Érase una vez tres árboles

           Érase una vez, en una montaña, tres árboles que compartían sus sueños y sus esperanzas. El primero dijo:

           «Quisiera ser un cofre del tesoro, lujosamente adornado, lleno de oro y de piedras preciosas. Así todos verán mi hermosura.»

            El segundo dijo:

            «Un día, seré un barco sólido y fuerte, y llevaré a los reyes al otro lado del mundo. Todos se sentirán a salvo a bordo de mi embarcación.»

            El tercero dijo:

            «Quiero llegar a ser el mayor árbol y el más fuerte del monte. La gente me verá en la cumbre de la colina, pensará en el cielo y en Dios, y en mi proximidad con ellos; seré el mejor árbol de toda la eternidad y la gente nunca me olvidará.»

            Los tres árboles rezaron a Dios durante años para que sus sueños se hicieran realidad. Y un día vinieron tres leñadores.

            Uno de ellos se aproximó al primer árbol y dijo:

            «Este árbol me parece sólido, podré venderlo a un carpintero de armar.»

            Y le dio un primer golpe con el hacha.

            El árbol estaba contento porque estaba seguro de que el carpintero de armar lo convertiría en un cofre del tesoro

            El segundo leñador dijo, al ver el segundo árbol:

            «Este árbol me parece sólido y fuerte, podré venderlo al fabricante de barcos

            El segundo árbol era feliz al pensar que iba a empezar su carrera por los mares…

            Cuando los leñadores se aproximaron al tercer árbol, éste tuvo miedo, ya que sabía que, si lo cortaban, sus sueños de grandeza se reducirían a nada.

            Entonces el tercer leñador dijo:

            «No necesito un árbol particular, así que voy a cortar éste.»

            Y el tercer árbol cayó…

            Cuando el primer árbol llegó al carpintero de armar, se convirtió en un simple pesebre para los animales. Lo colocaron en un establo y lo llenaron de heno.

            Esto no era en absoluto la respuesta a su plegaria.

            El segundo árbol que soñaba con llevar reyes por los mares se convirtió en una barca de pescadores. Desaparecieron sus antiguos sueños de grandeza.

            El tercer árbol fue cortado en largos pedazos de madera y abandonado en un rincón…

            Pasaron los años y los árboles olvidaron sus antiguos sueños…

            Un buen día, un hombre y una mujer entraron en el establo. La joven mujer dio a luz a un bebé y la pareja lo puso en el pesebre que se había fabricado con la madera del primer árbol.

            El hombre hubiera querido ofrecerle una cuna al bebé, pero este pesebre lo había hecho. Entonces el árbol comprendió la importancia del acontecimiento que estaba viviendo, y supo que en él se encontraba el tesoro más precioso de toda la eternidad.

            Muchos años después, un grupo de hombres subió a la barca fabricada con la madera del segundo árbol; uno de ellos estaba cansado y se durmió. Una tempestad terrible ocurrió, y el árbol temió no ser bastante fuerte para mantener a toda su tripulación a salvo. Los hombres le despertaron al que estaba durmiendo; éste se levantó y dijo:

            «¡Paz!»

            Y la tempestad terminó. En aquel momento, el árbol supo que había llevado al Rey del mundo.

            Por fin, alguien se fue a coger el tercer árbol olvidado en un rincón; fue llevado por las calles, y la muchedumbre insultaba al hombre que lo transportaba.

            Ese hombre fue clavado sobre los pedazos de madera formando una cruz, y murió en la cumbre de la colina.

            Cuando llegó el domingo, el árbol se dio cuenta de que había sido lo bastante fuerte como para hallarse en la cumbre de la colina y estar lo más cerca posible a Dios, ya que Jesucristo había sido crucificado en su madera.

            Cada uno de los tres árboles obtuvo lo que soñaba, pero de manera diferente de lo que imaginaba. Nunca sabemos con certeza cuáles son los proyectos que Dios guarda para nosotros. Sólo sabemos que Sus caminos no son los nuestros, pero que siempre son los mejores si le damos confianza.

Fuente: diaporama Il était une fois trois arbres, de Marcel Tramblay y Diane Turcotte

Traducido del francés por Jean O’Creisren

Créditos de imagen: https://fr.freepik.com/vecteurs-libre/ensemble-differents-arbres_3875712.htm

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L’oublié

Sous un pont en béton,
le froid pénètre ma peau chaque fois que la nuit tombe.
Parmi des boîtes en carton
ton indifférence à mon égard est une humiliation.


La solution n’est pas la charité ;
ça peut soulager, mais jamais soigner.
Quelle est la solution face à mon inégalité ?
Tant que la misère existera, il n’y aura pas de dignité.


Beaucoup de solidarité,
mais, si je traverse devant toi, tu vas m’ignorer.
La pièce que tu me donnes
me sert à pouvoir m’évader de la réalité.


C’est dit dans la Constitution
que j’ai le droit d’avoir une vie meilleure.
Quel tribunal puis-je saisir pour dénoncer
le fait qu’au moment du partage, j’ai été oublié ? (bis)

Des millions de personnes vivent dans la misère la plus absolue. Cours ! Big Brother arrive.

Traduit de l’espagnol par Jean O’Creisren,
 avec la collaboration de Pierre Jeanson et l’autorisation du groupe Ska-P

Source : https://www.musica.com/letras.asp?letra=32344 [consulté le 18 décembre 2019]


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Quel est le sens de Noël ?

Ah, Noël ! Le réveillon, la famille, les cadeaux… Mais derrière tout cela, quel sens donner à cette fête qui enchante les petits comme les grands ?

Pour rappel, les chrétiens célèbrent la naissance de Jésus. Ils croient que Dieu a voulu se faire homme pour nous apporter son amour et nous sauver. Et Jésus n’est pas né dans un palais. Non ! Il s’est fait petit enfant dans une famille tellement pauvre que l’accouchement s’est déroulé dans une étable, au milieu des bêtes. Oui, dans la religion chrétienne, Dieu, le Tout-Puissant, est aussi un Dieu qui se fait humble. Il nous rejoint au plus profond de nos misères. C’est un Dieu qui a le souci des plus pauvres. Jésus était particulièrement proche de ces derniers lors de sa vie publique. Il vivait pauvrement et appelait tout le monde à partager avec nos frères dans le besoin. Le Christ a témoigné de cette cohérence jusqu’au bout en acceptant de mourir dans d’atroces souffrances, comme le plus vil des malfaiteurs.

Que nous soyons croyants ou non, quel sens donner à Noël ? Le 24 et le 25 décembre, peut-être aurons-nous la chance d’être entourés ? Peut-être aurons-nous la chance de bien manger ? Peut-être aurons-nous la chance de recevoir plein de cadeaux ? Bien sûr, si nous avons tout cela, réjouissons-nous et profitons-en ! 😊

Mais malheureusement, tout le monde n’a pas cette chance-là… En France et ailleurs, de nombreuses personnes sont touchées par la faim, la pauvreté, l’isolement, la persécution, la maladie, le handicap… Entre deux bouchées de foie gras, aurons-nous une pensée, une parole, un geste pour nos frères et sœurs en humanité qui sont dans le besoin ?

Autrefois, dans les campagnes de France et dans d’autres pays, on mettait un couvert supplémentaire lors du réveillon. Cette « place du pauvre »[1] était réservée à un passant, un vagabond, une personne seule, qui pouvait se présenter à l’improviste ce soir-là. Il paraît qu’elle était très souvent occupée.

Et nous, que pouvons-nous faire concrètement, aujourd’hui ?

Dans notre entourage, peut-être connaissons-nous des personnes seules ? Nous pourrions très bien être à leur place et nous serions heureux si quelqu’un pensait à nous ce soir-là. Savez-vous que Noël est un soir où le taux de tentatives de suicide est très élevé ? En faisant un peu de place à notre semblable, nous pouvons donc lui sauver la vie…

Nous allons aussi dépenser plein d’argent pour acheter des victuailles et des cadeaux. C’est très bien : ça fait plaisir aux personnes qui en bénéficient, ça fait tourner l’économie et ça crée de l’emploi. Mais pensons-nous à consommer de manière responsable ? Et surtout, donnons-nous une part de cet argent à ceux qui en ont réellement besoin ?

Aujourd’hui, en France, de nombreuses personnes sont touchées par la pauvreté. Offrirons-nous un peu d’argent ou quelques victuailles festives au mendiant qui fait la manche à la sortie de la messe de Noël ?

