Corea del Norte o a la ciudad de Madrid). La expedición prosiguió su viaje por el curso de una corriente fría, el Oyashio, que proviene de las regiones polares. Cuando divisaron las costas norteamericanas, el escorbuto ya estaba empezando a diezmar la tripulación. Bordearon California y llegaron a La Natividad el 1 de octubre, luego a Acapulco una semana después. Oficialmente, Andrés de Urdaneta fue el que consiguió la hazaña de encontrar el tornaviaje. Lo documentó todo, y eso permitió asegurar intercambios entre América y Asia mediante el famoso Galeón de Manila. Durante tres siglos, se pudo comerciar entre las colonias españolas en América y los imperios asiáticos, especialmente China. Los españoles mandaban plata de Potosí para que el Imperio del Centro pudiera acuñar moneda, y frailes para evangelizar aquellas zonas del mundo. Todo se intercambiaba en Filipinas, cuya población se mestizó un poco con los españoles y los amerindios. Allí también se importaron plantas para cultivar de origen americano: la patata, el tomate y, tal vez, el maíz. El galeón de Manila volvía con productos lujosos como seda y porcelana, pero también una tripulación mayoritariamente filipina, que se instaló de por vida en México.

En cambio, después de servir como lugar de paso para una primera conexión de España y América con Asia mediante el océano Pacífico, el estrecho de Magallanes tuvo, durante casi seis décadas, un papel muy segundario, ocultado por Nueva España y el istmo de Panamá. Cabe recalcar que aquel lugar austral y remoto era y sigue siendo muy inhóspito. En efecto, se trata de una región subpolar, con vientos muy fuertes y temperaturas bajas. En 2008, estas no superaron los 25,5°C (en noviembre) y bajaron hasta los -9,4°C (en agosto). Esto puede parecer algo suave y templado, pero hay que imaginar un clima mucho más rudo hace cinco siglos, antes del calentamiento global. Además, el encuentro de fuerzas tectónicas que aprietan las rocas produce una geología complicada, con pliegues, colinas y, sobre todo, arrecifes ocultos bajo el agua. Por lo tanto, navegar por aquella zona era un auténtico reto, en una época en la cual las condiciones materiales no eran las que conocemos hoy. Con el frío, el hambre y el cansancio, muchos marineros murieron durante las distintas travesías. Otros tuvieron delirios y alucinaciones ante lo desconocido. Por ejemplo, cuando los hombres de Magallanes se desplazaron por la zona, vieron, en la costa sureña, unas fogatas que se encendían por la noche. En efecto, los autóctonos las alumbraban para calentarse y hacer rituales. Los marineros se sintieron observados por criaturas de otro mundo, e incluso unos llegaron a pensar que los hogares se encendían por sí solos, apareciendo y desapareciendo como fantasmas. Por lo tanto, a esa isla la llamaron “Tierra del Fuego”. En la costa norteña, los marineros encontraron a los indios tehuelches, cuyo tamaño promedio era de 1,80 metro, cuando los europeos no excedían el metro sesenta. Por lo tanto, los relatos de los sobrevivientes exageraron y afirmaron que esas llanuras eran pobladas de gigantes. El propio Antonio Pigafetta, el cronista oficial de la expedición de Magallanes escribió que los tripulantes llegaban a la cintura de aquellos indígenas inmensos. Por el tamaño de sus pies, los llamaron “patagones”. De allí proviene el nombre de Patagonia, en la parte meridional del Cono Sur. Todos aquellos mitos se difundieron por Europa mientras los marineros volvían de aquelle zona inhóspita, por lo cual pasó a ser una región temida. Así que los navegantes la evitaron. 

Al fin y al cabo, durante las décadas centrales del siglo XVI, el océano Pacífico se fue convirtiendo en un “lago español”, en el cual el imperio de los Austria podía comerciar en paz, sin ser amenazado por potencias rivales. En aquel entonces, ya casi nadie en la potente monarquía católica se interesaba por el estrecho de Magallanes. Pero ¿esa negligencia realmente era una buena idea?

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II- Un lugar estratégico y codiciado por diversas potencias marítimas (1579-1701)

En 1579, el corsario inglés Francis Drake consiguió atravesar el estrecho y atacó al puerto español de Valparaíso (en el actual Chile). Por lo tanto, en 1581, la Corona encomendó a Pedro Sarmiento de Gamboa que se fuera al estrecho de Magallanes y a la Tierra del Fuego para reconocer la zona. También tenía la misión de fundar allí establecimientos fortificados para controlar el paso. Cabe recalcar que se trataba de la única vía navegable entre los océanos Atlántico y Pacífico en aquella época. Todo cambiaría varios siglos después con la construcción del canal de Panamá.

En 1584, trescientos españoles al mando de Pedro Sarmiento de Gamboa fundaron las poblaciones de Nombre de Jesús y la Ciudad del Rey Don Felipe, tristemente conocida como el “puerto del hambre”. Estuvo ubicada a unos 60 kilómetros de la actual ciudad chilena de Punta Arenas. Abandonados a su suerte y enfrentados a una naturaleza hostil que no conocían, los habitantes murieron de hambre, frío, enfermedades y luchas internas.

Al no conseguir el control militar de la zona, los españoles no pudieron impedirles el paso ni a otras expediciones inglesas ni a sus nuevos enemigos, los holandeses. Estos lucharon ferozmente contra los Habsburgos a partir de 1566 para conseguir su independencia. Ambas potencias emergentes eran protestantes. Por lo tanto, en un contexto de guerras de religiones por toda Europa, esta nueva corriente del cristianismo rivalizaba ideológicamente con la Monarquía Católica. Cabe notar que, entre 1580 y 1640, los imperios hispano y portugués estaban dirigidos por un solo rey. Por consiguiente, Isabel I de Inglaterra y las jóvenes Provincias Unidas hicieron todo lo posible para desestabilizar a una Unión Ibérica casi hegemónica. Por ejemplo, cuando el navegante británico Thomas Cavendish atravesó el estrecho de Magallanes en 1587, toparon en el puerto del hambre (el propio nombre de Port-Famine lo debemos al capitán de esa expedición) y abandonaron a su suerte a los moribundos que allí estaban, salvo a uno, Tomé Hernández, para presionarlo y utilizarlo en contra de su patria. Este consiguió escaparse y fue el único superviviente de la desdichada colonia. Del mismo modo, las circunnavegaciones de Drake (1577-1580), de Cavendish (1586-1588) y de marineros neerlandeses como Olivier van Noort (1598-1601) no dudaron en saquear ciudades y barcos, incluso el muy lucrativo galeón de Manila. Unos historiadores consideran que la primera guerra mundial fue en realidad la que opuso a Portugal con las Provincias Unidas en la época moderna. En efecto, los holandeses consiguieron arrebatarles a los lusos parte de Brasil de forma temporal (1630-1653) y, de forma definitiva, las islas de la actual Indonesia (a partir de 1602 si contamos los años a partir de la creación de la Compañía Holandesa de las Indias Orientales – VOC).

En 1615, Jakob Le Maire y Willem Cornelisz Schouten zarparon de la costa holandesa al mando de dos barcos, para ir al Sureste asiático y hacer negocios. En aquel entonces, no se sabía con exactitud lo que había al sur del estrecho de Magallanes. Muchos pensaban que la Tierra del Fuego formaba parte de un gigantesco continente mítico, que llamaban desde la Edad Antigua Terra Australis Incongnita. Ya en aquella época, unos geógrafos griegos ya sabían que la Tierra es redonda y concluyeron que, para que existiera un equilibrio, el hemisferio sur debía contar con una masa continental que equivaliera a las tierras emergidas del hemisferio norte. Por eso Australia fue nombrada así cuando los neerlandeses la “descubrieron” en el siglo XVII. Solo en el siglo XIX otros navegantes europeos se dieron cuenta de que existía un sexto continente, la Antártida.

Le Maire y Schouten no pasaron por el estrecho de Magallanes, sino que bordearon la costa meridional de la Tierra del Fuego. Aun traspasaron unas islas que estaban en una zona más austral y llamaron aquel lugar “Cabo de Hornos”, en referencia al puerto holandés del cual había salido su expedición. Después de atravesar el Pacífico, fueron detenidos y los españoles se percataron de que habían encontrado otro rumbo para pasar de un océano al otro.

Por consiguiente, en 1618 y 1619, la expedición de los hermanos Nodal circundó la Tierra del Fuego. En efecto, estaban encargados de comprobar si era una isla o no, para que España supiera si existía o no la ruta alternativa tomada por los barcos holandeses. En 1633, Diego Ramírez de Arellano dibujó un mapa muy preciso de esa isla y de todo el estrecho. Los que descubrieron esas zonas peligrosas eran españoles. En aquel lugar inhóspito murieron muchos hombres, especialmente por el hambre. Hubo motines que se castigaron con la pena de muerte, tanto en las expediciones españolas como en las holandesas e inglesas. Sin embargo, con la experiencia se aprendía y, con el tiempo, hubo viajes que no perdieron ni a un solo hombre. Eso fue el caso de la expedición de los hermanos Nodal. Destaca su interés científico, pero sobre todo geopolítico. En efecto, si la Tierra del Fuego no se comunicaba con ninguna Terra Australis Incongnita, cualquiera podía pasar por el sur de aquella zona. Además, aunque el oleaje y los vientos son más desafiantes en aquella zona desprotegida, el viaje es mucho más corto que en el angosto estrecho de Magallanes. Por lo tanto, cualquier enemigo podía pasar ya e invadir el “lago español”. Ya no servía para nada fortificar aquella zona hostil para controlar el paso.

Sin embargo, la inutilidad geopolítica del estrecho no apagó la rivalidad entre las distintas potencias marítimas europeas que lo codiciaron o pasaron por la zona. En 1617, después de la vuelta del navegante Joris van Spilbergen, la VOC planeó atacar las colonias españolas en América. Por lo tanto, se preparó una flota de once naves, con 316 cañones y 1645 hombres, dirigida por Jacobo Heremita Clerk. Pasando por el estrecho de Le Maire y el sur de la Tierra del Fuego, alcanzaron el Pacífico el 2 de febrero de 1624, antes de infligir muchos daños a los españoles en toda la fachada oriental del imperio hispánico. En 1642, Henryk Brouwer salió de Holanda para atacar las posesiones españolas en el Pacífico Sur, especialmente el puerto de Valdivia, en Chile. Los neerlandeses contaban con la desprotección de la zona, que no había sufrido ataques durante casi veinte años, y en la posibilidad de trabar alianzas con los caciques indígenas locales. Al llegar al angosto estrecho de Le Maire, se dieron cuenta de que la tierra emergida que estaba al este del brazo de agua (nombrada “Tierra de los Estados” – Staten Landt por el descubridor) era una isla, y no la antes mencionada Terra Australis Incongnita. Por lo tanto, pasaron por el otro lado. La travesía fue difícil y desapareció el barco que transportaba los víveres. Luego llegaron a la isla de Chiloé, en donde se quedaron tres meses y medio, sin lograr la confianza de los autóctonos. Cuando habían reparado los barcos y pudieron viajar al norte, se dieron cuenta de que los españoles ya estaban al tanto de su llegada y de que no pudieron contar con un efecto de sorpresa. Los holandeses planeaban instalarse de forma duradera para explotar hipotéticas minas de oro, aliados con los mapuches, que resistían al dominio de los españoles desde mediados del siglo XVI. Aunque unos indígenas los acogieron bien en Valdivia (una ciudad entonces ya desertada por los colonos hispanos), cambiaron su actitud cuando se percataron de que los europeos querían establecerse allí definitivamente. Finalmente, los holandeses regresaron, pasando por el cabo de Hornos, a finales de 1643.

A finales del siglo XVII, el juego de alianzas había cambiado. Casi todas las potencias europeas (incluso España) se habían aliado con Inglaterra contra Francia, en la guerra de los Nueve Años (1688-1697). Por lo tanto, cuando el comandante John Strong atravesó el estrecho de Magallanes en mayo de 1690, era con propósitos amistosos para con los españoles. Quiso establecer lazos comerciales con ellos. Sin embargo, los colonos de Valdivia desconfiaron de él, por el pasado belicoso con los británicos y los sucesivos saqueos de la fachada pacífica por los corsarios contratados por Londres. Por eso y por otros motivos, la expedición inglesa de Strong fue un fracaso.

En 1695, una flota de seis naves zarpó de La Rochelle bajo el mando del señor de Gennes. Trataron de establecerse en la zona magallánica, pero no pudieron y se fueron a las Antillas francesas. El 17 de diciembre de 1698, otra expedición apoyada por Luis XIV salió del puerto de la provincia de Aunis. La dirigía Jacques Gouin de Beauchesne y contaba con setecientos hombres repartidos en tres barcos. El proyecto consistía en colonizar el estrecho de Magallanes para crear una red de contrabando en las costas sudamericanas. Se trataba claramente de una traición, ya que Francia y España estaban en paz en aquel momento. Los buques cargados de mercancías tenían la orden de mentirles a los hispanos que pudieran encontrar, diciéndoles que se dirigían a la China. Eso era difícil de creer para los españoles ya que los que dirigían la expedición habían formado parte de los corsarios que habían acosado previamente las posesiones hispanas en la fachada pacífica. Finalmente, los navegantes galos no consiguieron establecerse en el estrecho, lo atravesaron y trataron de comerciar con los españoles, a pesar de la prohibición real. La potencia local alternó entre la confianza y la desconfianza para con ellos y, después de una desviación por las islas Galápagos, los navegantes volvieron a La Rochelle en 1701, confirmando el fracaso de Francia al usar y colonizar el estrecho de Magallanes.

Al fin y al cabo, después de la primera incursión de los ingleses, el estrecho de Magallanes recobró importancia, no solo para los españoles, sino también para las potencias marítimas europeas rivales. Sin embargo, allí no hubo ninguna batalla naval y todos los intentos de colonización fracasaron. Solo era un lugar de pasaje.

III – El estrecho como punto de fuga, visto desde el Río de la Plata, Tucumán y Chile (1545-1673)

Después de resumir dos siglos de interés geopolítico del estrecho de Magallanes como lugar de paso marítimo, interesémonos con su papel terrestre, “en la articulación de los espacios interiores del continente [americano]” (Louise Bénat-Tachot).

En la primera mitad del siglo XVI, la Patagonia Austral y la zona magallánica tampoco interesaban a los españoles a nivel terrestre. Sin embargo, la Corona de las Españas empezó a mirar hacia aquella remota región cuando Drake usó el estrecho y cuando los araucanos (hoy llamados “mapuches”) se rebelaron contra la presencia de colonos hispanos en Chile.

A mediados de siglo, el conquistador y primer gobernador de Chile Pedro de Valdivia les escribió al emperador Carlos V y al futuro rey Felipe II. En una serie de cartas (1545, 1548 y 1552), les pidió medios para fortificar el estrecho de Magallanes y establecer una comunicación entre ambas fachadas marítimas. En efecto, ya temía la incursión de navíos enemigos. No obstante, sus misivas permanecieron sin respuesta.

En 1580, el virreinato volvió a fundar la ciudad de Buenos Aires en el Río de la Plata. En aquel entonces, la demografía de Asunción desbordaba y escogieron a los delincuentes criollos y mestizos de la actual capital de Paraguay para poblar aquella zona periférica, ya controlada por el imperio colonial. El doble objetivo era poner el estuario en relación con el Perú, en una vía de comunicación transcontinental, y crear un puerto para vigilar mejor la incursión de barcos enemigos hacia el estrecho de Magallanes y la desprotegida fachada pacífica.

Solo unos meses después de esta refundación, Juan de Garay montó una expedición hacia el sur de la provincia. Se preparó con mucha prisa, con escasos medios y poca gente. El objetivo era atravesar la pampa hasta el punto de fuga que representaba el estrecho. Recorriendo varios centenares de kilómetros, consiguiendo reconocer y cartografiar la costa. Se dieron cuenta de que abundaban los lobos marinos (un animal interesante a nivel alimentario) y de que la zona era propicia a la colonización, con vistas a la vigilancia del Atlántico Sur. Los viajantes también entraron en contacto con los amerindios, que vestían con pieles de animales. Sin embargo, se dieron cuenta de que unos llevaban “alguna ropa de lana muy buena”. Como ellos ni criaban ovejas ni estaban en contacto con los camélidos andinos (llamas y alpacas), solo pudieron haber obtenido aquellas prendas por contacto con civilizaciones precolombinas de los Andes.

De allí empezó a surgir un mito que iba a apuntar varias expediciones hacia el sur: la ciudad de los Césares. En un testimonio consignado en 1587 por el gobernador de Tucumán Juan Ramírez de Velasco, alguien se presentaba como un superviviente del barco atacado por los ingleses en el cual fue raptado Pedro Sarmiento de Gamboa. Dicho testigo “[dio] noticia” de una ciudad que estaba entre los Andes y el océano Atlántico, “á la espalda del Arauco”. Según lo escrito, aquel lugar aislado y aliado necesitaba municiones y refuerzos. Sin ser especialista, me atrevo a imaginar que el superviviente se refería a ambas colonias fundadas en el estrecho de Magallanes por Sarmiento de Gamboa. Esto no está para nada en la latitud indicada, claro, pero el testigo también careció de precisión al nombrar “Juan” y no “Pedro” al fundador de la Ciudad del Rey Don Felipe y de Nombre de Jesús. Durante dos años, el gobernador inquirió y muchos aportaron testimonios muy diversos. Se llegó a la conclusión de que, en algún lugar de la remota Patagonia, existía la ciudad de los Césares, en donde convivían unos incas fugitivos y naufragados españoles de distintas expediciones en el estrecho. En 1593, desde Córdoba, Juan Ramírez de Velasco planeó una expedición terrestre para llegar a los Césares y poblar de forma continua hasta la zona magallánica.

