Vous aimez les langues ? Vous aimez jouer avec les mots, rigoler, refaire le monde ? Délires de linguiste est fait pour vous ! Bienvenus sur le blog de Jean O'Creisren !
Auteur : traducteur
Linguiste passionné, je suis heureux de partager mon expertise professionnelle ainsi que mes créations littéraires...
Ah, Angers ! Cette ville où il fait si bon vivre ! De Joachim du Bellay aux enquêtes sur la qualité de vie en passant par le journal espagnol El País, tout le monde vante la « douceur angevine »…
Mais savez-vous qu’en Anjou, on parle aussi un français un peu différent ? Ce phénomène est observé par la linguiste Henriette Walter dans L’aventure des langues en Occident. La professeure émérite à Rennes-II remarque que le patois angevin a disparu, mais qu’il a laissé des traces sur le parler du Maine-et-Loire. Nous allons voir quelques exemples…
Baner :
Ce verbe signifie « pleurer » ou
« crier ». Quand j’étais en primaire, mes camarades et moi utilisions
ce terme de manière très courante, comme nous aurions dit
« chialer ». En jour, j’étais en train de discuter avec des cousins
d’Orléans. Je leur ai parlé d’un enfant qui était en train de baner. Ils n’ont
évidemment rien compris. Je me suis demandé d’où ils sortaient, pour ne pas
saisir un verbe familier si courant. Ce n’est que des années plus tard que j’ai
appris que c’est du patois.
Barrer une porte :
Cette expression signifie « fermer une porte à
clef ». Il paraît que ça se dit en Anjou, mais je ne l’ai pas souvent
entendu.
Berouette / berrouette :
Brouette. Si vous voulez entendre ce mot, venez pratiquer des activités agricoles dans la région !
Bouiner :
Ce verbe signifie « ne rien faire ». On pourrait le comparer à « glander ». Pour demander « qu’est-ce que tu fais ? » (parfois sous-entendu « on t’attend »), on dira : « qu’est-ce que tu bouines ? »
Brâiller :
Au même titre que « baner », on utilisera ce terme pour parler d’un enfant qui pleure de façon sonore.
Crayon de bois :
Suivant les régions, la mine graphite est appelée différemment. En Anjou, ce n’est ni « crayon à papier » ni « crayon gris », mais plutôt « crayon de bois ». Et ce, même lorsque ces fournitures ne contiennent pas un gramme de matière végétale…
Crémet :
Dessert typiquement angevin. Vous en trouverez la recette ici.
Du coup :
Cette expression, qui signifie « par conséquent », est tout à fait française. Mais j’ai l’impression qu’à Angers, on l’utilise plus qu’ailleurs. Moi-même, je ne suis pas épargné…
Goule :
En patois angevin, on utilise « goule » comme on dirait « gueule » en français familier : « je me suis cassé la goule. »
Liaisons en [n] :
En primaire, je remarquais que certains de mes camarades faisaient des liaisons en [n]. Par exemple, au lieu de dire « il en faut encore », ils disaient « y n’en faut encore ». Je pensais qu’il s’agissait d’une erreur d’enfants qui apprenaient à parler. Mais juste après le bac, j’ai fait la cueillette de pommes avec des adultes qui parlaient de cette façon. Depuis, j’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres personnes s’exprimant ainsi. J’ai donc compris que c’est la façon dont on parle dans les campagnes du Haut-Anjou. Personnellement, je trouve que ça comporte un certain charme…
Patouille :
J’ai souvent entendu ce mot étant enfant. Je viens de découvrir que c’est du patois. En gros, la patouille correspond à un truc visqueux et pas très propre. Par exemple, quand un enfant joue avec de la boue ou mélange des aliments qui n’ont rien à voir. Encore aujourd’hui, je fais de la patouille en compostant mes déchets sur mon appui de fenêtre.
Pigner :
Verbe signifiant « geindre » /
« pleurnicher ».
Topette :
Non, non, ce n’est pas une insulte homophobe ! « Topette ! » (parfois orthographié « Tôpette ! ») signifie « Au revoir ! » On utilise cette formule pour prendre congé d’une personne avec qui on est familier.
Pour terminer, je vous propose un petit dialogue plein de clichés pour illustrer la douceur de la langue angevine :
— Pourquoi barres-tu la porte avec cette berouette ?
— Parce que mon gamin est en train de brâiller et qu’on ne
s’entend plus !
— Du coup, pourquoi il bane comme ça ?
— Il s’est cassé la goule en faisant de la patouille. Il mettait du Côteaux du Layon dans son crémet et il a glissé dessus…
— Y n’en faut peu, pour faire pigner un môme !
— N’insulte pas mon fils, l’ami ! Et d’abord, qu’est-ce que
tu bouines ? Tu ne devais pas descendre la Loire sur ta gabare ?
Pour plus d’informations sur le patois angevin, cliquez ici ou ici !
Si vous le souhaitez, vous pouvez également lire « Quand on parle du loup… », une nouvelle dans laquelle certains personnages s’expriment dans le parler populaire du Pays fléchois, mélangeant patois angevin et sarthois.
Voilà pour la leçon de linguistique d’aujourd’hui ! J’espère que ça vous a plu… À bientôt pour de nouveaux articles ! Topette ! 😉
Cet été, j’ai eu la chance de partir une dizaine de jours en Algérie. Dans cet article, je vais vous faire part de cette belle expérience. Au programme : photos, anecdotes, culture et humour…
Avant de partir : préparation du voyage
L’Algérie est un pays que je rêvais de découvrir depuis quelques années. Ayant eu l’occasion de tisser des liens plus ou moins étroits avec plusieurs Algériens, soucieux d’améliorer mon niveau d’arabe, j’avais très envie de réaliser ce voyage. En février dernier, mon ami Ishaq m’a proposé de m’accueillir quelques jours dans sa ville natale, Jijel.
La préparation a été un peu compliquée. Je vais vous épargner les péripéties administratives que j’ai dû traverser pour obtenir mon visa. J’ai aussi dû me faire vacciner contre l’hépatite A et la fièvre typhoïde. En revanche, je n’ai pas pu me faire vacciner contre la rage. J’avais donc l’interdiction formelle de toucher des animaux.
Selon le site officiel du
ministère des Affaires étrangères, la région où j’allais me rendre était
fortement déconseillée pour les ressortissants français. En effet, il y aurait
encore des groupuscules terroristes pour qui nous serions des cibles
privilégiées. Ishaq s’est montré très étonné que je lui dise cela. Il m’a assuré
que ça craint beaucoup plus en France, entre les cités et la crise des gilets
jaunes qui sévissait à ce moment-là. Je me suis bien gardé d’en parler à ma
famille. Mais si je peux vous écrire maintenant, c’est que je suis revenu sain
et sauf. 😊
Début juillet, j’étais enfin sûr de pouvoir partir. J’ai donc acheté mes billets d’avion. À l’aller, une escale de 5h20 à Barcelone (entre 0h30 et 5h50 du matin). Au retour, 1h seulement pour changer d’avion et de terminal à Madrid. Je me suis dit à l’avance que j’allais bien rigoler ! 😉
7-8 août : un aller mouvementé…
Je me rends donc en train à l’aéroport de Nantes. 8h à attendre. Heureusement, j’ai de quoi m’occuper : ma méthode ASSIMIL d’arabe, quelques publications du CCFD – Terre Solidaire, ainsi que le livre Azul…, de Rubén Darío. Si vous aimez la bonne littérature, vous apprécierez sans aucun doute ce chef-d’œuvre du modernisme latino-américain. Je ne sais pas ce que donne la traduction en français, mais la version originale en espagnole est un bijou de prose et de poésie, d’un style très édifiant.
