Pourquoi suis-je fan de Ska-P ?

Ska-P est un groupe de ska-punk qui chante en espagnol depuis les années 1990…

Connaissez-vous Ska-P ? Il s’agit d’un groupe de ska espagnol originaire du quartier populaire de Vallecas, à Madrid. S’il ne vous dit rien, je vous invite à visiter leur site officiel.

J’ai eu la chance de découvrir Ska-P l’année où j’ai commencé à apprendre la langue de Cervantès. J’avais alors 13 ans. Un cousin m’a introduit dans leur musique et cette dernière m’a plu. En écoutant les chansons de Planeta Eskoria et d’El Vals del Obrero, je me suis vite rendu compte que c’était un truc de rebelles. Et ça, comme ça te parle quand tu es ado ! J’ai découvert ce qu’est l’anarchisme et j’aimais beaucoup chanter “Legalización” pour embêter mes parents.

D’autre part, j’aimais bien le Gato López. Le symbole du groupe « est un chat ouvrier » (“es un gato obrero”) qui porte une casquette verte, jaune et rouge, ainsi que quelques piercings et une médaille anarchiste. Cet animal fume également un joint. Au collège, j’ai dessiné beaucoup de Gatos Lópeces, surtout pendant les cours de mathématiques. Voici mes deux plus belles œuvres en la matière :

J’ai dessiné ce Gato López pour l’afficher sur le mur de la classe, quand j’étais en 3e. C’est un hommage à Ska-P et aux 5 albums qu’ils avaient sortis à cette époque. Mais comme nous n’avions pas le droit de faire valoir des symboles politiques dans la classe, j’ai remplacé la médaille anarchiste par une médaille “Peace and love”. Bon, nous sommes bien d’accord que cela ne convient pas du tout à ce chat si agressif… 😂

Cette série de parodies du Gato López vise à imaginer quels types de chats symboliseraient des groupes d’autres styles musicaux. Enfin, c’est le point de vue d’un adolescent qui a plus de sympathie pour certains genres que pour d’autres…

Mais, surtout, l’écoute de Ska-P m’a énormément fait progresser en espagnol. Grâce à leurs chansons, j’ai pu apprendre les gros mots. En effet, les premières paroles que j’ai mémorisées par cœur sont celles d’“A la mierda”. J’ai également pu intégrer beaucoup de vocabulaire relatif à la politique, mais aussi améliorer ma compréhension orale et mon accent. Je n’aurais pas pu être tête de classe en espagnol de la 4e à la licence Cultures et langues étrangères sans l’aide de Ska-P. Encore aujourd’hui, lorsque je traduis un texte du français vers le castillan, les paroles de leurs chansons me sont d’un grand soutien. Si j’ai un doute sur une préposition ou sur autre chose, je me rappelle que c’est formulé de telle façon dans un chant que je connais par cœur.

En outre, Ska-P propose des morceaux joyeux et dont le son me plaît, même lorsque les propos tenus sont tristes. Par exemple, le rythme de “Un@ más” donne envie de danser, bien que les paroles soient très pessimistes. Ainsi, j’ai parfois besoin d’écouter Ska-P pour me donner du courage : quand je conduis sous la pluie, quand je nettoie mon appartement, quand je fais la vaisselle, etc.

Le Gato López illustre la pochette de l’album ¡¡Que corra la voz!!

De quoi parlent les chansons de Ska-P ?

Les gens connaissent surtout Ska-P pour le tube “Legalización”. Mais il y en a d’autres, qui sont beaucoup plus intéressantes ! Certaines traitent de la condition ouvrière : “El Valso del Obrero”, “Naval Xixón”, “La fábrica”, etc. Les membres du groupe viennent des classes populaires et connaissent bien le sujet.

D’autres chansons traitent de politique. Elles critiquent le capitalisme et l’ordre établi. C’est notamment le cas de “¿Quiénes sois?” et de “Canto a la rebelión”. “Intifada” soutient le peuple palestinien sans aucun positionnement ni antisémite ni islamiste. J’aime bien ce chant, même si je ne pense pas que la contestation violente soit la solution. Le rythme de cette chanson est très rapide. Danser le rock là-dessus est un vrai défi, et je l’ai déjà relevé avec une amie. 😉 Ska-P dénonce également le libéralisme qui régit l’Union européenne dans “The Lobby Man”. De même, le groupe critique la monarchie espagnole dans “Jaque al rey”. Moi qui suis français, j’aime bien “La Colmena”, qui mentionne la crise des banlieues en 2005. Dans cette chanson, on entend Nicolas Sarkozy et Ska-P chante même en français… avec un accent espagnol. Dénoncer, critiquer… Mais bien évidemment, le groupe propose aussi des alternatives ! “Marinaleda” donne l’exemple d’une commune andalouse régie selon les principes de l’autogestion. Ska-P montre que l’anarchisme n’est pas une vaine utopie, mais qu’il peut être appliqué concrètement.

Si leur message politique est très souvent orienté, Ska-P dénonce également des injustices que tout être humain devrait dénoncer. Par exemple, “Violencia Machista” est un cri de résistance contre la violence faite aux femmes. “Alí el Magrebí” est un hommage aux migrants qui nous incite à la solidarité ainsi qu’à la lutte contre le racisme. De même, “Niño Soldado” et “Los hijos bastardos de la globalización” défendent les droits de l’enfant. Enfin, “El Olvidado” nous appelle à aider les sans-abris.

Par ailleurs, Ska-P est sensible à la cause animale. “Insensibilidad” parle des animaux de compagnie abandonnés par leurs maîtres. De même, le groupe s’oppose à la corrida dans “Abolición”, “Vergüenza” et “Wild Spain”.

En tant que groupe anticapitaliste, Ska-P critique la société de consommation. “Consumo Gusto” en est un bon exemple. Par ailleurs, le groupe aborde bien d’autres sujets : la censure, l’environnement, la peine de mort et les violences policières, les revendications féministes et LGBTI, l’évasion fiscale, etc. Enfin, quelques rares chansons ne sont pas engagées. C’est notamment le cas de “No lo volveré a hacer más”. Elle aborde avec humour le sujet des cuites et de la gueule de bois. J’ai regardé le clip avec un ami alcoolique qui ne parle pas espagnol. Il a beaucoup ri en le voyant et m’a déclaré : « Le mec dans la vidéo, c’est moi ! » Dans son premier album, le groupe a sorti “Como un rayo”. J’aime particulièrement le rythme festif de cette chanson. En cliquant ici, vous pourrez en regarder une vidéo avec les paroles. Et sur ce lien, vous trouverez l’archive d’un concertSka-P interprète ce morceau en 1995. Pour leurs grands fans comme moi, il est émouvant de voir les débuts du groupe, quand les membres étaient très jeunes et encore à la recherche de leur style…

À mesure que j’ai progressé en espagnol, je me suis rendu compte que les paroles des chansons de Ska-P relèvent d’une qualité littéraire très intéressante. Elles foisonnent de figures de style et de références culturelles bien trouvées.

Et au sujet de la religion ?

En tant que groupe anarchiste, Ska-P critique beaucoup les religions, et plus particulièrement le catholicisme. Souvent, ils mettent des mots à connotation sexuelle ou scatologique dans leurs chansons à thème religieux. Par exemple, dans l’une d’entre elles, ils comparent le Pape à une mouche à merde.

Ceux qui me connaissent un peu savent bien que, dans la vraie vie, je suis une grenouille de bénitier. Ainsi, bien que je sois fan de Ska-P, je refuse d’écouter les chansons qui ne respectent pas mon Dieu et mes croyances. Néanmoins, j’écoute parfois “Crimen Solicitationis”. Ce morceau s’attaque à l’Église, mais pour des raisons appropriées. En effet, elle met en lumière les abus sexuels commis par certains prêtres. Je suis catholique, mais je considère que ces crimes sont très graves et je suis tout à fait d’accord avec Ska-P pour les dénoncer. Toutefois, ce qu’ils disent sur Benoît XVI n’est pas adéquat étant donné que ce pape est justement celui qui a permis de lutter contre ces atrocités.

Bien que Ska-P se montre hostile envers le christianisme, les références religieuses abondent dans les paroles de certaines chansons. Par exemple, dans “Intifada”, ils chantent “¿Quién podía imaginar que David fuese Goliat?”. Ce vers se traduirait par : « Qui pouvait imaginer que David deviendrait Goliath ? » Le groupe entend par là que les Israéliens et les Palestiniens ont échangé leurs rôles respectifs sur le plan militaire. En effet, dans la Bible, Goliath représente la force armée du puissant peuple philistin (le mot « philistin » a d’ailleurs donné, plus tard, « palestinien ») et David est un enfant juif fragile qui défie le géant en lui lançant des pierres. Aujourd’hui, c’est le contraire qui se produit : l’armée israélienne est très puissante et les opposants civils palestiniens ont jeté des cailloux aux soldats de Tsahal au cours de conflits nommés « intifadas ».

En outre, le groupe propose d’autres références à la Bible, à l’histoire de l’Église, à même à d’autres religions (comme l’évocation du croissant et du Ramadan dans “Alí el Magrebí”). Si l’on voulait détailler tout cela, il faudrait écrire un autre article. Quoi qu’il en soit, cela montre que les membres de Ska-P disposent d’une bonne connaissance du catholicisme, comme beaucoup d’Espagnols. De mon point de vue, il est important de s’intéresser à la culture religieuse. Après, croire ou non est un autre sujet. Chacun·e est libre d’avoir la foi ou non. Mais, pour pouvoir choisir, il faut savoir à quoi l’on décide de croire ou de renoncer. Et si votre culture religieuse vous sert à vous opposer à la religion, vos arguments auront beaucoup plus de poids que ceux d’une personne qui se considère comme athée, mais qui, en réalité, ne peut pas critiquer de manière efficace car elle ignore ce qu’elle rejette.

En somme, Ska-P est un groupe que j’aime énormément. Bien que je ne partage pas toutes leurs idées, bien que je n’aie jamais eu la chance de les voir en concert, je suis un grand fan de ces artistes. Ça vaut vraiment le coup d’écouter leur musique. Alors, n’hésitez pas à le faire, ¡¡hasta la victoria siempre!! 😉

Jean O’Creisren

Crédits images : Ska-P et Jean O’Creisren


Cet article vous a plu ?

Vous pourrez en lire la version espagnole sur : ¿Por qué soy fan de Ska-P?


Vous aussi, vous êtes fan de Ska-P ?

Cliquez pour lire la traduction en français des chansons suivantes :

« Alí el magrebí »

« No lo volveré a hacer más »

« The Lobby Man »

« El Olvidado »

« Patriotadas »

« Consumo gusto »


Articles en espagnol

Érase una vez tres árboles

La Biblia y el móvil

Chistes franceses

La Biblia y el celular

Homenaje al líder máximo

« Niño Soldado » de Ska-P (paroles en français)

Vous aussi, vous êtes fan de Ska-P ? Voici ma traduction en français des paroles de « Niño Soldado » (¡¡Que corra la voz!! – 2002)

L’Enfant soldat

Je suis allé naître là où il n’y a rien
Derrière cette ligne qui sépare le bien du mal.
Ma terre se nomme « misère »
Et je ne connais pas le mot « liberté ».