Otro interés estratégico de dicha conquista radicaba en la guerra que oponía a los colonos españoles con los indígenas mapuches, en el sur del actual Chile. En efecto, se sabía que los indios se beneficiaban de una base de refuerzo inasequible, en el este de los Andes. Según el testimonio de Cristóbal Hernández, unos españoles convivían en aquella zona entre los indios de origen incaico, se habían casado y tenían hijos con mujeres indígenas, vestían como sus anfitriones, llevaban una barba larguísima y tenían viejas espadas oxidadas sin vaina. Para los españoles, conquistar la región no solo iba a permitir que se salvasen aquellos cristianos que se iban convirtiendo en bárbaros (según la mentalidad de la época), sino que constituía una oportunidad para tomar el control de la situación a nivel militar. En efecto, los mapuches siempre habían sido un pueblo de armas tomar. Los incas no habían conseguido vencerlos, por lo cual la frontera meridional de su imperio correspondía al centro de Chile. Después de la caída del Tahuantinsuyu, los españoles llegaron a la zona en 1536 y ya empezó la “guerra de Arauco”, que iba a durar más allá de la era colonial. Con la incursión de nuevas potencias extranjeras en el Pacífico, el virreinato de Perú empezó a temer una alianza entre los amerindios y corsarios ingleses u holandeses. Por eso, se montaron sucesivas expediciones terrestres en busca de la mítica ciudad y para relacionar la parte norteña del Cono Sur con el ahora codiciado estrecho de Magallanes.

Por supuesto, como “los césares” no existían, esos viajes fueron fracasos, pero una de ellas, la de Cabrera, destaca tanto por sus objetivos como por su tamaño. En 1618, Hernandarias, que ya había fracasado una expedición previa, le escribió al rey para defender un proyecto ambicioso de colonización. En efecto, el triple interés radicaba en recuperar la obediencia de los indios perdidos en aquel lugar remoto, cortar el abastecimiento de los rebeldes mapuches y vigilar a los ingleses y holandeses, que no paraban de cruzar el estrecho para acosar a los españoles en la costa pacífica y comerciar con el rico Sureste Asiático. Además, decía el rumor que aquellos amerindios aislados cultivaban la tierra, mientras que los otros pueblos originarios de la zona eran cazadores-recolectores. Por lo tanto, constituían una posible mano de obra para alimentar a los soldados españoles que iban a cumplir su deber castrense en los fuertes. Aun se planteaba la posibilidad de abastecer un puerto en el Atlántico cuya misión sería vigilar las incursiones enemigas y avisar rápidamente a las autoridades de las colonias chilenas. La expedición salió en 1620. Contaba con 400 hombres, 200 carros, 6000 cabezas de ganado, familias y sacerdotes. Es decir, todo lo necesario para la creación y el poblamiento de una colonia. Finalmente, se enfrentaron a una serie de adversidades, especialmente por la hostilidad de los indígenas encontrados, y tuvieron que renunciar. La última expedición fue un poco más exitosa, gracias a la colaboración de unos guías puelches. Llegó a un valle en el cual los indios estaban vestidos de tejidos, pero los españoles se enteraron rápidamente de que no estaban dispuestos a aceptar el dominio hispano, ya que se trataba de una base huilliche que apoyaba a los rebeldes mapuches. Así que tiraron la esponja y volvieron a Tucumán. Con ello se acabaron las pretensiones de colonización estratégica en un eje norte-sur, con el estrecho de Magallanes como punto de fuga. Sin embargo, hubo otras tentativas de encuentro de la Ciudad de los Césares, pero en un eje oeste-este y con propósitos evangelizadores, como la misión del jesuita Nicolás Mascardi. Este consiguió cristianizar a algunos indios en las orillas del lago Nahuel Huapí, pero los enemigos de éstos mataron al misionero en 1673, y así terminó la historia de un mito.

En resumidas cuentas, el estrecho de Magallanes y la mítica Ciudad de los Césares constituyeron un punto de fuga para adentrarse en la desconocida Patagonia. Durante más de un siglo, unas expediciones terrestres trataron de colonizar la parte meridional del Cono Sur. Esta integración no la consiguieron los españoles en la época colonial, sino que la realizaron los ya independientes estados argentino y chileno en el periodo decimonónico.


En definitiva, el estrecho de Magallanes permitió conectar a Europa con el océano Pacífico y a España con el Sureste Asiático. Esto permitió, al cabo de varias décadas, relacionar de forma duradera Extremo Oriente con América, mediante el galeón de Manila. Durante esa fase, que duró hasta finales del siglo XVI, los españoles no se preocuparon mucho por la zona magallánica, excepto unos navegantes y un conquistador. Sin embargo, unas potencias rivales de España, es decir, Inglaterra, las Provincias Unidas y, en menor medida, Francia, usaron el lugar de paso para alcanzar el mar del Sur, atacar la costa occidental del imperio colonial hispano y comerciar con Asia. El uso del estrecho incluso permitió varias circunnavegaciones británicas y holandesas. Por lo tanto, los españoles volvieron a interesarse por la remota zona austral, no solo a nivel marítimo, sino también como punto de fuga para integrar el mediodía del subcontinente sudamericano. Sin embargo, fracasaron todas las expediciones terrestres que intentaron conectar la Patagonia austral con las posesiones del virreinato de Perú. El único éxito fue la segunda fundación de Buenos Aires. Esta tuvo un papel defensivo, es decir, vigilar el paso de navíos enemigos. Las otras tentativas de fortificación en el propio estrecho de Magallanes acabaron como fracasos fúnebres. Al final, esos intentos no sirvieron para nada, ya que, a inicios del siglo XVII, Le Maire, Schouten y los hermanos Nodal comprendieron que se puede pasar de un océano a otro por el estrecho de Drake, imposible de vigilar. Al fin y al cabo, el estrecho de Magallanes fue, en la era moderna, un lugar de conexión a nivel marítimo, pero no terrestre, y no permitió ni asentar ni defender de forma duradera a ninguna de las potencias europeas rivales de aquella época.

Hoy en día, la zona es mucho menos transitada y estratégica que hace varios siglos, ya que el comercio internacional interoceánico suele transitar por el canal de Panamá. Sin embargo, este podría dejar de funcionar por el calentamiento global. Por consiguiente, nos podemos preguntar si el estrecho de Magallanes recuperará parte de su importancia de antaño, en un contexto en el cual otras potencias compiten para dominar el mundo.

Jean O’Creisren


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Dirección General de Patrimonio Cultural y Bellas Artes (fecha desconocida). El Tratado de Tordesillas, testimonio de la memoria del mundo. Gobierno de España ­| Ministerio de Cultura. https://www.cultura.gob.es/cultura/mc/bellasartes/historia/proyectos-web-bellas-artes/exposicion-virtual-centenario/3tesoro-patrimonial/16tratado-tordesillas.html [consultado el viernes, 14 de noviembre de 2025]

Economía y Desarrollo (9 de enero de 2024). ¿Cómo una empresa privada se convirtió en POTENCIA MUNDIAL? [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=30MFr5Ml0EE

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Fernández, T. y Tamaro, E. «Biografia de Fernando de Magallanes» [Internet]. Barcelona, España: Editorial Biografías y Vidas, 2004. Disponible en https://www.biografiasyvidas.com/biografia/m/magallanes.htm [consultado el viernes, 14 de noviembre de 2025]

González Díaz, S. y Urbina, S. (2023). Presencias invisibles. Entendiendo ciudad Rey Don Felipe en clave étnica. Autoctonía Revista: Ciencias Sociales e Historia. Universidad Bernardo O’Higgins, Centro de Estudios Históricos. https://www.redalyc.org/journal/7370/737077437009/html/ [consultado el miércoles, 3 de diciembre de 2025]

Mauduit, X. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/mapuches-du-chili-quand-la-colonisation-espagnole-trebuche-7472423?at_medium=ads&at_ad_platform=google&at_campaign=culture_search_podcasts&gad_source=5&gad_campaignid=23070550481&gclid=EAIaIQobChMIr4fHr5L6lAMVgUdBAh3uATo1EAAYASAAEgLhhPD_BwE [consultado el martes, 9 de junio de 2026]

Memorias de un tambor – Podcast / José Carlos G. (21 de enero de 2019). 08. Objetivo Patagonia. [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=eQcUwsCJ9_g [consultado el viernes, 22 de mayo de 2026]

Memorias de un tambor – Podcast / José Carlos G. (21 de enero de 2019). 21. Pacífico. « El Lago Español ».  [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=_fgkfwxPx-w [consultado el sábado, 23 de mayo de 2026]

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Mr. Echo (actualizado el 18 de octubre de 2025). La Ciudad de los Césares: mapas, expediciones y un mito. El Reto Histórico. https://elretohistorico.com/la-ciudad-de-los-cesares-mapas-expediciones-y-un-mito/ [consultado el viernes, 14 de noviembre de 2025].

Museo Marítimo y del Presidio De Ushuaia (11 de mayo de 2020). Le Maire, Los Hermanos Nodal, La flota Nassavica y la Isla Grande de Tierra del Fuego [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=tv3NilrX79o

umagtv (5 de noviembre de 2020). Estrecho de Magallanes – Charla Jue 5 Nov – Siglo XVI [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=9VV9UEvXyJs

UMAGTV2 Auditorio (8 de noviembre de 2018). Historia global de los estrechos: Estrecho de Magallanes siglo XVI. [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=gAMian_txXg [consultada el sábado, 18 de octubre de 2025]

UMAGTV2 Auditorio (21 de agosto de 2018). Seminario 500 años estrecho de Magallanes Expedición Naval de Hernando de Magallanes y España. [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=pflKmH8b5rw&list=PLV0AA1fIk3utNqMsuNGOFf51Ld1eXlXUf

Universidad de Sevilla (23 de octubre de 2020). El estrecho de Magallanes y el proceso de construcción del continente americano (siglos XVI-XVII). [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=1pXGlfWjXFg

https://www.visitapuntaarenas.cl/clima.html

El Estrecho de Magallanes: El Infierno de Fuego y Hielo de La era de la Vela (vulgarización, sobre todo sobre los mitos que se contaban sobre aquel lugar remoto e inhospitalario).

(18) El Estrecho de Magallanes – YouTube

(18) Estrecho de Magallanes: una huella, dos océanos – YouTube (ciencias naturales).

(4) Estrecho de Magallanes: una huella, dos océanos – YouTube (sobre todo geológico).

Estrecho de Magallanes – Charla Jue 5 Nov – Siglo XVI

El estrecho de Magallanes y el proceso de construcción del continente americano (siglos XVI-XVII)

Estrecho Siglo XVI – 04 Visiones Inglaterra Brasil Panama.

(3) Estrecho Siglo XVI – 01 Visiones desde España, Alemania y Inglaterra – YouTube

04 María Jesús Benítes – “El Estrecho desde Río de la Plata”

05 Mauricio Onetto Pavez – “El Estrecho desde Nueva España”

Guardianes de la lengua: Tehuelche (capítulo completo) – Canal Encuentro

https://nauticalchannel.es/noticia/estrecho-de-magallanes un artículo que es interesante ver como introducción al tema.

https://www.edaf.net/libro/la-conquista-del-oceano_155584

https://www.elespanol.com/historia/20240424/feroz-guerra-espana-portugal-control-especias-no-dejeis-castellano-vivo/849915068_0.html

Olivier van Noort Top # 9 Facts

https://journals.co.za/doi/pdf/10.10520/AJA00382353_1224

https://www.google.com/maps/@72.1820902,-34.5725111,2.44z?entry=ttu&g_ep=EgoyMDI2MDYwMS4wIKXMDSoASAFQAw%3D%3D (Sistema para darme cuenta de las latitudes)

Le Maire, Los Hermanos Nodal, La flota Nassavica y la Isla Grande de Tierra del Fuego

consultar esta fuente: https://www.scielo.cl/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0718-22442020000300029

https://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/Nlle-France_Provinces-de-France.htm

URBINA CARRASCO, María Ximena (ed.), Fuentes para la historia de la Patagonia occidental en el periodo colonial, 1a parte: siglos XVI y XVII, Valparaíso, Ediciones Universitarias de Valparaíso, 2014 [en línea].

https://historia.nationalgeographic.com.es/a/nombre-jesus-colonia-que-se-perdio-hielo-patagonia_25995


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La métrica española

¿Te gusta leer y/o escribir poesía? Para hacerlo en lengua castellana, es importante conocer las reglas básicas de la métrica española. A continuación podrás descubrir cómo contar las sílabas y crear las rimas. También aprenderás cuáles son los distintos tipos de versos y de estrofas, y para qué sirven. ¡Disfruta del artículo!

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Métrica española: ¿cómo contar las sílabas?

En la poesía en lengua castellana, no se cuentan exactamente las sílabas como en la métrica francesa. Por ejemplo, hay que tomar en cuenta las sinalefas y los hiatos. Aquí viene la definición de ambos conceptos según la Real Academia Española (RAE):

Diptongo: Del lat. dip[h]thongus, y este del gr. δίφθογγος díphthongos.  

m. Fon. Secuencia de dos vocales diferentes que se pronuncian en una sola sílaba; p. ej., aire, puerta.

    Ant.:     hiato.

Sinalefa: Del lat. tardío synaloepha, y este del gr. συναλοιφή synaloiphḗ, der. De συναλείφειν synaleíphein ‘confundir, mezclar’.

f. Fon. y Métr. Unión en una única sílaba de dos o más vocales contiguas pertenecientes a palabras distintas; p. ej., mu-tuoin-te-rés por mu-tuo-in-te-rés.

Sin.: unión, enlace, trabazón, ligazón.

Hiato: Del lat. hiātus.

m. Fon. y Métr. Secuencia de dos vocales que se pronuncian en sílabas distintas.

Ant.: diptongo.

Para que pueda haber un hiato (y, por lo tanto, para que se tenga el número de sílabas deseado), a veces se puede modificar la ortografía de una palabra, agregando una diéresis. Por ejemplo, “vais” (la conjugación de “ir” en presente de indicativo en segunda persona del plural, una palabra con diptongo, que solo cuenta con una sílaba) se podrá escribir “vaïs” para que el lector comprenda que hay que leerla y recitarla con dos sílabas.

Para contar las sílabas de un verso, también hay que tener en cuenta la acentuación de la última palabra.

Si una palabra se acentúa en la última sílaba, es considerada aguda u oxítona. Es el caso de las que se terminan con otra consonante que N o S (albañil, traducir, reloj, etc.) o llevan una tilde en la última vocal (hincapié, halcón, vivirán, etc.).

Si una palabra se acentúa en la penúltima palabra, es considerada llana o paroxítona. Es el caso de las palabras sin tilde escrita que se terminan con una vocal o con N o S (ganadero, joven, viejos, etc.).

Si una palabra se acentúa en la antepenúltima palabra, es considerada esdrújula o proparoxítona. Todas estas palabras llevan una tilde (lingüística, ecomico, demográfic@, etc.).

Los versos que terminan con una palabra oxítona son llamados “versos agudos” u “oxítonos”. Al contar las sílabas, se les añade una: “Desde aquí la podéis ver” (primer verso de El acero de Madrid, por Lope de Vega). Este verso no cuenta con 7 sílabas, sino con 8.

Los versos que terminan con una palabra paroxítona son llamados “versos llanos” o “paroxítonos”. Al contar las sílabas, no se quita ni agrega nada: “Notable ha estado la iglesia” (segundo verso de El acero de Madrid, por Lope de Vega). Este verso sí cuenta con 8 sílabas.

Los versos que terminan con una palabra proparoxítona son llamados “versos esdrújulos” o “proparoxítonos”. Al contar las sílabas, se les quita una: “En un arranque de delirio místico” (Jean O’Creisren, poema inédito). Este verso no cuenta con 12 sílabas, sino con 11.

Métrica española: ¿cuáles son los distintos tipos de versos?

Según su número de sílabas, los versos pueden ser de arte menor o de arte mayor. Según la inteligencia artificial de Ecosia, “los versos de arte menor tienen hasta ocho sílabas y son más ligeros, mientras que los de arte mayor tienen más de ocho sílabas y son más solemnes y elegantes.”[1] Esta información la confirman las otras fuentes en las cuales nos apoyamos. Por ejemplo, Elia Tabuenca subraya que, “frente al verso de arte menor, más empleado en la lírica popular y de temas mundanos, el verso de arte mayor resultamás solemne y elevado, por lo que es más apropiado y suele emplearse más a menudo en la poesía culta, que trata temas existenciales y que tocan de manera profunda al ser humano”.

Versos de arte menor:

  • bisílabos (versos de 2 sílabas)
  • trisílabos (versos de 3 sílabas)
  • tetrasílabos (versos de 4 sílabas)
  • pentasílabos (versos de 5 sílabas)
  • hexasílabos (versos de 6 sílabas)
  • heptasílabos (versos de 7 sílabas)
  • octosílabos (versos de 8 sílabas)

Versos de arte mayor:

  • eneasílabos (versos de 9 sílabas)
  • decasílabos (versos de 10 sílabas)
  • endecasílabos (versos de 11 sílabas)
  • dodecasílabos (versos de 12 sílabas)
  • tridecasílabos (versos de 13 sílabas)
  • alejandrinos (versos de 14 sílabas; no hay que confundirlos con los alejandrinos de la poesía francesa, que cuentan con 12 sílabas)
  • pentadecasílabos (versos de 15 sílabas)

Métrica española: ¿cuáles son los distintos tipos de rimas?