Bref, pour revenir à l’Algérie, j’ai la bonne idée de flâner dans le Relay de l’aéroport. J’y achète un mini-dictionnaire d’arabe du Maghreb. On m’a déjà dit que cette langue est assez éloignée de l’arabe littéraire, que j’étudie par intermittence depuis une quinzaine d’années. Mais je n’imaginais pas que c’était à ce point ! En Algérie, même les mots les plus basiques se disent autrement. Par exemple, pour dire merci, on ne dit pas shoukrane (شكراً) mais sahet (صحة), qui signifie « santé » en arabe littéraire. À croire que, quand on n’a pas le droit de boire d’alcool, les joies refoulées de l’apéritif resurgissent autrement. 😉
C’est sympa de bouquiner, mais au bout de huit heures, on s’embête un peu. Je m’assieds à côté d’une famille lusophone. Mon portugais est un peu rouillé, donc je ne comprends pas tout. J’arrive tout de même à avoir un bref échange avec un enfant qui vient me voir, sous le regard amusé des parents. Puis vient l’heure de m’enregistrer. Une fois passé le contrôle, j’attends à la porte d’où partira mon avion. J’essaie d’aborder les autres passagers français ou espagnol pour passer le temps, sans succès. Heureusement que j’ai Azul… sous la main ! J’espère au moins que je serai à côté d’une personne sympa dans l’avion…
Une fois à bord, je suis sur la
même rangée que deux sœurs espagnoles d’une quinzaine d’années. Ni elles ni moi
ne sommes à l’aise pour démarrer une grande conversation, mais je profite de
leurs joyeuses gamineries. Si tous les adolescents pouvaient être aussi bien
dans leur peau, le monde serait bien meilleur !
Une fois arrivé à Barcelone, je me pose dans un café pour prendre un chocolat chaud et écrire. L’aéroport est très beau et de nombreuses boutiques sont ouvertes toute la nuit. Vive le capitalisme ! Vers 3h30, je me dis qu’il est peut-être temps de penser à m’enregistrer. Panique à bord : je ne trouve aucune indication quant à mon vol vers Alger. J’aperçois trois femmes voilées attablées à une autre cafétéria. Je les salue en arabe, puis leur demande en français si elles prennent le même avion que moi. C’est bien le cas. Elles me proposent de m’asseoir avec elles et m’offrent un thé à la menthe. Je viens de passer la frontière culturelle : en Europe, les gens sont individualistes, branchés sur leurs écrans (moi le premier) et peu enclins à parler avec les inconnus. En Algérie, l’individualisme n’existe pas et vous pourrez vous en rendre compte tout au long de cet article…
Une fois dans l’avion, un problème technique nous empêche de décoller. On nous demande de sortir, nous passons les contrôles une nouvelle fois. Puis on nous installe dans un bus censé nous diriger vers notre nouvel aéronef. Richard, le mari anglais de l’une des femmes algériennes qui m’ont si gentiment accueilli, m’explique un peu comment ça se passe au bled. Nous parlons, entre autres, de l’arabe du Maghreb et il me raconte une anecdote à ce sujet. Je ne sais pas si vous avez déjà entendu des Maghrébins converser dans leur langue maternelle. Au milieu d’une phrase en arabe, on entend quelques mots en français. D’après Richard, lorsque les Algériens vont en pèlerinage à La Mecque, les Arabes d’Orient se moquent d’eux. Ils leur disent : « vous ne devriez pas tourner sept fois autour de la Kaaba, mais de la Tour Eiffel ! »
Le car finit par nous redéposer au
terminal, où nous passons les contrôles pour la troisième fois. Autant vous
dire que mes compagnons de voyage sont de plus en plus énervés. Finalement,
nous nous envolons avec trois bonnes heures de retard. Je parle avec Youssef,
mon voisin, un architecte algérien qui vit au Canada. Dans l’avion, les
passagers discutent, partagent, blaguent même sur la situation. La culture
algérienne est ainsi, mais notre galère commune à l’aéroport nous a également
rapprochés…
Ça y est, nous quittons enfin Barcelone ! Nous allons survoler la Méditerranée : seulement du bleu sous nos pieds… Et nous arrivons à Alger ! One, two, three : viva l’Algérie !
Arrivé à l’aéroport d’Alger, je suis impressionné par le nombre de contrôles douaniers. Aux entrées, aux sorties. On me demande même d’indiquer où je logerai. Et cette partie de l’aéroport n’est pas aussi chaleureuse qu’à Barcelone : pas une boutique, seulement des uniformes bleus. J’arrive dans le grand hall : là, je vois des commerces, certes, mais pas d’Ishaq ! Je le cherche : introuvable. J’essaie de le joindre : mon portable n’a pas de réseau. J’emprunte le portable de quelqu’un : répondeur… Il est environ 10h, j’ai somnolé deux heures maximum dans l’avion et je suis seul dans un pays où je ne connais personne. Bon, déjà, j’ai faim. Je vais donc essayer de trouver à manger. Ce ne sont pas les cafétérias qui manquent à l’aéroport. Mais d’abord, il faut convertir mes euros en dinars. Des changeurs à la sauvette me proposent des opérations au noir. Je me dis qu’ils veulent m’arnaquer, donc je décline poliment, mais fermement. Ils m’indiquent néanmoins l’autre terminal, où se trouve le bureau de change. J’y vais à pied, je suis contrôlé à l’entrée. D’autres changeurs à la sauvette m’abordent. Je réussis enfin à effectuer l’opération auprès de la Banque d’Algérie et j’en profite pour demander si c’est normal que mon portable ne capte aucun réseau. Ils me conseillent à ce niveau. Après quelques péripéties, je réussis enfin à joindre Ishaq par WhatsApp. Il me cherche, inquiet, depuis deux heures. Nous nous retrouvons et il m’explique que j’aurais été largement gagnant en échangeant mes euros au marché noir. En effet, la Banque d’Algérie prend une très grande commission sur les opérations de change.
Nous prenons le taxi pour la gare
routière. Les choses qui me frappent sont :
le nombre de palmiers qui bordent les routes
le code de la route algérien, qui diffère en de nombreux points de celui de la France : pas de ceinture de sécurité à l’arrière des voitures, on peut doubler à droite, on peut conduire des deux-roues sans casque, la priorité n’est pas à droite mais à celui qui prend sa place le plus rapidement et le klaxon peut aussi être utilisé en pleine nuit. Mais la grande différence avec mon voyage au Cameroun il y a dix ans est le bon état des chaussées.
Ishaq me demande mes premières impressions sur l’Algérie. Je lui demande ce que j’ai le droit de dire. Il me dit de ne pas m’inquiéter. Ici, les gens sont directs et on peut parler de tout, même de politique et dire tout ce qu’on pense. Je lui annonce qu’on voit que c’est un État très policier. Je remarque que, même en Israël, ce n’était pas à ce point. En sortant du taxi, Ishaq me réprimande en disant qu’on peut parler de tout, certes, sauf d’une chose. Le seul tabou est l’État d’Israël. En Algérie, on peut dire qu’on est contre le gouvernement, qu’on est gay, qu’on est chrétien, qu’on est athée, mais pas qu’on est allé en Israël. Le chauffeur de taxi pourrait très bien informer la police qu’il a entendu un truc pas très clair…
Nous arrivons à la gare routière. Elle est noire de monde car c’est bientôt l’Aïd. Nous attendons quelques heures, puis nous nous embarquons pour Jijel, entre Alger et la Tunisie, dans la région de Petite Kabylie. 7h de trajet en car, rallongées par un problème technique au milieu de nulle part (apparemment un amortisseur qui a lâché). Pour passer le temps, je raconte des histoires belges à Ishaq, qui me fait découvrir l’humour algérien en retour. Contrairement à l’humour français, on ne se moque de personne, mais ça tourne souvent autour de la religion. Voici un exemple de blague :
Un homme va voir un imam pour lui demander de prononcer une fatwa. Il lui dit :
— Cheikh, je trouve ça fatiguant de marcher jusqu’à la mosquée toutes les semaines. Pourrais-tu prononcer une fatwa pour que je puisse regarder le prêche à la télé et prier devant l’écran tous les vendredis ?
Bien évidemment, l’imam refuse, mais l’homme insiste. Le religieux lui répond donc :
— As-tu un frigo, chez toi ?