J’ai été séquestré lors d’une guerre,
Torturé et préparé à tuer.
On m’a transformé en une bête ;
Je suis seulement un enfant privé d’identité.
On m’a obligé à tirer ;
On m’a montré comment assassiner.
On m’a obligé à mutiler
Dans un véritable enfer sur Terre.

Eh non, ton indifférence ne mérite aucun pardon !
Qui a volé ton cœur ?
Tu ne bouges pas de ton fauteuil.
Eh non, ton indifférence ne mérite aucun pardon !
Qui a volé ton cœur ?
Éteins la télévision !

En me braquant un pistolet sur le tête,
Il m’oblige à assassiner mon papa.
Je suis une machine de guerre ;
Mon doigt appuie sur cette gâchette sans que je ne regarde.
On m’a obligé à tirer ;
On m’a montré comment assassiner.
On m’a obligé à mutiler
Dans un véritable enfer sur Terre.

Eh non, ton indifférence ne mérite aucun pardon !
Qui a volé ton cœur ?
Tu ne bouges pas de ton fauteuil.
Eh non, ton indifférence ne mérite aucun pardon !
Qui a volé ton cœur ?
Éteins la télévision !

On m’a obligé à tirer ;
On m’a montré comment assassiner.
On m’a obligé à mutiler
Dans un véritable enfer sur Terre.

Eh non, ton indifférence ne mérite aucun pardon !
Qui a volé ton cœur ?
Tu ne bouges pas de ton fauteuil.
Eh non, ton indifférence ne mérite aucun pardon !
Qui a volé ton cœur ?
Éteins la télévision !

Source : https://www.letras.com/ska-p/nino-soldado/

Traduction de l’espagnol vers le français par Jean O’Creisren


Vous aussi, vous êtes fan de Ska-P ?

Vous aimerez :

Pourquoi suis-je fan de Ska-P ?

¿Por qué soy fan de Ska-P?

« Alí el magrebí » (paroles en français)

« No lo volveré a hacer más » (paroles en français)

« The Lobby Man » (paroles en français)

« El Olvidado » (paroles en français)

« Patriotadas » (paroles en français)

« Consumo gusto » (paroles en français)

Faut-il légaliser l’euthanasie et le suicide assisté ?

Il y a quelques mois, nous avons élu notre président et nos députés. Si les questions bioéthiques ont été assez absentes des débats, LREM comme la NUPES planifient de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Une grande consultation citoyenne à ce sujet est prévue dans les mois qui viennent. Comment gérer la fin de vie ? Faut-il ouvrir aux Français·es le droit à mourir dans la dignité ? Est-ce une bonne ou une mauvaise idée ?

Parmi les arguments en faveur d’une telle loi, on avance souvent la liberté et la compassion pour les personnes qui souffrent. Un autre argument de poids est l’écologie. Plus nous sommes nombreux sur Terre, plus nous polluons. Les morts, eux, ne polluent pas.

Ce dernier argument me paraît être le seul recevable en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté. D’après moi, toute souffrance peut être traitée. Il suffit de développer les soins palliatifs et d’entourer les personnes seules et/ou souffrant de dépression. Octroyer le droit de mourir à une personne qui le réclame est une attitude démissionnaire : « ta vie ne mérite plus d’être vécue, tu n’es plus qu’un déchet et je ne veux surtout pas m’emmerder à prendre soin de toi ». Il ne s’agit pas de juger celles et ceux qui souffrent et formulent cette demande. Cette dernière est généralement un cri de détresse, un appel au secours. Il faut entendre ce cri et y répondre avec courage : « Non, ta vie a de la valeur et mérite d’être vécue ! Bats-toi et je suis à tes côtés pour t’aider ! »

Dans cet article, je raconte l’histoire d’une personne qui a traversé une dépression sévère et qui était sur le point de se suicider. Finalement, elle a accepté de se faire soigner et, après quelques années de lutte, elle ne regrette pas d’avoir choisi la vie. 😊

Comme elle pourrait en témoigner, quelqu’un qui considère la mort comme seule issue n’est pas vraiment libre. La liberté implique la possibilité de choisir au moins entre deux options. Si vous souffrez tellement que mettre fin à vos jours vous semble être la seule voie envisageable, alors vous êtes aussi libre qu’un condamné un mort. Or les partisans de l’euthanasie et du suicide assisté invoquent la liberté pour justifier leur point de vue. Vous voyez bien que cela ne tient pas la route !

Si vous vous sentez au bout du rouleau et ne voyez d’autre issue que l’euthanasie ou le suicide assisté, cet article vous donnera des pistes concrètes pour vous battre et vous en sortir. 😊

Si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à lire ce que publient Alliance VITA et Soulager mais pas tuer à ce sujet.

Vous pouvez aussi regarder les vidéos suivantes, notamment des témoignages de personnes souffrant de handicaps sévères. Bien que la société leur dise que leur vie n’a aucune valeur, elles s’opposent à l’euthanasie ainsi qu’au suicide assisté. Parmi ces témoins, vous pourrez écouter Philippe Pozzo di Borgo. C’est de son histoire que s’inspire le film Intouchables.

Pour conclure ce raisonnement, je citerai le serment d’Hippocrate. Dans les pays où l’euthanasie et le suicide assisté sont pratiqués, ce sont généralement les médecins qui administrent les produits létaux. Or ces soignants ont promis, au début de leur carrière, de ne jamais provoquer la mort délibérément :

Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité.

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité.

J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.

Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Admis(e) dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les moeurs.

Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.

Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.

J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.

Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque.”

Serment d’Hippocrate (source : Conseil national de l’Ordre des médecins)

En définitive, la fin de vie reste un sujet complexe. Je vous ai exposé mon point de vue sur l’euthanasie et le suicide assisté. Bien évidemment, je ne suis pas spécialiste et tout le monde a le droit de penser différemment. Si vous souhaitez partager votre opinion à ce sujet, n’hésitez pas à laisser un commentaire et je serai ravi de débattre avec vous ! 😊


Cet article vous a plu ?

Vous aimerez sans doute :

7 astuces pour lutter contre la dépression

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Espérer l’inespéré

La fable de la fougère et du bambou, à lire dans les moments difficiles

Pour une écologie à visage humain

Écologie : à quoi ressemblerait réellement une Nouvelle donne verte visant à inventer une économie mondiale post-pandémie ?

Quel est le sens de Noël ?

Une rencontre incroyable sur le chemin de Compostelle

L’argot des cathos

Envie d’acheter des vêtements durables ?

The Backwoods of Canada, un hommage littéraire au pays de l’érable

Litanie des vins et des fromages français

Don des langues : le point de vue d’un linguiste sur la Pentecôte

Envie de rigoler ?

Je cherche la représentation du Christ

Je cherche la représentation du Christ – Gabriela Mistral

Où trouver Jésus ? Ce poème de Gabriela Mistral nous donne une image incarnée et vivante de notre Sauveur…

« Que voulez-vous que je représente ? »
Demanda le sculpteur religieux.

« Nous disposons de saints en pin ;
il y a des statues de plâtre.
Regardez ce Christ gisant
en bois de cèdre véritable.
Cela dépend qui la commande :
une famille ou une église ;
ou si le but est seulement
de la mettre dans un musée. »

« Laissez-moi donc vous expliquer
ce que je souhaite en vérité.

Moi, j’ai besoin d’une statue
de Jésus, le Galiléen,
qui représente son échec
devant l’essai d’un monde nouveau,
qui sache émouvoir les consciences
et changer les mentalités.
Je ne veux pas la voir recluse
dans une église ou un couvent.

Ni dans un foyer familial
pour qu’elle préside les prières.
Je ne veux pas qu’elle soit portée
en procession par des fidèles.
Je désire une image vive
d’un Jésus “fils d’homme” en souffrance,
illuminant cœur et esprit
de tout humain qui la contemple.

Donnez envie de l’affranchir
de sa croix et de son tourment ;
que celui qui voit cette image
n’y contemple pas qu’un défunt,
ni, qu’à travers des yeux d’artiste,
il admire un vulgaire objet
pour s’exclamer, émerveillé :
“Quel magnifique torturé !” »

« Pardonnez-moi si je vous dis,
répond le sculpteur religieux,
qu’ici, vous ne trouverez pas
l’image du Nazaréen.

Allez la chercher dans la rue
parmi les gens sans logement,
dans les hospices et hôpitaux,
où sont rassemblés les mourants.
À l’intérieur des centres d’accueil
où l’on abandonne les anciens,
parmi les marginalisés,
parmi les enfants affamés,
parmi les femmes maltraitées,
chez les personnes sans emploi.

Mais ne cherchez pas cette image
de Jésus Christ dans les musées,
ne cherchez pas dans les statues,
dans les autels et les églises.

Ne suivez pas en procession
le parcours du Nazaréen.
Ne cherchez pas d’image en bois,
en bronze, en pierre ou même en plâtre,
mieux vaut chercher parmi les pauvres
son visage en chair et en os ! »

Gabriela Mistral

Titre d’origine : “Busco la imagen de Cristo”, co-traduit de l’espagnol par Jean O’Creisren.

Source du texte et de l’image : https://radiomaria.org.ar/rm-joven/busco-la-imagen-de-cristo-gabriela-mistral/


Vous aussi, vous êtes fan du Bon Dieu ?

Vous aimerez :

Mon corps sous le regard de Dieu

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Espérer l’inespéré

L’argot des cathos

Quel est le sens de Noël ?

Bx Noël Pinot : quel exemple pour nous aujourd’hui ?

Des arguments pour évangéliser

On récolte ce que l’on sème…

Don des langues : le point de vue d’un linguiste sur la Pentecôte

Le pouvoir de l’amour

Une rencontre incroyable sur le chemin de Compostelle

Qu’est-ce que la liberté ?

Terra Botanica


Vous aussi, vous vous sentez proche des plus pauvres ?

Vous aimerez :

Quel est le sens de Noël ?

« Alí el magrebí » de Ska-P (paroles en français)

On récolte ce que l’on sème…

« El Olvidado » de Ska-P (paroles en français)

Bx Noël Pinot : quel exemple pour nous aujourd’hui ?

Éloge de la pauvreté

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Terra Botanica

Faut-il légaliser l’euthanasie et le suicide assisté ?

Écologie : à quoi ressemblerait réellement une Nouvelle donne verte visant à inventer une économie mondiale post-pandémie ?

La pandémie de Covid-19 a fait subir à l’économie mondiale le plus gros choc enregistré à l’époque contemporaine. Le travail de reconstruction à mener dans le sillage de ce désastre prendra des proportions épiques. Or, ce chantier massif arrive à un moment où les analystes, les économistes et les activistes sur toute la surface du globe exhortaient déjà à un changement fondamental de la configuration de nos systèmes économiques pour gérer la crise mondiale causée par le réchauffement climatique.