Si nous voulons lutter de manière pérenne et efficace contre la misère, de nombreuses associations agissent au quotidien aux côtés de celles et ceux qui souffrent. Laissez-moi vous en présenter quelques-unes. Ce sont celles que je connais et en qui j’ai confiance. Mais bien sûr, vous en connaissez peut-être d’autres qui font le même travail de manière tout aussi efficace. Libre à vous de soutenir qui vous voulez ! Enfin, si vous le souhaitez et si vous en avez les moyens… 😊

Présent partout en France et dans de nombreux pays, le Secours Catholique lutte contre toute forme de pauvreté. Avec un solide réseau de bénévoles très engagés, cette association agit auprès des personnes seules, des SDF, des migrants, des Roms ou encore des enfants des quartiers populaires qui peinent à l’école… Pour Noël, pourquoi ne pas vous engager avec cette ONG pour organiser un réveillon pour les personnes seules près de chez vous ? Pourquoi ne pas prendre un engagement régulier pour faire des maraudes en proposant une soupe, un café et/ou une discussion aux personnes qui vivent dehors ? Pourquoi ne pas mettre vos compétences à profit pour aider des migrants ou des Roms à apprendre le français, ou des enfants à réussir leur scolarité ? Si vous avez des enfants, vous pourrez aussi accueillir un jeune vacancier de plus cet été. Le Secours Catholique a effectivement mis en place depuis longtemps l’Accueil familial de vacances (AFV). Un enfant issu d’un milieu défavorisé, qui n’a pas les moyens de partir se ressourcer, est accueilli dans une famille avec des enfants de son âge pendant quelques semaines. C’est l’occasion de tisser de beaux liens où tout le monde est gagnant. Mais le Secours Catholique apporte aussi une aide matérielle concrète aux personnes dans le besoin et nos dons sont nécessaires…

Une autre association qui lutte efficacement contre la misère est ATD Quart Monde. Elle se compose de bénévoles issus de tous milieux, et en premier lieu de personnes directement touchées par la grande pauvreté. Son fondateur, le père Joseph Wresinski, était issu d’un milieu très pauvre. La conviction d’ATD Quart Monde est que les personnes qui souffrent de la misère doivent être actrices de la lutte contre la pauvreté pour s’en sortir. Même au fond du gouffre, chacun a en soi la capacité de se relever et doit bénéficier d’un regard bienveillant pour le faire.

Mais bien souvent, ces personnes sont si blessées par la vie qu’elles ont besoin d’un accompagnement spécifique avant de pouvoir reprendre leur envol. L’association Lazare aide des personnes qui ont connu la rue. Elle les héberge dans des collocations avec des jeunes professionnels. Et vous, cette expérience vous tenterait-elle ?

Peut-être avez-vous une sensibilité davantage tournée vers le Tiers-Monde ? Dans ce cas, connaissez-vous le CCFD-Terre Solidaire ? Il s’agit d’une organisation qui lutte contre la faim dans les pays du sud. Elle participe à l’autonomie alimentaire des petits paysans par une agriculture respectueuse de l’homme et de l’environnement. Elle soutient notamment le commerce équitable.

Dans de nombreux pays, beaucoup de personnes n’ont pas la chance de vivre aussi libres que chez nous. Encore aujourd’hui, certains régimes pratiquent la torture. L’ACAT agit aux côtés des victimes et fait pression sur les gouvernements pour que les droits de l’homme soient respectés. En tant qu’adhérent ou sympathisant, vous pouvez envoyer tous les mois un courrier à l’autre bout du monde pour que justice soit rendue. Et bien souvent, agir est efficace. Des victimes sont libérées et des tortionnaires sont condamnés. Association chrétienne, l’ACAT vous propose également de prier, non seulement pour les victimes, mais aussi pour les bourreaux. « Aimez vos ennemis », disait Jésus !

Les victimes de la torture sont généralement celles qui ne pensent pas comme les plus puissants. Cela inclut les convictions politiques, mais aussi religieuses. Savez-vous que 75 % des personnes persécutées en raison de leur foi sont des chrétiens ? Cela représente 200 millions de fidèles dans le monde, soit un chrétien sur dix ! Que nous soyons croyants ou nous, ferons-nous quelque chose pour ces personnes qui ne peuvent pas pratiquer leur religion librement ? Liée au Saint-Siège, l’Aide à l’Église en Détresse vient en aide aux chrétiens du monde entier. Elle envoie également des jeunes en coopération chaque été, par le programme AED Mission.

Vous êtes particulièrement sensible à la cause des enfants maltraités ? Le BICE agit à leurs côtés dans de nombreux pays. Enfants traumatisés par la guerre, victimes de violences physiques et/ou sexuelles, ou encore d’exploitation au travail ; enfants touchés par la malnutrition ou la déscolarisation… Cette organisation lutte contre toutes ces injustices à l’aide de professionnels compétents. Elle s’appuie sur les travaux de chercheurs en psychologie, notamment concernant la résilience. Sur le terrain, éducateurs, psychologues et autres travailleurs sociaux agissent pour protéger ceux qui vivent l’aube de leur existence.

Et même chez nous, les enfants et les jeunes ont besoin d’être accompagnés. L’école n’est malheureusement plus une garantie de réussite, surtout si vous habitez dans une cité. C’est pourquoi Espérance Banlieues propose un enseignement de qualité aux jeunes issus des quartiers sensibles. Avec des méthodes pédagogiques hétérodoxes qui ont fait leurs preuves, ces écoles redonnent espoir à ces enfants à qui l’avenir a toujours été présenté comme morose. Après ce qu’il s’est passé ces dernières années, l’islamisme fait peur à certains d’entre nous. À mon avis, si nous voulons vivre dans une France apaisée et sécurisée, ce genre d’initiative est bien plus efficace que toute mesure coercitive… D’autres associations qui accompagnent les jeunes des cités sont Le Rocher et Massabielle, qui gère la Maison Bernadette.

D’autres personnes blessées vivent de la prostitution. Même si nous sommes chrétiens, nous devons les regarder avec bienveillance, car Jésus lui-même l’a fait. Quand quelqu’un en vient à vendre son corps, ce n’est pas sa faute. C’est très souvent un vécu douloureux qui l’a poussé dans cette direction. Sans compter que l’immense majorité de ces personnes n’ont pas choisi de faire ce métier mais sont les proies de réseaux de proxénétisme. L’association Magdalena les accompagne. Elle est notamment très présente auprès des personnes travesties et transsexuelles qui travaillent dans le bois de Boulogne.

Comme vous le voyez, de nombreuses formes de pauvreté existent. Et chacun d’entre nous a ses propres misères. Personne parmi nous n’est parfait. Alors autant nous serrer les coudes face à nos faiblesses respectives !

Une autre forme de pauvreté est le handicap. Cela peut tous nous toucher un jour ou l’autre. Prendre soin d’une personne handicapée, c’est prendre soin de mon frère ou de ma sœur en humanité, donc de moi-même. Au premier abord, le handicap peut faire peur. Mais au bout d’un certain temps, c’est la personne que l’on voit et non plus sa fragilité. Et chaque personne est belle et unique, au-delà de telle ou telle pauvreté qu’elle peut subir. Pour les personnes en situation de handicap moteur, l’association Simon de Cirène propose des colocations avec des personnes valides dans des logements aménagés. La communauté de l’Arche propose un principe similaire pour les personnes en situation de handicap mental.

Lorsqu’un enfant porteur de handicap naît dans une famille, c’est avant tout une bénédiction. Chaque personne a une égale dignité et un enfant handicapé est avant tout un être humain, qui mérite l’amour de ses parents. Mais bien évidemment, cela demande à ces derniers un investissement supplémentaire. Pour les décharger le temps d’un week-end, l’association À bras ouverts (rien à voir avec le film) organise des week-ends pour ces jeunes, avec des accompagnateurs bénévoles. Les enfants et adolescents handicapés peuvent profiter d’un moment de détente et les parents peuvent se reposer.

Enfin, si vous considérez que la vie est sacrée de l’instant de la conception à son terme naturel, vous pouvez soutenir des associations comme Alliance VITA ou la Fondation Jérôme Lejeune. Pour l’histoire, Jérôme Lejeune était le médecin qui a découvert les causes génétiques de la trisomie 21. Il considérait que la recherche devait être réellement mise au service des personnes souffrant de ce handicap, dans le respect de la vie. Alliance VITA accompagne des futures mamans et détresse ainsi que des personnes ayant besoin de parler du début ou de la fin de vie. Elle informe également les citoyens et les politiques sur les enjeux bioéthiques. Fondées par l’association Lazare, les maisons Marthe et Marie proposent des colocations entre des femmes enceintes en détresse et des jeunes professionnelles. Cela permet aux futures mamans de mener leur grossesse à terme et de construire un avenir serein et sécurisant pour leur enfant.

