Écologie : à quoi ressemblerait réellement une Nouvelle donne verte visant à inventer une économie mondiale post-pandémie ?

La pandémie de Covid-19 a fait subir à l’économie mondiale le plus gros choc enregistré à l’époque contemporaine. Le travail de reconstruction à mener dans le sillage de ce désastre prendra des proportions épiques. Or, ce chantier massif arrive à un moment où les analystes, les économistes et les activistes sur toute la surface du globe exhortaient déjà à un changement fondamental de la configuration de nos systèmes économiques pour gérer la crise mondiale causée par le réchauffement climatique.

Presque tout le monde reconnaît que nous devons avant tout décarboner nos économies et mettre un terme à notre utilisation de combustibles fossiles au XXIe siècle. Cela nous permettra d’éviter la fuite en avant ainsi qu’un réchauffement planétaire catastrophique. C’est là ce dont ont convenu les dirigeants qui représentaient presque tous les États-nations du monde en signant l’Accord de Paris sur le climat en 2015.

À quoi ressemblerait réellement une Nouvelle donne verte visant à inventer une économie mondiale post-pandémie ?

À l’instar du New Deal pensé dans les années 1930 par Franklin D. Roosevelt pour faire face à la Grande dépression, cette Nouvelle donne verte offrirait parmi ses principaux avantages sociaux une création d’emploi. Dans le monde entier, le chômage a explosé du fait de la crise actuelle. L’Organisation internationale du Travail estime qu’en 2020, on compte 8,8 % d’heures travaillées en moins à l’échelle mondiale par rapport à 2019, soit l’équivalent de 255 millions de postes à temps plein. Et, par un heureux concours de circonstances, la production d’énergies renouvelables est (du moins pour l’instant) plus « créatrice d’emploi » que les combustibles fossiles. Cela suggère que cette transition devrait stimuler le marché du travail d’une manière générale. Un programme massif d’isolation de millions de bâtiments et de rénovation de milliards de logements avec des systèmes de chauffage à émissions de carbone faibles ou nulles (comme les pompes à chaleur aérothermiques ou les chaudières électriques) serait également une source de nouvelles embauches et de nouveaux revenus pour les travailleurs.

Une Nouvelle donne verte obligerait les États à abandonner toutes les subventions liées aux énergies fossiles qui sont encore versées aux entreprises et aux ménages. Elle nécessiterait également qu’ils taxent davantage les activités fortement émettrices de carbone, comme le transport aérien et les voitures à essence ou au gazole. En se positionnant de la sorte, un certain nombre d’États seront confrontés à une forte résistance de la part de différents lobbies. Pour contrecarrer cet effort de lobbying et gagner la bataille de l’opinion publique, les systèmes étatiques devront prendre des mesures rapides et décisives afin de soutenir le revenu des ménages au travers de la transition énergétique, par la redistribution aux consommateurs les moins favorisés des recettes générées par les taxes sur le carbone. En effet, ces agents économiques sont frappés par l’augmentation du coût de la vie […].

Source : extraits de “What would a ‘Green New Deal’ for a post-pandemic world economy look like?”, The Independent, 10 février 2021, URL : https://www.independent.co.uk/climate-change/news/green-new-deal-world-economy-b1794144.html [consultée le 23 avril 2022]

Texte traduit par Jean O’Creisren


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8 commentaires sur “Écologie : à quoi ressemblerait réellement une Nouvelle donne verte visant à inventer une économie mondiale post-pandémie ?

  1. Merci pour cet article.

    Je pose une question : y a-t-il des sources d’énergie plus acceptables que d’autres sur le plan éthique ?

    L’humanité toute entière s’est déplacée à pieds, à cheval, à dos de chameau ou de dromadaire pendant des millénaires. Les hommes ont utilisé ces mêmes bêtes pour les travaux agricoles et l’énergie du vent et des fleuves pour les moulins. Cette énergie est renouvelable mais peu productive. Le vélo fait son apparition à la fin du XIXe siècle. Qui dit énergie renouvelable à cette époque dit aussi alimentation avec beaucoup moins de calories par habitant, moins variée et avec très peu de viande. Je crois que si ces hommes avait pu choisir entre notre régime alimentaire et le leur, le choix aurait été vite fait.