Presque tout le monde reconnaît que nous devons avant tout décarboner nos économies et mettre un terme à notre utilisation de combustibles fossiles au XXIe siècle. Cela nous permettra d’éviter la fuite en avant ainsi qu’un réchauffement planétaire catastrophique. C’est là ce dont ont convenu les dirigeants qui représentaient presque tous les États-nations du monde en signant l’Accord de Paris sur le climat en 2015.

À quoi ressemblerait réellement une Nouvelle donne verte visant à inventer une économie mondiale post-pandémie ?

À l’instar du New Deal pensé dans les années 1930 par Franklin D. Roosevelt pour faire face à la Grande dépression, cette Nouvelle donne verte offrirait parmi ses principaux avantages sociaux une création d’emploi. Dans le monde entier, le chômage a explosé du fait de la crise actuelle. L’Organisation internationale du Travail estime qu’en 2020, on compte 8,8 % d’heures travaillées en moins à l’échelle mondiale par rapport à 2019, soit l’équivalent de 255 millions de postes à temps plein. Et, par un heureux concours de circonstances, la production d’énergies renouvelables est (du moins pour l’instant) plus « créatrice d’emploi » que les combustibles fossiles. Cela suggère que cette transition devrait stimuler le marché du travail d’une manière générale. Un programme massif d’isolation de millions de bâtiments et de rénovation de milliards de logements avec des systèmes de chauffage à émissions de carbone faibles ou nulles (comme les pompes à chaleur aérothermiques ou les chaudières électriques) serait également une source de nouvelles embauches et de nouveaux revenus pour les travailleurs.

Une Nouvelle donne verte obligerait les États à abandonner toutes les subventions liées aux énergies fossiles qui sont encore versées aux entreprises et aux ménages. Elle nécessiterait également qu’ils taxent davantage les activités fortement émettrices de carbone, comme le transport aérien et les voitures à essence ou au gazole. En se positionnant de la sorte, un certain nombre d’États seront confrontés à une forte résistance de la part de différents lobbies. Pour contrecarrer cet effort de lobbying et gagner la bataille de l’opinion publique, les systèmes étatiques devront prendre des mesures rapides et décisives afin de soutenir le revenu des ménages au travers de la transition énergétique, par la redistribution aux consommateurs les moins favorisés des recettes générées par les taxes sur le carbone. En effet, ces agents économiques sont frappés par l’augmentation du coût de la vie […].

Source : extraits de “What would a ‘Green New Deal’ for a post-pandemic world economy look like?”, The Independent, 10 février 2021, URL : https://www.independent.co.uk/climate-change/news/green-new-deal-world-economy-b1794144.html [consultée le 23 avril 2022]

Texte traduit par Jean O’Creisren


Vous aussi, vous vous sentez concerné(e) par l’écologie ?

Vous aimerez :

Pour une écologie à visage humain

Envie d’acheter des vêtements durables ?

Quelle Europe voulons-nous ?

Limitation à 80 : bonne ou mauvaise idée ?

Faut-il légaliser l’euthanasie et le suicide assisté ?

Faut-il privatiser les aéroports de Paris ?

La fable de la fougère et du bambou, à lire dans les moments difficiles

Terra Botanica

Mon corps sous le regard de Dieu

Terra Botanica

Vous aimez la science-fiction ? Découvrez « Terra Botanica », une nouvelle originale écrite par Jean O’Creisren…

Leonardo se pose beaucoup de questions. Ce travail a-t-il vraiment du sens ? Certes, il gagne bien sa vie. Oui, mais après ? Cette activité très lucrative le rend-il vraiment heureux ? Est-elle au service du bien commun ? Leo est indispensable à son entreprise. Contrairement aux autres, il a eu la chance de faire des études à Agrocampus, à Angers, tandis que son futur employeur finançait le développement de son haut potentiel. Bien sûr, il n’en parlait pas à ses camarades de promotion. Il disait juste qu’il voulait travailler dans la recherche en botanique, mais le reste de son parcours était top secret. D’ailleurs, depuis qu’il est retourné dans son pays, il n’a plus aucun lien avec ces étudiants français. Et c’est sans doute mieux ainsi.

Oui, ce travail si bien rémunéré dans ce laboratoire lui pose question. Quinze ans après son retour, il est en pleine crise de la quarantaine. Mettre au point des plantes de plus en plus psychotropes et addictives pour ce cartel latino-américain lui paraît vide de sens. Toute cette délinquance, tous ces massacres, toutes ces vies gâchées… Mais s’il dit mierda à son employeur, c’est la gâchette à coup sûr…

Le marché s’épuise, les drogues classiques ne se vendent plus tellement ; il faut innover. Une étude de marché fait ressortir une nouvelle demande de la part des consommateurs : une plante euphorisante, dégageant un gaz ou une énergie qui les mettrait dans une joie dynamique et qu’ils pourraient avoir chez eux. Il y travaille avec professionnalisme, mais sans grande conviction. Il est résigné, comme un esclave, comme un robot.

Dans ce bidonville de San Porro del Mono, le cartel local règne en maître. L’État a déserté les lieux depuis longtemps et la population fait confiance à ces bandits qui sortent les pauvres gens de la misère par le clientélisme. Le seul contre-pouvoir sérieux est l’Église catholique. Les prêtres, les religieux et les religieuses, qui vivent pauvres parmi les pauvres, sont aux côtés des toxicomanes, des enfants des rues et des prostituées. Ils ne cautionnent pas la mainmise des narcotrafiquants, mais ils sont bien obligés de fermer les yeux s’ils veulent rester en vie. Même certains dealers se montrent très croyants et arrosent généreusement la quête du dimanche avec leur argent sale. Le curé de la paroisse, le père Francisco, est un homme très respecté. Il est d’une très grande cohérence : généreux, bienveillant et franc, il vit sobrement et se met toujours au service d’autrui. Sa prédication est toujours remplie de sagesse et il s’adresse de manière accessible aux paroissiens qui, pour beaucoup, ne sont jamais allés à l’école. Croyants ou non, tout le monde l’admire et l’appelle El Santo, « le saint ».

*

*         *

Latif est désespéré. Et il n’est pas le seul. Dans le royaume de Dar ez-Zoulm, une grande partie de la population déprime. Tout va très bien pour les Zoulmites. Leur vie est paradisiaque : villas, piscines, voyages à l’étranger, festins réguliers. Mais pour les travailleurs originaires d’Asie du Sud-Est, c’est l’enfer. Venus pour pouvoir envoyer de l’argent à leur famille, ils sont payés misérablement. Ils sont entassés dans des logements insalubres, travaillent comme des bêtes et n’ont aucun moyen pour protester. Certains préfèrent se suicider pour que leurs familles puissent toucher l’argent des assurances. Quant aux jeunes filles, elles sont forcées à la prostitution.

L’Occident est complice de cette monarchie injuste. La richesse du royaume vient de ses nombreux gisements de pétrole, exploités par la multinationale Petroflouz. Latif et ses compagnons travaillent sur les puits d’extraction. Ils y font les métiers les plus dangereux et nombre d’entre eux sont tombés malades à cause de la pollution. Les Zoulmites habitent loin de ces bagnes et ne sont donc pas exposés à ces problèmes. D’ailleurs, se rendent-ils vraiment compte de ce que subissent les populations « accueillies » sur leur territoire ?

Latif marche seul dans le désert. Il se sent comme une victime. Il se croit beaucoup trop gentil pour résister aux injustices et prie Allah de lui venir en aide. Dans son Pakistan natal, on adore le même Dieu qu’ici. Pourquoi les croyants de Dar ez-Zoulm agissent-ils de la sorte ? Le Coran ne dit-il pas que tous les musulmans sont frères ?

Soudain, il trébuche et tombe à plat ventre. Il regarde quelle pierre l’a fait choir. À son grand étonnement, il s’agit d’une lampe, exactement comme celle d’Aladin. Incrédule, il la frotte pour voir quel sera le résultat…

*

*        *

Adila pleure sur ses enfants. Elle les aime. Elle connaît tous les trésors qui se cachent en eux. Mais la vie ne les a pas aidés. C’est comme si le sort s’était acharné sur toute la famille. Abbas, l’aîné, est devenu chef de bande. Il a rapidement compris qu’il aurait plus d’avenir dans le trafic de drogue qu’en tentant de suivre les cours dans ces établissements de ZEP où les professeurs sont dépassés.

Abra, la deuxième de la fratrie, est beaucoup plus raisonnable. Elle a toujours été studieuse et a toujours montré le bon exemple à ses frères et sœurs. Mais elle souffre d’asthme sévère à cause de l’environnement dans lequel se trouve la cité. En effet, Tutiroutupointes est coincée entre une bretelle d’autoroute et une raffinerie de pétrole tenue par Petroflouz, dans la banlieue nord de Marseille. Et les ferries à quai n’arrangent rien ! De nombreux problèmes de santé touchent ces populations qui n’ont pas les moyens de vivre ailleurs : maladies respiratoires, cancers, problèmes psychiques, voire malformations des fœtus et déficiences intellectuelles.

Dakwan, le troisième enfant de Badreddine et Adila, est très intelligent. Petit, il était curieux et s’intéressait à tout. Mais la crise d’adolescence fait des dégâts. Au collège de Tutiroutupointes, il ne fait pas toujours bon être un « intello ». Les enseignants voient que ce jeune a du potentiel, mais il préfère rester légitime auprès de ses copains que passer pour le « fayot de service », même si son grand frère est tellement craint que personne n’oserait le toucher. D’ailleurs, Dakwan s’identifie plus à Abbas qu’à son père. Ce dernier est âgé et il ne parle même pas français. Il ne travaille pas et c’est l’aîné caïd qui fournit l’argent à la maison.

Les deux derniers, Bahij et Faïda, font la consolation de leurs parents. Ils vivent encore de la fraîcheur de l’enfance, mais pour combien de temps ? Bahij est enjoué, et son sourire radieux emplit la maison. Il fait souvent le clown et apporte un peu de rire dans cette ambiance morose. Faïda est pleine de bienfaits pour sa famille. À quatre ans et demi, elle est déjà coquette, elle bute sur les mots et attendrit tout le monde, du terrible Abbas à la sérieuse Abra, du Dakwan peu assuré aux deux parents angoissés par leurs trois aînés.

Cette famille est un exemple type de ce qui se passe dans cette cité : chômage, discrimination, pollution, maladies, manque d’avenir, délinquance, mais aussi solidarité et vie. À Tutiroutupointes, tout le monde souffre de ces injustices. Mais, comme dans chaque cité de France et de Navarre, tout le monde se connaît. Donc s’ils veulent s’unir pour faire la révolution, ils en ont les moyens. Le tout est de la faire intelligemment…

*

*        *

Le père Francisco se lève. L’évangile est lu, il va enchaîner avec son homélie. On vient de lui diagnostiquer un cancer en phase terminale, mais il ne l’a dit à personne. Il n’a donc rien à perdre. Tout le monde attend avec impatience ce qu’il va dire. Après un long silence, il commence enfin son prêche :

« Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier si c’est au prix de sa vie ? »

Il s’arrête. Toute l’assemblée retient son souffle. Que va-t-il tirer de cette citation de l’évangile de Matthieu ?