Et vous, comment souhaitez-vous vous engager pour donner un beau sens à Noël ? Peut-être certaines causes vous parlent plus que d’autres. Peut-être vous sentez-vous davantage concernés par d’autres combats : l’aide aux femmes et aux hommes battus, l’accompagnement des personnes âgées, des malades du SIDA, des personnes souffrant d’addictions ou de telle maladie orpheline ou psychique… Ou encore la protection de l’environnement. Peu importe ce que vous faites ou ce que vous donnez : l’essentiel est de ne pas oublier que Noël est aussi pour nos frères et sœurs qui ont besoin d’une main tendue. Et eux aussi nous soutiendraient certainement si nous étions à leur place… 😉

Jean O’Creisren

Crédits image : https://fr.freepik.com/vecteurs-libre/creche-illustration-design-plat_6035146.htm


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[1] Pour plus d’informations sur la « place du pauvre », veuillez cliquer ici.

À la mémoire du Líder Máximo

Il y a exactement trois ans, Fidel Castro est mort. En tant qu’être humain, je ne peux pas m’en réjouir. En tant que chrétien, je prie et j’appelle à prier pour le salut de son âme.

Depuis la révolution de 1959, il aura apporté à Cuba de bonnes et de moins bonnes choses, mais le but de ce message n’est pas de faire de la politique.

Je voudrais simplement me rappeler le livre que le défunt a écrit lorsqu’il était emprisonné, suite à sa première tentative de coup d’État, en 1953. Cet ouvrage s’intitule L’histoire m’absoudra.

Je ne l’ai pas lu, mais je vous encourage à lire un autre livre, intitulé L’histoire me vomira, de Fiel Gastro.

¡¡Hasta la victoria siempre!!

Jean O’Creisren

Crédits images :  Camer.be, « Cuba : Fidel Castro, le père de la révolution cubaine n’est plus », article rédigé par Hugues Seumo le 26 novembre 2016. URL : https://www.camer.be/56195/11:1/cuba-fidel-castro-le-pere-de-la-revolution-cubaine-n39est-plus.html


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Parlez-vous angevin ?

Homenaje al líder máximo

Hace exactamente tres años falleció Fidel Castro. Como ser humano, no puedo alegrarme de eso. Como cristiano, ruego por la salvación de su alma.

Desde la revolución de 1959 el líder máximo le aportó a Cuba buenas y malas cosas, pero el asunto de este mensaje no es hacer política.

Solo quisiera recordar que el difunto escribió un libro cuando estaba encarcelado, después de su primer intento de golpe de Estado, en 1953. Ese libro se titula La Historia me absolverá.

Yo no lo he leído, pero vosotr@s/ustedes podéis/pueden leer otra obra, titulada La Historia me vomitará de Hiel Gastro… 

¡¡Hasta la victoria siempre!!

Jean O’Creisren

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Faut-il privatiser les aéroports de Paris ?

Chers compatriotes,

Comme vous les savez, le gouvernement veut privatiser les aéroports de Paris. Faut-il accepter cette mesure ?

À mon sens, non. L’État est déjà surendetté, et ce serait le priver d’une manne financière dont il a besoin (173 millions d’euros par an). Par ailleurs, céder à des investisseurs privés l’accès à notre territoire national peut nuire à notre souveraineté.

En effet, ces entreprises privatisées sont aussitôt rachetées par ceux qui disposent de gros moyens financiers. Ils n’ont pas nécessairement les mêmes intérêts que le peuple français. Ce sont par exemple des fonds de pension qui cherchent à maximiser les profits au détriment des utilisateurs, des salariés et de l’environnement.

248 parlementaires de gauche et de droite se sont unis pour lancer un référendum d’initiative partagée. Si vous le souhaitez, vous pouvez signer pour que ce projet de loi soit soumis au suffrage universel.

Pour signer cette pétition, il faut jouir du droit de vote et être inscrit sur les listes électorales.

Il faut 4,7 millions de signatures d’ici mi-mars pour valider le référendum. Nous en sommes encore loin !

Cette demande officielle est une véritable occasion de nous engager pour notre pays, de manière simple, légale, constitutionnelle et concrète. Ainsi, nous pourrons au moins obtenir un débat sur les dispositions prises par ceux qui nous gouvernent.

Envie de signer ? Cliquez sur ce lien !

Jean O’Creisren

Crédit image : https://fr.freepik.com/vecteurs-libre/avion-commercial_4564760.htm


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« Alí El Magrebí » de Ska-P (paroles en français)

Vous aussi, vous êtes fan de Ska-P ? Voici ma traduction en français des paroles de « Alí El Magrebí » (Ska-P – 1994) :

Ali le Maghrébin

Je ne sais pas si tu te souviens de moi, je suis Ali,
ce pauvre malheureux de la chanson d’à côté
qui s’est fait choper avec du haschich.
Ali, Ali, Ali le Maghrébin.
Un triste jour, j’ai décidé
de fuir la misère,
en traversant la frontière
pour arriver dans ton pays.


Contre le vent et à travers la mer, Ali !!!


Mes rêves sont devenus réalité, je vais arriver.
Je veux juste travailler, je ne demande pas de charité, mais seulement une opportunité.
Ali, Ali, Ali le Maghrébin, j’ai passé le détroit sans hésiter,
en risquant ma vie, en laissant ma famille, pour pouvoir, un jour, rentrer.


Contre le vent et à travers la mer, Ali !!!


À Londres ou à Paris, à Berlin, à Rome ou à Madrid
Ali, Ali, il ne sait pas où vivre, Ali,
à l’approche de l’an 2000, Ali
essaye de survivre.
Ali, Ali, ton croissant de lune est gris, Ali,
le ciel pleure sur toi, Ali,
perdu dans ce pays.


Plus de six jours sans manger, que vais-je faire ?
Je n’ai pas d’endroit où dormir, je ne pourrai pas résister.
Putain, je ne sais pas ce qu’il se passe ici…
Allah, Allah, aide-moi Allah,
comme ce Ramadan est long !
Personne ne me donne de coup de main alors que nous sommes frères.
Ton ancêtre est maghrébin.

Je crie au vent pour que m’aide Allah, Allah !

À Londres ou à Paris, à Berlin, à Rome ou à Madrid
Ali, Ali, il ne sait pas où vivre, Ali,
à l’approche de l’an 2000, Ali

essaye de survivre.
Ali, Ali, ton croissant de lune est gris, Ali,
le ciel pleure sur toi, Ali,
perdu dans ce pays.

Traduction : Jean O’Creisren, avec l’autorisation du groupe Ska-P


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Parlez-vous angevin ?

Ah, Angers ! Cette ville où il fait si bon vivre ! De Joachim du Bellay aux enquêtes sur la qualité de vie en passant par le journal espagnol El País, tout le monde vante la « douceur angevine »…

Mais savez-vous qu’en Anjou, on parle aussi un français un peu différent ? Ce phénomène est observé par la linguiste Henriette Walter dans L’aventure des langues en Occident. La professeure émérite à Rennes-II remarque que le patois angevin a disparu, mais qu’il a laissé des traces sur le parler du Maine-et-Loire. Nous allons voir quelques exemples…

Baner :

Ce verbe signifie « pleurer » ou « crier ». Quand j’étais en primaire, mes camarades et moi utilisions ce terme de manière très courante, comme nous aurions dit « chialer ». En jour, j’étais en train de discuter avec des cousins d’Orléans. Je leur ai parlé d’un enfant qui était en train de baner. Ils n’ont évidemment rien compris. Je me suis demandé d’où ils sortaient, pour ne pas saisir un verbe familier si courant. Ce n’est que des années plus tard que j’ai appris que c’est du patois.

Barrer une porte :

Cette expression signifie « fermer une porte à clef ». Il paraît que ça se dit en Anjou, mais je ne l’ai pas souvent entendu.

Berouette / berrouette :

Brouette. Si vous voulez entendre ce mot, venez pratiquer des activités agricoles dans la région !