Se distinguen las rimas consonantes y asonantes.

  • Las rimas consonantes repiten el final de cada verso (tanto vocales como consonantes), a partir de la última vocal acentuada:

Lee, señor, por tu vida.

Leo, poniendo en mis ojos

de tanto amor los antojos,

pues hay alma que los pida.

(verso 164-167 de El acero de Madrid, por Lope de Vega)

  • Las rimas asonantes solo repiten las vocales, a partir de la última sílaba acentuada:

Dadme otra vez los brazos como deudo,

[…]

Una y mil veces, mi señor Prudencio,

(versos 255 y 257 de El acero de Madrid, por Lope de Vega)

Métrica española: ¿cuáles son los distintos tipos de estrofas?

En la poesía en lengua castellana existen distintos tipos de estrofas. Aquí vienen las principales categorías:

  • El pareado consta de dos versos de cualquier tipo (arte mayor o menor), que riman
  • El terceto consta de tres versos de cualquier tipo (arte mayor o menor), cuyas rimas deben ser consonantes (es decir, ABA, pero, si sigue otro terceto, su rima será BA(o C)B)
  • La soleá también consta de tres versos de arte menor con rimas asonantes. Esta estrofa es típica de la métrica andaluza, más particularmente del flamenco.
  • El cuarteto siempre está compuesto de endecasílabos, tiene rimas consonantes y una estructura ABBA. Cabe notar que un soneto siempre se compone de dos cuartetos seguidos de dos tercetos. Es el tipo de poema que más se ha usado en la literatura española. Normalmente siempre debe redactarse en endecasílabos, aunque hubo grandes autores, como el nicaragüense Rubén Darío, padre del modernismo, que usó otro tipo de versos.
  • La redondilla también consta de cuatro versos, pero que siempre son octosílabos. Todo lo demás es igual a lo que se encuentra en un cuarteto: rima ABBA, etc.
  • El serventesio se compone de cuatro versos endecasílabos, con rimas consonantes de tipo ABAB.
  • La cuarteta tiene una estructura similar a la del serventesio, pero con octosílabos.
  • El cuarteto lira (o “cuarteto alirado”) combina, de forma libre, endecasílabos y heptasílabos, con una estructura de tipo A-b-A-b o a-B-a-B. Lo usaron unos autores del Siglo de Oro y de la corriente romanticista.
  • También existen otras clases de estrofas con cuatro versos, como la copla de cuaderna vía (usada en la Edad Media y recuperada por los poetas de la Generación del 27, de los cuales el más famoso es Federico García Lorca), la estrofa sáfica (usada a partir del siglo XVI) y la seguidilla (que puede ser de varios tipos).
  • La lira consta de cinco versos. Es de origen italiano y llegó a España durante el Renacimiento, mediante la poesía de Garcilaso de la Vega. También la usan otros poetas, como fray Luis de León. Su métrica desigual es la siguiente:

Si de mi baja lira                                              7a

Tanto pudiere el son, que en un momento       11B

Aplacase la ira                                                  7a

Del animoso viento,                                         7b

Y la furia del mar en movimiento                    11B (Garcilaso de la Vega, A la flor de Gnido)

  • La quintilla tiene el mismo número de versos y siempre es de arte menor. Generalmente, cuenta con 5 octosílabos y debe imperativamente seguir dos reglas:
    • 3 versos que se siguen no pueden rimar (pueden ser aab, bba, abb, pero no aaa o bbb)
    • Los últimos 2 versos no pueden rimar entre ellos

Este tipo de estrofa se usó mucho en el teatro áureo.

  • El quinteto sigue las mismas reglas que la quintilla, pero es de arte mayor. Se usó sobre todo en los siglos XVIII y XIX.
  • La copla de pie quebrado o copla manriqueña nos viene de Jorge Manrique (un poeta de finales de la Edad Media), consta de seis versos y es de arte menor. Alterna tetrasílabos y octosílabos con la estructura siguiente: 8a 8b 4c 8a 8b 4c.
  • También existen otros tipos de estrofas con seis versos, como distintas formas de sextillas y de sextetos.
  • Las estrofas de siete versos pueden ser septillas (de arte menor y de origen provenzal), séptimas (de arte mayor) o seguidillas compuestas. Estas son mucho más frecuentes que las otras dos. Su forma es la siguiente: 7x, 5a, 7x, 5a, 5b, 7x, 5b.
  • Entre las estrofas de ocho versos, destacan la octava real (8 endecasílabos con rimas ABABABCC) y la octava italiana (de métrica más compleja, que aparece en el siglo XVIII y se usa sobre todo en la poesía romántica).
  • La décima (o “décima espinela”)cuenta con diez octosílabos. En realidad, son dos redondillas vinculadas con dos versos en el centro. El primero de los dos versos de vinculación rima con el último de la primera redondilla y el segundo de los dos versos de vinculación rima con el primero de la segunda redondilla. Por lo tanto, las rimas en una décima siguen el esquema siguiente: abba ac cddc.

Según la Edna Córdoba,

La décima espinela es una estrofa de diez versos octosílabos creada por el músico y poeta rondeño Vicente Espinel en el año 1591. Sus rimas son consonantes (todos los fonemas a partir de la vocal acentuada coinciden) y se organizan de la siguiente manera: abba accddc. Entre el cuarto y quinto verso hay una pausa obligatoria. Desde el punto de vista del sentido, el quinto verso se liga al sexto por encabalagamiento, es decir que la unidad de sentido empezada en el quinto se completa en el sexto. Por lo general en una décima se desarrolla un solo tema. La décima fue empleada por Lope de Vega, Calderón de la Barca, Cervantes, Quevedo y Góngora durante el siglo de Oro. Un ejemplo muy famoso de décima espinela es La vida es sueño de Calderón de la Barca.

Yo sueño que estoy aquí

destas prisiones cargado,

y soñé que en otro estado

más lisonjero me vi.

¿Qué es la vida? Un frenesí.

¿Qué es la vida? Una ilusión,

una sombra, una ficción,

y el mayor bien es pequeño:

que toda la vida es sueño,

y los sueños, sueños son.

Mientras que en España solo tuvo su esplendor durante el siglo de Oro, en América ocurrió un proceso de folclorización de esta estrofa. Los españoles la llevaron a América (sin entonación ni ritmo musical) con el fin de evangelizar. Es difícil determinar su contribución al proceso de evangelización; por el contrario, está comprobado que la forma de la décima caló en la cultura tradicional. La décima adquirió rápidamente importancia en los cantos de trabajo, de serenata, las canciones de cuna y sobre todo adquirió una función social en sí misma: hoy en día, en distintas partes de Latinoamérica, las comunidades se reúnen para asistir a contiendas de decimistas en las que éstos demuestran su ingenio enfrentándose los unos con los otros. Aun los grupos ágrafos y analfabetas se apropiaron de ella para integrarla en su vida cotidiana.

Métrica española: ¿qué reglas innovadoras propuso Lope de Vega?

En El Arte nuevo de hacer comedias en este tiempo, el Fénix de los ingenios escribe esto:

Acomode los versos con prudencia

a los sujetos de que va tratando:

las décimas son buenas para quejas;

el soneto está bien en los que aguardan;

las relaciones piden los romances,

aunque en octavas lucen por extremo;

son los tercetos para cosas graves,

y para las de amor, las redondillas.          

Por lo tanto, según el dramaturgo y poeta áureo, a cada emoción que se quiere transmitir al público le corresponde un tipo de estrofa. Por eso, en sus obras y en las de otros autores de textos para actuar que se inspiraron de él, alternan distintas formas métricas.

Entre los tipos de poemas mencionados por el Monstruo de la naturaleza, cabe destacar los romances, que ya se usaban en la Edad Media. Así los define la Real Academia Española (séptima acepción en el Diccionario de la lengua española):

m. Métr. Combinación métrica de origen español en versos octosílabos que consiste en repetir al final de todos los versos pares una misma asonancia y en no dar a los impares rima de ninguna especie.

Yo, redactor de este artículo, soy bloguero, escritor y lingüista, ante todo. Aunque el estudio de la literatura me interesa y me sirve, no soy especialista ni de la métrica española ni del análisis literario en general. En cambio, el catedrático Jonaz Penn-Maeneg sí lo es. Su tesis doctoral trata de la poesía amorosa española, sobre todo bajo la pluma de poetas desconocidos.

Jean O’Creisren

Sitografía

Autor anónimo. Lope de Vega y el « Arte nuevo de hacer comedias » http://descargas.pntic.mec.es/recursos_educativos/It_didac/Leng_ESO/3/12/04_Lope_Vega/arte_nuevo_de_hacer_comedias.html

Carlos Heusch Gaudes. Méthodologie littéraire : initiation à la métrique espagnole. École normale supérieure. http://heusch.chez-alice.fr/METRIQUE2.htm

División Educación General – Ministerio de Educación – Gobierno de Chile. Actividades de apoyo 8o básico. Guía para estudiante: Identifica la rima asonante y consonante. https://www.curriculumnacional.cl/docente/629/articles-217772_recurso_estudiante.pdf

Ecosia (2026). Búsqueda hecha por Jean O’Creisren: “versos de arte mayor y menor”. https://www.ecosia.org/search?method=index&q=versos+de+arte+mayor+y+menor

Edna Córdoba (2014). El papel de la décima espinela en la cultura latinoamericana.École normale supérieure. https://cle.ens-lyon.fr/espagnol/litterature/litterature-latino-americaine/poesie/el-papel-de-la-decima-espinela-en-la-cultura-latinoamericana

Elia Tabuenca (actualizado el 20 de enero de 2026). “Qué es arte mayor y menor en poesía”. unProfesor.  https://www.unprofesor.com/lengua-espanola/que-es-arte-mayor-y-menor-en-poesia-1923.html

Félix Lope de Vega Carpio (1609). El arte nuevo de hacer comedias en este tiempo. En Rozas, J. M., Significado y doctrina del arte nuevo de Lope de Vega, Alicante, Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes, 2002. https://www.cervantesvirtual.com/obra-visor/arte-nuevo-de-hacer-comedias-en-este-tiempo–0/html/ffb1e6c0-82b1-11df-acc7-002185ce6064_4.html

Instituto Cervantes (Fecha de actualización: septiembre de 2016). Rubén Darío. Biografía. https://www.cervantes.es/bibliotecas_documentacion_espanol/creadores/dario_ruben.htm

Luis J. del Castillo (2020). Tipos de estrofas [Vídeo]. https://www.youtube.com/watch?v=Y_OB7luiESU

Real Academia Española. Definición de “agudo”. https://dle.rae.es/agudo#QckVnpH

Real Academia Española. Definición de “diptongo”. https://dle.rae.es/diptongo?m=form

Real Academia Española. Definición de “esdrújulo”. https://dle.rae.es/esdr%C3%BAjulo#IuGdK2Q

Real Academia Española. Definición de “hiato”. https://dle.rae.es/hiato?m=form

Real Academia Española. Definición de “llano”. https://dle.rae.es/llano#Qfl9fGu

Real Academia Española. Definición de “paroxítono”. https://dle.rae.es/parox%C3%ADtono?m=form [consultado el sábado, 2 de mayo de 2026]

Real Academia Española. Definición de “romance”. https://dle.rae.es/romance?m=form  

Real Academia Española. Definición de “sinalefa”. https://dle.rae.es/sinalefa

Real Academia Española. Definición de “soleá”. https://dle.rae.es/sole%C3%A1?m=form

Real Academia Española. Definición de “soneto”. https://dle.rae.es/soneto?m=form

TABLAO de Carmen. La “Soléa”. https://tablaodecarmen.com/la-solea/


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Barcelona, entre ambas exposiciones internacionales (1888-1929): la construcción en el espacio público de una capital y sus imaginarios cinematográficos


[1] Esta misma fuente señala, en francés: « Les réponses peuvent être inexactes. Nous vous recommandons de vérifier les informations importantes. »

Barcelona, entre ambas exposiciones internacionales (1888-1929): la construcción en el espacio público de una capital y sus imaginarios cinematográficos

Entre la Exposición Universal de 1888 y la Exposición Internacional de 1929, Barcelona conoce un desarrollo económico y cultural importante. La Ciudad Condal se convierte en un centro social y político de mayor importancia. La ciudad, cuyo dinamismo se fundamenta, desde finales del siglo XIX, en varias décadas de Revolución Industrial, desafía la capitalidad de Madrid al imponerse como un polo de atracción regional, estatal e internacional, símbolo de una élite catalana pudiente, de una clase popular, de origen variado, cada vez más comprometida, y de un movimiento cultural que cultiva su «hecho diferencial».

Estas transformaciones se concretan en la evolución del espacio público. Barcelona se extiende con la realización del plan urbano de Ildefons Cerdà (el Eixample) y la ciudad adquiere, a lo largo de este periodo, una singularidad arquitectónica, marcada por el «modernismo» catalán, un movimiento clave de la Exposición Universal de 1888, al cual sucederá el «novocentismo», una vuelta a cierto clasicismo mediterráneo que se expresará en el marco de la Exposición Internacional de 1929. De estos cambios urbanísticos, que introducen nuevas problemáticas socioculturales, nacen numerosos debates sobre la apropiación de ese espacio público, durante un período marcado por un repunte del proceso de construcción nacional catalana, de una conciencia obrera fuerte mediante los movimientos sociales (la Semana Trágica, entre otras cosas) y de una efervescencia cultural bohemia, motriz de las vanguardias.

Esta construcción de una capital española alternativa finalmente se cristaliza en un periodo de atracción económica, cuya representación y cuyo catalizador son las Exposiciones. Como ciudad del comercio, de las maravillas y de los ocios, Barcelona es el crisol de un turismo de negocios y cultural en aumento constante, que convierte a la ciudad condal en una ciudad-mundo. Desde finales del siglo XIX hasta que se cumpla el primer tercio del XX, Barcelona va adquiriendo una imagen singular en España y en el resto de Europa, que la literatura, las artes y los medios de comunicación locales y externos contribuyen a moldear. Entre estas diversas representaciones de la ciudad, proponemos trabajar precisamente en los imaginarios cinematográficos.

Solo unos meses después de la primera proyección pública inaugural del cinematógrafo (el 28 de diciembre de 1895 en París), Alexandre Promio, enviado por la casa Lumière, elige el puerto de Barcelona para realizar allí la primera toma de vista de la capital catalana. Muy rápidamente, otros operadores extranjeros y locales seguirán sus pasos. Estas miradas cinematofrágicas dirigidas sobre la capital catalana participan en la elaboración de imaginarios urbanos que el cine producirá a lo largo de sus primeras tres décadas de existencia. Aunque las filmaciones captan la ciudad, así como sus transformaciones arquitectónicas y urbanísticas, pero también políticas, sociales y culturales, estas representaciones también son moldeadas por la puesta en escena (encuadres, ángulo de toma de las imágenes, montaje, etc.).

Por lo tanto, estos imaginarios urbanísticos también son el fruto de las distintas formas fílmicas que aparecen entre 1896 y 1929. Vistas animadas, actualidades, películas y telenovelas de ficción, películas promocionales, películas industriales, cine doméstico, primeras obras sonorizadas, van apareciendo a medida que llegan los progresos técnicos y evoluciona el lenguaje cinematográfico, y alcanzan públicos variados, desde las atracciones populares heredadas de las artes del espectáculo hasta la intimidad familiar y burguesa de la práctica amateur. El cine de aquel periodo nos llegó de forma incompleta. Algunos filmes pudieron ser conservados y restaurados. De numerosos otros, solo quedan unos fragmentos. Muchos desaparecieron y solo subsisten mediante testimonios o huellas indirectas.

Además de leer la bibliografía histórica dedicada a la capital catalana [véase fuente del texto de origen], los candidatos [de las oposiciones de la agregación externa de Filología Hispánica] son invitados a estudiar mediante un corpus de filmes de no ficción, la transformación de la ciudad y de sus espacios públicos, que testimonia sobre los retos urbanísticos, sociales, culturales y políticos propios de la Barcelona de aquel período.

Fuente: Oposiciones externas de la agregación de la enseñanza secundaria – Sección idiomas extranjeros: español – Programa de la sesión de 2026 © www.devenirenseignant.gouv.fr


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Los pueblos originarios en el Estrecho de Magallanes, la Tierra del Fuego y la Patagonia Austral

Los pueblos originarios en el Estrecho de Magallanes, la Tierra del Fuego y la Patagonia Austral

Los indígenas llegaron a la zona hacia el final de la última glaciación, cuando la isla de Tierra del Fuego todavía se comunicaba con el continente. Unos siguieron siendo cazadores-recolectores, mientras que otros se especializaron en lo relacionado con el mar (pesca, recogida de mariscos, navegación en canoa y caza de lobos marinos, entre otras cosas). Esos distintos grupos interactuaron mucho entre ellos. Cuando hubo encuentros entre europeos e indígenas en la zona, cada rincón de la Isla Grande ya había sido ocupado. Esos amerindios fabricaban herramientas con huesos de mamíferos marinos, espacialmente ballenas. Por ejemplo, se encontraron arpones de esta materia.

Los antropólogos europeos consideraron como muy primitivos a esos pueblos que, sin embargo, habían vivido durante miles de años en un ambiente tan hostil. Darwin los consideró como los humanos más primitivos que habitaban en el mundo en su época. Aquello justificó las matanzas decimonónicas que unos historiadores consideran como genocidios.