« Mes amis, que signifie cette phrase pour nous aujourd’hui ? »

Pas de réponse.

« San Porro del Mono est remplie de gens bien. Vous êtes des gens bien. Vous êtes des enfants de Dieu et vous avez été créés pour faire le bien. »

Silence.

« Mais malgré cela, San Porro del Mono est remplie de violence, de misère et d’injustice. Pourquoi ? »

Silence.

« Eh bien parce que le démon y fait son œuvre ! Il y a, dans ce bidonville, des gens qui ont vendu leur âme au diable. Ils gagnent des milliers de pesos, ils ont des piscines, des femmes à volonté, parfois ils vont à l’église et donnent leur argent sale à la quête ou aux plus pauvres. Ils gagnent le monde entier, mais ils sont sur le chemin de l’enfer. Et vous, vous êtes complices ! Vous acceptez cette servitude ! Or Dieu nous a créés pour l’amour, pour la liberté, pas pour cette complaisance avec le mal ! Dieu est plus fort que le diable ! L’amour est plus fort que la mort ! N’ayez pas peur et osez résister aux narcotrafiqu… »

Le sermon du padre est interrompu. Une balle vient de s’encastrer au milieu de son front. Personne ne sait d’où ça vient, mais le tireur a un message implicite pour l’assemblée : « Si vous faites ce qu’il vous a dit, il vous arrivera la même chose ! »

Dans ce bidonville, violence et religion sont omniprésentes. Les habitants en ont assez de la violence et la religion est leur seul refuge — avec la drogue, pour beaucoup. Les paroles d’El Santo ont retenti. Si tous les prêtres ne sont pas irréprochables, celui-ci était très aimé car il était très cohérent. Il a témoigné de ses convictions jusqu’au don de sa vie. Alors il est temps de reprendre le flambeau et de faire la révolution…

Le soir même, un groupe de personnes se réunit dans le plus grand secret. Les leaders de tous les groupes sont représentés : les syndicalistes, les religieux, les enfants des rues, les prostituées, les colporteurs… Seuls les trafiquants manquent à l’appel. Le conseil secret réfléchit à la manière dont il peut renverser ce régime narcocrate.

– Il faut faire table rase du passé, annonce Felipe, un leader syndical d’âge mûr. Il faut prendre les armes pour renverser ce régime impérialiste ! Barricadons-nous ! ¡¡El pueblo unido jamás será vencido!![1]

– La violence ne résout rien, rétorque sœur Teresa. Pensez à Jésus, qui a sauvé le monde sur la croix. Pensez au pasteur Martin Luther King qui a fait changer les États-Unis par la non-violence…

– Je ne crois pas à votre Bon Dieu des Bisounours, ma p’tite dame ! Est-ce qu’Hitler est tombé de cette manière-là ? Nous avons affaire à des tarés ! Contre le fascisme et la dictature capitaliste, seule la révolution peut changer les choses !

– Et que pensez-vous d’une révolution non-violente ?

Tous se tournent vers Miguelito. De sa petite voix, le chef de bande des enfants des rues vient d’intriguer l’ensemble du conseil.

– Explique-toi, reprend María Magdalena, directrice de la maison clause du quartier.

– Eh bien, nous pourrions lancer une grève du manque !

– Une quoi ? répondent-ils tous en chœur.

– Une grève du manque ! C’est le même principe que la grève de la faim, mais avec la drogue. Tous les toxicomanes du bidonville arrêteraient de consommer jusqu’à ce que les narcos dégagent…

Devant les explications de l’enfant, tous éclatent de rire.

– Tu es jeune et sans expérience, Miguelito, reprend jovialement Melquíades, le porte-parole des colporteurs. Mais tu apprendras avec la vie qu’un toxico ne peut pas se passer de drogue comme ça. C’est une maladie et on n’en sort que très rarement à coups de bonne volonté.

– J’ai peut-être l’air jeune, mais j’ai bien plus d’expérience que vous ne le croyez. Nous, les enfants des rues, nous ne sommes pas du tout naïfs. Nous sommes des experts en matière de délinquance et de défonce. Et d’ailleurs, je ne suis même pas un enfant, mais un extraterrestre !

Devant cette nouvelle remarque, c’est un fou rire incontrôlable qui saisit toute l’assemblée. C’est à croire que le garçon vient de dévorer un space cake ! Mais tout à coup, les rires se transforment en cris de peur. En effet, ce n’est plus un enfant qui se dresse devant eux, mais un cloporte vert géant, avec des tentacules à la place des pattes. Il disait donc vrai !

– Ça vous fait peur ? Rassurez-vous : je vais vous effrayer encore davantage !

À la place de l’alien, les conseillers voient un jeune homme d’une trentaine d’années, l’air introverti. Ils crient en effet de plus belle, car c’est l’une des dernières recrues des narcotrafiquants. C’est Judas, l’assistant de Leonardo au laboratoire.

– N’ayez pas peur ! J’ai beau avoir un nom de traître, ce sont les narcos que je trahis. Si vous m’écoutez bien sagement, je vous indiquerai comment mener votre révolution. Mon vrai nom est Ra-Rho. Je viens d’une planète nommée Terra Botanica, qui est à un million d’années-lumière de la vôtre. D’ailleurs, ce nom est aussi celui d’un parc à thème dans l’ouest de la France, mais les responsables politiques locaux n’ont pas fait exprès de copier sur nous. Ils ne connaissaient pas l’existence de ma terre natale, donc nous ne pouvons pas les accuser de plagiat. Sur ma planète, la vie animale et végétale est foisonnante. On y trouve notamment une multitude d’espèces de plantes magiques. Avec deux collègues, j’ai été envoyé en mission pour aider les Terriens. Mon camarade Ra-Rib a été parachuté au Moyen-Orient, où il se fait passer pour un génie dans une lampe. Quant à Zarbi, il s’est déguisé en chômeur qui profite du système dans la banlieue de Marseille, en France. Nous communiquons par télépathie pour coordonner des insurrections qui changeront la face du monde. Donc ce qui se joue ici, à San Porro del Mono, servira toute l’humanité. Ça vous va ?

Tous acquiescent en silence.

– Bien, reprend Ra-Rho. Alors, la première plante que je vous propose est la tripa gerba. Elle agit sur l’ADN et provoque une mutation génétique ainsi qu’un profond dégoût pour tout type de drogue. En même temps, elle supprime tous les symptômes liés au manque et répare toutes les lésions dues à la consommation. Depuis mon recrutement au labo, j’en ai mis dans toutes les marchandises exportées à l’étranger. C’est pour cela que le marché s’essouffle et que les narcos sont de moins en moins généreux envers les pauvres du quartier. Cette situation nous aidera à gagner le soutien des habitants. Nous allons donc donner de la tripa gerba à tous les toxicos qui veulent en finir avec leurs tortionnaires. En échange, ils feront savoir haut et fort qu’ils entament la grève du manque. Ça vous va ? Vous avez des questions ?

– J’espère que nos cris de rire et de peur ne nous ont pas fait repérer, s’inquiète María Magdalena.

– Pas de problème, répond Ra-Rho. J’ai brouillé les ondes pour que cette maison semble déserte à toute personne extérieure à notre groupe.

– J’ai une autre question, demande Felipe. Comment as-tu fait pour venir jusqu’ici si ta planète est aussi loin ?

– Bah ! Enfin ! Par téléportation ! Quelle question !!!

*

*        *

Ra-Rib a réuni les ouvriers d’Asie du Sud-Est dans un endroit secret. Sans leur dire, lui aussi a agi sur les ondes pour que personne ne puisse les y trouver.

– Alors, vous en avez marre de cette exploitation de la bourgeoisie pétrolière ?

– Ouais ! Aux chiottes les Zoulmites !

– À Dar ez-Zoulm, on va tous les bouffer comme des loukoums !

– Je comprends votre colère, camarades ! Mais attention : nous allons agir de manière non-violente. Souvenez-vous de Gandhi, qui a réussi à libérer la plus grande démocratie du monde sans armes. Combien parmi vous sont indiens ? Bien, je vois beaucoup de mains levées ! Je vous propose de faire grève. Petroflouz sera bien emmerdée si les puits n’extraient plus rien, et les Zoulmites aussi !

– Mais comment veux-tu qu’on fasse grève de manière non-violente sans se faire taper dessus ? interroge un ouvrier au fort caractère originaire d’Indonésie.

– Eh bien avec ça, répond Ra-Rib en sortant de sa poche un petit pot, le corpus diamantis !

– Le quoi ?

– C’est une plante magique. Vous en mangez et personne ne pourra vous blesser. Votre corps deviendra si dur que ce sera l’arme qui cèdera.

Devant cette déclaration, tous éclatent de rire. Ça leur fait du bien : ces hommes n’ont pas ri comme ça depuis des mois, voire des années. Au bout d’un moment, Ra-Rib prend son apparence bleuâtre de génie et s’amuse à entrer dans la lampe, puis à en ressortir par intermittence.

Mâ shâ’ llâh ! s’écrient les ouvriers en chœur.

– Ça vous épate, hein ! Alors ? On croit aux plantes magiques, maintenant ? Bon, dit-il après avoir repris son apparence humaine, Latif, prends ce couteau à viande et coupe-moi le bras !

– Non, je ne pourrai jamais faire ça !

– Femmelette ! répond l’Indonésien en lui arrachant l’arme des mains. C’est un génie, ça va rien lui faire !

Et l’homme tranche d’un coup sec le bras de Ra-Rib, qui part à l’autre bout de la salle. Le sang gicle à flots, mais le membre repousse sur-le-champ.

– Pourquoi le bras est-il parti ? Parce que je n’avais pas pris de corpus diamantis ! J’en mange donc une bouchée… Mmmh… Ch’est bon ! Et là, tranche-moi le bras pour voir !

L’Indonésien recommence, mais c’est le couteau qui vole en éclats. Alors, tout le monde se rue vers le génie pour pouvoir se gaver de la plante magique.

*

*        *

Les sages du quartier fument la chicha sur la place principale de Tutiroutupointes.

– Ah, mon bon vieux Hakim… La vie n’est plus ce qu’elle était ! Nous, on essayait de s’intégrer. Mais pour nos petits-enfants, c’est bien plus difficile…

– Comment veux-tu t’intégrer quand la police te contrôle tout le temps, quand l’école n’est plus une garantie de réussite, quand l’air est trop pollué pour que tu puisses te développer normalement ?

Salam calikoum, mes oncles !

– Abbas ! Comment vas-tu, mon grand ?

– Pas fort ! Les affaires ne marchent plus trop, en ce moment… Quand il s’agit des clients qui ne fument que du shit marocain, il n’y a aucun problème. Mais ceux qui touchent à la came latino-américaine nous lâchent complètement ! Il y en a même qui dégueulent sur mes dealers ! J’ai dû arrêter de travailler avec mes fournisseurs de San Porro del Mono. C’est à croire que leur marchandise est maudite !

– Salut la compagnie !