Bouiner :

Ce verbe signifie « ne rien faire ». On pourrait le comparer à « glander ». Pour demander « qu’est-ce que tu fais ? » (parfois sous-entendu « on t’attend »), on dira : « qu’est-ce que tu bouines ? »

Brâiller :

Au même titre que « baner », on utilisera ce terme pour parler d’un enfant qui pleure de façon sonore.

Crayon de bois :

Suivant les régions, la mine graphite est appelée différemment. En Anjou, ce n’est ni « crayon à papier » ni « crayon gris », mais plutôt « crayon de bois ». Et ce, même lorsque ces fournitures ne contiennent pas un gramme de matière végétale…

Crémet :

Dessert typiquement angevin. Vous en trouverez la recette ici.

Du coup :

Cette expression, qui signifie « par conséquent », est tout à fait française. Mais j’ai l’impression qu’à Angers, on l’utilise plus qu’ailleurs. Moi-même, je ne suis pas épargné…

Goule :

En patois angevin, on utilise « goule » comme on dirait « gueule » en français familier : « je me suis cassé la goule. »

Liaisons en [n] :

En primaire, je remarquais que certains de mes camarades faisaient des liaisons en [n]. Par exemple, au lieu de dire « il en faut encore », ils disaient « y n’en faut encore ». Je pensais qu’il s’agissait d’une erreur d’enfants qui apprenaient à parler. Mais juste après le bac, j’ai fait la cueillette de pommes avec des adultes qui parlaient de cette façon. Depuis, j’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres personnes s’exprimant ainsi. J’ai donc compris que c’est la façon dont on parle dans les campagnes du Haut-Anjou. Personnellement, je trouve que ça comporte un certain charme…

Patouille :

J’ai souvent entendu ce mot étant enfant. Je viens de découvrir que c’est du patois. En gros, la patouille correspond à un truc visqueux et pas très propre. Par exemple, quand un enfant joue avec de la boue ou mélange des aliments qui n’ont rien à voir. Encore aujourd’hui, je fais de la patouille en compostant mes déchets sur mon appui de fenêtre.

Pigner :

Verbe signifiant « geindre » / « pleurnicher ».

Topette :

Non, non, ce n’est pas une insulte homophobe ! « Topette ! » (parfois orthographié « Tôpette ! ») signifie « Au revoir ! » On utilise cette formule pour prendre congé d’une personne avec qui on est familier.

Pour terminer, je vous propose un petit dialogue plein de clichés pour illustrer la douceur de la langue angevine :

— Pourquoi barres-tu la porte avec cette berouette ?

— Parce que mon gamin est en train de brâiller et qu’on ne s’entend plus !

— Du coup, pourquoi il bane comme ça ?

— Il s’est cassé la goule en faisant de la patouille. Il mettait du Côteaux du Layon dans son crémet et il a glissé dessus…

— Y n’en faut peu, pour faire pigner un môme !

— N’insulte pas mon fils, l’ami ! Et d’abord, qu’est-ce que tu bouines ? Tu ne devais pas descendre la Loire sur ta gabare ?

— Certes ! Je me taille ! Topette !

Pour plus d’informations sur le patois angevin, cliquez ici ou ici !

Voilà pour la leçon de linguistique d’aujourd’hui ! J’espère que ça vous a plu… À bientôt pour de nouveaux articles ! Topette ! 😉


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Voyage en Algérie

Cet été, j’ai eu la chance de partir une dizaine de jours en Algérie. Dans cet article, je vais vous faire part de cette belle expérience. Au programme : photos, anecdotes, culture et humour…

Avant de partir : préparation du voyage

L’Algérie est un pays que je rêvais de découvrir depuis quelques années. Ayant eu l’occasion de tisser des liens plus ou moins étroits avec plusieurs Algériens, soucieux d’améliorer mon niveau d’arabe, j’avais très envie de faire ce voyage. En février dernier, mon ami Ishaq m’a proposé de m’accueillir quelques jours dans sa ville natale, Jijel.

La préparation a été un peu compliquée. Je vais vous épargner les péripéties administratives que j’ai dû traverser pour obtenir mon visa. J’ai aussi dû me faire vacciner contre l’hépatite A et la fièvre typhoïde. En revanche, je n’ai pas pu me faire vacciner contre la rage. J’avais donc interdiction formelle de toucher des animaux.

Selon le site officiel du ministère des Affaires étrangères, la région où j’allais me rendre était fortement déconseillée pour les ressortissants français. En effet, il y aurait encore des groupuscules terroristes pour qui nous serions des cibles privilégiées. Ishaq s’est montré très étonné que je lui dise cela. Il m’a assuré que ça craint beaucoup plus en France, entre les cités et la crise des gilets jaunes qui sévissait à ce moment-là. Je me suis bien gardé d’en parler à ma famille. Mais si je peux vous écrire maintenant, c’est que je suis revenu sain et sauf. 😊

Début juillet, j’étais enfin sûr de pouvoir partir. J’ai donc acheté mes billets d’avion. À l’aller, une escale de 5h20 à Barcelone (entre 0h30 et 5h50 du matin). Au retour, 1h seulement pour changer d’avion et de terminal à Madrid. Je me suis dit à l’avance que j’allais bien rigoler ! 😉

7-8 août : un aller mouvementé…

Je me rends donc en train à l’aéroport de Nantes. 8h à attendre. Heureusement, j’ai de quoi m’occuper : ma méthode ASSIMIL d’arabe, quelques publications du CCFD-Terre Solidaire, ainsi que le livre Azul…, de Rubén Darío. Si vous aimez la bonne littérature, vous apprécierez sans aucun doute ce chef-d’œuvre du modernisme latino-américain. Je ne sais pas ce que donne la traduction en français, mais la version originale en espagnole est un bijou de prose et de poésie, d’un style très édifiant.

Bref, pour revenir à l’Algérie, j’ai la bonne idée de flâner dans le Relay de l’aéroport. J’y achète un mini-dictionnaire d’arabe du Maghreb. On m’a déjà dit que cette langue est assez éloignée de l’arabe littéraire, que j’étudie par intermittence depuis une quinzaine d’années. Mais je n’imaginais pas que c’était à ce point ! En Algérie, même les mots les plus basiques se disent autrement. Par exemple, pour dire merci, on ne dit pas shoukrane (شكراً) mais sahet (صحة), qui signifie « santé » en arabe littéraire. À croire que, quand on n’a pas le droit de boire d’alcool, les joies refoulées de l’apéritif resurgissent autrement. 😉

C’est sympa de bouquiner, mais au bout de huit heures, on s’embête un peu. Je m’assieds à côté d’une famille lusophone. Mon portugais et un peu rouillé, donc je ne comprends pas tout. J’arrive tout de même à avoir un bref échange avec un enfant qui vient me voir, sous le regard amusé des parents. Puis vient l’heure de m’enregistrer. Une fois passé le contrôle, j’attends à la porte d’où partira mon avion. J’essaie d’aborder les autres passagers français ou espagnol pour passer le temps, sans succès. Heureusement que j’ai Azul… sous la main ! J’espère au moins que je serai à côté d’une personne sympa dans l’avion…

Une fois à bord, je suis sur la même rangée que deux sœurs espagnoles d’une quinzaine d’années. Ni elles ni moi ne sommes à l’aise pour démarrer une grande conversation, mais je profite de leurs joyeuses gamineries. Si tous les adolescents pouvaient être aussi bien dans leur peau, le monde serait bien meilleur !