Los antecesores de los yaganes y otros pueblos originarios fueguinos encontraron a los exploradores del siglo XVI. Hay toda una historia de los encuentros en aquella época que no conocemos. En cambio, hay registros decimonónicos, en particular sobre los cazadores de lobos marinos (ya desde el siglo XVIII). Unos indios kawésqars fueron expuestos en zoológicos humanos durante algunas exposiciones universales. Todavía en el siglo XIX, las misiones salesianas quisieron “civilizar” a los indios y la mayoría murieron. Los que sobrevivieron fueron mandados a Punta Arenas, casi esclavizados.

Hasta hoy el colonialismo inglés ha tenido influencia en aquella zona (por ejemplo, con las Islas Malvinas). Los pueblos originarios también resistieron a los británicos.

Las fotografías de indios con pieles son manipuladas. Así era como los etnólogos europeos querían verlos y presentarlos. Claro que esos pueblos no tenían un nivel de desarrollo material comparable con los incas, por ejemplo, pero tenían sus propias riquezas.

Fuente: https://youtu.be/4JWanxNi5kY?si=Hm6wR6L-h8vNN1Y5

Fuente del mapa: https://forums.civfanatics.com/threads/civ-maps-kerfuffles-coffee-and-cartography.535410/page-4


Los yaganes

Ellos comían muchos pájaros, mariscos y lobos marinos. Tenían canoas hechas con corteza de árbol[1] y pescaban con redes. Eran un pueblo nómada y construían chozas cuando se asentaban temporalmente en algún lugar. Estas se parecían a los tipis de los pueblos originarios de Norteamérica. Tenían la misma forma cónica y se construían con ramas y pieles.

Los ancianos hacían fogatas, para, al reunirse alrededor de ellas, enseñarles a los niños a ser respetuosos y a trabajar. Todos bailaban y cantaban, con pintura en la cara. Toda la gente mayor hacía pasar ritos de paso a los adolescentes. La ceremonia de iniciación la hacían cuando los niños tenían 13 años. Todo estaba relacionado con el miedo, los espíritus, y los ancianos tenían máscaras. Separaban a los adolescentes de su familia. Había una rutina de pasar hambre, de esfuerzo, y si pasabas esas pruebas eras adulto.

Para sepultar a sus muertos, no tenían palas ni herramientas apropiados para excavar en la tierra, así que colocaban al cadáver en cualquier lugar y le ponían piedras encima.

De niña, Cristina Calderón (la última locutora nativa de la lengua yagán, que murió hace unos años), viajaba por todo el “canal”[2] y cazaba nutrias.

En cuanto a la lengua de los yaganes, hoy más o menos extinta, tenía dos tipos de pretérito, dependiendo de si lo que se cuenta lo vio el propio hablante o se lo contaron. Aquí vienen algunas palabras:

Viento: húša

Bote: ánan

Mar: híxa (la X se pronuncia como una J)

Abuelo: ušúan

Abuela: kulúana

Blanco: ¿qakuá? ¿yakuá?

Negro: limpiá

Rojo: lušá

Verde: arlušá

Fuentes: https://www.youtube.com/watch?v=EBoEh9Xv8nM; https://www.youtube.com/watch?v=h6PyWm3yK0c.

Los tehuelches

Habitaron casi toda la Patagonia. Incluso unos grupos selk’nam casi eran tehuelches. En aquella zona, las temperaturas podían bajar por muy debajo de cero, así que ese pueblo tuvo que adaptarse biológica y culturalmente.

Aparentemente, los antepasados de los tehuelches se separaron en dos grupos:

  • Los tehuelches del sur, que se establecieron cerca del Estrecho
  • Los tehuelches del norte, que se asentaron en la Pampa.

Son los descendientes de los cazadores-recolectores que habitaron la Patagonia durante los últimos 12.000 años (por lo menos). Existen pinturas rupestres en la Patagonia de 11.000 A. C., en la Estancia La María (Provincia de Santa Cruz).

“Tehuelche” es el nombre que les dieron los mapuches.

La vida de los tehuelches estaba centrada en la caza del guanaco (un camélido de la fauna local, de la misma familia que la llama, la alpaca y la vicuña), del cual obtenían alimento y abrigo. Incluso domesticaron algunos, que caminaban con ellos en sus campamentos. Además de la caza, recolectaban vegetales; eran muy diestros en reconocerlos y en prepararlos de diferentes maneras. Su dieta era muy carnea. Cazaban en grupos, aparentemente no tanto con arcos y flechas, sino con una “bola”.

Algunos animales y lugares eran considerados sagrados. Ese pueblo creía en los espíritus buenos y malos. Existía un dios único que mandaba sobre hombres y animales. Este fue el que les enseñó el secreto del fuego y de las armas. Respetaban mucho la vida después de la muerte. Al morir uno de ellos, sacrificaban sus mejores animales y sus mascotas, para que el difunto no estuviera a solas en el más allá.

Cuando un anciano ya no podía caminar y cazar era despedido por sus familiares y abandonado por el camino.

Eran individuos de gran complexión. Eran altos, algo anchos de hombro, con una estatura respetable.

La lengua tehuelche es compleja a nivel fonológico. Es tonal, como el chino. Hace ocho años solo quedaba una locutora nativa, pero unas personas más jóvenes de procedencia tehuelche estudiaban ese idioma y enseñaban lo que sabían al respecto. Aquí vienen unas palabras:

Uno: chuche

Dos: kauke

Tres: ash

Cuatro: agge

Cinco: atem

Azúcar: ayohongo

Negro: pol enk

Verde: ¿tenk? ¿verdetenk?

Rojo: qapenk

Blanco: orrenk

Amarillo: vaitenk

Azul: qaitenk

¿Beige? ¿Marrón?: mortenk

Fuentes: Guardianes de la lengua: Tehuelche (capítulo completo) – Canal Encuentro; https://youtu.be/Y2oX0aYip1U.

Los “selk’nam” u “onas”

Este pueblo era nómada. Eran los únicos cazadores-recolectores de América que vivían en una isla. Otras características eran su pequeño tamaño y su gran movilidad. Usaban la arquería con una complejidad técnica muy particular. Por ejemplo, sus flechas estaban concebidas para ser muy aerodinámicas. Tenían que ser muy inteligentes para conservarse, con su modo de vida, en la Tierra del Fuego, siendo pocos. Cazaban guanacos con arcos y flechas, pero también con bolas. Esta actividad solo la practicaban los hombres, aunque ambos géneros participaban en la pesca y en la caza de otras especies.

Su única ropa era de pieles de animales, sobre todo de guanaco. Sin embargo, preferían las pieles de zorras para sus capas y también usaban pieles de roedores, nutrias, pájaros y lobos marinos. Eran maestros en el arte de cantar y de pintarse el cuerpo.

Casi desaparecieron en el siglo XIX. Los pastores chilenos y argentinos colonizaron la región. Al final de aquel siglo, también se descubrió oro en la isla, por lo cual llegaron mineros, generando conflictos con los indígenas. Los selk’nam no entendían el concepto de propiedad privada. Por lo tanto, cuando se instalaron las granjas, cazaron las ovejas para comerlas. Considerándolos como ladrones, los colonos no dudaron en matarlos, con proporciones que casi provocaron su extinción. Unos historiadores consideran que fue un genocidio.

La lengua ona está casi extinta. Solo un joven, llamado Keyuk, que la aprendió de una anciana antes de que se muriera, la habla correctamente y la enseña a unas pocas personas mestizas de ascendencia selk’nam para que sobreviva. Aparentemente, el sistema fonológico consta de tres vocales y veintitrés consonantes. Aquí vienen unos números:

1: sóos

2: sóoke

3: sawken

4: konè sóokèy

5: kessmarey

Shionitse significa “nube negra”. En su cosmología, los onas consideran que es un brazo en el cielo iluminado, que existe desde la época en la cual se creó la luz y la oscuridad se quedó relegada.

Fuentes: https://youtu.be/hIcK3glbhkU?si=ZGd8znZqULmTJCvf; https://youtu.be/ySZlYSCSLt4.

Los kawésqars

El pueblo kawésqar vivía bien con el medio natural y sacaba de su abundancia todo lo que necesitaba para sobrevivir. Las canoas las hacían esculpiendo el interior del tronco de una conífera. Eran nómadas; cambiaban de lugar para abastecerse en alimentación. Había restricciones en cuanto a la caza. También comían mariscos. Cazaban y pescaban nutrias, erizos, mauchos, locos, lapas, etc. Los moluscos los hacían cocer con su concha directamente en el hogar. En unas islas, recolectaban bayas. Por fin, cazaban lobos marinos cuando había oportunidades, especialmente por la grasa.

Construían chozas con ramas y hojas. En kawésqar, at se traduce por “vivienda” o “campamento”. El fuego lo mantenían encendido de forma permanente, porque el frío era muy intenso. Cuando se varaba (s’échouait) una ballena[3], los indígenas construían carpas para invocar a los espíritus y se pintaban la cara para esas ceremonias. La pintura se hacía con bayas cocidas. Se pedía permiso, de una carpa a otra, a los espíritus para ir a recoger mariscos.

Cuando se acampaba en un lugar, también existía un momento de esparcimiento, que era de contar cuentos. Estos solamente se contaban por la noche, cuando había penumbra y niños. Los ruidos externos también se metían en el cuento y provocaban efectos alucinantes en el que escuchaba la historia.

En el siglo XX, murieron muchos kawésqars por las enfermedades traídas por los chilenos de origen europeo. Entre los descendientes de los sobrevivientes (que moran sobre todo en la ciudad chilena de Puerto Edén), todavía cuentan cuentos sobre animales de la fauna local, como los martines pescadores y los carpinteros. Aparentemente, la lengua kawésqar no está extinta.

Fuentes: https://www.youtube.com/watch?v=XP9JlwiT9K0; https://www.youtube.com/watch?v=osYc8Wmz2gM.

Para saber más sobre los encuentros entre los navegantes del siglo XVI y los autóctonos, puedes leer esta fuente (es bastante sintética):

González Díaz, S. y Urbina, S. (2023). Presencias invisibles. Entendiendo ciudad Rey Don Felipe en clave étnica. Autoctonía Revista: Ciencias Sociales e Historia. Universidad Bernardo O’Higgins, Centro de Estudios Históricos. https://www.redalyc.org/journal/7370/737077437009/html/ [consultado el miércoles, 3 de diciembre de 2025]


[1] Eso lo dice Cristina Calderón, cuya lengua materna no es el español. Como es difícil imaginar una embarcación sólida e impermeable fabricada así, yo supongo que se esculpía más bien dentro del tronco de un árbol, como hacían los kawésqares.

[2] No sé si se trata del Estrecho de Magallanes o del Canal Beagle.

[3] Eso era frecuente en el estrecho porque los cetáceos se dejaban engañar por ascenso y descenso de las mareas e iban a lugares que luego el mar descubría.


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El interés geoestratégico del estrecho de Magallanes en los siglos XVI y XVII

En los confines del mundo, el estrecho de Magallanes fue durante varios siglos la única conexión marítima entre los océanos Atlántico y Pacífico. Ubicado en el extremo sureño del continente americano, siempre ha sido un lugar inhóspito. Por lo tanto, en los siglos XVI y XVII, aquella zona austral estaba a la vez codiciada y temida. En adelante, vamos a analizar el interés geoestratégico de aquel archipiélago meridional, siguiendo la cronología de los acontecimientos.

El control de las especias como origen

Ya a finales de la Edad Media, los portugueses bordearon las costas africanas para encontrar un paso hacia las Molucas. En efecto, solo en ese archipiélago de la actual Indonesia se producían clavos de olor. En aquel entonces, las especias, y particularmente estas, podían ser más caras que el propio oro. Tenían mucho valor a nivel culinario y también se les atribuían virtudes medicinales. Desde la toma de Constantinopla por los turcos, la Cristiandad ya no tenía acceso a esos valiosos condimentos de las Indias Orientales. Así que los reinos ibéricos rivalizaron para encontrar rutas marítimas que les permitiesen conseguir aquellos preciosísimos productos. En 1488, Bartolomeu Dias de Novaes alcanzó el Cabo de Buena Esperanza, pero no pudo ir más allá, por violentas tormentas y porque la tripulación se amotinó.

Por su parte, las Coronas de Castilla y Aragón quisieron alcanzar las Molucas por otro rumbo. Por lo tanto, financiaron la expedición de Cristóbal Colón para que llegase a las Indias cruzando el océano Atlántico. El 12 de octubre de 1492, el marinero genovés llegó a lo que hoy se conoce como América. Los Reyes Católicos, que tenían una cierta idea de las culturas asiáticas, le pidieron al almirante que les trajese objetos que evidenciaran que había llegado a Asia. Él nunca pudo hacerlo.

Justo después, los lusos consiguieron ir más allá del Cabo de Buena Esperanza, con la expedición de Vasco de Gama. Esta pudo alcanzar el océano Índico el 22 de noviembre de 1497. Así que fueron los primeros en abrirse paso a las Molucas, bordeando la costa oriental de África.

En 1502, durante su cuarto viaje, Cristóbal Colón bordeó la costa caribeña. Se dio cuenta de que las masas continentales de América del Norte y del Sur se comunicaban de forma continua, pero no sabía que eso era lo que pronto iban a llamar el “Nuevo Mundo”. En el mismo periodo, Américo Vespucci bajó a lo largo de la costa brasileña hasta lo que hoy es Rio de Janeiro (y tal vez más allá). Después de pensar durante algún tiempo que estaba en una península asiática, estuvo convencido de que había encontrado tierras hasta entonces desconocidas. Por eso, en 1507, el geógrafo alemán Martín Waldseemüller propuso que se nombrara “América” al continente recién descubierto. En 1513, durante una expedición por el istmo de Panamá liderada por el conquistador Vasco Núñez de Balboa, el escudero Andrés Contero fue aparentemente el primer europeo en divisar el océano Pacífico. Los españoles lo llamaron “el mar del Sur”.

Por lo tanto, Carlos V quiso abrir un paso hacia ese mar para alcanzar las Molucas y poder rivalizar con los portugueses. Fernando de Magallanes era un marinero luso que ya conocía el estrecho de Malaca. Quería encontrar una forma de alcanzar el sudeste de Asia saliendo de Europa por el oeste. Firmado en 1494, el Tratado de Tordesillas había trazado una línea vertical en el océano Atlántico. Al este de esta, las tierras descubiertas y por descubrir iban a pertenecerle a Portugal; al oeste del límite, todo iba a ser propiedad de las Coronas de Castilla y Aragón. Entonces, si se llegaba a las Molucas por el oeste de la línea trazada, la zona de producción de las especias iba a pertenecerle legítimamente a España. En efecto, como no se conocían con exactitud ni la circunferencia de la Tierra ni la anchura del « mar del Sur », los castellanos creían que el valioso archipiélago estaba al este del « antimeridiano », es decir, en el hemisferio hispánico.

Por consiguiente, Carlos V armó una nueva flota, de cinco buques. La tripulación era muy variada. Había españoles, portugueses, italianos, alemanes, ingleses, griegos, indios de la India, entre otras personas. El hemisferio sur era totalmente desconocido, así como las dimensiones del continente americano y las del océano Pacífico. Después de cruzar el ecuador, los marineros notaron que el cielo había cambiado y tuvieron que apoyarse en constelaciones desconocidas para orientarse. Además, carecían de instrumentos para medir la longitud.

Los cinco buques de la expedición salieron de Sevilla el 10 de agosto de 1519. Después de cruzar el océano Atlántico, bajaron hacia el mediodía a lo largo de la costa oriental de Sudamérica. Cuando llegaron al Río de la Plata (el estuario que se ubica en la actualidad entre Argentina y Uruguay), pensaron haber encontrado el paso hacia el mar del Sur, pero se percataron de que era agua dulce. Pararon durante los meses de invierno en la actual Patagonia, luego prosiguieron su viaje y encontraron lo que hoy se conoce como el estrecho de Magallanes. Allí la travesía fue complicada. Un barco ya había naufragado antes y otro decidió desertar para regresar a España. Cuando salieron de aquella zona y alcanzaron el llamado “mar del Sur”, sus aguas estuvieron tan tranquilas que lo nombraron el “océano Pacífico”. Este era mucho más ancho de lo que había previsto Magallanes. Entonces la travesía se complicó, por el hambre y el escorbuto. Finalmente, llegaron a Filipinas. Allí, el jefe de la expedición se enteró de que las Molucas se ubicaban en el hemisferio portugués. Por desesperación y para compensar el fracaso, quiso apoderarse de unas islas, pero los indígenas no aceptaron su autoridad y lo mataron. Al final, solo una nave de las cinco que habían salido de España, la nao Victoria, regresó a Sevilla, al mando de Juan Sebastián Elcano. Llegó al puerto andaluz el 8 de septiembre de 1522. El buque estaba cargado de clavos de olor, lo que permitió reembolsar los gastos de todo el viaje. Entre los tripulantes estaba el italiano Antonio Pigafetta, cronista de la expedición que duró tres años y resultó ser la primera circunnavegación de la historia. Esto confirmó que la Tierra es redonda y que todos los mares están comunicados, lo que iba a ser muy importante en adelante para el comercio internacional.