– Tiens ! Salut Kevin ! Ça roule ?

Putaing, oui ! Toujoure la frite !

– Bah t’as de la chance ! T’es bien le seul ici… Tiens, v’là Amady !

Un homme de type subsaharien se dirige vers eux. Avec ses 140 kilos, il a du mal à se déplacer. Il arrive en sueur pour saluer les uns et les autres.

– Alors, j’ai l’impression que ça va pas fort !

– Ce n’est pas qu’une impression !

– Et si on changeait tout ça ?

– Comment veux-tu que ça change ?

– Ben… En faisant la révolution !

– T’es sérieux ?

– Très sérieux ! On est pauvres, on souffre de la pollution. Donc ce qui marche, aujourd’hui, c’est de foutre le bordel pour se faire entendre. Il y a eu les Gilets jaunes, il y a eu la Marche pour le climat. Je vous propose donc « la Marche des pauvres pour le climat ». Nous bloquerons les ronds-points avec des gilets verts fluorescents 100 % naturels…

– Attends, Amady ! T’es mignon, mais depuis qu’on te connaît, tu passes ta vie devant la télé à bouffer des chips et à fumer des pétards, tu profites de toutes les allocs possibles et tu nourris la réputation des étrangers qui profitent du système. Donc tu vas arrêter avec tes idées à la con ! Déjà, on n’est pas assez riches pour financer un truc pareil, et en plus, des gilets fluorescents 100 % naturels, ça n’existe pas !

– Bon, déjà, je n’y suis pour rien si je ne trouve pas de boulot. Les employeurs ne sont pas nécessairement racistes, mais quand on s’appelle Amady Coulibaly, c’est vachement plus dur d’avoir un job !

– Rien ne t’empêche de changer de nom !

– En France, c’est un handicap, mais au Bled, c’est un atout. Je peux être ami sur Facebook avec tous les Coulibaly que j’y trouve. J’en ai même invité un qui a lancé des plantations de coton bio au Mali. On pourrait s’en servir pour tisser nos gilets tout en favorisant le commerce équitable…

– Et avec quoi tu vas financer tout ça ? Avec ton RSA, tes APL et ton AAH basée sur ton handicap fictif ?

– Je peux trouver des financements, interrompt Hakim. Je suis parent avec le rappeur Karim Kif-Edderim. Il est très riche et très généreux. En plus, il ferait certainement une chanson pour soutenir notre mouvement.

– Bien, reprend Abbas. Et la teinture fluorescente naturelle ?

– Regarde-moi ça ! Cette poignée d’herbes nous changera la vie ! C’est de la stabylota verda. Tu teins du coton avec ce truc et tu as de beaux gilets verts…

– Je te croirai quand tu m’auras fait une démonstration.

– Très bien, cher Abbas ! Viens chez moi et je te montrerai. Tu peux me croire. Demande aux gens du quartier ! J’ai l’habitude de tromper l’État français, mais pas mes frères de la cité. D’ailleurs, je suis l’un de tes clients les plus fidèles et je t’ai toujours payé comptant.

– Pas faux ! Montre-moi ça, qu’on puisse enfin changer la vie de tous les banlieusards !

*

*        *

Pablo est désespéré. San Porro del Mono s’est complètement retourné contre son clan. La grève du manque a bien pris. Plus personne n’achète sa marchandise, ni ici ni ailleurs dans le monde. Son personnel se met en grève et refuse de massacrer les rebelles. À la télévision, il voit que l’entreprise Petroflouz est, elle aussi, en difficulté. Les ouvriers sont en grève à Dar ez-Zoulm et les Zoulmites plient devant eux depuis que le monde entier a vu les corps invincibles des esclaves brisant les armes de la répression. Ça fait le buzz, tout comme les manifestations des Gilets verts en France. Il y a différentes insurrections, mais pour quel résultat ? Partout, la situation est bloquée. Si on se soulève, il faut que ça serve à quelque chose. Pour l’instant, Petroflouz et les narcotrafiquants sont dans une situation critique, sans que rien ne s’améliore pour les insurgés. Ces derniers protestent, mais ne proposent aucune alternative concrète. Pablo sort son revolver, le charge et met le canon dans sa bouche.

« Boum ! »

Le dirigeant du cartel se retourne. Leonardo vient de frapper un grand coup sur la porte.

– J’ai une bonne nouvelle, patron !

– Ça existe encore, les bonnes nouvelles ?

– Vous vous souvenez de cette plante euphorisante que vous m’aviez demandée il y a quelques mois ? Judas m’a aidé à…

– Qu’est-ce que j’en ai à foutre, maintenant ? La drogue, ça ne marche plus ! Il faut innover, se reconvertir, et nous n’avons plus le moindre peso à investir là-dedans !

– Justement, Judas a trouvé un truc pas mal : le cactus ecologicus. Si on dépose un brevet, on peut sauver la compagnie, le bidonville et le monde entier avec !

*

*        *

Cinq ans se sont écoulés. En partenariat avec Petroflouz, le cartel de San Porro del Mono a développé des plantations de cactus ecologicus dans le désert de Dar ez-Zoulm. Les ouvriers agricoles d’Asie du Sud-Est sont très bien payés et envoient des biodollars qui participent largement au développement de leur pays d’origine. Le cactus ecologicus absorbe le dioxyde de carbone en grande quantité. Il peut même en attirer à des milliers de kilomètres. Une partie du carbone sert à la photosynthèse. Une énorme quantité de dioxygène est recrachée dans l’atmosphère, ce qui a un effet euphorisant. Les ouvriers sont donc très heureux et dynamiques au travail. Une autre partie du carbone est stockée dans le sol. Mais avec le cactus ecologicus, on fait surtout du biocarburant non polluant et du plastique biodégradable. Cela est notamment fabriqué dans des usines situées dans les quartiers sensibles. À Tutiroutupointes, la raffinerie Petrovert (anciennement Petroflouz) est devenue une usine éthique, qui emploie la main-d’œuvre locale dans des conditions de travail rêvées. Le jeune Dakwan vient d’obtenir son baccalauréat avec mention très bien. Après la classe préparatoire et une école d’ingénieur, il espère intégrer cette société dans laquelle son grand frère est manager. À San Porro del Mono, le cartel vit grassement du brevet lié au cactus ecologicus. Le bidonville n’en est plus un. C’est un quartier où il fait bon vivre, comme à Tutiroutupointes, à Dar ez-Zoulm et partout ailleurs. La Terre est moins polluée et les Terriens ont enfin compris que c’est par la justice et l’équité qu’ils peuvent réellement être heureux.


[1] « Le peuple uni ne sera jamais vaincu ! » Slogan marxiste très souvent utilisé dans le monde hispanique.


Vous avez aimé « Terra Botanica » ?

Si vous appréciez les belles histoires vous pouvez aussi lire :

On récolte ce que l’on sème…

La fable de la fougère et du bambou, à lire dans les moments difficiles

Le pouvoir de l’amour


Si vous souhaitez en savoir plus sur le parc d’attractions Terra Botanica, cliquez ici.

Éloge de la pauvreté

La pauvreté est un mal à combattre. Mais quand cette lutte s’avère difficile, comment laisser des aspects positifs s’en dégager ?

« Éloge de la pauvreté » ? Peut-on chanter les louanges d’un phénomène qui cause autant de souffrance ? N’est-ce pas manquer de respect aux plus démunis ? N’est-ce pas rire de leur malheur ?

Si telle était ma démarche, vous auriez raison de vous scandaliser, de quitter ce blog et de condamner ouvertement les écrits de Jean O’Creisren. Mais sachez que si je prends la parole sur ce sujet délicat, c’est que j’en ai une expérience sensible. En effet, je vis dans un logement social, j’ai déjà été chômeur, bénéficiaire du RSA et j’ai même vécu l’expérience de la mendicité. Aujourd’hui, ma situation est moins critique qu’elle ne l’a été, mais en fonction des opportunités professionnelles, il m’arrive de connaître des périodes de bien-être matériel comme de précarité. En outre, depuis mon adolescence, je suis au contact de personnes plus ou moins à l’aise financièrement. Il y a, parmi mes amis, des personnes qui gagnent bien leur vie et d’autres qui bénéficient des minima sociaux.

Le but de cet article n’est ni de me moquer d’une situation dramatique ni de vous inciter à devenir pauvre. Je ne proposerai pas non plus de solutions politiques face à la pauvreté. Cette dernière est un mal qu’il faut combattre et je laisse les citoyens de différentes couleurs politiques débattre sur les mesures à prendre pour avancer en la matière. Mais lorsque ce mal vous tombe dessus et qu’il est difficile de lui faire face, comment l’accueillir ? En cette période de crise, nous sommes malheureusement nombreux à nous paupériser. Nous sommes tous humains et la tentation du découragement est toujours là. Mais ne nous laissons pas abattre ; osons regarder les lueurs d’espoir et autres aspects positifs qui peuvent se dégager de ce nuage sombre…

La pauvreté vous rend plus humble

J’ai la chance d’avoir grandi dans un milieu plutôt favorisé, même si j’ai été confronté à la pauvreté assez tôt. Lorsque j’étais étudiant, je me souviens avoir parlé à Christophe, une personne qui faisait la manche devant une église. Croyant bien faire, je lui ai dit : « Il faut chercher du travail ! » Il m’a répondu, blessé : « Arrêtez de me faire la morale ! » N’ayant pas encore connu la pauvreté, j’étais incapable de me mettre à la place de celui qui en souffre. Quelques années après, je venais de subir un cuisant échec professionnel et j’étais au chômage. J’ai revu Christophe et lui ai parlé de manière plus respectueuse. J’ai pu le traiter d’égal à égal, puisque nous étions tous les deux dans la même galère. Sur un ton bienveillant, il m’a dit : « Tes parents peuvent t’aider. » Et il avait raison, lui qui avait été chassé de chez lui à l’âge de 13 ans.

À cette époque, je commençais à effectuer des maraudes avec ce qui allait devenir l’Oratoire Bienheureux Noël Pinot. Nous allions à la rencontre des personnes de la rue sans rien leur apporter, mais juste pour leur parler de Jésus. Vous vous doutez bien qu’elles étaient plus ou moins réceptives à notre discours d’évangélisation. En effet, quand un SDF n’apprécie pas votre approche, il n’y va généralement pas par quatre chemins pour vous le dire. 😉 Je me souviens aussi qu’en arrivant à l’arrêt de tram qui surplombe la gare, nous cherchions des personnes de la rue avec qui aborder le sujet de la foi. Quelqu’un nous a demandé : « Les gars, vous cherchez quelque chose ? » Nous recherchions plutôt quelqu’un, et nous n’osions pas trop expliquer notre démarche, qui eût paru étrange à notre interlocuteur. Celui-ci a donc interprété à sa manière notre attitude : « Vous cherchez du matos ? » « Non, absolument pas, mais on peut te parler de Jésus ! » Et nous voilà lancés dans une conversation métaphysique avec un dealer professionnel… À la fin de la discussion, nous lui avons demandé son nom pour pouvoir prier pour lui. De crainte que nous le dénoncions, il nous a donné son pseudonyme. Nous avons donc prié pour Jo la Douille.