Une fois arrivé à Barcelone, je me pose dans un café pour prendre un chocolat chaud et écrire. L’aéroport est très beau et de nombreuses boutiques sont ouvertes toute la nuit. Vive le capitalisme ! Vers 3h30, je me dis qu’il est peut-être temps de penser à m’enregistrer. Panique à bord : je ne trouve aucune indication quant à mon vol vers Alger. J’aperçois trois femmes voilées attablées à une autre cafétéria. Je les salue en arabe, puis leur demande en français si elles prennent le même avion que moi. C’est bien le cas. Elles me proposent de m’asseoir avec elles et m’offrent un thé à la menthe. Je viens de passer la frontière culturelle : en Europe, les gens sont individualistes, branchés sur leurs écrans (moi le premier) et peu enclins à parler avec les inconnus. En Algérie, l’individualisme n’existe pas et vous pourrez vous en rendre compte tout au long de cet article…

Une fois dans l’avion, un problème technique nous empêche de décoller. On nous demande de sortir, nous passons les contrôles une nouvelle fois. Puis on nous installe dans un bus censé nous diriger vers notre nouvel aéronef. Richard, le mari anglais de l’une des femmes algériennes qui m’ont si gentiment accueilli, m’explique un peu comment ça se passe au bled. Nous parlons, entre autres, de l’arabe du Maghreb et il me raconte une anecdote à ce sujet. Je ne sais pas si vous avez déjà entendu des Maghrébins converser dans leur langue maternelle. Au milieu d’une phrase en arabe, on entend quelques mots en français. D’après Richard, lorsque les Algériens vont en pèlerinage à La Mecque, les Arabes d’Orient se moquent d’eux. Ils leur disent : « vous ne devriez pas tourner sept fois autour de la Kaaba, mais de la Tour Eiffel ! »

Le car finit par nous redéposer au terminal, où nous passons les contrôles pour la troisième fois. Autant vous dire que mes compagnons de voyage sont de plus en plus énervés. Finalement, nous nous envolons avec trois bonnes heures de retard. Je parle avec Youssef, mon voisin, un architecte algérien qui vit au Canada. Dans l’avion, les passagers discutent, partagent, blaguent même sur la situation. La culture algérienne est ainsi, mais notre galère commune à l’aéroport nous a également rapprochés…

Ça y est, nous quittons enfin Barcelone ! Nous allons survoler la Méditerranée : seulement du bleu sous nos pieds…
Et nous arrivons à Alger ! One, two, three : viva l’Algérie !

Arrivé à l’aéroport d’Alger, je suis impressionné par le nombre de contrôles douaniers. Aux entrées, aux sorties. On me demande même d’indiquer où je logerai. Et cette partie de l’aéroport n’est pas aussi chaleureuse qu’à Barcelone : pas une boutique, seulement des uniformes bleus. J’arrive dans le grand hall : là, je vois des commerces, certes, mais pas d’Ishaq ! Je le cherche : introuvable. J’essaie de le joindre : mon portable n’a pas de réseau. J’emprunte le portable de quelqu’un : répondeur… Il est environ 10h, j’ai somnolé deux heures maximum dans l’avion et je suis seul dans un pays où je ne connais personne. Bon, déjà, j’ai faim. Je vais donc essayer de trouver à manger. Ce ne sont pas les cafétérias qui manquent à l’aéroport. Mais d’abord, il faut convertir mes euros en dinars. Des changeurs à la sauvette me proposent des opérations au noir. Je me dis qu’ils veulent m’arnaquer, donc je décline poliment, mais fermement. Ils m’indiquent néanmoins l’autre terminal, où se trouve le bureau de change. J’y vais à pied, je suis contrôlé à l’entrée. D’autres changeurs à la sauvette m’abordent. Je réussis enfin à effectuer l’opération auprès de la Banque d’Algérie et j’en profite pour demander si c’est normal que mon portable ne capte aucun réseau. Ils me conseillent à ce niveau. Après quelques péripéties, je réussis enfin à joindre Ishaq par WhatsApp. Il me cherche, inquiet, depuis deux heures. Nous nous retrouvons et il m’explique que j’aurais été largement gagnant en échangeant mes euros au marché noir. En effet, la Banque d’Algérie prend une très grande commission sur les opérations de change.

Nous prenons le taxi pour la gare routière. Les choses qui me frappent sont :

  • le nombre de palmiers qui bordent les routes
  • le code de la route algérien, qui diffère en nombreux points de celui de la France : pas de ceinture de sécurité à l’arrière des voitures, on peut doubler à droite, on peut conduire des deux-roues sans casque, la priorité n’est pas à droite mais à celui qui prend sa place le plus rapidement et le klaxon peut aussi être utilisé en pleine nuit. Mais la grande différence avec mon voyage au Cameroun il y a dix ans est le bon état des chaussées.

Ishaq me demande mes premières impressions sur l’Algérie. Je lui demande ce que j’ai le droit de dire. Il me dit de ne pas m’inquiéter. Ici, les gens sont directs et on peut parler de tout, même de politique et dire tout ce qu’on pense. Je lui annonce qu’on voit que c’est un État très policier. Je remarque que, même en Israël, ce n’était pas à ce point. En sortant du taxi, Ishaq me réprimande en disant qu’on peut parler de tout, certes, sauf d’une chose. Le seul tabou est l’État d’Israël. En Algérie, on peut dire qu’on est contre le gouvernement, qu’on est gay, qu’on est chrétien, qu’on est athée, mais pas qu’on est allé en Israël. Le chauffeur de taxi pourrait très bien informer la police qu’il a entendu un truc pas très clair…

Nous arrivons à la gare routière. Elle est noire de monde car c’est bientôt l’Aïd. Nous attendons quelques heures, puis nous nous embarquons pour Jijel, entre Alger et la Tunisie, dans la région de Petite Kabylie. 7h de trajet en car, rallongées par un problème technique au milieu de nulle part (apparemment un amortisseur qui a lâché). Pour passer le temps, je raconte des histoires belges à Ishaq, qui me fait découvrir l’humour algérien en retour. Contrairement à l’humour français, on ne se moque de personne, mais ça tourne souvent autour de la religion. Voici un exemple de blague :

Un homme va voir un imam pour lui demander de prononcer une fatwa. Il lui dit :

— Cheikh, je trouve ça fatiguant de marcher jusqu’à la mosquée toutes les semaines. Pourrais-tu prononcer une fatwa pour que je puisse regarder le prêche à la télé et prier devant l’écran tous les vendredis ?

Bien évidemment, l’imam refuse, mais l’homme insiste. Le religieux lui répond donc :

— As-tu un frigo, chez toi ?

— Oui.

— Eh bien, si tu tiens à prier devant ta télé, tu peux aussi mettre un drap noir sur ton frigo. Tu tourneras sept fois autour et tu pourras te vanter d’avoir fait le pèlerinage à La Mecque !

Nous arrivons à Jijel vers 2h du matin. Mourad, le frère d’Ishaq, est venu nous chercher en voiture. Il nous conduit vers la maison louée par mon hôte, où son ami Kamel nous attend. Enfin, je vais pouvoir honorer un repos bien mérité…

Vendredi 9 août : journée tranquille à Jijel

Après cet aller tumultueux, une petite grasse matinée s’impose. Il fait très chaud. C’est une chaleur humide et étouffante. Nous devons nous allonger torse nu sur nos matelas, sans draps.

Nous passons l’après-midi à la plage du Grand Phare. Le sable est brûlant et c’est une véritable torture que de marcher pieds nus. Heureusement, l’ombre du parasol permet d’échapper à ce brasier. Ishaq nous apporte des sandwich « frites omelette » (sic en arabe algérien, en roulant le R de « frites »). Comme son nom l’indique, ça se compose de pain, de frites et d’omelette. Ce n’est absolument pas diététique, mais je suis fan du goût. En effet, c’est exactement la même saveur que la tortilla de patatas, mon plat espagnol préféré. Logique : les deux plats se composent des mêmes ingrédients. Enfin, sauf si l’on ajoute des oignons dans la tortilla, mais ceci est un autre débat… 😉

Sur la plage, de nombreuses personnes sont venues passer la journée. Jijel est une ville balnéaire et une grande partie des Algériens y vient pour les vacances. Il y a aussi des binationaux, qui sont facilement repérables puisqu’ils parlent français sans accent. Jijel est l’une des villes les plus conservatrices du pays. Sur la plage, pas de femmes en bikini. Seulement des maillots une pièce, des burkinis, voire des personnes qui se baignent tout habillées. En revanche, pour les hommes, il n’y a aucun problème pour porter le short de bain.

Les eaux sont parfaites : d’une limpidité que les Arabes nomment « safir », c’est-à-dire entre bleu marine et turquoise. Elle est bien chaude et il n’y a aucun problème pour entrer dedans. Le sable se compose de grains plats, qui collent à la peau de manière coriace. Sans doute que les falaises de la région sont constituées d’une roche particulière… Si l’un des lecteurs de cet article est géologue, je serais ravi d’avoir une explication en commentaire. 😊

Comme pour la sécurité routière, les règles de la baignade sont différentes en Algérie. Pas de bouées. Les bateaux à moteur circulent librement parmi les baigneurs. De mon côté, ça me plaît bien car ça fait des vagues…

Quand je ne me baigne pas, je lis Azul… ou les Écrits spirituels de l’émir Abd El-Kader. Pour rappel, ce dernier était un chef de guerre qui a résisté à l’invasion française au XIXe siècle. Après avoir rendu les armes, il a passé le reste de sa vie dans la prière. Il appartenait à un courant de l’islam nommé « soufisme ». Cette branche du sunnisme est alimentée par la philosophie et la mystique. Les soufis sont généralement de grands ascètes qui entrent facilement en dialogue avec les croyants d’autres religions. Tolérants, ils considèrent qu’il y a une part de vérité dans la foi de chacun et qu’il n’est pas nécessaire d’être musulman pour être proche de Dieu.