    Donc tous ceux qui prêchent la décroissance (position philosophique cohérente et tout à fait respectable pour moi) doivent quand même s’interroger sur sa possible mise en application par un grands nombres de personnes prêtes à baisser (volontairement) leur chauffage à16 degrés, à prendre des douches de 5 minutes seulement. La décroissance, finalement, ce serait un peu comme faire rentrer tout les hommes dans l’idéal de pauvreté monastique.

    Sur les énergies fossiles, il faut s’en débarrasser comme la peste le plus vite possible. On pourra en rediscuter dans d’autres commentaires.

    J’en viens maintenant à évoquer l’énergie nucléaire. Elle fournit en France 70 % de l’électricité (on est l’un des pays les plus nucléarisés au monde). Cette source d’énergie émet très peu de CO2, elle a un rendement énergétique bien supérieur aux renouvelables, elle n’est pas intermittente, elle est pilotable facilement (elle peut s’adapter au manque de renouvelable). L’uranium nécessaire pour les réacteurs est très abondant dans le monde entier, le nucléaire se développe (en Chine pour sortir du charbon…).

    En France, si on décidait de sortir du nucléaire et des fossiles en même temps, la production d’énergie pour les ménages et les entreprise serait en chute libre, voire provoquerait des ruptures d’approvisionnement. Cependant, tout le monde connait l’impact des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima et le danger permanent que chaque réacteur fait peser sur la santé humaines en cas d’accident. Pour moi, cette énergie est inacceptable moralement. C’est l’énergie de la science humaine qui se croit toute puissante et capable de dominer la nature (sans risque). Je dirais que c’est l’énergie la plus présomptueuse (donc la plus humaine aussi).

    Cher Jean, partages-tu mon analyse ? Et pour finir, en tant que catholique, ta foi en l’amour de Dieu pour l’humanité te permet-elle de dormir sur tes deux oreilles en ce qui concerne les catastrophes nucléaires (ou les tremblement de terre ou les tsunamis) qui pourraient mettre un terme à la vie humaine sur Terre ?

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    1. Merci pour cette analyse très juste, cher Laurent !

      Concernant la décroissance, je pense que c’est possible et que ne pas l’appliquer relève souvent de l’égoïsme et/ou de la paresse. Après, ma situation financière m’incite fortement à l’appliquer (cf. https://deliresdelinguiste.com/2022/03/17/eloge-de-la-pauvrete/). 😉

      Pour ma part, je suis assez pointilleux sur l’économie d’énergie. J’utilise ma voiture uniquement lorsque c’est nécessaire. Aujourd’hui, j’ai marché des Justices à Belle-Beille, de Belle-Beille à la Roseraie, puis de la Roseraie aux Justices. Trois bonnes heures de marche d’une extrémité d’Angers à une autre ! C’est économique, écologique et bon pour la santé. On peut aussi faire ces trajets à vélo, ce qui est plus rapide, ou prendre les transports en commun. Y aller en voiture me poserait un cas de conscience, et je ne le ferais que si je n’avais pas le temps de faire autrement ou en cas d’intempéries à vous faire choper la crève. Lorsque je suis obligé de prendre ma voiture, je roule en écoconduite radicale, ce qui me permet d’économiser 20 % de carburant par rapport à une écoconduite classique. À ce titre, je t’invite à lire cet article : https://deliresdelinguiste.com/2019/06/28/limitation-a-80-bonne-ou-mauvaise-idee/

      Pour économiser du gaz, on peut fermer les volets la nuit, ce qui garde la chaleur et fait moins tourner la chaudière en hiver. On peut aussi manger froid en été. Ou encore prendre des douches fraîches, ce qui permet d’économiser à la fois l’eau, le gaz et l’électricité.

      Avec la situation géopolitique, les prix du gaz et du pétrole flambent. Si la guerre est un drame révoltant, cette conséquence inflationniste est une excellente nouvelle ! Cela obligera les gens à limiter leurs trajets en voiture, à faire plus de covoiturage et à utiliser davantage les transports en commun.