— Oui.
— Eh bien, si tu tiens à prier devant ta télé, tu peux aussi mettre un drap noir sur ton frigo. Tu tourneras sept fois autour et tu pourras te vanter d’avoir fait le pèlerinage à La Mecque !
Nous arrivons à Jijel vers 2h du
matin. Mourad, le frère d’Ishaq, est venu nous chercher en voiture. Il nous
conduit vers la maison louée par mon hôte, où son ami Kamel nous attend. Enfin,
je vais pouvoir honorer un repos bien mérité…
Vendredi 9 août : journée tranquille à Jijel
Après cet aller tumultueux, une
petite grasse matinée s’impose. Il fait très chaud. C’est une chaleur humide et
étouffante. Nous devons nous allonger torse nu sur nos matelas, sans draps.
Nous passons l’après-midi à la plage du Grand Phare. Le sable est brûlant et c’est une véritable torture que de marcher pieds nus. Heureusement, l’ombre du parasol permet d’échapper à ce brasier. Ishaq nous apporte des sandwich « frites omelette » (sic en arabe algérien, en roulant le R de « frites »). Comme son nom l’indique, ça se compose de pain, de frites et d’omelette. Ce n’est absolument pas diététique, mais je suis fan du goût. En effet, c’est exactement la même saveur que la tortilla de patatas, mon plat espagnol préféré. Logique : les deux plats se composent des mêmes ingrédients. Enfin, sauf si l’on ajoute des oignons dans la tortilla, mais ceci est un autre débat… 😉
Sur la plage, de nombreuses personnes sont venues passer la journée. Jijel est une ville balnéaire et une grande partie des Algériens y vient pour les vacances. Il y a aussi des binationaux, qui sont facilement repérables puisqu’ils parlent français sans accent. Jijel est l’une des villes les plus conservatrices du pays. Sur la plage, pas de femmes en bikini. Seulement des maillots une pièce, des burkinis, voire des personnes qui se baignent tout habillées. En revanche, pour les hommes, il n’y a aucun problème pour porter le short de bain.
Les eaux sont parfaites : d’une limpidité que les Arabes nomment « safir », c’est-à-dire entre bleu marine et turquoise. Elle est bien chaude et il n’y a aucun problème pour entrer dedans. Le sable se compose de grains plats, qui collent à la peau de manière coriace. Sans doute les falaises de la région sont-elles constituées d’une roche particulière… Si l’un des lecteurs de cet article est géologue, je serais ravi d’avoir une explication en commentaire. 😊
Comme pour la sécurité routière, les règles de la baignade sont différentes en Algérie. Pas de bouées. Les bateaux à moteur circulent librement parmi les baigneurs. De mon côté, ça me plaît bien car ça fait des vagues…
Quand je ne me baigne pas, je lis Azul… ou les Écrits spirituels de l’émir Abd El-Kader. Pour rappel, ce dernier était un chef de guerre qui a résisté à l’invasion française au XIXe siècle. Après avoir rendu les armes, il a passé le reste de sa vie dans la prière. Il appartenait à un courant de l’islam nommé « soufisme ». Cette branche du sunnisme est alimentée par la philosophie et la mystique. Les soufis sont généralement de grands ascètes qui entrent facilement en dialogue avec les croyants d’autres religions. Tolérants, ils considèrent qu’il y a une part de vérité dans la foi de chacun et qu’il n’est pas nécessaire d’être musulman pour être proche de Dieu.
Après la baignade, nous partons vers le Grand Phare. Cela nous permet d’escalader les rochers et de contempler quelques belles vues de la côte.
Samedi 10 août : des conversations édifiantes
Ce matin, Kamel et son petit frère Mahfoud sont repartis pour Alger. Ishaq et moi sommes donc seuls à la maison. Nous retournons à la plage pour cette nouvelle journée tranquille. J’y rencontre Tareq, un ami de mon hôte qui enseigne la géotechnique à l’université. Tiens, il aurait pu m’expliquer de quelle roche provient le sable de Jijel tout collant !
Nos conversations sont assez édifiantes. Nous parlons notamment de religion. Avec Ishaq, j’ai déjà eu l’occasion de discuter sur le livre d’Abd El-Kader à la maison. Il m’a appris plein de choses sur l’histoire de son beau pays. Sur la plage, j’explique la différence entre les catholiques, les protestants et les orthodoxes. J’aborde des sujets assez techniques, comme la hiérarchie dans l’Église et les démarches des procès de béatification et de canonisation. Eh oui, il faut bien que je justifie pourquoi les catholiques se basent à la fois sur la révélation (la Bible), la tradition (les écrits des pères de l’Église et la vie des différents saints) et le magistère (ce que disent ou écrivent le pape et les conciles). Ishaq et Tareq se montrent intéressés. Même si je suis dans une ville musulmane très conservatrice, je peux affirmer ma foi chrétienne sans aucune crainte. Mes hôtes sont respectueux et font preuve de curiosité. Mais bien évidemment, je dis ce en quoi je crois de manière humble, sans le présenter comme La vérité. Il est aussi recommandé d’éviter les sujets qui fâchent : l’Incarnation et la Trinité. En effet, dans l’islam, Dieu est Un, donc il ne peut pas être Trois Personnes. Jésus n’est considéré ni comme Dieu ni comme le Fils de Dieu, mais uniquement comme un prophète qui n’aurait jamais prétendu être davantage qu’un homme.
Le soir, nous allons déguster une glace chez le meilleur glacier de Jijel. Et c’est vrai que c’est un régal ! Je rencontre Mohammed, le cousin d’Ishaq, ainsi que certains de ses amis. Nous avons des conversations très intéressantes sur l’histoire de l’Algérie, du monde arabe, de la France, de l’Espagne et de l’Empire ottoman. Nous pouvons parler de certains sujets sensibles sans langue de bois. Si la France dispose d’un réseau diplomatique si étendu, c’est parce que nous évitons d’aborder certains sujets suivant les contextes. Peut-être sommes-nous un peu hypocrites. Mais cela nous permet de vivre plus ou moins en bonne intelligence dans une société où les convictions politiques et religieuses sont très variées. Le seul endroit où nous sommes vraiment francs, ce sont les réseaux sociaux. En Algérie, les gens sont généralement très directs. Cela est sans doute moins un problème dans la mesure où tout le monde a plus ou moins les mêmes convictions. Eh oui, l’individualisme, c’est aussi le fait que chacun pense à sa façon. Or la culture algérienne n’est pas individualiste. Avec ces personnes chez ce glacier, j’ai pu avoir certaines conversations qu’il m’aurait été impensable de tenir en France. Mais je ne vous dirai pas sur quoi… 😉
Dimanche 11 août : Aïd moubarak !
Aujourd’hui, les musulmans du monde entier célèbrent l’Aïd el-Kébir, la fête la plus importante du calendrier islamique. Ils se rappellent le sacrifice d’Abraham (« Ibrahim », en arabe). À cette occasion, chaque famille sacrifie un agneau mâle. Depuis quelques jours déjà, on voit dans les rues des enfants qui jouent avec un jeune bélier. En France, ce serait impensable ! Soit les enfants auraient peur soit les parents auraient peur… Les règles du jeu sont les suivantes : certes, l’animal est voué à être égorgé, mais d’une manière relativement respectueuse. Pendant quelques jours, le mouton est choyé. Les familles le promènent dans la rue, le nourrissent bien. J’ai même vu une photo où un homme se baigne en tenant l’animal dans ses bras. La comparaison vous paraîtra peut-être un peu osée, mais cette image m’a tout de suite fait penser aux parents qui accompagnent à la piscine un jeune enfant qui ne sait pas nager. De fait, les ovins ainsi traités n’ont pas du tout l’air malheureux. Ils sont paisibles, sans aucun signe de stress. L’arme fatale est cachée à leur vue. Le jour J, le mouton doit être égorgé rapidement afin qu’il souffre le moins possible. Bien évidemment, pour que la viande soit halal (حلال / « licite »), il faut dire le mot magique ! Non, ce n’est pas « merci », mais « bismi-llah » (بسم الله / « au nom de Dieu »). C’est aussi la formule qu’on utilise avant de commencer à manger.