Après la baignade, nous partons vers le Grand Phare. Cela nous permet d’escalader les rochers et de contempler quelques belles vues de la côte. Voici quelques photos :

Samedi 10 août : des conversations édifiantes

Ce matin, Kamel et son petit frère Mahfoud sont repartis pour Alger. Ishaq et moi sommes donc seuls à la maison. Nous retournons à la plage pour cette nouvelle journée tranquille. J’y rencontre Tareq, un ami de mon hôte qui enseigne la géotechnique à l’université. Tiens, il aurait pu m’expliquer de quelle roche provient le sable de Jijel tout collant !

Nos conversations sont assez édifiantes. Nous parlons notamment de religion. Avec Ishaq, j’ai déjà eu l’occasion de discuter sur le livre d’Abd El-Kader à la maison. Il m’a appris plein de choses sur l’histoire de son beau pays. Sur la plage, j’explique la différence entre les catholiques, les protestants et les orthodoxes. J’aborde des sujets assez techniques, comme la hiérarchie dans l’Église et les démarches des procès de béatification et de canonisation. Eh oui, il faut bien que je justifie pourquoi les catholiques se basent à la fois sur la révélation (la Bible), la tradition (les écrits des pères de l’Église et la vie des différents saints) et le magistère (ce que disent ou écrivent le pape et les conciles). Ishaq et Tareq se montrent intéressés. Même si je suis dans une ville musulmane très conservatrice, je peux affirmer ma foi chrétienne sans aucune crainte. Mes hôtes sont respectueux et font preuve de curiosité. Mais bien évidemment, je dis ce en quoi je crois de manière humble, sans le présenter comme La vérité. Il est aussi recommandé d’éviter les sujets qui fâchent : l’Incarnation et la Trinité. En effet, dans l’islam, Dieu est Un, donc il ne peut pas être Trois Personnes. Jésus n’est considéré ni comme Dieu ni comme le Fils de Dieu, mais uniquement comme un prophète qui n’aurait jamais prétendu être plus qu’un homme.

Le soir, nous allons déguster une glace chez le meilleur glacier de Jijel. Et c’est vrai que c’est un régal ! Je rencontre Mohammed, le cousin d’Ishaq, ainsi que certains de ses amis. Nous avons des conversations très intéressantes sur l’histoire de l’Algérie, du monde arabe, de la France, de l’Espagne et de l’Empire ottoman. Nous pouvons parler de certains sujets sensibles sans langue de bois. Si la France a un réseau diplomatique si étendu, c’est parce que nous évitons d’aborder certains sujets suivant les contextes. Peut-être sommes-nous un peu hypocrites. Mais cela nous permet de vivre plus ou moins en bonne intelligence dans une société où les convictions politiques et religieuses sont très variées. Le seul endroit où nous sommes vraiment francs, ce sont les réseaux sociaux. En Algérie, les gens sont généralement très directs. Cela est sans doute moins un problème dans la mesure où tout le monde a plus ou moins les mêmes convictions. Eh oui, l’individualisme, c’est aussi le fait que chacun pense à sa façon. Or la culture algérienne n’est pas individualiste. Avec ces personnes chez ce glacier, j’ai pu avoir certaines conversations qu’il m’aurait été impensable de tenir en France. Mais je ne vous dirai pas sur quoi… 😉

Dimanche 11 août : Aïd moubarak !

Aujourd’hui, les musulmans du monde entier célèbrent l’Aïd el-Kébir, la fête la plus importante du calendrier islamique. Ils se rappellent le sacrifice d’Abraham (« Ibrahim », en arabe). À cette occasion, chaque famille sacrifie un agneau mâle. Depuis quelques jours déjà, on voit dans les rues des enfants qui jouent avec un jeune bélier. En France, ce serait impensable ! Soit les enfants auraient peur soit les parents auraient peur… Les règles du jeu sont les suivantes : certes, l’animal est voué à être égorgé, mais d’une manière relativement respectueuse. Pendant quelques jours, le mouton est choyé. Les familles le promènent dans la rue, le nourrissent bien. J’ai même vu une photo où un homme se baigne en tenant l’animal dans ses bras. La comparaison vous paraîtra peut-être un peu osée, mais cette image m’a tout de suite fait penser aux parents qui accompagnent à la piscine un jeune enfant qui ne sait pas nager. De fait, les ovins ainsi traités n’ont pas du tout l’air malheureux. Ils sont paisibles, sans aucun signe de stress. L’arme fatale est cachée à leur vue. Le jour J, le mouton doit être égorgé rapidement afin de souffrir le moins possible. Bien évidemment, pour que la viande soit halal (حلال / « licite »), il faut dire le mot magique ! Non, ce n’est pas « merci », mais « bismi-llah » (بسم الله / « au nom de Dieu »). C’est aussi la formule qu’on utilise avant de commencer à manger.

À l’occasion de ce jour important, je suis invité chez les parents d’Ishaq. Je suis accueilli comme un roi. Sa mère a préparé le repas et je suis donc à table avec mon ami, son petit frère Yassin et leur père. Eh oui, dans le monde arabo-musulman, ce sont généralement les femmes qui cuisinent. Lors des repas, les deux sexes sont séparés. Ça vous dérange ? Ça vous semble machiste ? Attention, point de jugement hâtif ! À la fin du repas, tous les hommes débarrassent puis font la vaisselle. Enfin, sauf moi. L’hospitalité est un devoir sacré dans le monde arabe. Les invités sont mis à l’honneur et on ira parfois jusqu’à se priver en cachette pour les accueillir de manière convenable. Après le repas, je prends le café en compagnie d’Ishaq et de sa maman. Nous avons tous les trois une belle discussion sur la religion, devant la télé qui diffuse des programmes spéciaux pour l’Aïd.

En Algérie, la vie n’est pas mixte. Peut-être l’avez-vous remarqué : chaque fois que je sors avec Ishaq, nous retrouvons ses amis hommes. Souvent, c’est l’homme qui travaille et la femme qui gère la maison. Et elle est honorée dans son foyer. Et encore, les femmes travaillent de plus en plus, donc les hommes participent de plus en plus aux tâches ménagères. D’après les Algériens avec qui j’ai pu en discuter, il y a peu de violences envers les femmes dans le pays. C’est sans doute dans le monde hispanophone que ce fléau frappe le plus. Et je connais assez bien ce monde-là pour vous assurer que beaucoup de femmes y sont habillées de manière provocante. Bref, tout l’inverse des codes vestimentaires algériens !

Pendant l’après-midi, je reste me reposer à la maison. Ishaq honore un devoir impératif. Il doit aller visiter les différents membres de sa famille (oncles et tantes) pour leur souhaiter une « Aïd moubarak » (عيد مبارك /« fête bénie »).

Le soir, nous sommes invités chez la famille de Mohammed. Comme à midi, nous mangeons du mouton. La conversation au dessert est très intéressante. Mes hôtes font l’effort de la tenir en français, afin que je puisse suivre.

Nous rentrons assez tard et devons bien nous reposer car une grosse journée nous attend demain…

Lundi 12 août : un voyage d’enfer avec des photos qui envoient du steak…

Aujourd’hui, je pars avec Ishaq et son ami Naaman visiter la Corniche de Jijel. Il s’agit de la côte entre Jijel et Béjaïa. Naaman est commercial. Nous nous embarquons donc dans son camion et entreposons nos affaires entre les articles qu’il vend : du produit vaisselle et des couches.

Nous nous arrêtons sur la Corniche pour prendre quelques beaux clichés. J’apprends à mes hôtes l’expression familière « ça envoie du steak ! »

Après une petite baignade et la pause déjeuner, nous arrivons à l’embouchure d’un oued. En fait, savez-vous ce qu’est un oued ? En arabe, il existe deux mots pour dire « cours d’eau ». Nahar (نهر) correspond à une rivière ou à un fleuve en paysage de plaine. Ainsi, la Loire, la Seine et la Maine sont des nahar. En revanche, wâd ou oued (واد) désigne un cours d’eau dans un paysage de montagne. C’est notamment le cas du fleuve andalou Guadalquivir, dont le nom vient de l’arabe wâd al-kabîr (واد الكبير), ce qui signifie « le grand oued ».

