Nous parlons tous breton sans le savoir

Avez-vous déjà essayé d’apprendre le breton ? Croyez-moi : cette langue celtique est passionnante ! Depuis environ un an, je m’y suis mis avec passion. J’accomplis ainsi un rêve qui me berce depuis l’adolescence…

Pour avoir étudié l’arabe, l’allemand et le polonais, je dirais que la langue bretonne n’est pas extrêmement difficile. Bon, c’est certes plus corsé que l’espagnol ou l’italien. Mais ça reste plus facile que les langues sémitiques ou slaves.

Aujourd’hui, nous fêtons la Saint-Yves. En plus d’être le saint patron des avocats. Yves revêt, avec sainte Anne, une importance particulière en Bretagne (plus d’infos sur ce lien).

Dans cet article, je ne vais pas vous dispenser un cours de breton. Je vous partage juste quelques trouvailles humoristiques sur cet idiome passionnant. Vous verrez à quel point nous parlons tous breton sans le savoir

  • Amañ signifie « ici ». Ce terme breton se prononce exactement comme le français « amant ». Rien à voir avec amann, qui se prononce légèrement différemment et signifie « beurre ». Vous connaissez sans doute le kouign amann, le meilleur des desserts bretons, dont la saveur n’a d’égal que le taux de matière grasse…

Chérie, il paraît que tu as un amant. C’est vrai ?

Evel just[1] !

Et où est-il, que je lui règle son compte ?

Ici, dans cette pièce. Juste derrière ta marinière tâchée avec du beurre.

  • Brav [braw] signifie « beau » en breton. Rien à voir avec « brave » en français.

Dis-donc Maïwenn, il est beau, ce mec, là-bas !

Oui, c’est vrai. Mais il n’est pas très brave. L’autre jour, il hurlait en courant dans toute la crêperie parce qu’il avait vu un moucheron convoiter son verre de cidre…

  • D’ar est la particule utilisée en breton avant une date. On français, cela se traduirait par « le », comme dans l’expression : « le 21 février 1794 ». Rien à voir avec le dard d’un insecte, ou l’expression « avoir un dard dans le flanc », qui signifie « avoir fumé un joint ».

À quand remonte la dernière fois que tu t’es mis un dard dans le flanc ?

C’était le 21 juillet 2000, lors du concert des Cranberries au festival des Vieilles Charrues.

Oulà, ça fait un bail !

Eh oui, j’ai fait des bêtises dans ma jeunesse. Mais j’ai compris que le chanvre indien n’apporte rien de bon. Et on peut très bien être un vrai Breton sans boire et sans fumer !

  • Debriñ se prononce plus ou moins comme le mot français « débris ». Mais ce verbe breton se traduit par « manger ».

Les débris que tu vois sont les restes d’une épave du XVIe siècle. Ça te dirait qu’on essaie de retrouver le reste du bateau pour voir s’il y a un fabuleux trésor ?

Je m’en fiche complètement si ça ne se mange pas !

  • Echu veut dire « fini » en breton. Cela a sans doute un lien avec « échu » en français.

Papa, que veut dire « à terme échu » ?

As-tu fini de poser des questions idiotes, sale morveux ?

Et toi, as-tu fini de m’insulter au lieu d’avouer tout simplement que tu n’en sais rien ?

  • E-pad : eh non ! Rien à voir avec les EPHAD ! Ce terme breton signifie « pendant ».

— J’étudie le breton pendant mon séjour en Basse-Bretagne. Mais je ne sais pas avec qui le parler.

— Tu peux aller visiter l’EPHAD qui est à côté de chez moi. Il y a plein de personnes âgées qui ne demandent qu’à parler breton, et même à parler tout court. Et elles seront ravies de se sentir utiles pour toi qui reprends le flambeau : grâce à elles, tu aideras à la langue bretonne à traverser les âges ! 😉

  • Evit n’a rien à voir avec le verbe « éviter ». Il s’agit de la traduction de la préposition « pour » en breton.

— S’il te plaît, évite de manger du jambon.

— Pourquoi ? Ma religion me le permet…

— Peut-être, mais je ne mange jamais de porc pour des raisons environnementales. En effet, la Bretagne est polluée par les nitrates occasionnés par cet élevage.

  • Karr-tan : traduit littéralement par « char de feu », ce mot composé est la façon dont le breton exprime le français « voiture ». Évidemment, cette orthographe ne vous dit rien. Mais la prononciation peut laisser croire qu’on dit « carton » avec un fort accent brésilien. Aujourd’hui, on dit tout simplement karr (avec une mutation consonantique devant l’article : ur c’harr).