Para conocer esa expedición con más detalles, puedes ver este vídeo:

Al cabo de unos años de rivalidad entre España y Portugal por el control de las especias, ambas potencias ibéricas llegaron a un acuerdo. Como explica Rafael Baldás en este artículo:

El asunto se zanjó en el Tratado de Zaragoza de 1529. A cambio de 350.000 ducados de oro, Carlos V renunció a sus supuestos derechos sobre la Especiería, pero no sobre las Filipinas. En 1533 la noticia ya había llegado a aquellas latitudes si bien aún quedaban diecisiete españoles vestidos con harapos y armados con armas melladas al mando de Hernardo de la Torre. Entre ellos se encontraba un aún desconocido Andrés de Urdaneta

Foto de Marina Zvada sobre Pexels.com

Una región a la vez codiciada y temida

Durante las décadas siguientes, los españoles no se interesaron mucho por el estrecho de Magallanes. La zona era hostil y difícil de navegar. En cambio, exploraron el océano Pacífico, sus archipiélagos y sus costas asiáticas y oceánicas mediante expediciones que salieron de los actuales Perú y México. Entre otras cosas, descubrieron una isla a la cual llamaron “Nueva Guinea” por la piel oscura de sus habitantes.

En 1579, el corsario inglés Francis Drake consiguió atravesar el estrecho y atacó al puerto español de Valparaíso (en el actual Chile). Por lo tanto, en 1581, la Corona encomendó a Pedro Sarmiento de Gamboa que se fuera al estrecho de Magallanes y a la Tierra del Fuego para reconocer aquella zona. También tenía la misión de fundar allí establecimientos fortificados para controlar el paso. Cabe recalcar que se trataba de la única vía navegable entre los océanos Atlántico y Pacífico en aquella época. Todo cambiaría varios siglos después con la construcción del canal de Panamá.

Durante su misión de reconocimiento, Sarmiento de Gamboa encontró varios grupos de indígenas y, después de engañarlos, capturó a cuatro autóctonos de dos etnias enemigas, aparentemente tres hombres de origen kawésqar y un tehuelche. Cosas parecidas habían ocurrido durante la expedición de Magallanes y las poblaciones locales empezaron a hacerse desconfiadas hacia los europeos. Estos querían raptar amerindios para que luego les sirvieran como intérpretes y para enterarse de las costumbres de las poblaciones que querían someter gracias a tales conocimientos.

En 1584, trescientos españoles al mando de Pedro Sarmiento de Gamboa fundaron la población de Rey don Felipe, tristemente conocida como el “puerto del hambre”. Estuvo ubicada a unos 60 kilómetros de la actual ciudad chilena de Punta Arenas. Abandonados a su suerte y enfrentados a una naturaleza hostil que no conocían, los habitantes murieron de hambre, frío, enfermedades y luchas internas. Las poblaciones locales tenían la capacidad de ayudarlos a adaptarse, como lo que cuenta la versión estadounidense del origen de Thanksgiving. Sin embargo, no lo hicieron porque las varias expediciones previas había dejado malos recuerdos. Entre esos pueblos originarios de tradición oral, se iba relatando lo acontecido. Durante los encuentros y desencuentros que se consignaron en las crónicas europeas, los navegantes (particularmente Drake y Sarmiento de Gamboa) notaron que los indígenas ya conocían unas palabras españolas o portuguesas, como « Jesús », « María », « capitán » y « paz ». Los investigadores Soledad González Díaz y Simón Urbina señalan que, en cada paso de buques europeos, unos hombres desaparecían. Es probable que unos hubieran terminado su vida entre los primeros habitantes de la zona y les hubieran enseñado algunas palabras muy útiles para la diplomacia que las generaciones siguientes iban a tener que implementar con las olas de invasores posteriores.

En 1618 y 1619, la expedición de los hermanos Nodal circundó la Tierra del Fuego. En 1633, Diego Ramírez de Arellano dibujó un mapa muy preciso de esa isla y de todo el estrecho. Los que descubrieron esas zonas peligrosas eran españoles. En aquel lugar inhóspito murieron muchos hombres, especialmente por el hambre. Hubo motines que se castigaron con la pena de muerte, tanto en las expediciones españolas como en las holandesas e inglesas. Sin embargo, con la experiencia se aprendía y, con el tiempo, hubo viajes que no perdieron ni a un solo hombre.

La toponimia en la zona es interesante. Quien tocaba una isla le daba un nombre, pero si otro barco de otra potencia llegaba al mismo lugar, lo desbautizaba y lo nombraba de una forma que honraba, por ejemplo, a su propio rey. El estrecho de Magallanes era una zona de rivalidades entre diferentes imperios coloniales, pero allí no hubo ninguna batalla naval. Solo era un lugar de pasaje.

Según Louise Bénat-Tachot, en aquella época, la zona era una tierra de incomunicación y “descomunicación”. La Corona Española usaba más bien el istmo de Panamá y el Río de la Plata para pasar, por vía terrestre, de un océano a otro. El estado de desprotección de la Patagonia Austral permitió que fuera usada por los rivales ingleses y holandeses. Aunque no consiguieron ocupar aquella región, los españoles la exploraron de manera cada vez más fina, para cartografiarla. No obstante, cabe notar un déficit de conocimientos etnográficos. En los mapas de aquella época, aparecen estereotipos, como un pingüino o un patagón con una flecha, dos veces más alto que un europeo. Todas las expediciones (incluso la del propio Magallanes) y tentativas de poblamiento fueron planeadas desde la metrópoli. El imperio colonial español era bastante centralizado, lo que le permitió resistir mejor al auge de los holandeses que los portugueses, que comerciaban cada vez más regional y localmente, sin muchos lazos con el rey establecido en Lisboa.

Foto de Luis Dalvan sobre Pexels.com

Para concluir, veamos cómo el ministerio francés de Educación resume y problematiza la cuestión del interés geoestratégico del estrecho de Magallanes en los siglos XVI y XVII:


Frecuentado desde la primera circunnavegación de la década de 1520, el estrecho de Magallanes ocupa un lugar singular en la Historia de la conquista de América y de la «primera globalización» (Serge Gruzinski, Les quatre parties du monde, 2004). Como «pasaje-mundo» (Mauricio Onetto Pávez, Historia de un pasaje-mundo, 2019), desempeña un papel fundamental en la construcción del imperio español entre Atlántico y Pacífico:

– Es la piedra angular de uno de los episodios clave en la carrera por las especias entre España y Portugal, entre el regreso a Sevilla de Sebastián Elcano en septiembre de 1522 y el Tratado de Zaragoza de 1529.

– Rápidamente, desde el final del siglo XVI, se encuentra en el corazón de las rivalidades con las otras potencias europeas, particularmente Inglaterra y las Provincias Unidas. En efecto, el control de esta vía de paso es crucial para proteger los puertos españoles ubicados a lo largo de la costa pacífica, y para garantizar la seguridad de los intercambios a través del océano Pacífico. Es objeto de varias tentativas de poblamiento y fortificación. Todas fracasan.

– La desafortunada experiencia de la navegación por los mares australes y de las dificultades encontradas para instalar el dominio español en aquella región del mundo fue esencial para encontrar vías alternativas con vistas a la expansión española, hacia las Filipinas – desde Nueva España – pero también hacia otros archipiélagos del Pacífico, como las Islas Salomón – desde el Perú.

– Los pasos sucesivos a lo largo de la Patagonia Atlántica, por el interior del Estrecho, frente a las costas del archipiélago del cabo de Hornos, por los canales y por los fiordos de la Patagonia Chilena, permitieron complementar y cartografiar aquel extremo sur a la vez codiciado y temido, aportando poco a poco un conocimiento cada vez más preciso. Iniciada con los datos observados sobre el terreno durante la expedición de Magallanes y Elcano, esa tarea colectiva fue enriquecida por todos los pasajes, fueran españoles, ingleses, franceses o neerlandeses.

Si se cambia la escala de análisis y se desciende desde la geopolítica mundial y los retos imperiales hacia una historia más local de la expansión española, se pueden considerar el Estrecho y el extremo sur del continente como un horizonte hacia el cual se proyectan las provincias más meridionales del virreinato del Perú. Desde el Río de la Plata, Tucumán y Chile, la voluntad de controlar los inmensos espacios terrestres y marítimos que se extienden hacia el austro fue constante a lo largo del período considerado y desembocó en un número importante de proyectos de conquista y de expediciones de reconocimiento. Eso lo explicaba la necesidad de prevenir cualquier alianza entre corsarios extranjeros e «indios rebeldes», de protegerse contra posibles incursiones de éstos, tanto en Chile como en el otro lado de la cordillera de los Andes y, por supuesto, de apropiarse de las inmensas riquezas atribuidas a los jefes de la misteriosa Ciudad de los Césares. Esta urbe mítica constituye un punto de convergencia particularmente notable, ya que se consideró que allí se habían instalado unos náufragos perdidos en el Estrecho en 1540, unos incas de Tucumán que habían huido de la derrota del Tawantinsuyu, pero también unos habitantes sobrevivientes de ciudades del sur de Chile, después del vencimiento de los españoles por las tropas reche-mapuche, en Curalaba, en 1598. Aquel lugar imaginario fue objeto de expediciones de búsqueda preparadas con muchos gastos desde Tucumán, Buenos Aires y varios puntos de Chile hasta la segunda mitad del siglo XVIII. Unas expediciones implementadas por una gran diversidad de protagonistas: aventureros aislados, altos representantes de la Corona y misioneros jesuitas. Su ubicación fue objeto de muchos debates y de numerosísimas tentativas para situarla en el mapa de Sudamérica.

Por fin, la historia de las expediciones hacia el Estrecho de Magallanes también es la de un sinnúmero de encuentros e interacciones entre distintos agentes hispano-criollos y las sociedades autóctonas que vivían en el extremo sur del continente y la Tierra del Fuego. El estudio de las fuentes permite tomar mejor en cuenta esos contactos a la vez a través del prisma de las relaciones políticas y militares, mediante aquel de los intercambios culturales y, por fin, permite analizar las representaciones de los patagones y sus evoluciones, desde el primer relato de Pigafetta.

Esta cuestión se enmarca en una doble actualidad:

– una de ellas es coyuntural: constituye un equivalente de la cuestión de historia contemporánea que estuvo en el programa de las oposiciones: el Canal de Panamá, durante otro periodo, con retos algo distintos. Sin embargo, las recientes discusiones geopolíticas acerca de esa zona centroamericana demuestran que el tema de los estrechos, de los istmos y de los pasajes americanos merece ser ahondado y estudiado durante un tiempo largo.

– la proximidad de las celebraciones del quinto centenario de la primera circunnavegación de Magallanes y Elcano (2019-2022) renovó el interés de la comunidad científica con América Austral, así que se puso a nuestra disposición una muy buena bibliografía actualizada y un mejor acceso a las fuentes contemporáneas de la cronología propuesta. Un número importante de crónicas de los siglos XVI y XVII fue objeto de reediciones recientes, con comentarios críticos esmerados. Muchas otras ya están disponibles en línea. Numerosos estudios especializados sobre cada una de las temáticas que abarca esta cuestión se han publicado en los últimos años. Por fin, este asunto permite movilizar los debates planteados recientemente por las grandes tendencias historiográficas que son la Historia Global, las Historias Conectadas, la Historia Atlántica o la antropología histórica.

Fuente: Oposiciones externas de la agregación de la enseñanza secundaria – Sección idiomas extranjeros: español – Programa de la sesión 2026 © www.devenirenseignant.gouv.fr – Página 11 sobre 18 – 29 de abril de 2025

Redacción del artículo y traducción de la conclusión: Jean O’Creisren

Corrección y control de la calidad de la lengua: Nadia Micaela Segovia Baldi.

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Fuentes del artículo

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Al Sur del Mundo (31 de diciembre de 2020). Estrecho de Magallanes. [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=6qTNfMhYd3s&t=7s [consultado el viernes, 9 de mayo de 2025]

Balbás, R. (2024). La feroz guerra entre España y Portugal por las especias de Asia: « No dejéis un castellano vivo ». El español. https://www.elespanol.com/historia/20240424/feroz-guerra-espana-portugal-control-especias-no-dejeis-castellano-vivo/849915068_0.html [consultado el viernes, 14 de noviembre de 2025]

BBC News Mundo (8 de septiembre de 2022). El brutal viaje de Magallanes y Elcano en el que solo sobrevivieron 18 de los 250 tripulantes. [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=ShRgsaX_noQ&t=45s [consultado el sábado, 15 de noviembre de 2025]

Cartwright, M., traducido al francés por Étiève-Cartwright, B. (2021). Vasco de Gama. World History Encyclopedia® en français. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18064/vasco-de-gama/ [consultado el viernes, 14 de noviembre de 2025]

Dirección General de Patrimonio Cultural y Bellas Artes (fecha desconocida). El Tratado de Tordesillas, testimonio de la memoria del mundo. Gobierno de España ­| Ministerio de Cultura. https://www.cultura.gob.es/cultura/mc/bellasartes/historia/proyectos-web-bellas-artes/exposicion-virtual-centenario/3tesoro-patrimonial/16tratado-tordesillas.html [consultado el viernes, 14 de noviembre de 2025]

El Debate (17 de junio de 2023). Elcano y los marinos, exploradores y cartógrafos españoles: los descubridores del Mar del Sur. [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=xgTe-Yc-rqM [consultado el viernes, 24 de octubre de 2025]

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Pérez Pimentel, R. (2025). Contero Andrés. Rodolfo Pérez Pimentel. https://rodolfoperezpimentel.com/contero-andres-2/ [consultado el viernes, 14 de noviembre de 2025]

UMAGTV2 Auditorio (8 de noviembre de 2018). Historia global de los estrechos: Estrecho de Magallanes siglo XVI. [Vídeo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=gAMian_txXg [consultada el sábado, 18 de octubre de 2025]


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Brève réflexion sur l’intelligence artificielle…

Aujourd’hui, on nous parle de l’IA comme d’un progrès inéluctable. Même l’Union européenne, qui propose, d’après moi, un modèle équilibré de démocratie1, souhaite investir massivement dans ce domaine pour concourir avec les États-Unis et la Chine. 🥊

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Néanmoins, l’intelligence artificielle prépare sans doute une ère de chômage de masse et, en l’état, détruit l’environnement. 😥 À ce sujet, je vous invite à lire cette publication de l’Onu et cet article d’Alternatives économiques. Ce dernier, réservé aux abonnés, dresse la synthèse des études plus ou moins optimistes ou pessimistes quant aux répercussions de l’IA sur le marché du travail. En voici un court extrait :

Mais c’est oublier qu’un menaçant cumulonimbus plane au-dessus de nos têtes : le chômage, entraînant avec lui une baisse de revenus pour une partie de la population. Car si des destructions d’emplois plus ou moins importantes sont presque certaines, les créations d’emplois qui accompagnent le phénomène de « destruction créatrice » sont hypothétiques.

Si j’appuierai mon propos sur différentes sources, je tiens à préciser que ce que vous lirez ci-après n’engage que moi. ✋ En effet, certains éléments de réflexion ne sont que des hypothèses. Ils sont basés sur des éléments tangibles, mais il faudrait une recherche plus approfondie pour les vérifier. Ce que j’écris dans ce billet n’est qu’une amorce de réflexion et n’engage que Jean O’Creisren, pas la profession dans son ensemble.

En tant que catholique, je lirais prochainement Magnifica Humanitas, l’encyclique publiée par Léon XIV peu avant la mise à jour de cet article. Il y traite de l’intelligence artificielle sous un angle éthique, en abordant ces avancées technologiques dans toute leur complexité et sans se limiter à la destruction massive d’emploi qu’elles risquent de générer. Dans cette vidéo en espagnol, un prêtre parle de plus de 85 millions de postes qui pourraient être supprimés, d’après certaines études. En d’autres termes, plus de 1 % de l’humanité (soit davantage que la population française) sera mis à la poubelle ! 😥

En tant que traducteur passionné par mon métier, je défends la traduction humaine. Voici ce que je dirais à un chef d’entreprise qui souhaiterait recourir à la traduction automatique pour réduire son budget de communication :

Pourquoi faire appel à un traducteur en chair et en os plutôt qu’à l’IA ? 🧠

Au-delà de l’aspect éthique, un humain vraiment professionnel se posera les bonnes question (et vous les posera) pour vraiment adapter sa traduction à vos besoins et au public visé. 🎯

C’est donc votre image de marque qui est en jeu.

Par ailleurs, tout ce que vous donnez à une IA devient public. En revanche, un traducteur professionnel est tenu au secret professionnel. 🤫

Confier votre traduction à l’humain, c’est donc, in fine, protéger non seulement la biosphère, mais aussi votre entreprise et votre chiffre d’affaires. 🛡📈

Parmi les associations qui sensibilisent à ces questions, la Société française des traducteurs (SFT) est le principal syndicat des professionnels de la traduction dans notre pays. 🐓

Rassemblant des intellectuels, traducteurs et auteurs qui croient en la valeur de l’être humain, le collectif « En chair et en os » publie des articles documentés sur la menace que représente l’intelligence artificielle.

Je rejoins ces deux organisations dans la défense de la profession face à la machine. Vous n’êtes pas obligés d’être d’accord avec nous et je vous invite à mettre un commentaire si vous pensez autrement. 😊 Ce débat ne peut être qu’enrichissant, mais, malheureusement, il semble déséquilibré…

En effet, hier, c’était la Journée mondiale de la traduction (JMT). À cette occasion, j’ai voulu inviter des contacts à liker la page de la SFT sur un réseau social que je ne vais pas nommer. En effet, je ne veux pas que le géant du numérique qui le détient déglingue le référencement de ce blog. 😉 L’onglet permettant d’inviter ces relations n’était tout simplement pas proposé sur cette page. Ce grand groupe, qui développe son propre traducteur automatique et d’autres outils d’intelligence artificielle, ne voudrait-il pas mettre des bâtons dans les roues à une structure bien organisée qui lui résiste ?