Chouette ! Un beau dromadaire sur la plage ! 😊 Beau cliché, mais grande frustration : n’étant pas vacciné contre la rage, il m’est vivement déconseillé de caresser l’animal…

Derrière le camélidé : une tente du désert, l’embouchure de l’oued et une zone très touristique car des grottes sont creusées dans la falaise. Malheureusement, elles sont fermées ce jour-là…

Nous enlevons nos sandales et nous remontons l’oued. L’eau est froide et peu profonde. Elle vient des montagnes kabyles qui surplombent la côte. Comme c’est l’été, le débit est faible et nous avons au maximum de l’eau jusqu’aux genoux. Attention de ne pas glisser sur les galets !

Eh oui ! Nous apercevons des singes. Ils sont mignons, mais très sauvages, donc difficiles à approcher. De toute façon, je n’ai pas le droit de les caresser, pour la même raison que le chameau.

Je veux vivre dans une baraque comme ça ! 😊

Après avoir fait trempette, nous remontons dans le camion de Naaman puis nous circulons dans les montagnes pour rejoindre l’amont de l’oued. Nous allons visiter les magnifiques chutes de Kefrida…

Eh non, ce n’est pas une carte postale, mais une photo que j’ai prise avec mon vieux smartphone âgé de 3 ans. Ne me demandez pas le nom de cette montagne : je n’en sais rien.

On se croirait en Savoie pendant l’été…

Et voici une belle image des chutes !
En bas, nous piquons une tête dans cette piscine naturelle d’eau douce. Après quelques jours de plage, ça fait bizarre de boire la tasse et de se rendre compte que la flotte n’est pas salée…

Petit cliché pour vous montrer qu’en Algérie, certaines femmes sont voilées et d’autres non.

Avez-vous déjà pensé à prendre un verre les pieds dans l’eau ?

Comme le souligne Gad Elmaleh, les Algériens sont très fiers de leur drapeau et l’affichent partout.
Quelques cabanes bucoliques en aval des chutes

Sans oublier la belle décoration vivante pour que les touristes prennent des photos :

De gauche à droite : drapeaux chaoui, algérien et kabyle. Pour rappel, les Chaouis et les Kabyles sont deux ethnies berbères.

Le soir, nous retrouvons les amis qu’Ishaq a gardés de ses années à l’université. Son cousin Mohammed se joint à nous. Alors que nous parlons, je vois arriver un homme d’un certain âge, vêtu d’une djellaba blanche et portant une longue barbe de la même couleur. Mohammed me dit qu’il s’agit d’un ascète soufi connu à Jijel. Il me propose d’aller discuter avec lui. Je ne me fais pas prier…

Jamel vit de façon austère, bien qu’il gagne correctement sa vie en réparant des filets. C’est un choix. Je lui dis : « il paraît que vous êtes un soufi. » Il me répond : « on essaie de l’être ! » Je lui annonce que je suis chrétien et il commence à prêcher comme le ferait un prêtre catholique. Bien qu’il soit fermement convaincu de sa foi musulmane, il me dit qu’un athée ou un polythéiste peut très bien être plus proche d’Allah qu’un pratiquant de l’islam. Il me dit que la théorie (en l’occurrence la connaissance de la foi) doit toujours aller avec la pratique (vie de prière et application des préceptes moraux). Il fait ensuite référence aux philosophes. Hegel est un idéaliste qui fait abstraction de la matière. Son disciple Marx, quant à lui, est un matérialiste qui oublie l’idée. En islam, le souci du plus pauvres est à la fois dans ce qu’en dit le Coran (idée) et dans la zakat (somme versée en aumône, donc notion purement matérielle). La vie de Jamel est un bel exemple de ce mariage théorie/pratique ou idée/matière. En effet, il lit énormément tout en vivant d’un métier manuel.

Mardi 13 août : journée tranquille au creux de la vague

Aujourd’hui, Tareq, Ishaq et moi nous posons à la plage. Le vent souffle fort et les vagues sont puissantes. J’apprends que « vague » se dit en arabe moudja (موجة). Le pavillon rouge ne nous empêche pas de nous baigner. Je ne sais pas pour vous, mais ce que je préfère, à la plage, c’est quand les eaux bougent. Nous devons tout de même rester prudents car les courants peuvent nous entraîner. Nous ne nous éloignons pas trop du bord.

Pour le déjeuner, Tareq nous offre un excellent couscous préparé par son épouse. Nous tournons une vidéo pour la remercier.

Le soir, nous sommes invités pour un barbecue chez la sœur d’Ishaq. Les brochettes de mouton sont excellentes. À la table des hommes, la conversation est entièrement en arabe. En effet, seuls Ishaq et moi savons parler français. J’arrive tout de même à comprendre plus ou moins de quoi il est question. Je m’appuie sur mes notions d’arabe littéraire et surtout sur les mots de français qui surgissent çà et là…

Mercredi 14 août : les vagues, c’est bien, mais attention quand même !

Après une petite grasse matinée, nous allons déjeuner chez les parents d’Ishaq. La télévision est allumée, ce qui me permet de travailler mon arabe. Aux informations, on nous annonce que deux personnes sont mortes sur la plage où nous avons joué dans les vagues hier. À l’écran, nous voyons les secours qui emmènent un cadavre à la morgue et un père qui pleure son enfant. Dur. Nos pensées vont à cette famille éprouvée par ce deuil. Ishaq m’annonce que, dans les provinces plus au sud, les habitants ne savent pas nager. Donc quand ils viennent en vacances à Jijel, ils sont plus vulnérables que les locaux lors des baignades.

Après le repas, mon hôte me montre le clip de l’équipe d’Algérie pour la Coupe d’Afrique des Nations. Pour rappel, mon cher pays d’accueil a gagné le championnat cet été. Voici la vidéo :

Nous passons l’après-midi sur la plage en compagnie de Lamine et de Mohammed, deux amis d’Ishaq. Le pavillon rouge bat toujours et nous nous baignons tout en restant prudents.

Le soir, Ishaq et moi nous promenons en ville. Nous prenons quelques photos devant le monument fétiche de Jijel. Il représente le bateau corsaire turc dirigé par le célèbre Barberousse. Celui-ci a sauvé la région de l’invasion espagnole au début du XVIe siècle. L’occupation ottomane a été très bien vécue par les populations locales. Les Turcs envoyaient quelques fonctionnaires sur le terrain. Mais ces derniers s’appuyaient sur les chefs locaux arabes et berbères, sans remettre en question l’organisation sociale de la région. Les Ottomans sont restés jusqu’à l’arrivée des Français, dans la première moitié du XIXe siècle.

Jeudi 15 août : musée, cartes postales et barbecue

La matinée de cette Assomption en terre d’islam s’avère culturelle. Nous visitons d’abord le port de pêche de Jijel. Ishaq y a travaillé lorsqu’il était étudiant. Il était serveur dans un bar où l’ambiance était au rendez-vous.

Après avoir un peu déambulé dans la ville, nous visitons le musée Kotama, sur l’histoire de la région. Ishaq m’a déjà parlé du tremblement de terre qui a détruit Jijel juste avant l’arrivée de Français. Ces derniers ont reconstruit la ville à l’époque coloniale et les rescapés du séisme sont redescendus des montagnes pour repeupler la cité. La salle où mon hôte me donne le plus d’explications est celle sur la guerre d’Algérie. Voici quelques clichés des autres expositions :

Une amphore phénicienne

Ces bracelets traditionnels me font un peu penser à l’orfèvrerie celtique

Quelques instruments du folklore local

Gros plan sur un instrument à vent assez proche de la cornemuse

Quelques tableaux sans légende… À vous d’interpréter ! 😉

Dans l’après-midi, nous retournons nous baigner dans les vagues. Sur la plage, je rédige une bonne dizaine de cartes postales pour différentes personnes. Aujourd’hui, nous sommes avec Naaman et son fils de cinq ans. Celui-ci m’explique tout un tas de trucs en arabe. Je comprends juste « moudja kabira » (موجة كبيرة), c’est-à-dire « grosse vague ». Je saisis donc que le petit bonhomme s’est éclaté pendant la baignade avec son papa. Une fois ma séance de secrétariat terminée, je me jette à l’eau. J’enseigne le français à Naaman et celui-ci m’apprend l’arabe. Notre discussion est parfois interrompue par une vague qui nous prend par surprise. Original, comme méthode pédagogique…

Le soir, nous nous retrouvons avec les amis de fac d’Ishaq : Lamine, Mohammed, Amine, un autre Amine, Ahmed, Houssam, Bachir et un autre Mohammed (j’espère que je n’ai oublié personne). Nous préparons un barbecue sur la plage : brochettes d’agneau, frites, ratatouille, chawarmas, puis raisin muscaté en dessert. Les conversations sont intéressantes. Nous parlons encore une fois de religions et de l’histoire de l’Algérie. Mes compagnons me racontent les horreurs de la décennie noire, quand ils étaient enfants. Les massacres perpétrés notamment par les terroristes islamistes sont encore brûlants dans les mémoires.