À l’occasion de ce jour
important, je suis invité chez les parents d’Ishaq. Je suis accueilli comme un
roi. Sa mère a préparé le repas et je suis donc à table avec mon ami, son petit
frère Yassin et leur père. Eh oui, dans le monde arabo-musulman, ce sont
généralement les femmes qui cuisinent. Lors des repas, les deux sexes sont
séparés. Ça vous dérange ? Ça vous semble machiste ? Attention, point
de jugement hâtif ! À la fin du repas, tous les hommes débarrassent puis
font la vaisselle. Enfin, sauf moi. L’hospitalité est un devoir sacré dans le
monde arabe. Les invités sont mis à l’honneur et on ira parfois jusqu’à se
priver en cachette pour les accueillir de manière convenable. Après le repas,
je prends le café en compagnie d’Ishaq et de sa maman. Nous avons tous les
trois une belle discussion sur la religion, devant la télé qui diffuse des
programmes spéciaux pour l’Aïd.
En Algérie, la vie n’est pas mixte. Peut-être l’avez-vous remarqué : chaque fois que je sors avec Ishaq, nous retrouvons ses amis hommes. Souvent, c’est l’homme qui travaille et la femme qui gère la maison. Et elle est honorée dans son foyer. Et encore, les femmes travaillent de plus en plus, donc les hommes participent de plus en plus aux tâches ménagères. D’après les Algériens avec qui j’ai pu en discuter, il y a peu de violences envers les femmes dans le pays. C’est sans doute dans le monde hispanophone que ce fléau frappe le plus. Et je connais assez bien ce monde-là pour vous assurer que beaucoup de femmes y sont habillées de façon très légère. Bref, tout l’inverse des codes vestimentaires algériens !
Pendant l’après-midi, je reste me reposer à la maison. Ishaq honore un devoir impératif. Il doit aller visiter les différents membres de sa famille (oncles et tantes) pour leur souhaiter une « Aïd moubarak » (عيد مبارك /« fête bénie »).
Le soir, nous sommes invités chez
la famille de Mohammed. Comme à midi, nous mangeons du mouton. La conversation
au dessert est très intéressante. Mes hôtes font l’effort de la tenir en
français, afin que je puisse suivre.
Nous rentrons assez tard et
devons bien nous reposer car une grosse journée nous attend demain…
Lundi 12 août : un voyage d’enfer avec des photos qui envoient du steak…
Aujourd’hui, je pars avec Ishaq et son ami Naaman visiter la Corniche de Jijel. Il s’agit de la côte entre Jijel et Béjaïa. Naaman est commercial. Nous nous embarquons donc dans son camion et entreposons nos affaires entre les articles qu’il vend : du produit vaisselle et des couches.
Nous nous arrêtons sur la
Corniche pour prendre quelques beaux clichés. J’apprends à mes hôtes
l’expression familière « ça envoie du steak ! »
Après une petite baignade et la pause déjeuner, nous arrivons à l’embouchure d’un oued. En fait, savez-vous ce qu’est un oued ? En arabe, il existe deux mots pour dire « cours d’eau ». Nahar (نهر) correspond à une rivière ou à un fleuve en paysage de plaine. Ainsi, la Loire, la Seine et la Maine sont des nahar. En revanche, wâd ou oued (واد) désigne un cours d’eau dans un paysage de montagne. C’est notamment le cas du fleuve andalou Guadalquivir, dont le nom vient de l’arabe wâd al-kabîr (واد الكبير), ce qui signifie « le grand oued ».
Chouette ! Un beau dromadaire sur la plage ! 😊 Beau cliché, mais grande frustration : n’étant pas vacciné contre la rage, il m’est vivement déconseillé de caresser l’animal… Derrière le camélidé : une tente du désert, l’embouchure de l’oued et une zone très touristique car des grottes sont creusées dans la falaise. Malheureusement, elles sont fermées ce jour-là…
Nous enlevons nos sandales et
nous remontons l’oued. L’eau est froide et peu profonde. Elle vient des
montagnes kabyles qui surplombent la côte. Comme c’est l’été, le débit est
faible et nous avons au maximum de l’eau jusqu’aux genoux. Attention de ne pas
glisser sur les galets !
Eh oui ! Nous apercevons des singes. Ils sont mignons, mais très sauvages, donc difficiles à approcher. De toute façon, je n’ai pas le droit de les caresser, pour la même raison que le chameau. Je veux vivre dans une baraque comme ça ! 😊
Après avoir fait trempette, nous
remontons dans le camion de Naaman puis nous circulons dans les montagnes pour
rejoindre l’amont de l’oued. Nous allons visiter les magnifiques chutes de
Kefrida…
Eh non, ce n’est pas une carte postale, mais une photo que j’ai prise avec mon vieux smartphone âgé de 3 ans. Ne me demandez pas le nom de cette montagne : je n’en sais rien. On se croirait en Savoie pendant l’été… Et voici une belle image des chutes ! En bas, nous piquons une tête dans cette piscine naturelle d’eau douce. Après quelques jours de plage, ça fait bizarre de boire la tasse et de se rendre compte que la flotte n’est pas salée… Petit cliché pour vous montrer qu’en Algérie, certaines femmes sont voilées et d’autres non. Avez-vous déjà pensé à prendre un verre les pieds dans l’eau ? Comme le souligne Gad Elmaleh, les Algériens sont très fiers de leur drapeau et l’affichent partout. Quelques cabanes bucoliques en aval des chutes
Sans oublier la belle décoration
vivante pour que les touristes prennent des photos :
De gauche à droite : drapeaux chaoui, algérien et kabyle. Pour rappel, les Chaouis et les Kabyles sont deux ethnies berbères.
Le soir, nous retrouvons les amis qu’Ishaq a gardés de ses années à l’université. Son cousin Mohammed se joint à nous. Alors que nous parlons, je vois arriver un homme d’un certain âge, vêtu d’une djellaba blanche et portant une longue barbe de la même couleur. Mohammed me dit qu’il s’agit d’un ascète soufi connu à Jijel. Il me propose d’aller discuter avec lui. Je ne me fais pas prier…
Jamel vit de façon austère, bien qu’il gagne correctement sa vie en réparant des filets. C’est un choix. Je lui dis : « il paraît que vous êtes un soufi. » Il me répond : « on essaie de l’être ! » Je lui annonce que je suis chrétien et il commence à prêcher comme le ferait un prêtre catholique. Bien qu’il soit fermement convaincu de sa foi musulmane, il me dit qu’un athée ou un polythéiste peut très bien être plus proche d’Allah qu’un pratiquant de l’islam. Il me dit que la théorie (en l’occurrence la connaissance de la foi) doit toujours aller avec la pratique (vie de prière et application des préceptes moraux). Il fait ensuite référence aux philosophes. Hegel est un idéaliste qui fait abstraction de la matière. Son disciple Marx, quant à lui, est un matérialiste qui oublie l’idée. En islam, le souci du plus pauvre est à la fois dans ce qu’en dit le Coran (idée) et dans la zakat (somme versée en aumône, donc notion purement matérielle). La vie de Jamel est un bel exemple de ce mariage théorie/pratique ou idée/matière. En effet, il lit énormément tout en vivant d’un métier manuel.
Mardi 13 août : journée tranquille au creux de la vague
Aujourd’hui, Tareq, Ishaq et moi nous posons à la plage. Le vent souffle fort et les vagues sont puissantes. J’apprends que « vague » se dit en arabe moudja (موجة). Le pavillon rouge ne nous empêche pas de nous baigner. Je ne sais pas pour vous, mais ce que je préfère, à la plage, c’est quand les eaux bougent. Nous devons tout de même rester prudents car les courants peuvent nous entraîner. Nous ne nous éloignons donc pas du bord.