Bref, ces premières maraudes ont été très enrichissantes. Si j’ai pu m’entretenir fraternellement avec ces personnes, c’est parce que je traînais mes propres misères. À cette époque, j’étais étiqueté comme un chômeur, un dépressif et un raté. J’étais tombé de mon orgueil et les souffrances de la vie m’avaient rendu plus humble. Et, croyez-moi, l’humilité est une vraie richesse ! Si vous fraternisez avec les personnes en situation de précarité, elles pourront vous aider le jour où vous aurez besoin d’elles.

La pauvreté vous rend plus sensible à la souffrance des autres

L’été dernier, j’ai terminé le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle que j’avais commencé en 2012. Ayant subi quelques difficultés financières lors de ma pérégrination, j’ai dû me serrer la ceinture pendant quelques jours et j’ai décidé de mendier dans la ville de León. Assis dans un coin de la Plaza Mayor le jour du marché, je disais juste ˝¡Hola!˝ aux passants, sans avoir l’intention de demander de l’argent de manière insistante. Presque tout le monde a détourné le regard et personne ne m’a rien donné. Seule une femme m’a poliment répondu ˝¡Hola!˝, ce qui m’a vraiment réchauffé le cœur. Je me demandais ce que les personnes qui m’ignoraient pouvaient penser de moi : « Ce fainéant n’a qu’à aller bosser ! » ou « Qu’il n’aille pas acheter ses bières et son shit avec mon argent ! » Au bout d’une heure, je suis parti, affligé d’avoir été traité comme un pestiféré. Ainsi, j’ai pu expérimenter ce que certaines personnes subissent toute leur vie à longueur de journée. Ce verset biblique me semble maintenant tout à fait concret : « Penche l’oreille vers le pauvre, et réponds avec douceur à son salut de paix. » (Ecclésiastique 4, 8)[1]

Tant qu’on n’a jamais fait la manche, on ne peut pas savoir ce que ça fait. Cette expérience m’a fait comprendre pourquoi certains mendiants sont souvent de mauvaise humeur. Quand vous subissez cela toute votre vie, il y a vraiment de quoi vous plomber le moral ! Alors, uniquement car je suis devenu riche de cette expérience, j’ai décidé de ne plus jamais ignorer une personne qui me demande une pièce ou autre chose. Même si je ne donne rien, je peux toujours décliner poliment et avec le sourire. 😊

La pauvreté vous permet de moins polluer

Quand vous vous inquiétez pour la fin du mois, vous faites des économies qui peuvent être bonnes pour l’environnement : vous utilisez vos pieds plutôt que la voiture, vous roulez moins vite pour économiser du carburant, vous consommez l’électricité et le gaz de manière raisonnée, vous n’achetez que ce dont vous avez vraiment besoin, vous fermez le robinet quand vous vous brossez les dents… Autant de gestes qui sont bons pour la planète ! 😊 En revanche, plus votre budget est réduit, moins vous pourrez consommer des produits de haute qualité environnementale. Mais à titre personnel, même quand je gagnais 800 € par mois, j’arrivais à consommer en respectant à peu près mes convictions en la matière, car je faisais des économies sur d’autres choses. Par exemple, les efforts que je faisais pour consommer moins de carburant lorsque j’étais obligé de prendre la voiture ont eu d’importantes répercussions sur mon pouvoir d’achat. Plus d’informations sur ce lien.

En effet, fournir des efforts en matière d’écologie est à la portée de tous, quels que soient nos revenus. Tout est une question de priorité. Et vous, pensez-vous que le respect de notre écosystème et la survie de l’espèce humaine soient une question prioritaire ?

La pauvreté peut vous permettre de développer des compétences en mathématiques et en gestion

Plusieurs fois, j’ai remarqué que des personnes qui vivent de mendicité sont des génies en matière de calcul mental. En effet, ces personnes comptent en permanence. De même, quand votre budget est serré, vous calculez pour savoir ce que vous avez les moyens d’acheter ou non, vous comparez les prix, vous raisonnez pour savoir comment vous pourrez maximiser votre pouvoir d’achat avec le peu que vous avez. Dans les grandes surfaces, vous chasserez les promotions, tout en évitant de vous faire avoir. Par exemple, si un article affiche 20 % de réduction, je prends le temps de calculer de tête pour savoir si c’est vraiment moins cher que l’article similaire d’une marque différente qui se trouve à côté. Cette gymnastique intellectuelle prend un certain temps, mais quand j’ai pu désamorcer une arnaque de cette façon, je suis fier de présenter à la caisse ce qui est vraiment à mon avantage.

Comme toute gestion de crise, la pauvreté vous oblige à prendre de bonnes décisions, à vous centrer sur vos priorités et parfois à changer radicalement la manière dont vous gérez votre budget. Cela vous permet donc de développer des compétences utiles et d’améliorer les circuits neuronaux relatifs à la prise de décisions. Cela vous rend certainement créatif en mettant à votre disposition de nombreuses ressources à utiliser en cas d’alerte rouge.

La pauvreté peut nous rendre plus forts et nous apprendre à nous battre

Après mon gros échec professionnel, j’ai repris des études pour m’engager dans un métier où il est difficile de trouver du travail. Cette situation était angoissante, même si je n’étais pas à plaindre d’un point de vue matériel. En effet, mon allocation chômage me permettait de vivre avec bien plus de moyens que la plupart des étudiants. Néanmoins, cette peur de manquer à l’avenir était éprouvante. D’après Paulo Coelho, « la crainte de la souffrance est pire que la souffrance elle-même ». Je l’ai vécu dans ma chair. Lorsque j’ai commencé ce métier où il était difficile de trouver sa place, ce n’était effectivement pas facile. C’était même beaucoup plus compliqué que je ne l’aurais imaginé. Mais cela m’obligeait à me battre, à avancer, le nez dans le guidon, sans me poser de questions. Quand ce n’est pas la première galère, on sait comment se battre. Il y a moins d’un an, il m’est arrivé à deux reprises de devoir faire face à des baisses de pouvoir d’achat subites et inattendues. J’ai pris ces situations comme des défis, j’ai immédiatement réfléchi à la manière dont je pouvais faire face et j’ai pu m’en sortir largement vainqueur.

Par exemple, quand j’ai appris, à Sahagún, qu’il me restait juste de quoi payer mon loyer et que je devrais me serrer la ceinture en poursuivant mon pèlerinage vers Compostelle, j’ai vécu comme une aventure de plus le fait de devoir dormir à la belle étoile et me laver dans les canaux d’irrigation. Lorsque j’ai décidé que j’allais faire la manche une fois arrivé à León, j’ai pris cela comme une expérience qui serait formatrice. Certes, la misère n’est pas un jeu et j’espère ne choquer personne avec ces propos. Ayant l’assurance d’avoir du travail en septembre, j’étais dans une situation beaucoup moins angoissante que les personnes qui subissent une précarité durable. Mais si j’avais connu la même galère quelques années plus tôt, j’aurais vraiment paniqué. Les différentes expériences de pauvreté que j’avais subies auparavant m’avaient rendu plus fort et j’ai pu faire face à cette situation la tête haute.

La pauvreté peut vous protéger face à certaines personnes malintentionnées

Pendant plusieurs années, j’ai vécu dans un immeuble très défavorisé. La plupart de mes voisins étaient bénéficiaires du RSA, avaient de gros problèmes d’addictions diverses et variées et avaient connu la prison. L’immeuble était dans un piteux état. Nous avons d’ailleurs été relogés pour qu’il soit détruit. Dans la rue adjacente, des personnes d’un autre niveau de vie habitaient dans des pavillons. Le long de ces maisons, leurs belles voitures étaient souvent incendiées. En revanche, sur le parking en face de mon immeuble, aucun problème de ce type ne se produisait. Il était souvent vide car la plupart de mes voisins n’avaient pas ou plus le permis de conduire. Les rares conducteurs parmi nous avaient de vieilles voitures en adéquation avec notre budget. Et surtout, les brûleurs d’automobiles avaient bien conscience que tout se sait dans un bâtiment comme le nôtre. Tout le monde savait aussi que les riverains n’étaient pas commodes et qu’il valait mieux éviter d’avoir des problèmes avec eux.

En règle générale, si vous avez un vieux tacot, il a moins de risques de se faire incendier qu’une belle voiture. De même, si vous vous habillez modestement, vous ne vous ferez pas braquer dans la rue. Au Moyen Âge, les communautés juives d’Europe utilisaient cette technique de survie. Soupçonnés de rouler sur l’or, les Israélites ne montraient aucun signe extérieur de richesse pour éviter les pogroms et autres agressions antisémites. Dans la même logique, si vous n’avez aucun objet de valeur chez vous, les cambrioleurs seront moins intéressés par votre logement que par une belle demeure.

Enfin, face aux commerciaux sans scrupules et autres arnaqueurs, la pauvreté vous protège. Si vous avez un caractère à vous faire avoir facilement, il est plus facile de refuser quand on n’a pas le budget qui permettrait d’accepter avec une confiance aveugle.

Nous sommes d’accord que la pauvreté reste un mal à combattre. Mais ce mal peut vous protéger contre sa propre aggravation…

La pauvreté vous permet de vous remettre dans les mains de Dieu

Quand on est pauvre, on est plus sensible à la souffrance des autres. On voudrait donc être riche pour pouvoir les aider matériellement. Faute de pouvoir donner aux plus démunis, on peut donc offrir sa pauvreté à Dieu pour telle personne ou telle cause. Le Dieu des chrétiens est un Dieu d’amour. Il ne veut jamais le mal, qui est, d’après nos croyances, l’œuvre du diable. Mais d’un grand mal, Dieu peut tirer un plus grand bien si nous mettons notre confiance en Lui. Ainsi, toute offrande, aussi modeste soit-elle, est d’une grande valeur aux yeux de Dieu. Jésus montre l’exemple en offrant Sa Passion et Sa mort pour nous sauver. Dieu souffre avec nous et nous rejoint dans notre pauvreté. Mais s’Il le fait, ce n’est pas pour en rester à ce constat déprimant. Jésus offre Sa mort pour communier à nos souffrances, puis Il ressuscite pour que nous ayons la Vie en plénitude. 😊 Dieu nous aime. Il ne fait pas de différence entre les riches et les pauvres. Aux yeux du Seigneur, la modeste offrande d’une personne en situation de précarité vaut autant, sinon plus, que les millions versés par un footballeur professionnel à une association humanitaire. Jésus Lui-même nous le dit très clairement :

« Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : ˝Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre.˝ » (Mc 12, 41-44)

En somme, pourquoi faire l’éloge de la pauvreté ? Cette dernière reste un mal à combattre. Quand elle nous tombe dessus, ne nous laissons pas abattre ! Battons-nous pour nous en sortir tout en voyant les aspects positifs qui peuvent se dégager de cette situation dramatique ! 😊

Jean O’Creisren


[1] Sur ce blog, les citations bibliques sont tirées du site de l’AELF.