— J’ai une voiture super écologique. Je l’ai achetée à 15 000 € sur Ar C’horn Mat et je vais l’essayer demain.

— Combien consomme-t-elle ?

— 12 litres aux cents.

— Hein ? Et en quoi c’est écologique ?

— Eh bien, elle est tout en carton : du volant aux pneus en passant par le moteur. Fabrication très peu polluante et 100 % recyclable.

— Mais ton char de feu va brûler dès que tu allumeras le contact. Tu n’as quand même pas mis 15 000 € dans cette m**** ? Montre-moi ton contrat, que je vois s’il y a une clause de rétractation !

— Je n’ai signé aucun contrat. Je gars qui m’a fait la proposition me paraissait honnête. J’ai versé les 15 000 € sur un compte domicilié aux îles Caïman et il m’a envoyé la marchandise. De toute façon, je ne peux plus joindre le vendeur. Je suis retourné sur Ar C’horn Mat pour lui poser une question, mais il avait supprimé son profil…

  • Korn : rien à voir avec les vaches, les rhinocéros, les tricératops et le dragon de l’Apocalypse ! En breton, korn signifie « coin ». Il y a certainement un lien avec l’anglais « corner ».

— Sais-tu ce qui rend fou un paysan breton ?

— Non.

— Tu le mets dans un pré rond et tu lui dis qu’il y a une corne dans un coin !

  • Al-laezh se prononce comme le français « à l’aise ». Pourtant, ça n’a rien à voir. En breton, cela signifie « le lait ».

Tu as vu le lait qui se trouve sur la table ? Il y a au moins 3 litres. Chiche de le boire cul-sec ?

À l’aise ! Quand il s’agit de boire, je suis toujours là ! Je ne suis pas breton pour rien !

  • Mignon n’est pas l’équivalent breton de l’anglais cute. Ce terme est la traduction du français « ami », quelle que soit l’apparence et l’attitude de ce dernier.

Sois mignon et prépare-moi une galette saumon-jambon-chocolat-choux de Bruxelles, s’il te plait !

Non.

Et pourquoi donc ? N’es-tu pas mon ami ?

C’est justement par amitié que je refuse. Ce que tu me demandes de faire est absolument dégueu. J’ai trop d’estime pour toi pour céder à tes pulsions gastro-maso.

  • Mont veut dire « aller » ou « partir » en breton.

Que fais-tu pendant les vacances, Jakez ?

Je pars à l’étranger !

Où ça ? Au Pays de Galles ? En Irlande ? En Écosse ? À l’île de Man ? En…

En Normandie ! Mais rassure-toi : je n’irai pas plus loin que le Mont Saint-Michel !

  • Na n’est pas une façon gamine de narguer autrui en breton ! En français, on le traduirait par « ni ».

« Tu veux le beurre et l’agent du beurre ? Eh bien tu n’auras ni l’un ni l’autre ! Na ! »

  • Neuze [nözé] signifie « alors » en breton. Phonétiquement, cela fait penser à « nausée ».

Ac’h[2] ! C’est quoi, cette odeur ?

Ça vient de mon compost.

Et que mets-tu dans ton compost ?

Alors il y a des déchets de sardine et de crabe, du beurre rance, des miettes de kouign-amann, du gras de porc, des épluchures de légume, les étrons de mon chien Ar C’hi avec un peu de mazout d’Erika. Que du naturel ! Qu’en penses-tu ?

J’en pense que ça me donne une de ces nausées ! Je me sens dans le même état qu’après douze verres de chouchen…

  • N’ouzon ket signifie « je ne sais pas » en breton. Sur le plan phonétique, ça ressemble au français : « nous f’sons une quête »

Nous faisons une quête pour un groupe militant basé en Afrique qui soutient l’indépendance de la Bretagne.

Es-tu sûr que mon argent ira bien à la cause séparatiste ?

Ah, ça, je ne sais pas ! C’est un mec que j’ai rencontré sur Internet qui me l’a dit. Il avait l’air sympa, donc je lui fais confiance…

NB : « N’… ket » est une double négation, comme « ne… pas » en français. Or le français est la seule langue latine à utiliser ce procédé. Est-ce une influence celtique ? Cela viendrait-il du gaulois ?

  • Person signifie « curé » en breton et se prononce comme le français « personne ».