Pour le déjeuner, Tareq nous
offre un excellent couscous préparé par son épouse. Nous tournons une vidéo
pour la remercier.
Le soir, nous sommes invités pour
un barbecue chez la sœur d’Ishaq. Les brochettes de mouton sont excellentes. À
la table des hommes, la conversation est entièrement en arabe. En effet, seuls
Ishaq et moi savons parler français. J’arrive tout de même à comprendre plus ou
moins de quoi il est question. Je m’appuie sur mes notions d’arabe littéraire
et surtout sur les mots de français qui surgissent çà et là…
Mercredi 14 août : les vagues, c’est bien, mais attention quand même !
Après une petite grasse matinée, nous allons déjeuner chez les parents d’Ishaq. La télévision est allumée, ce qui me permet de travailler mon arabe. Aux informations, on nous annonce que deux personnes sont mortes sur la plage où nous avons joué dans les vagues hier. À l’écran, nous voyons les secours qui emmènent un cadavre à la morgue et un père qui pleure son enfant. Dur. Nos pensées vont à cette famille éprouvée par ce deuil. Ishaq m’annonce que, dans les provinces plus au sud, les habitants ne savent pas nager. Donc quand ils viennent en vacances à Jijel, ils sont plus vulnérables que les locaux lors des baignades.
Après le repas, mon hôte me montre le clip de l’équipe d’Algérie pour la Coupe d’Afrique des Nations. Pour rappel, mon cher pays d’accueil a gagné le championnat cet été. Voici la vidéo :
Nous passons l’après-midi sur la
plage en compagnie de Lamine et de Mohammed, deux amis d’Ishaq. Le pavillon
rouge bat toujours et nous nous baignons tout en restant prudents.
Le soir, Ishaq et moi nous promenons en ville. Nous prenons quelques photos devant le monument fétiche de Jijel. Il représente le bateau corsaire turc dirigé par le célèbre Barberousse. Celui-ci a sauvé la région de l’invasion espagnole au début du XVIe siècle. L’occupation ottomane a été très bien vécue par les populations locales. Les Turcs envoyaient quelques fonctionnaires sur le terrain. Mais ces derniers s’appuyaient sur les chefs locaux arabes et berbères, sans remettre en question l’organisation sociale de la région. Les Ottomans sont restés jusqu’à l’arrivée des Français, dans la première moitié du XIXe siècle.
Jeudi 15 août : musée, cartes postales et barbecue
La matinée de cette Assomption en terre d’islam s’avère culturelle. Nous visitons d’abord le port de pêche de Jijel. Ishaq y a travaillé lorsqu’il était étudiant. Il était serveur dans un bar où l’ambiance était au rendez-vous.
Après avoir un peu déambulé dans la ville, nous visitons le musée Kotama, sur l’histoire de la région. Ishaq m’a déjà parlé du tremblement de terre qui a détruit Jijel juste avant l’arrivée de Français. Ces derniers ont reconstruit la ville à l’époque coloniale et les rescapés du séisme sont redescendus des montagnes pour repeupler la cité. La salle où mon hôte me donne le plus d’explications est celle sur la guerre d’Algérie. Voici quelques clichés des autres expositions :
Une amphore phénicienne
Quelques instruments du folklore local Gros plan sur un instrument à vent assez proche de la cornemuse
Quelques tableaux sans légende… À vous d’interpréter ! 😉
Dans l’après-midi, nous
retournons nous baigner dans les vagues. Sur la plage, je rédige une bonne dizaine
de cartes postales pour différentes personnes. Aujourd’hui, nous sommes avec
Naaman et son fils de cinq ans. Celui-ci m’explique tout un tas de trucs en
arabe. Je comprends juste « moudja kabira » (موجة
كبيرة), c’est-à-dire « grosse vague ». Je saisis donc que
le petit bonhomme s’est éclaté pendant la baignade avec son papa. Une fois ma
séance de secrétariat terminée, je me jette à l’eau. J’enseigne le français à
Naaman et celui-ci m’apprend l’arabe. Notre discussion est parfois interrompue
par une vague qui nous prend par surprise. Original, comme méthode pédagogique…
Le soir, nous nous retrouvons avec les amis de fac d’Ishaq : Lamine, Mohammed, Amine, un autre Amine, Ahmed, Houssam, Bachir et un autre Mohammed (j’espère que je n’ai oublié personne). Nous préparons un barbecue sur la plage : brochettes d’agneau, frites, ratatouille, chawarmas, puis raisin muscaté en dessert. Les conversations sont intéressantes. Nous parlons encore une fois de religions et de l’histoire de l’Algérie. Mes compagnons me racontent les horreurs de la décennie noire, quand ils étaient enfants. Les massacres perpétrés notamment par les terroristes islamistes sont encore brûlants dans les mémoires.
Nous rentrons vers 3h du matin. Houssam vient dormir avec nous. Nous regardons un film. Finalement, les deux Algériens s’endorment. Je ne suis pas très fatigué (je suis plutôt du soir) donc je regarde jusqu’à la fin. Tout-à-coup, j’entends le muezzine qui psalmodie : « Allahou akbar ! » C’est l’heure de la fajr, la première prière de la journée. Le soleil ne va donc pas tarder à se lever. Je regarde mon portable : 4h50. J’attends que le film se finisse, je me douche puis je me couche. Ma longue Assomption musulmane s’achève enfin.
Vendredi 16 août : une journée on ne peut plus pépère
Sans surprise, je passe une bonne partie de la journée à dormir. Ishaq s’absente à midi pour aller prier à la mosquée. Pour le dîner, je suis invité chez les parents de mon ami. Ils m’offrent un petit souvenir de Jijel, qui trône désormais dans mon salon :
Nous prenons ensuite une glace
avec Mohammed (le cousin d’Ishaq, pas son ami de fac). Puis nous passons à la
maison pour récupérer nos affaires. Nous regardons un film d’horreur en anglais
à la télé pour passer le temps. Vers minuit, le père d’Ishaq nous conduit vers
la gare routière, où nous voyagerons de nuit. Nous essayons de dormir tant bien
que mal, malgré l’inconfort et un homme un peu timbré qui parle tout seul bien
que tout le monde lui manifeste son mécontentement. J’arrive quand même à
somnoler un peu et je crois bien que je réussis à rêver en arabe. Bon, étant
donné mon niveau, ça reste de l’arabe très basique…
Samedi 17 et dimanche 18 août : Alger, l’avion, Madrid
Ishaq dort encore quand je peux
observer un magnifique lever de soleil. Malheureusement, les photos sont floues
à cause du mouvement du car.
Nous passons quelques heures dans
la capitale. Voici quelques clichés :
Une illustre librairie juste en face de la statue de l’émir Une mosquée algéroise La Grande PosteLe mémorial du Martyr, en hommage aux combattants morts pour l’indépendance de l’Algérie
Ça y est : c’est l’heure de
retourner en Gaule. Ishaq et moi nous quittons à l’aéroport, sachant que nous
pourrons nous revoir en France d’ici quelques semaines.
Bon, on ne voit pas grand-chose, mais nous survolons certainement les îles Baléares.
Le voyage de retour est aussi
chargé d’imprévus que l’aller. Néanmoins, il est bien plus plaisant. J’ai une
correspondance à Madrid avec juste une heure pour changer de terminal et d’avion.
Comme on m’a indiqué une porte erronée, je loupe mon second vol et mes bagages partent
sans moi. Je partage cette galère avec Marc, un Vannetais qui a loupé la même
correspondance que moi. Il a un très bon sens de l’orientation (que je n’ai
pas) et je parle espagnol (ce qui n’est pas son cas). À deux, nous arrivons à
nous débrouiller. Comme c’est la faute de la compagnie aérienne, c’est elle qui
nous paye la nourriture et l’hôtel pendant 24h, le temps d’avoir un autre vol
vers Nantes. La classe !