On ne peut sans doute pas l’affirmer sur la base de ce seul problème technique. 🛠 Néanmoins, j’ai une seconde raison de croire que ce grand groupe est malintentionné à l’endroit de la défense de la traduction humaine. En effet, lorsque le collectif « En chair et en os » a commencé à se faire connaître, il était impossible de partager publiquement le lien vers leur site sur ce même réseau social. Aujourd’hui, c’est possible, mais le partage ne montre aucune image. Il est donc moins probable que les internautes réagissent et que la publication gagne en visibilité. 👁

Sur un autre réseau social, je n’ai pas pu taguer l’ensemble de mes contacts en partageant le lien vers le site d’« En chair et en os ».

Enfin, il y a quelques années, la SFT a été plumée lors de la refonte de son site web. Des dizaines de milliers d’euros cotisés par les traducteurs et interprètes ont été investis, pour un service totalement inefficace. Je ne suis pas informaticien et je n’ai pas vérifié qui détient l’entreprise qui semble avoir piraté les fonds de notre syndicat. Si vous avez des informations fiables à ce sujet, elles sont bienvenues ! 😊 Néanmoins, il y a lieu de supposer que c’est une action malveillante orchestrée par un magnat des nouvelles technologies.

J’ai évoqué cette hypothèse devant un membre du Comité directeur de la SFT, qui s’est montré mal à l’aise devant mes propos aux allures complotistes. Encore une fois, je n’ai pas assez d’éléments pour prouver que mon ressenti est vrai ou faux. ⚖ Cela n’engage que moi. Néanmoins, nous sommes en droit de croire que la résistance organisée par la profession face à l’agression de l’intelligence artificielle fait peur à ces gens-là. Si c’est vrai, c’est bon signe. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Jean O’Creisren

  1. Si vous voulez savoir pourquoi je pense que l’UE est démocratique, je vous invite à lire cet article. ↩︎

Vous aussi, vous aimez les langues ?

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L’Union européenne est-elle démocratique ?

« Bruxelles a décidé ci », « Bruxelles nous impose ça », « la France a perdu sa souveraineté »… On entend parfois de genre de discours. Chacun a le droit d’avoir ses propres opinions politiques. Néanmoins, lorsqu’on s’exprime sur un sujet, il est important de savoir de quoi on parle.

À travers cet article, je vais tenter de répondre, sans parti pris, à la question suivante : « L’Union européenne est-elle démocratique ? » 🗳

Nous verrons d’abord comment fonctionnent les institutions européennes. Tout particulièrement, nous expliquerons qui élit les responsables politiques qui prennent des décisions au niveau européen. Lorsque les règlement et directives sont adoptés à Bruxelles ou à Strasbourg, cela modifie la loi dans les États membres ; il est donc important de savoir si cela nous est imposé d’en haut ou si ceux qui votent ces décisions sont élus par nos voix.

Dans un deuxième temps, nous aborderons les limites de la démocratie européenne et éluciderons certains concepts (notamment liés à la souveraineté) qui permettent de mieux comprendre les règles du jeu. 🧩 Enfin, nous ouvrirons sur quelques perspectives intéressantes pour que les citoyens puissent prendre part à la politique commune.

Quelles sont les sept institutions de l’UE, quel est leur pouvoir, comment sont choisis leurs membres et comment fonctionnent-elles ?

  1. Le Parlement européen (PE)

Cette institution est sans conteste la plus démocratique des instances politiques de l’UE. En effet, les eurodéputés sont élus tous les cinq ans, au suffrage universel direct, lors des élections européennes. Ils sont aussi élus à la proportionnelle, ce qui est sans doute plus démocratique que nos élections législatives telles que prévues par la Constitution de la Ve République. 🐓 Avec le Conseil de l’Union européenne, ils disposent du pouvoir législatif de l’UE.

Les membres du Parlement européen sont actuellement répartis en 8 groupes, à savoir :

  • Le Groupe de la gauche au Parlement européen (GUE/NGL) rassemble les partis les plus à gauche de l’échiquier politique, comme LFI (liste menée par Manon Aubry), le parti grec Syriza (au pouvoir lors de la crise de la dette dans la zone euro), le Mouvement 5 étoiles (gauche radicale italienne) et le parti espagnol Podemos (controversé notamment du fait de la « loi trans », qui lui a coûté de nombreux sièges aux dernières élections générales). Certains de ces partis sont considérés comme d’extrême gauche par une partie des politologues.
  • Le Groupe des Verts/Alliance libre européenne rassemble les écologistes de gauche, dont l’ancien parti EELV (liste menée par Marie Toussaint) et son alter ego allemand Bündnis 90/Die Grünen.
  • Le Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (ou « groupe S&P ») rassemble les partis socialistes et du centre-gauche, comme le PS, le PSOE (qui gouverne actuellement l’Espagne) ou encore le SPD (sociaux-démocrates allemands, parti de l’ancien chancelier Olaf Scholz).
  • Le Groupe Renew Europe rassemble des partis centristes, démocrates et libéraux, dont LREM ou le MoDem, qui avaient constitué la liste Renaissance lors des dernières élections européennes (menée par Valérie Hayer, actuellement présidente de cette formation politique au sein du Parlement).
  • Le Groupe du Parti populaire européen (Démocrates-Chrétiens) est le plus nombreux au PE. Il rassemble des partis de droite traditionnelle, comme Les Républicains (liste menée par François-Xavier Bellamy dans la circonscription française), le Parti populaire (PP) espagnol, la CDU allemande (parti d’Angela Merkel et du chancelier actuel, Friedrich Merz), ou encore le Parti nationaliste maltais (de tendance conservatrice), d’où est issue la présidente actuelle du Parlement européen, Roberta Metsola.
  • Le Groupe des Conservateurs et Réformistes européens inclut Fratelli d’Italia (le parti de la présidente italienne Giorgia Meloni), Prawo i Sprawiedliwość (qui a gouverné la Pologne de 2015 à 2023), ou encore les 5 dissidents de la liste Reconquête ! élus en 2024, dont Marion Maréchal.
  • Le Groupe Patriotes pour l’Europe est présidé par Jordan Bardella. Il rassemble certains partis eurosceptiques considérés comme d’extrême droite, comme le Rassemblement national, le Fidesz (le parti du président hongrois Viktor Orbán), Vox (un parti qui prend de plus en plus de poids dans la moitié sud de l’Espagne, notamment à partir de préoccupations liées à l’immigration et au catalanisme), le FPÖ autrichien ou encore le PVV néerlandais.
  • Tout à droite de l’échiquier politique, le Groupe « L’Europe des nations souveraines » (ENS) inclut le parti allemand AfD (qui rassemble 20 % des suffrages outre-Rhin, est financé par le Kremlin et est accusé de reprendre la rhétorique des nazis), le parti slovaque Republika, ainsi que Sarah Knafo, citoyenne française d’origine marocaine et de confession juive, seule députée Reconquête ! restée fidèle à son mari, Éric Zemmour.

Il faudrait ajouter à ces groupes les députés non-inscrits, qui peuvent représenter des citoyens aux préoccupations minoritaires. Parmi ces 30 législateurs provenant de 11 pays siègent des représentants des Partis communistes grec et tchèque, du mouvement espagnol Se Acabó La Fiesta (qui entend lutter contre la corruption, la criminalité et la pédophilie au sein du système politique en redonnant le pouvoir aux citoyens), de la Confédération de la Couronne polonaise (parti monarchiste et nationaliste), la députée française Malika Sorel (élue au sein de la liste menée par Jordan Bardella, mais ayant pris ses distances par rapport à certaines orientations du Groupe Patriotes pour l’Europe) ou encore le youtubeur chypriote Fidías Panayiótou, qui a fait campagne au nom de la jeunesse pour défier le système politique actuel, qui veut lever l’interdit des discours de haine en ligne au nom de la liberté d’expression et défend des positions pro-russes. Parmi ces non-alignés pourraient aussi siéger des défenseurs de causes hétérodoxes, s’ils avaient été élus (en obtenant au moins 5 % des voix), comme des royalistes français, des séparatistes bretons, basques, corses ou catalans, des animalistes, des écologistes de droite ou des promoteurs de l’espéranto comme langue officielle de l’UE. 🌍

En somme, les opinions de tous les citoyens de l’UE sont globalement représentées au sein du PE (ou pourraient l’être), puisque nous avons tous été appelés à voter pour la liste de notre choix, à la proportionnelle, en juin 2024.

Les eurodéputés votent les règlements et les directives.

Les règlements s’appliquent directement aux populations des États membres. Par exemple, le règlement général sur la protection des données (RGPD) s’applique tel quel sur l’ensemble du territoire européen, sans que les parlements nationaux élus démocratiquement ne puissent s’y opposer. ⛔

Quant aux directives, elles fixent des objectifs communs à tous les pays de l’UE, mais laissent une marge de manœuvre aux responsables politiques démocratiquement élus dans les États membres sur la manière dont ces objectifs peuvent être atteints. Par exemple, « la directive européenne dite « directive nitrates » a été adoptée en 1991 pour réduire la pollution des eaux par les nitrates d’origine agricole dans un contexte de contamination significative des eaux de surface et des eaux souterraines […]. La transposition de la directive nitrates en France a mené à l’élaboration d’un Programme d’Action National (PAN), décliné en Programmes d’Action Régionaux (PAR). Ces programmes mettent en place un règlement applicable aux exploitations d’élevage et parcelles cultivées en zones vulnérables autour de huit mesures. Ces mesures obligatoires portent sur la gestion des effluents d’élevage, elles instaurent un principe d’équilibre de la fertilisation que l’on pourrait formuler ainsi : « la bonne dose au bon moment et au bon endroit », elles installent enfin des stratégies d’évitement du lessivage de nitrates avec la mise en place de couverts en inter-culture ou encore de couverts permanents le long des cours d’eau » (source : les services de l’État en Isère). 🐖💧🌱

Toutefois, les législateurs que nous avons élus au suffrage universel direct ne décident pas cela tout seuls. L’initiative du projet de loi vient toujours de la Commission européenne. Une fois qu’il a été débattu, amendé et voté au Parlement européen, le texte législatif doit être approuvé par le Conseil de l’Union européenne. Cela nécessite des négociations et des compromis pour que le texte final soit ratifié et puisse entrer en vigueur.

Voyons maintenant comment sont nommés les décideurs de ces deux autres instances. Ont-ils été désignés conformément aux valeurs démocratiques de l’UE et de ses États membres ou nous sont-ils imposés d’en haut ?

2. La Commission européenne

La Commission se compose de 27 commissaires, chacun étant issu d’un État membre. Si le nombre d’eurodéputés est à peu près proportionnel à la démographie de chaque pays, les 27 sont représentés à part égale au sein du gouvernement de l’UE. 🍰 Néanmoins, ce dernier ne défend pas, en principe, les intérêts et tel État ou de ses citoyens, mais ceux de l’Union dans son ensemble.

Chaque commissaire a la charge d’un dossier particulier. Sous la direction de l’Allemande Ursula von der Leyen, le collège des commissaires travaille main dans la main, chacun selon sa compétence. Par exemple, le Français Stéphane Séjourné s’occupe de la Prospérité et de la stratégie industrielle. Au début de l’été 2025, alors que le risque de guerre commerciale faisait rage avec l’administration Trump, il négociait un accord avec son homologue canadienne. La commissaire croate Dubravka Šuica se charge des questions méditerranéennes, en cohérence avec la position géographique de son pays d’origine. 🚤 Cela inclut le développement économique de la région (y compris en matière d’énergies renouvelables), la gestion des flux migratoires (en collaboration avec l’agence FRONTEX, qui protège les frontières extérieures de l’UE) et une partie de la diplomatie avec les États d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Le Lituanien Andrius Kubilius, quant à lui, se charge de la défense et du secteur spatial, un portefeuille clé dans l’Europe de ces derniers mois. Les commissaires sont issus de plusieurs familles politiques représentées au Parlement. À l’heure où cet article est publié, la CE se compose de 12 membres issus du PPE, de 5 centristes, de 4 socialistes, d’1 commissaire affilié au groupe CRE et de 5 indépendants.

Les membres de la Commission européenne sont proposés par le Conseil européen, dont tous les membres ont été démocratiquement élus (au suffrage universel direct ou indirect, selon la constitution de chacun des 27 pays représentés). Une fois cette équipe désignée, elle doit être approuvée par le Parlement européen, qui est donc élu au suffrage universel direct. Les eurodéputés peuvent aussi pousser la Commission à démissionner, s’ils votent une motion de censure.

La Commission dispose du pouvoir exécutif de l’UE. Elle veille à l’application des règlements, directives et traités internationaux. Elle négocie les traités avec d’autres blocs, comme l’accord douanier qui a été annoncé avec l’administration Trump au milieu de cet été. 🍔 Néanmoins, ces textes juridiquement contraignants sont soumis au vote du Parlement européen avant de pouvoir entrer en vigueur.

3. Le Conseil européen

Cette institution se compose des chefs d’État ou de gouvernement des différents États membres. Tous ont été élus démocratiquement, au suffrage universel direct ou indirect. La France est représentée par notre chef d’État (actuellement Emmanuel Macron), élu au suffrage universel direct. En Espagne, comme le chef d’État est un roi qui n’a pas été désigné par son peuple, la personne qui représente les intérêts nationaux au sein du Conseil européen est le chef du gouvernement (actuellement Pedro Sánchez), élu au suffrage universel indirect, par des parlementaires élus à la proportionnelle. 👑

Voici comment Vie Publique (un site officiel de la République française) explicite le rôle du Conseil européen :

Le Conseil européen définit les orientations politiques générales de l’UE. Dans ce cadre, il rend des conclusions qui pourront être ou non suivies par les autres institutions (Parlement européen, Conseil de l’Union européenne, Commission). Il n’exerce pas de fonction législative.

Le Conseil européen se réunit au moins deux fois par semestre sur convocation de son président, qui peut également organiser des réunions extraordinaires. Depuis l’élargissement du 1er mai 2004, toutes les réunions ont lieu à Bruxelles, à l’exception des réunions informelles.

Le Conseil européen ne doit pas être confondu :

  • avec le Conseil (ou Conseil des ministres ou Conseil de l’Union européenne) qui réunit les ministres de l’UE ;
  • avec le Conseil de l’Europe qui est une organisation distincte de l’Union européenne.

Un site officiel de l’UE apporte quelques précisions plus concrètes en la matière :

  • Il décide des grandes orientations et priorités politiques de l’UE, mais n’adopte pas d’actes législatifs.
  • Il traite les questions complexes ou sensibles qui ne peuvent être résolues à un niveau inférieur de coopération intergouvernementale.
  • Il fixe la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE, en tenant compte des intérêts stratégiques de l’Union et de ses implications en matière de défense.
  • Il désigne et nomme les candidats à certaines hautes fonctions de l’UE, comme la présidence de la Banque centrale européenne et de la Commission.

Sur chaque question, le Conseil européen peut :

Veuillez noter que cette institution de l’UE est intergouvernementale, et non supranationale (comme c’est le cas pour les 6 autres).

4. Le Conseil de l’Union européenne (ou « Conseil »)

Il se compose des ministres des gouvernements des États membres, qui représentent les intérêts de ces derniers (contrairement au PE, qui représente les citoyens). Les membres du Conseil sont donc, en principe, nommés en fonction du suffrage universel indirect (NDLR : cette expression est de moi et n’engage que moi), puisque chaque gouvernement est censé se conformer à la composition du parlement de l’État membre concerné. À l’heure où j’écris ces lignes, en France, les choses sont un peu plus compliquées que cela, mais l’Assemblée nationale a le pouvoir de faire tomber François Bayrou et son équipe par le biais d’une motion de censure.

Le Conseil européen réunit les ministres compétents en fonction des questions à l’ordre du jour. Par exemple, lorsqu’il s’agit d’adopter une position commune quant à la guerre en Ukraine ou au Proche-Orient, les ministres des Affaires étrangères des 27 sont réunis autour de la commissaire en charge de ces questions, à savoir la centriste Kaja Kallas. Cette ancienne première ministre estonienne occupe le poste de Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, ce qui implique qu’elle est aussi Vice-présidente de la Commission européenne. 🥈 Lorsqu’il s’agit de réformer la PAC, les ministres de l’agriculture des différents États membres se réunissent pour se mettre d’accord, de manière collégiale, sur la position à adopter.

Avec le Parlement européen, le Conseil de l’UE dispose du pouvoir législatif de l’Union européenne. Lorsqu’une directive ou un règlement est voté au Parlement, il est aussi soumis au vote du Conseil. Ce dernier représente les États membres, tandis que les eurodéputés représentent leurs citoyens. Au terme de négociations, de concessions et de compromis, le texte final peut être ratifié et entrer en vigueur.

5. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE)

Le rôle de cette institution est de s’assurer que le droit européen est interprété et appliqué de la même manière au sein de chaque État membre. ⚖ La Cour de justice de l’Union européenne a aussi pour mission de s’assurer que les pays et les institutions de l’UE se conforment au droit européen.

Cette instance judiciaire est indépendante, en vertu du principe démocratique de séparation des pouvoirs, élaboré au Siècle des Lumières par le philosophe Montesquieu.

Siégeant au Luxembourg, elle se compose de deux juridictions, à savoir :

  • La Cour de justice (qui se compose de 27 juges – soit 1 issu de chaque État membre + 11 avocats généraux)
  • Le Tribunal (qui se compose de 54 juges – soit 2 issus de chaque État membre).