      En tant que chrétien, il me paraît normal de respecter la création, que Dieu nous a confiée. D’ailleurs, dans son encyclique Laudato Si’, le Pape François dit clairement que polluer est un péché. Après, quand on adhère à la foi chrétienne, on croit aussi à la fin du monde, avec une série de cataclysmes qui détruiront la Terre. Mais on croit aussi à la parousie, c’est à dire le retour du Christ, qui « viendra juger les vivants et les morts » (Credo – Symbole des Apôtres). Cela veut dire que certains ne mourront pas, donc que l’humanité n’aura pas disparu à cause de ces événements apocalyptiques. Les vivants et les ressuscités iront ensuite vivre sur une Terre nouvelle (une autre planète ?) où tout sera enfin parfait. 🙂

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  2. L’écologie est-elle avant tout une affaire de riches ?

    Il faut être honnête : si on vit avec le RSA, qu’on est mère célibataire avec trois enfants en bas âge, la vie est tellement rude que, malheureusement, elle laisse peu de place à la réflexion dans tous les domaines (donc l’écologie également). C’est ce qui explique le très faible attrait du vote écolo en banlieue (les habitant des cités votent en priorité Mélenchon pour son programme social et non pour son programme écologique). Par contre, de plus en plus de grandes métropoles plutôt aisées ou même très aisées sont dirigées par des écolos. C’est d’autant plus paradoxal que les écolos ont un objectif que tout le monde peut comprendre et partager : la préservation de l’environnement (tout le monde est dans le même bateau).

    On peut penser que cet objectif est plus rassembleur que la défense de la stabilité financière et économique (prenons l’exemple de Macron qui s’est mis au service de l’attractivité du pays, avec comme instrument la réforme de l’ISF), ou Mélenchon qui divise les Français entre la caste de privilégiés au service de la finance et les pauvres citoyens sans moyens de se faire entendre. Ou encore Le Pen et Zemmour qui vont séparer les étrangers des citoyens français et les traiter de façon différente.

    Donc, pourquoi l’écologie, qui concerne tout le monde, n’intéresse personne ?

    À mon avis, c’est à cause de son caractère de problème plus difficile à résoudre. Un libéral peut affirmer que les impôts sont très élevés en France et qu’il faut les baisser de façon drastique pour que l’économie française se porte mieux. Un mélenchoniste affirmera au contraire qu’il faut passer à la 6e République, taxer les ultra riches et augmenter tous les revenus.

    Un zemmourien se réjouirait de retrouver la France blanche si tous les Africains et tous les autres étrangers quittaient le pays.

    L’écologie, c’est quand même des débats scientifiques, technologiques, d’urbanisme, d’aménagement du territoire, de sécurité alimentaire, de pollution… beaucoup plus sérieux et moins passionnés dans le mauvais sens du terme.

    Le dérèglement climatique n’est pas réversible. On peut juste essayer de le modérer.

    Donc, si révolution écologique il y a, ce ne sera pas le grand soir de l’écologie mais peut-être quelques pas dans la bonne direction. C’est ce qui explique le manque de ferveur des citoyens pour l’écologie.

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    1. Merci pour ces remarques très pertinentes. Comme tu le sais, j’ai vécu 4 ans dans un immeuble très défavorisé au sein d’une cité. Certains de mes voisins n’en avaient strictement rien à faire de l’écologie et me le disaient quand je leur faisais des remarques à ce sujet. Quand on est tellement abîmé par certaines substances qu’on sait qu’on mourra avant 50 ans, quand on n’a pas d’enfant et quand on est rempli de rancœur car la vie est une série d’échecs alors que d’autres réussissent, il y a de quoi être aigri et se dire qu’on n’a rien à perdre. Certaines personnes laissent volontairement leurs mégots ou leurs canettes de bière sur le sol pour dire m**** à la société. Si le zéro déchet n’est pas leur fort, elles sont écologistes sans le vouloir à d’autres niveaux : un RSA ne permet pas de consommer à outrance et qui n’a pas de voiture émet moins de CO2.

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  3. Citoyens, élus, experts scientifiques, PDG de TotalEnergies : en matière de transition écologique, qui doit avoir le dernier mot ?

    La Convention citoyenne pour le climat, organisée dans le but de proposer des idées pour lutter contre le dérèglement climatique, dans un esprit de justice sociale réunissant des citoyens tirés au sort et ayant accepté d’en faire partie, a été une innovation institutionnelle radicale. Innovation que certains élus n’ont pas acceptée du fait qu’elle rompait, selon eux, avec le système représentatif classique qui donne le pouvoir aux vainqueurs des élections.