Nous sommes samedi soir. Je
trouve une église à proximité de l’hôtel. Je peux assister à la messe
dominicale anticipée. Dans son sermon, le prêtre dit que le véritable chrétien doit
supporter les épreuves et l’inconfort. De manière métaphorique, il parle de
« voyager sans bagages ». J’ai un petit sourire en coin, car ce n’est
pas si métaphorique en ce qui me concerne…
Le lendemain, je prends enfin l’avion. Je suis assis à côté d’une doctorante allemande qui revient du Maroc. Nous discutons en espagnol, chacun avec son accent. Lorsque nous survolons la Bretagne, elle me fait remarquer que c’est beaucoup plus vert que l’Espagne et le Maghreb. Lorsque nous sortons de l’appareil, nous sommes saisis par un temps beaucoup plus frais que ce que nous avons connu ces dernières semaines. Après quelques péripéties, je récupère enfin mes bagages et je peux rentrer à la maison.
Vous l’avez compris : ce voyage m’a énormément plu. Merci aux personnes courageuses qui ont lu cet article jusqu’au bout ! 😉 J’espère que ça vous a donné envie d’aller en Algérie. Ce pays est peu touristique et les gens y sont d’autant plus accueillants. Donc n’ayez pas peur de traverser la Méditerranée pour visiter une terre qui en vaut vraiment la peine !
Jean O’Creisren
Vous aussi, vous êtes passionné(e) du monde arabe ?
Avant de vous donner la traduction de la chanson, il convient de relever un point clé des paroles. Celles-ci sont basées sur un jeu de mot entre lobby et lobo. Lobo signifie « loup » en espagnol, d’où la métaphore filée qui traverse la chanson. Les lobbies sont donc comparés à des loups-garous qui utilisent leur pouvoir au Parlement européen pour égorger les honnêtes citoyens. Remarque : en espagnol, « loup-garou » se dit hombre lobo (littéralement « homme-loup »), ce qui n’est pas sans rappeler l’anglais lobby man.Si vous aimez la littérature de fiction qui parle de ces choses-là, vous pouvez lire ma nouvelle « Quand on parle du loup… ».
Vous aussi, vous êtes fan de Ska-P ?
Voici ma traduction en français des paroles de « The Lobby Man » (Game over – 2018) :
THE LOBBY MAN, la pleine lune s’est déjà levée THE LOBBY MAN, griffes et dents déjà aiguisées THE LOBBY MAN, astucieux, rapide et féroce THE LOBBY MAN, parmi les ombres du pouvoir s’est transformé
Attentif à la proie, sautant directement à la jugulaire Il sait qu’il ne peut pas échouer (Il sait qu’il ne peut pas échouer) Camouflé comme informateur Ses dents mordront, elles te mordront Sa mission : interférer, c’est LOBBY MAN
Ouh ouhhhh THE LOBBY, THE LOBBY Ouh ouhhhh THE LOBBY MAN
Il maîtrise comme personne l’art de la persuasion C’est un expert en corruption (C’est un expert en corruption) Pour le lobby, ta misère et ta voix n’ont pas d’importance C’est un prédateur Tueur à la solde des grandes entreprises, c’est LOBBY MAN
Ouh ouhhhh THE LOBBY, THE LOBBY Ouh ouhhhh THE LOBBY MAN
Pourquoi permettez-vous la pression De ces groupes d’extorsion ? Vous mettez le loup dans la bergerie Pour qu’il puisse égorger Vous vous laissez soumettre, vous légiférez par intérêt En rien pour le bien commun Servitude du pouvoir
Ouh ouhhhh THE LOBBY, THE LOBBY Ouh ouhhhh THE LOBBY MAN
Moi, serf de mon seigneur, c’est facile à comprendre J’ai le pouvoir politique prosterné à mes pieds Je suis le négociateur, je ne ressens pas de compassion Je ne distingue pas le bien du mal
Pourquoi permettez-vous la pression De ces groupes d’extorsion ? Vous mettez le loup dans la bergerie Pour qu’il puisse égorger Vous vous laissez soumettre, vous légiférez par intérêt En rien pour le bien commun
Le lobby énergétique, c’est la mort au niveau mondial Ils exploiteront la terre et nous ferons exploser Le lobby financier n’est jamais rassasié Les grandes sociétés, une escroquerie légale
Le lobby des armes est le plus criminel La guerre est un business qui déteste la paix Le lobby sanitaire ne veut pas nous guérir La chronicité est beaucoup plus rentable
THE LOBBY MAN, des restes de sang a léché THE LOBBY MAN, dans la pénombre a disparu THE LOBBY MAN, un sourire a révélé THE LOBBY MAN, la politique est sa pute de luxe.
Traduction : Jean O’Creisren, avec l’autorisation du groupe Ska-P
Vous aussi, vous êtes fan de Ska-P ? Voici ma traduction en français des paroles de « No lo volveré a hacer más » (Game over – 2018) :
Je ne recommencerai plus
Un petit verre pour déjeuner, et le shooter qui vient après. Et encore, et encore, et on trinque !
Développement de l’amitié, chaque jour je t’aime un peu plus. Et encore, et encore, et on trinque !
Quand le diable s’habille en vêtements de fête, quand la nuit t’ouvre ses portes. Tu es déjà lancé, tu t’es déjà activé et impossible de reculer.
Avec les copains, il n’y aura jamais de lendemain, Même s’il t’attend avec la gueule de bois ; il n’y aura pas de pitié. Oh, alors commence le récital :
« Je ne recommencerai plus », Dis-tu d’un air innocent, Avec le menton dans la cuvette, la tête qui explose et vomissant même les dents.
« Je ne recommencerai plus ». La couverture et le canapé. Mais que veux-tu que je fasse ? Ma vie, c’est toujours le bordel ; je ne peux rien y changer.
Déjà quelques jours ont passé. Je me suis juré qu’il n’y en aurait plus. Pas une seule, pas une seule, pas une seule.
Seulement un petit verre pour déjeuner, et le shooter qui vient après. Et encore, et encore, la spirale.
Si c’est le mariage de ma tante Rebeca, ou si maintenant, ce sont les fêtes de Vallekas, l’anniversaire de ton cousin Carlos ou de mon ami Juan,
S’il y a un concert dans le village d’à côté, Et s’il n’y a rien, je me cherche quelque chose à célébrer. Oh, et demain c’est le récital :
« Je ne recommencerai plus », Dis-tu d’un air innocent, Avec le menton dans la cuvette, la tête qui explose et vomissant même les dents.
« Je ne recommencerai plus ». La couverture et le canapé. Mais que veux-tu que je fasse ? Ma vie, c’est toujours le bordel ; je ne peux rien y changer.
Adelaïda, Adelaïda, Adelaïda, ouvre les portes du bar, car tout est bien fermé à clef. Il fait un froid de canard et je vais m’enrhumer.
Adelaïda, Adelaïda, Adelaïda, c’est toi notre salut ! Tu sais que nous sommes des vampires et que tout s’arrête quand le soleil se lève. Rejoins notre bringue et chantons au son de :
« Je ne recommencerai plus », Dis-tu d’un air innocent, Avec le menton dans la cuvette, la tête qui explose et vomissant même les dents.
« Je ne recommencerai plus ». La couverture et le canapé. Mais que veux-tu que je fasse ? Ma vie, c’est toujours le bordel ; je ne peux rien y changer.
Tu pourras lire, sur ma pierre tombale, je mettrai : « La moitié de ma vie avec la gueule de bois et l’autre moitié en état d’ivresse »
Tu pourras lire, sur ma pierre tombale, je mettrai : « La moitié de ma vie avec la gueule de bois et l’autre moitié en état d’ivresse »
Traduction : Jean O’Creisren, avec l’autorisation du groupe Ska-P
L’article sur la limitation de vitesse à 80 km/h a été supprimé. Cette mesure partait d’une bonne intention pour la sécurité et l’environnement, mais son efficacité est controversée. N’étant pas spécialiste de ce sujet, je vous propose un autre débat, sur un thème que je maîtrise beaucoup mieux. 🙂
Comment rouler écologiquement ? Comment limiter son empreinte carbone lorsqu’on est obligé de prendre le volant ? L’écoconduite classique suffit-elle ? Souhaitant à la fois moins polluer et moins dépenser, j’ai développé des techniques d’écoconduite dite radicale, que je partage dans cet article…
Éventuellement herbes de Provence et/ou cumin selon vos goûts (et/ou allergies).