Qui est cette personne là-bas ?

C’est le père Le Kozh, le curé de notre paroisse. Ou plutôt le recteur, comme on dit dans le Morbihan.

Comme son nom l’indique, il a l’air très âgé. La relève est-elle assurée ?

Non, malheureusement ! C’est pour ça qu’il faut prier pour les vocations

  • Pet : en breton, il ne s’agit ni de flatulences ni de drogue ! Pet ? est un mot interrogatif qui veut dire « combien ? »

Combien de pets as-tu fumé avant de taguer un triskell sur la voiture de l’ambassadeur de France ?

Aucun, pardi ! J’ai arrêté le cannabis depuis le dernier concert de Matmatah. En revanche, le chouchen, c’est une autre histoire…

  • Poatr [‘pot] signifie « gars » ou « garçon » en breton. Eh oui, ça se prononce pareil que « pote » en français. Peut-être même que le mot français est bel et bien d’origine bretonne. Ce serait à vérifier…

Eh, gars ! Où est le Parlement de Bretagne, s’te plaît ?

Monsieur, de quel droit m’appelez-vous « gars » et me tutoyez-vous ? Je ne suis pas votre pote, jarnicoton !

  • Ro ne se réfère pasà l’action de roter. En breton, il s’agit de l’impératif « donne » ???
  • Sellet signifie « regarder » en breton. Rien à voir avec « la sellette » en français !

Regarde-moi ce procès inique ! Argan est sur la sellette juste à cause de ses idées séparatistes ?

Il a quand même entarté le Président français avec un kouign amann et bombardé Matignon de harengs pourris. J’ai l’impression qu’il est davantage jugé pour ses actes que pour ses idées.

Il y a quand même pire que ça. Étant donné qu’Argan est la traduction bretonne du prénom « Barthélémy », il aurait pu se sentir appelé à faire un massacre…

  • Stal signifie « magasin » en breton. En français, les stalles sont des pièces de mobilier en bois qui ornent le chœur de certaines églises.

Tiens, il paraît qu’un nouveau magasin a ouvert. Il s’appelle « Ar stal nevez ». Sais-tu ce qu’ils y vendent ?

Uniquement des stalles ! C’est un ébéniste qui a monté ça.

Ça ne doit pas marcher fort ?

Tu rigoles ? Quand la saison des pardons approche, toutes les églises du coin les appellent pour se faire un coup de neuf !

  • Tomm-tomm : en breton, tomm signifie « chaud » et tomm-tomm veut donc dire « très chaud ». Eh non : rien à voir avec les GPS !

« Gast ! Ce village en centre-Bretagne est complètement paumé ! Ce sera très chaud d’y aller au feeling. Je préfère utiliser mon GPS TomTom. »

  • Yen : eh non, rien à voir avec la monnaie japonaise ! En breton, yen signifie « froid ».

Si la Bretagne devient indépendante, quelle monnaie adopter ? L’euro ? Le dinar breton ? Une monnaie nationale nommée « l’hermine » ?

La finance est toujours un débat passionné ! En Bretagne, il fait froid. Cela me rappelle le caractère introverti des Japonais. Pourquoi ne pas adopter le yen ?

Cet article vous a plu ? Pourquoi ne pas vous mettre, vous aussi, au breton ? Je vous recommande une méthode bien faite et gratuite sur ce lien. Pour l’avoir testée, je peux vous assurer que la méthode ASSIMIL est encore plus efficace, mais elle est payante. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à consulter ce lien.

Si vous parlez déjà arabe, hébreu ou araméen, il vous sera facile d’apprendre le breton et toutes les langues celtiques. Plus d’explications sur ce lien (en français) et ce lien (en anglais).

Vous êtes breton ou bretonne et vous trouvez que mon article appuie trop sur certains clichés de mauvais goût ? Pour me faire pardonner, je vous propose une chanson qui met en valeur la beauté de cette langue celtique. 😊 Je vous préviens juste qu’il s’agit d’un chant nationaliste, en faveur de l’indépendance de la Bretagne. Les paroles sont traduites en anglais. Peut-être ne serez-vous pas d’accord avec tout, mais rien ne vous empêche de régaler vos oreilles au son d’« Ar chas doñv ‘yelo da ouez » :

Bon vent en mer celtique !

Kenavo !

Jean O’Creisren


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[1] En breton, evel just signifie « bien sûr ».

[2] En breton, « ac’h ! » signifie « beurk ! » ou « pouah ! ».

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