    Cette expérience est maintenant derrière nous. Je vous présente les différents points de vue des diverses parties de ce travail collectif.

    Un groupe d’anciens de la Convention affirme que la loi inspirée par leur action a été complètement vide, complètement détricotée, complètement édulcorée.

    Notre président affirme qu’il a repris la très grande majorité des propositions de l’assemblée.

    Jean, tu comprends qu’on est loin de l’essentiel si on en reste aux déclarations officielles !

    Ces citoyens intéressés par la cause climatique ont suivi ensemble des formations avec des universitaires et des experts reconnus qui n’étaient pas en accord sur tous les sujets, dans l’objectif d’avoir des citoyens les mieux éclairés possible.

    Alors là, Jean, je me pose une question : si j’avais participé à la convention en tant que citoyen, quelle légitimé mes propositions auraient-elles eues ?Pas beaucoup à mon avis.

    Je trouve génial de former les citoyens au niveau de l’écologie en leur donnant des éléments de compréhension du système climatique et en leur permettant de pouvoir poser des questions aux intervenants.

    Mais cela n’en fait pas des gens aptes à discriminer les bonnes et les mauvaises solutions sur des questions aussi complexes.

    Alors, qui doit décider ? Faut-il faire voter uniquement les docteurs en Sciences de l’environnement et les climatologues sur les mesures à adopter pour le climat ? C’est une question délicate.

    En tout cas, pour l’instant, en l’absence de décisions fortes en France, le maître français en matière de réchauffement climatique, le PDG de TotalEnergies est toujours aussi puissant.

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  4. Pourquoi l’écologie ne décolle-t-elle pas ?

    Tout le monde attend que les plus gros pollueurs fassent le premier pas (à tous les niveaux).

    L’écologie n’a pas comme finalité de construire un régime politique idéal qui garantirait aux citoyens le bonheur et la puissance (comme dans le cas de Hitler, Mao et Staline). Au contraire, son but est de sauver un monde qui semble de plus en plus fragile. Ce n’est plus le temps des conquêtes idéologiques, politiques et militaires qui ont ravagé le monde au siècle dernier. Se déplacer uniquement à pied n’est pas aussi exaltant que de vendre « L’Humanité » dans les années 60-70. Aujourd’hui, en 2022, on doit composer avec les plateformes comme YouTube, Facebook, TikTok ou Netflix pour essayer de toucher les jeunes, qui s’informent et se divertissent par ces canaux, si on veut leur transmettre un message. L’écologie est présente à travers des figures très connues comme Greta Thunberg, mais au final, les jeunes se déplacent très peu pour voter. Le catastrophisme des collapsologues (je ne sais pas si leurs prophéties se réaliseront) provoque une réaction philosophique, économique et technologique.

    Au niveau philosophique : la croyance dans un progrès qui permettra à l’homme de se sortir du piège climatique (ou même de réparer les dégâts du passé), sans renoncer à notre mode de vie occidental. Le capitalisme vert est le meilleur moyen au niveau économique pour atteindre ce but, tout comme la géoingénierie (domaine de recherche visant à trouver des technologies de rupture afin de donner à l’homme une certaine maîtrise du climat, en captant le carbone par exemple). Le passage de l’homme dépourvu de tout moyen d’action sur le climat (et donc implorant le secours des dieux ou des esprits pour faire pleuvoir ou éviter les inondations) à un homme capable de modifier le climat selon sa volonté est fascinante et terrifiante à la fois. Ce serait sans doute, avec l’invention de l’écriture, une des évolutions les plus importantes de l’histoire humaine.

    Alors, Jean, je te laisse avec cette question : pour toi, la science est-elle notre dernière planche de salut en matière de climat ?

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    1. Merci pour ces différents commentaires éclairés. Certains croient en la croissance verte ; d’autres pensent qu’il faut sortir du capitalisme et prônent la décroissance. La science permettrait certes de lutter contre le réchauffement climatique de façon efficace. Mais, à la lumière de ce que nous savons déjà, chacun peut et doit agir à son échelle.

      Une personne vient de me dire : « soit la science trouve une solution miracle soit on revient tous au Moyen Âge pour arrêter de polluer ».

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