Ne me demandez pas d’infos sur les proportions ; je
fais tout au pifomètre ! 😊
Ustensiles :
Assiette ou planche à découper
Couteau à viande
Couteau à dents
Casserole
La plus grande poêle que vous aurez sous la main
Spatule ou cuillère en bois
Cuillère à soupe
Cuillère à café
Gazinière ou plaque chauffante
Allumette ou briquet si non inclus dans la gazinière (non applicable en cas de plaque chauffante)
1/ Faire cuire le riz dans une casserole en respectant le temps de cuisson indiqué sur le paquet. Ne pas oublier de mettre de l’eau !
2/ Pendant que l’eau bout ou pendant que le riz cuit, éplucher les oignons et les couper de la façon qui vous convient le mieux. Les faire bouillir dans une poêle assez grande avec un fond d’eau et d’huile végétale (huile de palme interdite) et couvrir. Goûter de temps en temps pour voir si c’est cuit.
3/ Mélanger environ 2/3 (ou 3/4) de crème fraîche avec 1/3 (ou 1/4) de moutarde et une cuillère à café de miel. Goûter de temps en temps pour vous assurer que la sauce est bonne. Elle doit avoir du goût, comporter assez de moutarde pour être relevée, mais pas non plus au point d’arracher sa race. Le miel doit adoucir par une petite note sucrée.
4/ Couper les escalopes en petits morceaux carrés et les
faire cuire à feu vif dans la poêle avec un fond de beurre.
5/ Mélanger les oignons (une fois qu’ils sont cuits) avec la sauce puis verser le contenu dans la poêle une fois que les morceaux d’escalopes sont à point.
6/ Verser le riz (il a largement eu le temps de cuire pendant que vous vous occupiez des oignons, de la sauce et de la viande) dans la grande poêle où se trouvent lesdits oignons, ladite sauce et ladite viande. Mélanger et rajouter éventuellement le cumin et les herbes de Provence.
Aujourd’hui, on nous parle sans cesse d’écologie : recyclage, énergies renouvelables, croissance verte (voire décroissance), agriculture biologique, déconstruction, biocarburants, agriculture écologiquement intensive, permaculture…
Et l’humain dans tout ça ?
En effet, tandis que certains mouvements écologistes affichent un certain mépris pour l’être humain, la plupart n’en sont heureusement pas là ! L’écologie dite « intégrale » considère que l’on peut prendre soin à la fois de l’environnement (écologie environnementale) et de tous les êtres humains (écologie humaine). Tout est lié !
C’est dans cette optique qu’a été fondé, en 2013, le Courant pour une écologie humaine (CEH). Ouverte à toute personne de bonne volonté, cette association reconnue d’utilité publique souhaite changer la société par une révolution de la bienveillance. Si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à visiter leur site officiel.
Le week-end des 24-25 mars 2018, j’ai eu la chance de participer à la rencontre nationale du CEH à Paris. Suite à la conférence de l’économiste Pierre-Yves Gomez sur l’individualisme intégral, j’ai participé à un atelier sur le sujet avec deux autres personnes. Avec l’accord de ces dernières, je vous fais part de notre contribution, qui pourrait presque faire l’objet d’un programme politique. N’hésitez pas à commenter…
Quelles sont les traces mortifères d’individualisme intégral dans notre quotidien ?
1. Relations entre les personnes :
– Incivilités au volant et conduite dangereuse, notamment en région parisienne. – Incivilités dans les transports en commun (par exemple, le fait de ne pas remercier quelqu’un qui nous laisse gentiment sa place). – Fait de ne pas dire bonjour à la caissière lorsque l’on fait ses courses. – Conversations privées dans les open-spaces ou dans les transports en commun, qui font que nous nous affirmons en tant qu’individus sans penser aux autres. – Fumeurs qui prennent des pauses cigarette longues et régulières, travaillant donc moins que leurs collègues non-fumeurs tout en s’abîmant la santé. – Mentalité qui consiste à « ne pas se mêler des problèmes d’autrui », quitte à ne pas intervenir pour défendre les personnes en danger et à ne pas corriger fraternellement la personne qui en aurait besoin (incivilités dans le métro, indifférence face aux problèmes d’addiction, refus de dénoncer les violences au sein des familles de nos voisins, le harcèlement au travail, etc.). – Refus de s’arrêter pour discuter avec les mendiants ou les personnes touchées par l’alcoolisme (on peut très bien discuter avec eux sans leur donner d’argent). – Indifférence envers les sans-abris, les Roms, lespersonnes âgées, malades, seules et/ou handicapées, ou encore envers les migrants.
2. Nouvelles technologies :
– Addiction aux écrans, comme le fait que chacun soit accroché à son smartphone dans les transports en commun ou passe sa journée seul devant son ordinateur. – Caisses automatiques et automates à la gare, qui font disparaître le travail d’êtres humains, en plus d’exclure certaines personnes (personnes âgées qui ne maîtrisent pas les nouvelles technologies et personnes seules qui ont besoin de contact humain lorsqu’elles font leurs courses). – Publicités toxiques (pornographie ou autres produits utilisant des images dégradantes pour les femmes, sites de rencontres néfastes comme Gleeden, etc.) qui peuvent nous êtres proposées en fonction de notre historique de navigation. – Fascination pour les gadgets sans se rendre compte qu’ils sont fabriqués à partir de minerais volés aux Africains dans des conditions qui ne respectent ni les droits de l’homme ni l’environnement.
3. Au niveau environnemental :
– Emballages individuels pour les produits que l’on achète dans les supermarchés (yaourts, par exemple). – Journaux gratuits, qui proposent une information de piètre qualité accessible à tous tout en faisant mourir la presse papier payante, puis sont abandonnés dans le métro ou ailleurs, créant un nombre important de déchets qui ne sont pas nécessairement recyclés. – Personnes qui voyagent seules dans leur voiture alors qu’elles pourraient faire du covoiturage ou prendre les transports en commun. – Fait de laisser traîner par terre ses déchets (canettes de bière, mégots ou autres). – Vacances prises à l’autre bout du monde pour une semaine, là où l’on pourrait soit y aller pour une période plus longue et se rendre utile (en voyage humanitaire, par exemple) soit voyager plus près de chez soi. – Indifférence du monde politique par rapport à l’environnement. – Individualisme involontaire par manque de sensibilisation.
Comment remédier à ces tendances mortifères ?
1. Sur les relations entre les personnes :
– Mettre en place des spectacles et animations dans le métro (notamment des concerts qui parleraient à tout type de public). – Proposer des accueils café gratuits (café de qualité et si possible issu du commerce équitable) dans les stations de métro à destination de tous (du cadre au SDF) et à l’initiative d’associations qui informeraient sur leurs actions. – Installer des pianos dans les stations de métro, comme cela se fait déjà dans de nombreuses gares. – Lutter contre le tabagisme en augmentant drastiquement les taxes sur les paquets de cigarette et de tabac dans toute l’Union européenne. – Inciter au tourisme familial, avec des aides à la location de gîtes à la campagne. – Promouvoir le tourisme solidaire, tels que le pratiquent des associations comme Coup de pouce humanitaire. – Sensibiliser sur le fait que nous sommes tous responsables les uns des autres et qu’il faut intervenir en cas de situation injuste. – Obliger les ressources humaines à protéger les salariés harcelés par leurs collègues.
2. Sur les nouvelles technologies :
– Informer le public, notamment les parents, surl’effet des ondes sur le cerveau (via des émissions télévisées et les associations de consommateurs). – Confisquer les téléphones à l’entrée des écoles, des collèges et des lycées. – Sensibiliser les familles à l’importance des temps conviviaux sans écrans, notamment pour le bon développement des enfants (promenades en forêt, jeux de société, dîners au coin du feu, etc.). – Interdire les publicités toxiques et mieux réglementer les cookies. – Supprimer les caisses et guichets automatiques pour pouvoir créer du lien et de l’emploi, ou les boycotter à notre échelle.