Vous aussi, vous vous sentez proche des plus pauvres ?

Vous aimerez :

Quel est le sens de Noël ?

« Alí el magrebí » de Ska-P (paroles en français)

On récolte ce que l’on sème…

« El Olvidado » de Ska-P (paroles en français)

Bx Noël Pinot : quel exemple pour nous aujourd’hui ?

Envie d’acheter des vêtements durables ?

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Faut-il légaliser l’euthanasie et le suicide assisté ?

Une rencontre incroyable sur le chemin de Compostelle

Cet été, j’ai marché de Burgos à Saint-Jacques-de-Compostelle. Pendant trois semaines, j’ai cheminé tous les jours, depuis les plaines infernales de Castille jusqu’aux montagnes pluvieuses de Galice. En sortant de Carrión de los Condes (province de Palencia), j’ai rencontré une personne incroyable.

Image par xtberlin de Pixabay 

Ce jour-là correspondait à l’une des étapes les plus difficiles du Camino. En effet, entre Carrión et le village suivant, il n’y a rien, sauf des champs de céréales parsemés de rares arbres et le soleil qui cogne dur, pendant 17 kilomètres.

Parmi mes nombreux défauts, je suis entre autres dépendant à la caféine. Et comme j’étais sorti très tôt de Carrión, aucun bar n’était ouvert. Le seul petit-déjeuner que j’avais pu prendre était un sac de cacahuètes, que m’avait gentiment donné Jérôme, un autre pèlerin français.

Après avoir marché environ 8 kilomètres, nous nous sommes assis sur une aire de repos. J’étais épuisé et je savais pourquoi : j’étais en manque. J’ai alors dit à mon compagnon de route qu’il pouvait poursuivre son chemin s’il le souhaitait, car j’allais me coucher sur l’herbe pour dormir.

Sur cette aire, un Espagnol se promenait à vélo. Il nous a salués. J’en ai profité pour lui demander s’il y avait un bar à proximité. Il m’a répondu que non, mais m’a dit qu’il était hospitalier. Il m’a donc proposé de l’attendre, le temps qu’il fasse un aller-retour sur Carrión de los Condes afin de m’apporter du café. Fernando Santos Urbaneja travaille à Cordoue. Néanmoins, pendant l’été, il revient dans sa Castille natale pour veiller sur les pèlerins. Quand il était petit, le chemin de Compostelle n’était pas aussi bien balisé et les auberges étaient plus rares. Sa mère lui enseignait que le pèlerin est un être sacré. Sur le paysage tout plat de la Meseta, il voyait arriver de loin ces voyageurs et allait à leur rencontre pour les conduire vers le logis familial. Aujourd’hui, sa mère est très âgée et il a repris le flambeau.

Il est revenu me voir au bout d’une heure. Jérôme était déjà parti. Un pèlerin italien nommé Luca s’était arrêté et nous discutions ensemble. Fernando m’apporta du café, mais aussi beaucoup de biscuits et une clé USB. En effet, en parallèle de ses études de droit, il suivait des cours de chant et de guitare au conservatoire de Valladolid. L’appareil, que j’ai lu dès mon retour en France, regorge de trésors sur le chemin de Compostelle : des liens vers des vidéos de concerts, des partitions et autres trouvailles… Eh oui, mon bienfaiteur n’est pas seulement procureur, mais aussi troubadour ! Il compose, joue et chante de belles chansons sur le Camino et sur d’autres thématiques.

Pour moi, sa plus belle chanson est la Bénédiction des pèlerins. Écoutez-la ; ça vaut vraiment le coup ! Il s’agit d’un sujet religieux, mais tout le monde peut apprécier le son relaxant de la voix d’or du chanteur.

Vous pourrez découvrir d’autres chansons sur son blog et sur sa chaîne YouTube.

Outre son rôle de troubadour et son métier, Fernando est écrivain. Pour plus d’informations à ce sujet, vous pouvez regarder cette vidéo :

Enfin, je vous propose d’assister au spectacle suivant, où vous pourrez vous délecter de sons, de mots et d’images magnifiques sur le Chemin de Compostelle :

Ultreïa !

Dieu vous bénisse !

Jean O’Creisren

Image par guillermo gavilla de Pixabay 

Envie de relire cet article en espagnol ?

Vous pourrez le parcourir sur ce lien.


Vous aussi, vous êtes fan du Bon Dieu ?

Vous aimerez :

Mon corps sous le regard de Dieu

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Espérer l’inespéré

L’argot des cathos

Quel est le sens de Noël ?

Bx Noël Pinot : quel exemple pour nous aujourd’hui ?

Des arguments pour évangéliser

On récolte ce que l’on sème…

Don des langues : le point de vue d’un linguiste sur la Pentecôte

Le pouvoir de l’amour

Une rencontre incroyable sur le chemin de Compostelle

Qu’est-ce que la liberté ?

On récolte ce que l’on sème…

Un beau matin, une femme bien habillée s’arrêta devant un homme délaissé, qui leva les yeux lentement… et regarda franchement cette femme qui paraissait habituée aux bonnes choses. Son manteau était neuf. Il semblait qu’elle n’avait jamais manqué un repas de toute sa vie. La première pensée de cet homme fut : « Elle veut seulement se moquer de moi ». Tant d’autres l’avaient fait…

– S’il vous plaît, laissez-moi tranquille ! grogna l’indigent.

À sa surprise, la femme resta face à lui. Elle souriait, ses dents blanches renvoyaient des éclats éblouissants.

– As-tu faim ? lui demanda-t-elle.

– Non, répondit-il sarcastiquement, je reviens tout juste d’un dîner avec le Président… Maintenant, va-t-en !

Le sourire de la femme se fit plus grand encore. Soudain, l’homme sentit une main douce sous son bras.

– Que faites-vous, madame ? demanda l’homme, irrité. Je vous dis de me laisser tranquille !!! 

Juste à ce moment-là, un policier s’approcha.

– Il y a un problème, madame ? demanda l’agent.

– Il n’y a aucun problème, officier, répondit la femme. Je suis juste en train de l’aider à se lever. Voulez-vous me donner un coup de main ?

L’officier se gratta la tête.

– Bien sûr ! Ces dernières années, le Vieux Juan n’a pas arrêté de nous gêner par ici. Que lui voulez-vous ? demanda-t-il.

– Vous voyez la cafétéria, là-bas ? demanda-t-elle. Je vais lui donner quelque chose à manger et le sortir du froid un petit instant.

– Êtes-vous folle, madame ? résista le pauvre laissé-pour-compte. Je ne veux pas y aller !

Il sentit alors deux mains fortes qui le saisirent par les bras et le soulevèrent.

– Laissez-moi partir, officier ! Je n’ai rien fait…

– Allons, mon vieux, c’est une bonne opportunité pour toi ! lui susurra le policier à l’oreille.

Finalement, et non sans difficulté, la femme et l’agent de police emmenèrent le Vieux Juan à la cafétéria et l’assirent à une table dans un coin de la salle. Il était presque midi, la plupart des gens avait déjà pris leur encas du matin et le groupe du déjeuner n’était pas encore arrivé.

Le gérant s’approcha et leur demanda :

– Qu’est ce qui se passe, officier ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Cet homme a un problème ?

– Cette dame l’a amené ici pour qu’il mange quelque chose, répondit le policier.

– Oh, non ! Pas ici ! répondit le gérant en colère. Avoir quelqu’un comme ça ici, c’est mauvais pour mon commerce !!!

Le Vieux Juan esquissa un sourire presque édenté.

– Madame, je vous l’avais dit. Maintenant, allez-vous enfin me laisser partir ? Moi, je ne voulais pas venir ici depuis le début…

La femme s’adressa au gérant de la cafétéria et sourit.

– Monsieur, connaissez-vous Hernández y Asociados, la banque qui est à deux rues d’ici ?

– Bien sûr que je les connais, répondit-il avec impatience, leurs réunions hebdomadaires ont lieu dans l’une de mes salles de banquets. 

– Et vous gagnez beaucoup d’argent en les nourrissant lors de ces réunions hebdomadaires ? 

– Et en quoi ça vous regarde ?

– Moi, monsieur, je suis Penélope Hernández, présidente et propriétaire de cette société.

– Oh, pardon !!! s’écria le gérant.

La femme sourit à nouveau.

– Je pensais bien que ça pouvait faire la différence et changer votre attitude.

Elle s’adressa au policier, qui essayait tant bien que mal de réprimer un éclat de rire :

– Voulez-vous prendre une tasse de café avec nous, ou peut-être un repas, monsieur l’agent ?

– Non, merci, madame, répliqua l’officier. Je suis de service.

– Alors peut-être une tasse de café à emporter ?

– Oui, madame. Ce serait mieux.

Le gérant de la cafétéria tourna sur ses talons, comme s’il eût reçu un ordre.

– Je vous apporte un café immédiatement, monsieur l’agent !

L’officier le vit s’éloigner et livra sa pensée.

– Vous l’avez bien remis à sa place, dit-il.

– Ce n’était pas mon intention, répondit la dame. Que vous le croyiez ou non, j’ai une bonne raison de faire tout cela.

Elle s’assit à table, face à son invité. Elle le regarda fixement.

– Juan, te souviens-tu de moi ?

Le Vieux Juan regarda le visage de son hôte de ses yeux chassieux.

– Je crois que oui. Enfin, vous me dites quelque chose…

– Regarde, Juan, peut-être suis-je un peu plus grande, mais regarde-moi bien, dit la dame. Peut-être me vois-tu plus enrobée maintenant, mais quand tu travaillais ici, il y a de nombreuses années, j’y suis venue une fois, par cette même porte, morte de faim et de froid. 

Quelques larmes coulèrent sur ses joues.

– Madame ? interrogea l’agent. Il ne pouvait pas croire ce à quoi il assistait, ni même penser que cette femme eût pu connaître la faim.

– Je venais d’être diplômée de l’université de ma région, commenta-t-elle. J’étais arrivée dans cette ville à la recherche d’un emploi, mais je ne trouvais rien.

La voix brisée, elle poursuivit :

– Mais quand il ne me restait plus que mes derniers centimes et qu’on m’avait expulsée de mon appartement, je déambulais dans les rues. C’était en février, il faisait froid et j’étais presque morte de faim. Alors j’ai vu cet endroit et je suis entrée avec l’infime espoir de pouvoir obtenir quelque chose à manger.

Les yeux baignés de larmes, la femme continua à parler :

– Juan m’a reçue avec un sourire.

– Maintenant, je me souviens, dit Juan. J’étais de service, derrière le comptoir. Vous vous êtes approchée et vous m’avez demandé si vous pouviez travailler en échange de quelque chose à manger.

– Tu m’as dit que ce n’était pas conforme à la politique de la maison, continua la femme. Alors, tu m’as fait le sandwich à la viande, le plus gros que j’avais jamais vu… Tu m’as donné une tasse de café et je suis allée dans un coin pour profiter de ma nourriture. J’avais peur que tu t’attires des ennuis. Ensuite, quand je t’ai vu payer de ta poche le prix du repas dans la caisse, alors j’ai su que tout allait bien se passer.