Les juges et avocats généraux sont nommés par le Conseil de l’UE (donc des ministres en principe nommés conformément à la majorité élue au suffrage universel). Dans ce communiqué de presse consultable sur le site officiel du Conseil, on peut lire les conditions de nomination de 9 magistrats il y a presque un an :

Les juges et les avocats généraux sont nommés d’un commun accord par les gouvernements des États membres, après consultation d’un comité chargé de donner un avis sur l’adéquation des candidats à l’exercice des fonctions en question. Ils sont choisis parmi des personnes offrant toutes garanties d’indépendance.

Pour être nommés à la Cour de justice, les candidats doivent réunir les conditions requises pour l’exercice, dans leurs pays respectifs, des plus hautes fonctions juridictionnelles, ou être des jurisconsultes possédant des compétences notoires.

Pour être nommés au Tribunal, les candidats doivent posséder la capacité requise pour l’exercice de hautes fonctions juridictionnelles.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette institution judiciaire, veuillez consulter ce lien (en anglais) ou le site officiel de la CJUE (en français).

6. La Cour des comptes européenne (CCE)

Voici ce que l’on peut lire sur le site officiel de cette institution de l’Union européenne dont le rôle est de « [veiller] à la perception et à l’utilisation correctes des fonds de l’UE et [de contribuer] à améliorer la gestion financière de l’Union. » :

En tant qu’auditeur externe indépendant établi à Luxembourg, la Cour des comptes européenne veille aux intérêts des contribuables européens. Bien qu’elle ne dispose d’aucun pouvoir juridique, elle a pour mission d’améliorer la gestion du budget de l’UE par la Commission européenne et de rendre compte de la situation financière de l’Union en général.

Que fait la Cour des comptes ?

  • Elle contrôle les recettes et dépenses de l’UE afin de vérifier que les fonds sont correctement collectés et dépensés, qu’ils sont investis de manière à produire de la valeur ajoutée et qu’ils ont été comptabilisés.
  • Elle contrôle les personnes et les organisations qui gèrent des fonds de l’UE, y compris au moyen de contrôles aléatoires dans les institutions européennes (notamment la Commission), les États membres et les pays recevant des aides de l’UE.
  • Elle consigne ses constatations et ses recommandations dans des rapports d’audit destinés à la Commission européenne et aux États membres.
  • Elle rapporte les soupçons de fraude, de corruption ou d’autres activités illégales à l’Office européen de lutte antifraude (OLAF).
  • Elle envoie un rapport annuel au Parlement européen et au Conseil de l’UE. Le Parlement décide, après l’avoir examiné, s’il approuve la gestion du budget de l’UE par la Commission.
  • Elle publie des avis préparés par des experts afin d’aider les responsables politiques à mieux gérer les fonds et à en rendre compte aux citoyens européens.

Elle publie également des avis sur les actes législatifs préparatoires qui auront une incidence sur la gestion financière de l’UE, ainsi que des documents de position, des analyses et d’autres publications sur les finances publiques de l’UE.

Pour être efficace, la Cour doit être indépendante vis-à-vis des institutions et des organes qu’elle contrôle. Elle est donc libre de décider :

  • ce qu’elle contrôle ;
  • comment elle effectue le contrôle ;
  • comment et quand elle présente ses conclusions.

Les travaux d’audit de la Cour visent principalement la Commission européenne, qui est le principal organe chargé de l’exécution du budget de l’UE. Mais la Cour travaille également en étroite collaboration avec les autorités nationales, car la Commission gère avec elles la plus grande partie des fonds de l’UE (environ 80 %).

Composition

Les membres de la Cour sont désignés par le Conseil, après consultation du Parlement, pour un mandat renouvelable de six ans. Ils choisissent parmi eux un(e) président(e) pour un mandat de trois ans, également renouvelable.

Ce sont donc les ministres des États membres, nommés sous contrôle démocratique, qui désignent les responsables de la CCE. Le Parlement européen, élu au suffrage universel direct, peut approuver ou non ces nominations.

Veuillez noter que cette juridiction ne condamne pas les responsables politiques ayant agi de manière malhonnête. Elle transmet ses rapports aux tribunaux nationaux, qui jugent les accusés conformément aux procédures équitables en vigueur dans les différents États membres. Ainsi, après que la CCE a prouvé que le MoDem a détourné 300 000 € et le FN-RN, au moins 4 millions d’euros, leurs responsables ont été traduits en justice devant le Tribunal judiciaire de Paris.

7. La Banque centrale européenne (BCE)

Le président ou la présidente de la BCE est désigné(e) par le Conseil européen, dont tous les membres ont été élus de manière démocratique. 💶

Comme toute banque centrale, cette institution est indépendante du pouvoir politique. Sa mission est de veiller à la stabilité des prix au sein de la zone euro. Elle fixe les taux directeurs, auxquelles les banques privées lui empruntent la monnaie créée. C’est sur cette base que ces dernières fixent les taux d’intérêts, qui orientent l’inflation à la hausse ou à la baisse. La BCE cherche à maintenir la montée des prix autour de 2 % par an, pour éviter les écueils de la déflation et de l’hyperinflation. 📉📈

L’institution européenne sise à Francfort travaille en collaboration avec les banques centrales nationales, au sein d’une organisation nommée « Eurosystème ». Eh non, la Banque de France n’a pas disparu avec le franc ! Elle participe même à certaines décisions collégiales relatives à la politique monétaire décentralisée menée au sein de la zone euro (plus d’informations sur ce lien). La France a donc gardé une part de souveraineté en la matière. En revanche, la Communauté financière africaine n’en dispose pas, puisque le cours du franc CFA est indexé sur l’euro. La politique monétaire de l’Afrique francophone est donc décidée à Francfort, ce qui pose question…


Au-delà de ces 7 institutions européennes reconnues par le Traité de Lisbonne, d’autres instances officielles entendent représenter les acteurs de terrain qui agissent au service des citoyens, à l’échelle locale et/ou nationale. Je vais vous donner deux exemples. À vous de juger si vous vous sentez représentés par ces responsables et si leur nomination vous semble démocratique. 🗳

Le Comité économique et social européen (CESE) est un organe consultatif de l’Union européenne ayant son siège à Bruxelles. Il se compose de 329 membres. Sa consultation est obligatoire dans les domaines fixés par les traités et facultative pour les autres domaines ; il peut être consulté par la Commission, le Conseil ou le Parlement. Le CESE peut également émettre des avis de sa propre initiative. Ses membres ne sont liés par aucun mandat. Ils exercent leurs fonctions en toute indépendance, dans l’intérêt général de l’Union (source : site officiel du Parlement européen).

Voici comment sont désignés ses membres :

A. Nombre et répartition nationale des sièges (article 301 du traité FUE et décision (UE) 2019/853 du Conseil arrêtant la composition du Comité économique et social européen).

Le CESE se compose actuellement de 329 membres, répartis entre les États membres comme suit :

  1. 24 pour l’Allemagne, la France et l’Italie ;
  2. 21 pour l’Espagne et la Pologne ;
  3. 15 pour la Roumanie ;
  4. 12 pour l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Tchéquie, la Grèce, la Hongrie, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède ;
  5. 9 pour la Croatie, le Danemark, la Finlande, l’Irlande, la Lituanie et la Slovaquie ;
  6. 7 pour l’Estonie, la Lettonie et la Slovénie ;
  7. 6 pour le Luxembourg et Chypre ;
  8. 5 pour Malte.

Le CESE est passé de 350 à 329 membres le 1er février 2020, à la suite du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne […].

Les membres du CESE sont nommés par le Conseil à la majorité qualifiée, sur la base de propositions présentées par les États membres (comme dans cet exemple). Le Conseil consulte la Commission sur ces nominations (article 302, paragraphe 2, du traité FUE). Les États membres doivent assurer une représentation adéquate des différentes catégories de la vie économique et sociale. En pratique, les sièges sont répartis par tiers entre les employeurs, les salariés et les autres groupes (agriculteurs, commerçants, professions libérales, consommateurs, etc.). Source : site officiel du Parlement européen.

En somme, les travailleurs siégeant au CESE sont représentatifs du monde économique au sein de l’Union européenne, puisque toutes les catégories socio-professionnelles y sont représentées et puisque le nombre de membres par pays est cohérent avec la part que représente ces derniers au sein de l’ensemble de la population européenne. Ils sont désignés par le Conseil de l’UE, qui, rappelons-le, se compose des ministres nationaux, en principe légitimes sur le plan démocratique. Son rôle est consultatif, donc les avis du CESE peuvent éclairer les eurodéputés, mais ceux-ci sont libres de les prendre en compte ou non au moment du vote. 👨‍🌾👩‍🍳👷‍♂️👩‍🔬👩‍💼👨‍🚀

Le second organe que je souhaite vous présenter est le Comité européen des régions (CdR). Il s’agit de « l’organe de consultation et de représentation des Régions et des Villes de l’Union européenne. Il est le porte-parole des territoires auprès de la Commission européenne et du Conseil, auxquels il adresse des avis » (source : Toute l’Europe).

L’assemblée du CdR compte actuellement 329 membres (et autant de membres suppléants) issus des 27 pays de l’UE. Tous sont nommés par le Conseil, sur proposition des Etats membres, pour un mandat de cinq ans.

Le Conseil adopte la liste des membres et des suppléants conformément aux propositions faites par chacun des Etats membres. Pour appartenir au Comité, il est toujours nécessaire de détenir un mandat électoral au sein d’une collectivité régionale ou locale, ou d’être politiquement responsable devant une assemblée élue (source : Toute l’Europe).

En somme, les responsables siégeant au Comité européen des régions sont représentatifs de l’ensemble du territoire de l’Union européenne. Sur le plan démocratique, ils ont tous été élus, donc désignés par les citoyens pour les représenter au sein du monde politique, le plus souvent à l’échelle locale. Ils peuvent donc légitimement porter la voix de leur territoire auprès des institutions européennes. Ils sont désignés par le Conseil de l’UE, qui, rappelons-le, se compose des ministres nationaux, en principe légitimes sur le plan démocratique. Le rôle du CdR est consultatif, donc ses avis peuvent éclairer les eurodéputés, les membres de la Commission européenne ou ceux du Conseil. Néanmoins, ceux-ci sont libres de les prendre en compte ou non au moment de voter ou de prendre une décision. 🏔🏞🏖🏜

Quelles sont les limites de ce système ?

Comme vous avez pu le lire, tout cela est assez complexe et les citoyens européens ont parfois l’impression que Bruxelles est une nébuleuse technocratique, loin de leur vie quotidienne, qui dicte sa loi sans prendre en compte la réalité du terrain. Pourtant, nous avons vu que tous les dirigeants de l’Union européenne sont élus au suffrage universel, qu’il soit direct ou indirect, ou nommés par des personnes élues démocratiquement (ou nommées sous contrôle démocratique). Vous avez le droit de critiquer l’UE et son fonctionnement, mais vous avez aussi le droit et le pouvoir de vous déplacer pour voter aux élections européennes. Si vous êtes contre ce système, vous avez tout à fait le droit de voter pour des partis eurosceptiques, qui porteront votre voix auprès des instances décisionnelles.

En 2005, le projet de Constitution européenne a été rejeté par référendum par les peuples français et néerlandais. 🗳 Toutefois, en 2009, le Traité de Lisbonne est entré en vigueur sans avoir été expressément soumis au vote des citoyens. Comme il reprend en grande partie le texte de la Constitution européenne, nous pourrions accuser nos dirigeants d’alors de nous l’avoir imposé au mépris d’une décision démocratique. Cependant, le Traité de Lisbonne améliore la démocratie au sein de l’UE. Il donne notamment un rôle plus important au Parlement, élu au suffrage universel direct et à la proportionnelle. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter cet article. Si, après l’avoir lui, vous estimez toujours que ce texte est antidémocratique, je vous invite à exprimer votre point de vue en commentaire. 🙂

Une autre limite souvent citée est le lobbying auprès des décideurs. Plus de 12000 organisations gravitent autour des eurodéputés pour les inciter à défendre leurs intérêts. Un gros quart sont des ONG, des plateformes et des réseaux, mais on y trouve aussi des entreprises (dont les GAFAM), des associations commerciales et entrepreneuriales, des syndicats, des think tanks et des instituts de recherche. Les lobbyistes mettent plus ou moins de moyens pour séduire nos parlementaires démocratiquement élus et influencer leur vote. Toutes les statistiques relatives à ces questions sont disponibles sur ce lien. En effet, si ce phénomène encourage la corruption, une certaine transparence est exigée. En principe, ces lobbies ont l’obligation de s’inscrire dans un Registre de transparence[1] où ils déclarent qui ils sont et quels sont leurs objectifs. 🎯

Comme tout système politique, l’Union européenne est entachée par des affaires de corruption et de détournement de fonds. Le scandale du Qatargate a impliqué certains élus, notamment socialistes. Plus d’un million et demi d’euros en liquide, principalement en provenance du Qatar, ont été retrouvés chez ces responsables occupant des postes clés. Cet argent provenait d’un lobbyiste qui ne figurait pas au registre de transparence. L’objectif était de défendre les intérêts de cet État du Golfe, ce qui constitue une tentative d’ingérence. Notons que cette affaire n’a touché que le Parlement européen. En effet, la Commission européenne dispose de règles de déontologie beaucoup plus strictes et les commissaires sont plus hermétiques à la corruption. Bien évidemment, la présidente du PE a réagi. Les eurodéputés impliqués dans ce scandale ont été sanctionnés, les règles de transparence ont été durcies et tous les lobbyistes défendant les intérêts du Qatar ont été bannis du Parlement. ⛔

Après la crise de la COVID-19, le plan de relance NextGenerationEU vise à re-stimuler l’investissement en Europe, notamment pour faire face aux concurrences étasunienne et chinoise, dans une logique de compétitivité verte. Une vidéo qui n’est plus disponible (voir sitographie) montre comment des millions d’euros ont été détournés par des politiciens et des chefs d’entreprise pour financer, entre autres, des yachts et des saunas. Néanmoins, toute suspicion de fraude peut être signalée par les États membres aux autorités compétentes, comme l’OLAF et l’EPPO. 🕵️‍♂️

Enfin, comme tout système démocratique, l’Union européenne peut subir des dérives totalitaires. Actuellement, un projet législatif très controversé est sur la table. J’en suis informé par EU Made simple et El Viejo Continente, deux chaînes YouTube très sérieuses, que je suis avec assiduité depuis quelques mois pour préparer un concours de recrutement pour un poste au sein de la fonction publique européenne. 🌍 Ces canaux informent et analysent sans parti pris, excepté avec des prises de position europhiles et non eurosceptiques. Dans cette vidéo (en anglais) et cette vidéo (en espagnol), les deux youtubeurs spécialistes de l’Union européenne mettent en garde leurs abonnés et tout citoyen européen contre le projet de règlement présenté par la Commission et connu sous le nom de ChatControl 2.0. Ce texte, qui s’appliquerait donc tel quel dans tous les États membres s’il était ratifié, vise à protéger les mineurs contre la pédopornographie. 👮‍♂️ Bien sûr, il est indispensable de combattre et d’anéantir cette forme de criminalité ! Mais, à ces fins, ce projet de règlement entend décrypter les messageries privées chiffrées de bout en bout de tous les internautes du territoire européen. 🔓 Ainsi, une IA pourra y scanner tous les conversations, toutes les images et toutes les pièces jointes, en vue de détecter tout ce qui est potentiellement illégal. Des tests ont déjà été effectués et certaines personnes soupçonnées étaient des innocents qui échangeaient en toute légalité des photos et des écrits intimes, voire des private jokes. Par ailleurs, si une faille est créée dans le chiffrage pour que les autorités agréées puissent y accéder, cela permettrait d’espionner les opposants politiques. De même, toute personne disposant de la clé pourrait accéder à une conversation privée, y compris des hackers souhaitant pirater vos données médicales ou vos coordonnées bancaires. 🦠💳 Cette règle de scannage ne s’appliquerait pas aux responsables politiques, aux militaires et aux agents des forces de l’ordre, comme si ces personnes-là étaient exemptes de tout soupçon… Sur le plan démocratique, ce projet de règlement contrevient à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, dont les articles 7 et 8 disposent que toute personne a droit au respect de la vie privée et familiale, ainsi qu’à la protection des données à caractère personnel. 🛡 En outre, si les citoyens européens se savent espionnés, ils n’oseront plus s’exprimer par écrit en privé, donc le débat public peut s’appauvrir, ce qui est nuisible à tout esprit démocratique. Enfin, l’efficacité de ce système est contestée, y compris par des experts de l’ONU, car cela alourdirait la charge de travail de la police, notamment par l’encombrement provoqué par les fausses pistes. Or, dans le cas d’abus sur mineur ou de préméditation d’attentats, il faut agir vite. ⚡ D’autres arguments sont développés par les deux youtubeurs susmentionnés, dont je vous invite à regarder les vidéos. Si vous le souhaitez, je peux chercher des sources équivalentes en français. Quoi qu’il en soit, ces deux influenceurs nous encouragent à interpeller nos députés européens pour qu’ils s’opposent au projet de règlement. ✋ J’ai visionné de nombreuses vidéos de leurs chaînes respectives (surtout d’El Viejo Continente) et c’est la première fois que je les vois prendre position au point de nous exhorter à écrire à nos parlementaires. Nous pouvons le faire à travers la plateforme Fight Chat Control. Bien sûr, je relaye ce point de vue qui me semble défendre le modèle démocratique européen, mais vous avez tout à fait le droit de penser autrement. Si vous êtes favorables à ce projet législatif (notamment après vous être informés sur d’autres sources), n’hésitez pas à nous faire part de votre opinion et de vos arguments en commentaire… 👇

Quelques concepts à élucider

Concernant la souveraineté, il est vrai que cette dernière est partiellement déléguée par les États membres à l’Union européenne. Néanmoins, nos dirigeants l’ont fait de leur plein gré, avec le mandat que leur avait donné le peuple par la voie des urnes. D’ailleurs, en France, le traité de Maastricht a été approuvé par référendum en 1992. Il est entré en vigueur en 1993, après avoir été ratifié par les institutions démocratiques de tous les États membres. ✍ De surcroît, Bruxelles ne gère que ce qui relève de sa compétence, en vertu du principe de subsidiarité. Ainsi, certains domaines sont gérés à l’échelle européenne. Ces compétences dites exclusives sont :

  • l’union douanière,
  • l’établissement de règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur,
  • la politique monétaire pour les pays de la zone euro,
  • la conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique commune de la pêche et
  • la politique commerciale commune.