Nous rentrons vers 3h du matin. Houssam vient dormir avec nous. Nous regardons un film. Finalement, les deux Algériens s’endorment. Je ne suis pas très fatigué (je suis plutôt du soir) donc je regarde jusqu’à la fin. Tout-à-coup, j’entends le muezzine qui psalmodie : « Allahou akbar ! » C’est l’heure de la fajr, lapremière prière de la journée. Le soleil ne va donc pas tarder à se lever. Je regarde mon portable : 4h50. J’attends que le film se finisse, je me douche puis je me couche. Ma longue Assomption musulmane s’achève enfin.

Vendredi 16 août : une journée on ne peut plus pépère

Sans surprise, je passe une bonne partie de la journée à dormir. Ishaq s’absente à midi pour aller prier à la mosquée. Pour le dîner, je suis invité chez les parents de mon ami. Ils m’offrent un petit souvenir de Jijel, qui trône désormais dans mon salon :

Nous prenons ensuite une glace avec Mohammed (le cousin d’Ishaq, pas son ami de fac). Puis nous passons à la maison pour récupérer nos affaires. Nous regardons un film d’horreur en anglais à la télé pour passer le temps. Vers minuit, le père d’Ishaq nous conduit vers la gare routière, où nous voyagerons de nuit. Nous essayons de dormir tant bien que mal, malgré l’inconfort et un homme un peu timbré qui parle tout seul bien que tout le monde lui manifeste son mécontentement. J’arrive quand même à somnoler un peu et je crois bien que je réussis à rêver en arabe. Bon, étant donné mon niveau, ça reste de l’arabe très basique…

Samedi 17 et dimanche 18 août : Alger, l’avion, Madrid

Ishaq dort encore quand je peux observer un magnifique lever de soleil. Malheureusement, les photos sont floues à cause du mouvement du car.

Nous passons quelques heures dans la capitale. Voici quelques clichés :

La faculté de traduction

La statue de l’émir Abd El-Kader

Une illustre librairie juste en face de la statue de l’émir

Une mosquée algéroise

Une vue qui illustre bien l’architecture d’Alger-centre
La Grande Poste
Le mémorial du Martyr, en hommage aux combattants morts pour l’indépendance de l’Algérie

Ça y est : c’est l’heure de retourner en Gaule. Ishaq et moi nous quittons à l’aéroport, sachant que nous pourrons nous revoir en France d’ici quelques semaines.

Bon, on ne voit pas grand-chose, mais nous survolons les îles Baléares

Le voyage de retour est aussi chargé d’imprévus que l’aller. Néanmoins, il est bien plus plaisant. J’ai une correspondance à Madrid avec juste une heure pour changer de terminal et d’avion. Comme on m’a indiqué une porte erronée, je loupe mon second vol et mes bagages partent sans moi. Je partage cette galère avec Marc, un Vannetais qui a loupé la même correspondance que moi. Il a un très bon sens de l’orientation (que je n’ai pas) et je parle espagnol (ce qui n’est pas son cas). À deux, nous arrivons à nous débrouiller. Comme c’est la faute de la compagnie aérienne, c’est elle qui nous paye la nourriture et l’hôtel pendant 24h, le temps d’avoir un autre vol vers Nantes. La classe !

Nous sommes samedi soir. Je trouve une église à proximité de l’hôtel. Je peux assister à la messe dominicale anticipée. Dans son sermon, le prêtre dit que le véritable chrétien doit supporter les épreuves et l’inconfort. De manière métaphorique, il parle de « voyager sans bagages ». J’ai un petit sourire en coin, car ce n’est pas si métaphorique en ce qui me concerne…

Le lendemain, je prends enfin l’avion. Je suis assis à côté d’une doctorante allemande qui revient du Maroc. Nous discutons en espagnol, chacun avec son accent. Lorsque nous survolons la Bretagne, elle me fait remarquer que c’est beaucoup plus vert que l’Espagne et le Maghreb. Lorsque nous sortons de l’appareil, nous sommes saisis par un temps beaucoup plus frais que ce que nous avons connus ces dernières semaines. Après quelques péripéties, je récupère enfin mes bagages et je peux rentrer à la maison.

Vous l’avez compris : ce voyage m’a énormément plu. Merci aux personnes courageuses qui ont lu cet article jusqu’au bout ! 😉 J’espère que ça vous a donné envie d’aller en Algérie. Ce pays est peu touristique et les gens y sont d’autant plus accueillants. Donc n’ayez pas peur de traverser la Méditerranée pour visiter une terre qui en vaut vraiment la peine !

Jean O’Creisren


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« The Lobby Man » de Ska-P (paroles en français)

Remarque préalable sur la traduction :

Avant de vous donner la traduction de la chanson, il convient de relever un point clé des paroles. Celles-ci sont basées sur un jeu de mot entre lobby et lobo. Lobo signifie « loup » en espagnol, d’où la métaphore filée qui traverse la chanson. Les lobbies sont donc comparés à des loups-garous qui utilisent leur pouvoir au Parlement européen pour égorger les honnêtes citoyens. Remarque : en espagnol, « loup-garou » se dit hombre lobo (littéralement « homme-loup »), ce qui n’est pas sans rappeler l’anglais lobby man.

Vous aussi, vous êtes fan de Ska-P ? Voici ma traduction en français des paroles de « The Lobby Man » (Game over – 2018) :

THE LOBBY MAN, la pleine lune s’est déjà levée
THE LOBBY MAN, griffes et dents déjà aiguisées
THE LOBBY MAN, astucieux, rapide et féroce
THE LOBBY MAN, parmi les ombres du pouvoir s’est transformé

Attentif à la proie, sautant directement à la jugulaire
Il sait qu’il ne peut pas échouer
(Il sait qu’il ne peut pas échouer)
Camouflé comme informateur
Ses dents mordront, elles te mordront
Sa mission : interférer, c’est LOBBY MAN

Ouh ouhhhh THE LOBBY, THE LOBBY
Ouh ouhhhh THE LOBBY MAN

Il maîtrise comme personne l’art de la persuasion
C’est un expert en corruption
(C’est un expert en corruption)
Pour le lobby, ta misère et ta voix n’ont pas d’importance
C’est un prédateur
Tueur à la solde des grandes entreprises, c’est LOBBY MAN

Ouh ouhhhh THE LOBBY, THE LOBBY
Ouh ouhhhh THE LOBBY MAN

Pourquoi permettez-vous la pression
De ces groupes d’extorsion ?
Vous mettez le loup dans la bergerie
Pour qu’il puisse égorger
Vous vous laissez soumettre, vous légiférez par intérêt
En rien pour le bien commun
Servitude du pouvoir

Ouh ouhhhh THE LOBBY, THE LOBBY
Ouh ouhhhh THE LOBBY MAN

Moi, serf de mon seigneur, c’est facile à comprendre
J’ai le pouvoir politique prosterné à mes pieds
Je suis le négociateur, je ne ressens pas de compassion
Je ne distingue pas le bien du mal

Pourquoi permettez-vous la pression
De ces groupes d’extorsion ?
Vous mettez le loup dans la bergerie
Pour qu’il puisse égorger
Vous vous laissez soumettre, vous légiférez par intérêt
En rien pour le bien commun

Le lobby énergétique, c’est la mort au niveau mondial
Ils exploiteront la terre et nous ferons exploser
Le lobby financier n’est jamais rassasié
Les grandes sociétés, une escroquerie légale

Le lobby des armes est le plus criminel
La guerre est un business qui déteste la paix
Le lobby sanitaire ne veut pas nous guérir
La chronicité est beaucoup plus rentable

THE LOBBY MAN, des restes de sang a léché
THE LOBBY MAN, dans la pénombre a disparu
THE LOBBY MAN, un sourire a révélé
THE LOBBY MAN, la politique est sa pute de luxe.

Traduction : Jean O’Creisren, avec l’autorisation du groupe Ska-P


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