– Alors, vous avez monté votre propre entreprise ? demanda le Vieux Juan.

– Oui, j’ai trouvé du travail le jour même. J’ai travaillé très dur, et j’ai gravi les échelons avec l’aide de Dieu, mon Père. Plus tard, j’ai monté ma propre entreprise, qui a prospéré, avec l’aide de Dieu.

Elle ouvrit son sac à main et sortit une carte de visite.

– Quand tu auras terminé, je veux que tu ailles faire une visite à monsieur Martínez. C’est le DRH de mon entreprise. J’irai lui parler et je suis sûre qu’il te trouvera quelque chose à faire au bureau.

Elle sourit.

– Je crois même que je pourrais t’avancer de l’argent, suffisamment pour que tu puisses t’acheter un peu de vêtements et trouver un endroit où vivre jusqu’à ce que tu retrouves une vie stable. Si une fois ou l’autre, tu as besoin de quelque chose, ma porte est toujours ouverte pour toi, Juan. 

Il y eut des larmes dans les yeux du vieillard.

– Comment puis-je vous remercier ? demanda-t-il.

– Ne me remercie pas, répondit la femme. Rends gloire à Dieu. C’est Lui qui m’a amenée jusqu’à toi.

Hors de la cafétéria, l’agent et la femme s’arrêtèrent et, avant de s’en aller chacun de son côté, ils échangèrent :

– Merci pour toute votre aide, officier, dit madame Hernández.

– Au contraire, répondit l’agent, merci à vous ! Aujourd’hui, j’ai vu un miracle, quelque chose que je n’oublierai jamais. Et… et merci pour le café !

Que Dieu te bénisse toujours ! Et n’oublies pas que, quand tu lances ton pain sur l’eau, tu ne sais jamais quand tu le retrouveras… Dieu est si grand qu’Il peut abriter tout le monde de Son amour. Et en même temps, Il est assez petit pour entrer dans ton cœur.

Quand Dieu t’emmène au bord de la falaise, aie pleinement confiance en Lui et laisse-toi porter ! Seulement l’une de ces deux choses se passera : soit Il te soutiendra dans ta chute, soit Il t’apprendra à voler !

(…)

D’après une chaîne de prière en espagnol reçue par courriel. Source inconnue.

Titre original : « Uno cosecha lo que siembra ».

Traduction : Jean O’Creisren

Image par J Garget de Pixabay


Vous aussi, vous aimez les belles histoires ?

Vous aimerez :

Le pouvoir de l’amour

La fable de la fougère et du bambou, à lire dans les moments difficiles

Terra Botanica


Vous aussi, vous vous sentez proche des plus pauvres ?

Vous aimerez :

Quel est le sens de Noël ?

« Alí el magrebí » de Ska-P (paroles en français)

« El Olvidado » de Ska-P (paroles en français)

Bx Noël Pinot : quel exemple pour nous aujourd’hui ?

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?


Vous aussi, vous êtes fan du Bon Dieu ?

Vous aimerez :

Mon corps sous le regard de Dieu

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Espérer l’inespéré

Je cherche la représentation du Christ

L’argot des cathos

Quel est le sens de Noël ?

Bx Noël Pinot : quel exemple pour nous aujourd’hui ?

Des arguments pour évangéliser

Bx Noël Pinot : quel exemple pour nous aujourd’hui ?

En 1794, un prêtre réfractaire est guillotiné à Angers. Dans ce diocèse en partie ravagé par les guerres de Vendée, le bienheureux Noël Pinot est vénéré en tant que martyr local. Son sacrifice couronne une vie toute donnée au service des autres. Mais en quoi l’exemple de cet homme mort il y a plus de 200 ans peut nous parler aujourd’hui ?

Qui était Noël Pinot ?

Né à Angers en 1747, Noël est le dernier enfant d’une famille nombreuse. À 18 ans, il entre au grand séminaire et est ordonné prêtre cinq ans plus tard, en 1770. Après onze ans comme vicaire de diverses paroisses, il est nommé aumônier des incurables d’Angers. Au chevet des malades, il montre un dévouement exemplaire et tout le monde l’apprécie.

En parallèle de ce service, il poursuit ses études à l’université afin de pouvoir être nommé curé. Une fois diplômé, il est envoyé dans la paroisse du Louroux-Béconnais, à l’ouest d’Angers, en 1788. Il y montre une attention particulière pour les pauvres, parfois jusqu’à se priver de la nourriture et du linge dont il a besoin. « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres. Car tous ceux-là, pour faire leur offrande, ont pris sur leur superflu mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre » (Lc 21, 3-4). Ce que Jésus a dit de cette veuve dans ce passage de l’Évangile de Luc, il aurait pu le dire de Noël Pinot.

En 1789, la Révolution éclate. Au début, l’abbé Pinot se montre plutôt favorable à ce changement car il promet de sortir les plus démunis de la misère. Mais lorsqu’est promulguée la Constitution civile du clergé, le curé du Louroux s’y oppose. En effet, cette loi oblige l’Église à se soumettre à l’État. Les clercs deviendront des fonctionnaires. Les évêques ne seront plus nommés par le Pape, mais élus par tous les citoyens, qu’ils soient catholiques ou non. En ce sens, les prêtres qui s’opposent à ce texte peuvent être considérés comme des défenseurs de la laïcité. Ils entendent séparer l’Église et l’État. Ces prêtres dits « réfractaires » sont nombreux dans l’Ouest. Ils refusent de prêter serment à la Constitution pour rester fidèles au Pape. En 1791, Noël Pinot explique ce refus dans une homélie et est arrêté.

Après deux ans de prison à Baupréau, dans le sud du Maine-et-Loire, il voit le vent tourner. Les guerres de Vendée éclatent. Des paysans se révoltent contre la République, notamment pour défendre les prêtres réfractaires. Libéré par les rebelles, Noël retourne donc dans sa paroisse, où il devra célébrer dans la clandestinité. En effet, un prêtre fidèle à la Révolution a été nommé à sa place et l’abbé Pinot devra se cacher chez des paroissiens.

Au fil du conflit, les Vendéens enchaînent défaite sur défaite. Noël est en danger, mais il tient à rester auprès de ses ouailles. Les soldats le recherchent mais ses amis prennent des risques pour qu’il puisse rester dans la région.

Finalement, il est dénoncé en février 1794 et arrêté au hameau de La Milandrie. Emmené à Angers, il ne dénonce aucune des personnes qui l’ont aidé. Son juge est un prêtre défroqué. Celui-ci condamne à mort le prisonnier et lui propose de monter à l’échafaud vêtu de ses habits liturgiques. Est-ce par provocation ou pour lui faire honneur ? Nul ne le sait. Quoi qu’il en soit, Noël accepte avec joie. C’est donc en tenue de célébrant qu’il marche vers la guillotine, le vendredi 21 février 1794, vers trois heures de l’après-midi. Il aurait alors prononcé les premiers mots de la messe en rite tridentin : « Introibo at altare Dei »[1]. Son martyre est ainsi associé à celui de Jésus sur la croix.

Le 31 octobre 1926, le Pape Pie XI béatifie Noël Pinot. En tant que bienheureux, il peut recevoir un culte public uniquement au sein du diocèse d’Angers.

Que nous dit aujourd’hui la vie de Noël Pinot ?

Il existe de nombreuses manières d’être saint. Chacun peut l’être à sa façon. Ceux que l’Église a reconnus comme tels ont vécu l’Évangile de manière héroïque et/ou sont morts pour leur foi. Leurs vies sont des témoignages, mais le seul exemple que nous devons imiter reste le Christ.

Quel témoignage nous apporte la vie du bienheureux Noël Pinot ?

Tout d’abord, sa vie de prêtre est déjà un don et un sacrifice. Il n’a pas eu peur de se mettre radicalement au service des pauvres et des malades. À sa suite, n’hésitons pas à nous retrousser les manches, à donner même de notre nécessaire à ceux qui n’ont rien ! Il existe mille et une façons de s’investir. Aller discuter avec les personnes qui font la manche, éventuellement leur donner de l’argent ou de la nourriture si nous sommes à l’aise avec ces manières de procéder. Nous pouvons aussi soutenir des associations sérieuses qui viennent en aide aux plus démunis. C’est notamment le cas du Secours Catholique ou de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Mais donner ne se résume pas à ce qui est matériel. Nous pouvons donner notre temps, nos compétences, notre prière, notre sourire. 😊

Enfin, Noël Pinot a subi le martyre parce qu’il voulait rester fidèle au Christ. Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens sont encore persécutés dans de nombreux pays. Que faisons-nous pour eux ? Plusieurs associations, comme l’Aide à l’Église en Détresse, œuvrent à leurs côtés. Là aussi, nous pouvons donner de notre temps, de notre argent, de nos compétences et/ou tout simplement notre prière pour aider nos frères et sœurs dans la foi ! Eux aussi nous tendraient la main si nous étions à leur place.

À la suite du curé du Louroux, une dizaine de fidèles, clercs et laïcs, sont engagés au sein de l’Oratoire bienheureux Noël Pinot. De sensibilités ecclésiales diverses, ils ont en commun une fibre sociale et une attention aux plus pauvres. Dans leur vie personnelle, professionnelle et/ou associative, ils viennent en aide à différentes personnes en difficulté : Roms, migrants, personnes souffrant d’addictions, SDF, personnes âgées, personnes en situation de handicap… Reconnue à la fois par l’Église et par l’État, cette association marche à la suite du Christ et du bienheureux. Pauvres au milieu des pauvres, ses membres aspirent à annoncer l’Évangile aux personnes qui se trouvent en marge de la société.

Et nous ? Que faisons-nous pour nos frères et sœurs en difficulté ? Prenons-nous le temps de vivre l’Évangile dans une charité radicale ? Écoutons-nous celui qui a dit : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres »[2] ?

Bienheureux Noël Pinot, intercédez pour que nous sachions imiter Jésus !

Jean O’Creisren

Crédits image : Fraternité de l’Oratoire Bienheureux Noël Pinot.


[1] « Je monte à l’autel de Dieu »

[2] Jn 13, 35


Vous avez aimé cet article sur le bienheureux Noël Pinot ?

Vous pouvez le relire en espagnol sur ce lien.


Vous aussi, vous aimez réfléchir sur des thèmes profonds ?

Vous aimerez :

Mon corps sous le regard de Dieu

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Espérer l’inespéré

Je cherche la représentation du Christ

Quel est le sens de Noël ?

Des arguments pour évangéliser

Don des langues : le point de vue d’un linguiste sur la Pentecôte

On récolte ce que l’on sème…


Vous aussi, vous vous sentez proche des plus pauvres ?

Vous aimerez :

Quel est le sens de Noël ?

« Alí el magrebí » (paroles en français)

« El Olvidado » (paroles en français)

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

On récolte ce que l’on sème…


Vous aussi, vous aimez l’Anjou ?

Vous aimerez :

Parlez-vous angevin ?

Photos du château d’Angers

Photos de l’étang Saint-Nicolas