En effet, il est logique que la politique monétaire soit gérée à l’échelle de la zone euro, que les règles de concurrence soient les mêmes dans l’ensemble du marché intérieur et que les pêcheurs de toutes les nationalités de l’UE, qui sont autorisés à pêcher dans la zone économique exclusive de tous les États membres, aient les mêmes droits et les mêmes devoirs. 💶🐟

Les compétences partagées sont définies par l’article 4 du TFUE. « L’UE et ses États membres sont en mesure de légiférer et d’adopter des actes juridiquement contraignants. Cependant, les États membres ne peuvent exercer leur compétence que dans la mesure où [l’Union européenne] n’a pas exercé ou a décidé de ne pas exercer la sienne. La compétence partagée entre l’UE et ses États membres s’applique aux domaines suivants :

  • le marché intérieur ;
  • la politique sociale (pour les aspects définis de façon précise dans le traité exclusivement) ;
  • la cohésion économique, sociale et territoriale (politique régionale) ;
  • l’agriculture et la pêche (à l’exclusion de la conservation des ressources biologiques de la mer) ;
  • l’environnement ;
  • la protection des consommateurs ;
  • le transport ;
  • les réseaux transeuropéens ;
  • l’énergie ;
  • l’espace de liberté, de sécurité et de justice ;
  • les enjeux communs de sécurité en matière de santé publique (pour les aspects définis dans le TFUE uniquement) ;
  • la recherche, le développement technologique et l’espace ;
  • la coopération au développement et l’aide humanitaire. »

En effet, les défis environnementaux se jouent à l’échelle globale et locale. 🌱🌍 Elle nécessite donc une coopération entre l’échelon local, régional, national et supranational. Concernant les enjeux communs de sécurité en matière de santé publique, l’Union européenne a prêté des fonds très importants aux États membres pour qu’ils puissent faire face à la pandémie de COVID-19, ce qui a permis de nombreuses mesures phares, du chômage partiel aux campagnes de vaccination (même si ces dernières restent controversées). En revanche, chaque État membre a mis en place sa propre politique de protection collective contre le coronavirus. Par exemple, lorsque la France appliquait le deuxième confinement, l’Espagne laissait les bars ouverts en demandant l’application des gestes barrière et le couvre-feu ne commençait qu’à 22h. En effet, une grande partie de l’économie espagnole repose sur le secteur de la restauration. Par ailleurs, la culture de ce pays est intimement liée à la fête et aux sorties. 🎊🥤🥂

Enfin, les compétences d’appui relèvent uniquement des États membres quant à la réglementation et à la mise en œuvre de cette dernière. L’UE peut soutenir certaines politiques, mais laissera toute leur souveraineté aux États membres dans les domaines suivants :

  • la protection et l’amélioration de la santé humaine ;
  • l’industrie ;
  • la culture ;
  • le tourisme ;
  • l’éducation, la formation professionnelle, la jeunesse et le sport ;
  • la protection civile ;
  • la coopération administrative.

Ainsi, en vertu de l’article 6 du TFUE, l’Union européenne n’a pas le droit d’obliger un État membre à légaliser l’avortement, l’euthanasie ou le suicide assisté. Ces décisions reviennent au peuple souverain et à leurs élus nationaux. 🗳

En démocratie, la transparence est importante. Les citoyens ont le droit d’être informés pour voter librement et les élus à qui ils ont confié un mandat doivent leur rendre des comptes. À ce titre, l’Union européenne peut mieux faire, car certaines décisions importantes sont prises à huis clos. C’est notamment le cas de la nomination des futurs membres de la Commission par le Conseil européen. En revanche, chaque session plénière du Parlement européen est retransmise en direct et chaque intervention des eurodéputés est interprétée en simultané dans les 24 langues officielles de l’UE. 🌍 De même, toute la législation européenne est traduite dans ces mêmes idiomes et disponible sur ce lien. Enfin, les procédures de la Cour de justice de l’Union européenne peuvent, elles aussi, être menées dans toutes ces langues, notamment pour que les justiciables et la partie défenderesse puissent comprendre l’ensemble du procès, y compris avec ses nuances.

Pour conclure cet exposé sur le fonctionnement des institutions de l’Union européenne, je vous propose une approche ludique et humoristique. Je vous invite à visionner la série Parlement, de France Télévision, qui est très bien faite. 🎥 C’est peut-être légèrement orienté à gauche, mais cela permet de comprendre le fonctionnement et les limites du système démocratique européen.

Conclusion

En somme, l’Union européenne est-elle démocratique ? Après avoir lu cet article, je vous laisse juge en la matière. À titre personnel, je dirais qu’elle l’est, mais qu’elle ne l’est pas parfaitement, comme tout système démocratique. 🗳 Néanmoins, vous et moi avons le pouvoir de changer les choses…

Comment nous, citoyens, pouvons-nous agir pour porter notre voix auprès de l’UE ? Par les urnes, nous pouvons déjà :

  • Voter aux élections européennes, pour décider qui siège au Parlement et, indirectement, à la Commission.
  • Voter aux élections nationales, puisque cela influe directement ou indirectement sur la composition du Conseil européen et du Conseil de l’UE, mais également sur la nomination des membres de la Commission et des autres institutions de l’Union européenne.

Par ailleurs, depuis 2012, « l’initiative citoyenne européenne (ICE) permet aux citoyens européens d’appeler la Commission européenne à proposer de nouvelles législations sur un sujet donné dès qu’un million de signatures [est récolté] », d’après cette source. 😀 Les conditions à remplir sont les suivantes :

  • recueillir au moins un million de signatures de ressortissants d’un nombre significatif d’États membres, seuls les citoyens européens étant ainsi comptabilisés ;
  • concerner un domaine relevant de la compétence de la Commission européenne ;
  • porter sur une question pour laquelle les signataires estiment qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application des traités.

Par ce biais, vous pouvez donc agir en tant que citoyen et défendre les causes qui vous importent, en lien avec les associations qui les défendent et les promeuvent. Néanmoins, la Commission est libre d’y donner suite ou non. Le collectif One of us a été l’un des premiers à réunir un nombre de signatures suffisant et à les déposer auprès de la Commission européenne. Cette dernière explique sur cette page pourquoi elle n’a pas demandé au Parlement et au Conseil de légiférer à partir de cette ICE. 📜

Enfin, si nous en avons la possibilité, nous pouvons soutenir financièrement les lobbies qui défendent les causes qui nous importent. Souvent, ce sont les grosses entreprises qui disposent des plus gros moyens. Elles défendent leurs intérêts, se cachant souvent derrière les emplois créés par leur activité. Cela est louable, mais voulons-nous sacrifier aux intérêts économiques des vies humaines et notre environnement ? Nous pouvons donc soutenir des ONG, qui défendent, par exemple, les droits humains, la paix, nos propres convictions politiques ou religieuses, des causes écologiques ou tout combat qui nous tient à cœur. 💓

Et vous, que pensez-vous de tout cela ? Pour vous, l’Union européenne est-elle assez démocratique ? Devrait-elle l’être davantage ? Qu’êtes-vous prêt à faire pour améliorer les choses ? N’hésitez pas à partager vos idées, quelles qu’elles soient, en commentaire ! 😊

Jean O’Creisren


[1] Malheureusement, à l’heure où je publie ces lignes, la plateforme est indisponible, sans doute car elle est en maintenance. Elle était accessible il y a quelques semaines. Je mettrai à jour le lien dès que ce sera possible. Si j’oublie, n’hésitez pas à me le signaler en commentaire.


Sitographie non exhaustive

Aldecoa Luzarraga, F. (2020). Cómo superar el bloqueo en el Consejo Europeo. infoLibre. https://www.infolibre.es/opinion/plaza-publica/superar-bloqueo-consejo-europeo_1_1181812.html

[NB : cet article relate un événement qui rejoint tout à fait l’intrigue de la saison 4 de la série Parlement ; peut-être ces faits l’ont-ils même inspirée…]

ARTE (22 août 2025). UE : Où sont passés les millions ? | ARTE Europe l’Hebdo [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=PVAsTVVMwPg [cette vidéo n’est plus disponible]

ARTE Europa Semanal (6 juin 2025). Dieselgate: el escándalo que mancha Europa [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=Vkov73n87YI [cette vidéo n’est plus disponible]

ARTE Europa Semanal (22 août 2025). Fondos europeos: ¿fraude a gran escala? [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=aS9yABcKKSQ [cette vidéo n’est plus disponible]

Avril, P. (2024). Collusion avec la Russie : l’AFD se fait étriller au Bundestag. Le Figaro. https://www.lefigaro.fr/international/collusion-avec-la-russie-l-afd-se-fait-etriller-au-bundestag-20240411

Banque centrale européenne | Eurosystème. (2025). La mission de l’Eurosystème. https://www.ecb.europa.eu/ecb/orga/escb/eurosystem-mission/html/index.fr.html

Comité européen des régions. (Date inconnue). Page d’accueil. https://cor.europa.eu/fr

Conseil européen / Conseil de l’Union européenne (Dernier réexamen : 15 janvier 2025). Cour de justice de l’Union européenne: les représentants des États membres nomment neuf juges et un avocat général. https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2024/10/02/court-of-justice-of-the-european-union-member-states-representatives-appoint-nine-judges-and-an-advocate-general/ [ce lien n’est plus actif]

Consejo Europeo / Consejo de la Unión Europea. (Dernière mise à jour : 14 juillet 2025). Cometido del Consejo Europeo en propuestas y nombramientos. https://www.consilium.europa.eu/es/european-council/role-nominations-appointment/

Consejo Europeo / Consejo de la Unión Europea. (Dernière mise à jour : 11 janvier 2024). Sistema de votación: ¿Cómo vota el Consejo? https://www.consilium.europa.eu/es/council-eu/voting-system/

Consejo Europeo / Consejo de la Unión Europea. (Dernière mise à jour : 8 février 2024). Unanimidad. https://www.consilium.europa.eu/es/council-eu/voting-system/unanimity/

El Viejo continente (18 avril 2020). 5 CLAVES para ENTENDER la UNIÓN EUROPEA [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=6DiYB3yWqAg

El Viejo continente (19 août 2025). ChatControl: ¿Fin a la LIBERTAD de EXPRESIÓN en la UNIÓN EUROPEA? [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=DAcwoq_NRx0

EU Made Simple (26 août 2025). Chat Control Explained – The EU’s Plan to Read YOUR Messages [Vidéo]. YouTube. https://youtu.be/xPC56I1nLH0?si=369bMtt4zmEDXNsR

EU Made Simple (20 décembre 2022). Is Qatar BRIBING the EU? #Qatargate [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=xrNcJyrrvQQ

European Commission. (Dernière mise à jour : 16 juillet 2025). Andrius Kubilius. https://commission.europa.eu/about/organisation/college-commissioners/andrius-kubilius_en

European Commission. (Dernière mise à jour : 25 août 2025). Dubravka Šuica. https://commission.europa.eu/about/organisation/college-commissioners/dubravka-suica_en

European Commission. (Date inconnue). Kaja Kallas. https://commission.europa.eu/about/organisation/college-commissioners/kaja-kallas_en

European Public Prosecutor’s Office (EPPO). (Date inconnue). Structure et caractéristiques. https://www.eppo.europa.eu/fr/structure-et-caracteristiques [ce lien n’est plus actif]

European Union. (Date inconnue). Court of Justice of the European Union (CJEU). https://european-union.europa.eu/institutions-law-budget/institutions-and-bodies/search-all-eu-institutions-and-bodies/court-justice-european-union-cjeu_en

European Union. (Date inconnue). European Court of Auditors (ECA). https://european-union.europa.eu/institutions-law-budget/institutions-and-bodies/search-all-eu-institutions-and-bodies/european-court-auditors-eca_en

Fight Chat Control. (2025). L’UE veut (encore) scanner vos messages privés et photos. https://fightchatcontrol.eu/

FRANCE 24 (17 décembre 2022). « Qatargate » : jusqu’où l’Europe s’est-elle vendue ? [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=HZEd6H89Eoo&t=120s

Journal officiel de l’Union européenne. (26 octobre 2012). CHARTE DES DROITS FONDAMENTAUX DE L’UNION EUROPÉENNE (2012/C 326/02). https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:12012P/TXT

Ledroit, V. (Article mis à jour le 1er août 2025). Les groupes du Parlement européen : les non inscrits (NI). Toute l’Europe. https://www.touteleurope.eu/institutions/les-groupes-du-parlement-europeen-les-non-inscrits-ni/

L’esprit critique (4 avril 2025). L’inéligibilité : Analyse [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=ZxV1B1WgVUo

Les services de l’État en Isère. (Date inconnue). Directive nitrates. https://www.isere.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Environnement/Politique-et-enjeux-de-l-Eau/Gestion-des-effluents/Directive-nitrates

Maciejewski, M., Udo Bux, U. et Massay-Kosubek, K. (Article mis à jour en mai 2025). Le Comité économique et social européen. Parlement européen : Fiches thématiques sur l’Union européenne. https://www.europarl.europa.eu/factsheets/fr/sheet/15/spain

Office européen de lutte antifraude (OLAF). (Dernière actualité : 31 juillet 2025). European Anti-Fraud Office. https://anti-fraud.ec.europa.eu/index_fr

One of Us. (Dernière publication sur le site : 6 octobre 2023). Qui sommes-nous ? https://oneofus.study/qui-sommes-nous/ [ce lien n’est plus actif ou a été piraté]

Palacin, H. et Bachler, E. (Mis à jour le 11 avril 2025). Qu’est-ce qu’une initiative citoyenne européenne ? Toute l’Europe : Comprendre l’Europe. https://www.touteleurope.eu/fonctionnement-de-l-ue/qu-est-ce-qu-une-initiative-citoyenne-europeenne/

[NB : l’objet de l’initiative citoyenne européenne « One of Us » tel que formulé sur ce site de vulgarisation est inexact. La page y afférente du site de la Commission européenne, référencée ci-avant, est plus fiable en la matière.]

Parlement européen. (Date inconnue). Les groupes politiques du Parlement européen. https://www.europarl.europa.eu/about-parliament/fr/organisation-and-rules/organisation/political-groups

[+ page officielle de chacun des groupes politiques du PE et de différents partis mentionnés ou non dans l’article « L’Union européenne est-elle démocratique ? » Comme je ne soutiens pas toutes ces formations, je n’ai aucune envie d’améliorer le référencement de leur site en plaçant un lien y afférent sur mon blog.]

Parlement européen. (Date de publication : 09-01-2018 ; Date de dernière mise à jour : 10-06-2021 – 22:48). Registre de transparence : Qui sont les lobbyistes auprès de l’UE ? (Infographie). https://www.europarl.europa.eu/topics/fr/article/20180108STO91215/qui-sont-les-lobbyistes-aupres-de-l-ue-infographie

POLITICO Europe (15 décembre 2022). Qatargate: How the key players are connected | POLITICO [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=jZRg5y6AQR0

République française. (Dernière modification : 20 mars 2023). Qu’est-ce que le Conseil européen ? https://www.vie-publique.fr/fiches/20336-quest-ce-que-le-conseil-europeen

Syndicatho. (2025). Le principe de subsidiarité. https://syndicatho.org/la-doctrine-sociale-de-leglise/principes-de-la-doctrine-sociale-de-leglise/principe-de-subsidiarite/

Unión Europea. (Date inconnue, mais source intéressante pour le défi à relever). Buscar todas las instituciones y órganos de la UE. https://european-union.europa.eu/institutions-law-budget/institutions-and-bodies/search-all-eu-institutions-and-bodies_es

Unión Europea. (Date inconnue). Elecciones y nombramientos en las instituciones de la UE. https://european-union.europa.eu/institutions-law-budget/leadership/elections-and-appointments_es

Union européenne (Date inconnue). Conseil européen. https://european-union.europa.eu/institutions-law-budget/institutions-and-bodies/search-all-eu-institutions-and-bodies/european-council_fr

Union européenne (Date inconnue). Forum de l’initiative citoyenne européenne : One of Us. https://citizens-initiative-forum.europa.eu/document/one-us_fr

Union européenne (Date inconnue). NextGenerationEU: pour une Europe plus forte et plus résiliente. https://next-generation-eu.europa.eu/index_fr

Versión consolidada del Tratado de funcionamiento de la Unión Europea (2012). https://eur-lex.europa.eu/legal-content/ES/TXT/PDF/?uri=CELEX%3A12012E%2FTXT&from=FR

Version consolidée du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Première partie — Les principes — Titre I — Catégories et domaines de compétences de l’Union — Article 2 (2016). https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=URISERV:ai0020

Nota bene : toutes ces sources ont été consultées entre le 11 et le 25 août 2025.

Crédits image : Pixabay.


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