3. Sur les questions environnementales :
– Règlement européen obligeant à mettre sur chaque produit en vente l’origine de tous les composants ainsi que l’empreinte carbone. – Placer des poubelles de tri sélectif dans le métro. – Supprimer les journaux gratuits. – Pour éviter les déchets issus des emballages individuels, revenir à la consigne, aux emballages collectifs, au vrac… – Mener une politique de tolérance zéro en matière d’incivilités et notamment de déchets jetés par terre : amende même pour un mégot ou pour un chewing-gum. – Promouvoir le tourisme vert en interdisant le tourisme discount, par des taxes au niveau européen envers les compagnies aériennes, notamment low-cost. Cela permettrait de subventionner le transport ferroviaire, afin que celui-ci soit toujours moins cher que l’avion pour un même trajet. – Interdire les voitures individuelles à Paris (Anne Hidalgo sera contente !).
Lors d’un autre atelier, j’ai rédigé avec une autre personne un poème sur notre expérience respective par rapport au CEH. Comme nous n’avions que 45 minutes pour réaliser cet exercice d’écriture, nous n’avons pas été très rigoureux sur le nombre de pieds. Mais nous avons fait attention aux rimes. Voici notre contribution, que je publie également avec l’accord de cette personne :
Retour d’expérience sur le Courant pour une écologie humaine
Le Courant vous êtes au courant ? – Par une conférence j’en ai eu vent. – Moi j’étais aux Assises, Et ils ne disaient pas que des bêtises…
Je me disais que l’écologie était un truc de gauchos Et l’anthropologie un truc de cathos, Mais le Courant m’a montré que tout est lié : Entre écologie et bioéthique pas d’incompatibilité !
Le tout n’est pas de cogiter : Agissons concrètement pour l’humanité ! Afin de cohabiter dans notre commune maison, Invitons tous les hommes à franchir notre paillasson…
À l’image de nos co-initiateurs, Ouvrons-nous à ceux qui vivent à l’extérieur, Aux périphéries, dans la rue, et même à ceux qui viennent d’ailleurs ! Comme eux, nous avons des limites et l’accepter est un vrai bonheur !
On peut se multiplier en décroissant, On peut s’ancrer dans son identité tout en aidant les migrants. Nature et humanité : Tout est lié !
En été 2017, je suis parti en coopération en Israël et en Palestine. Je me suis donc remis à étudier l’arabe de manière autodidacte.
En effet, j’avais déjà commencé à apprendre cette belle langue lorsque j’étais lycéen puis jeune étudiant. Mais les exigences de la vie professionnelle m’ont empêché de continuer au-delà de la licence. Je me suis donc replongé dans mes bouquins avant et pendant le voyage…
En apprenant de nouveaux mots, j’ai remarqué que nous parlons tous les jours arabe sans le savoir. Laissez-moi vous citer quelques exemples concrets :
« Salle à Manger » : en arabe, salâm Angers (سلام أنجيه) signifie « Bonjour Angers »
– Bonjour Angers ! La Terre Sainte te salue ! – Arrête de parler tout seul et viens jeter un œil à ma salle à manger…
« Chou crâne » : en arabe, shoukran (شكرًا) signifie « merci » – Regarde comment mon chou crâne avec sa nouvelle moto ! – Merci de lui dire d’arrêter de draguer ma poulette avec…
« Mousse d’argile » : en arabe, moustacjil (مستعجل) signifie « pressé » – Pourrais-tu me donner un peu de mousse d’argile, s’il te plaît ? – Désolé, je n’ai pas que ça à foutre car je suis pressé !
« T’as mal où ? » : en arabe, tacmalou (تعمل) signifie « tu travailles » (si l’on s’adresse à un homme) ou « elle travaille » – T’as mal où, Roger ? – J’ai mal pour toi à l’idée que tu travailles pour ces escrocs qui t’exploitent, Robert !
« L’abbesse » : en arabe, lâ be’s (لا بأس) signifie « pas mal » – Comment va l’abbesse ? – Pas mal, ma foi !
« Ôte-la » : en arabe, coutla (عطلة) signifie « congé » – Ôte la machine à casser la caillasse de ton bureau tout de suite ! – Pourquoi ? – Ça fait tellement de bruit que tu ne peux pas faire tes traductions sérieusement… Essaie et ça te fera des congés, tu verras !
« Mal » : en arabe, mâl (مال) signifie « argent » Proverbe anticapitaliste : « L’argent, c’est mal ! »
« Ara » : en arabe, ‘ârâ’ (آراء) signifie « opinion » – Quelle est ton opinion sur l’ara macao ? – C’est quoi ce truc ? – C’est un oiseau qui vit en Amazonie ainsi qu’en Amérique centrale. Emblème national du Honduras, ce cousin du perroquet est aussi appelé « ara rouge ». Il mesure environ 85 cm et vit en moyenne jusqu’à l’âge de 80 ans. Mangeant principalement des fruits et des graines, il pèse autour d’un kilogramme. En tant qu’oiseau social, l’ara macao ne se trouve presque qu’en groupe, souvent composé d’une vingtaine d’individus. De plus… – Bon, ça va, j’ai compris ! Mon opinion sur ce machin, c’est que je m’en fiche pas mal…
« Azur » : en arabe, az-zuhr (الظهر) signifie « midi » À midi, le ciel revêt sa robe d’azur.
« Mouche qu’il a » : en arabe, moushkila (مشكلة) signifie « problème » – Son problème, c’est la mouche qu’il a sur le nez. – Alors pourquoi ne la chasse-t-il pas ? – Parce qu’il est débile et qu’il n’a pas encore pensé que c’est la meilleure solution…
Et ça marche aussi en espagnol ! Dans la langue de Cervantès, comment dit-on « tuer » ? « Matar », n’est-ce pas ? Eh bien en arabe, matâr (مطار) signifie « aéroport ». Bon, étant donné le contexte actuel de menace terroriste, je m’abstiendrai de faire une énième blague vaseuse par respect pour les victimes de l’islamisme radical.
Il y aurait certainement plein d’autres jeux de mots à faire, alors ceux d’entre vous qui parlent arabe peuvent me proposer quelques idées en commentaire, du moment que c’est publiable (par exemple, évitons la déformation de salâm calikoum que certains de mes anciens collègues connaissent)…
Si vous tenez à avoir un vrai cours de linguistique sur les mots français d’origine arabe, je vous invite à faire un tour sur ce lien.
Si vous souhaitez apprendre à parler arabe, je vous recommande la méthode ASSIMIL. Maca-s-salâma tout l’monde !
Quelle est la ville la plus féroce ? Lyon ! Quelle est la ville la plus périlleuse ? La ville d’Angers ! Quelle est la ville où tout le monde est frère et sœur ? Quimper !
Qui n’a pas été bercé dans son enfance par ces jeux de mots qui éveillent l’humour des élèves de primaire ?
Vous qui lisez de temps en temps mes exercices de style sur ce qui me sert de blog, vous avez dû remarquer que je suis un grand gamin… Dans ma famille, on est tous un peu comme ça. Alors je ne vous laisse pas imaginer les repas quand nous nous retrouvons autour de nos parents…
Par exemple, un dimanche où nous étions tous réunis, mes frères et moi nous sommes mis à inventer plein de blagues de ce type sur les villes. Je vais donc vous en faire profiter :
1. Quelle est la ville la plus riche ? 2. Quelle est la ville où les Chinois crèvent le plus la dalle ? 3. Quelle est la ville où les gens ne sont jamais d’accord ? 4. Quelle est la ville où on perd tout le temps ? 5. Quelle est la ville où il y a le plus de scouts ? 6. Quelle est la ville la plus pieuse ? 7. Quelle est la ville où Tintin, Obélix et Spirou vont cueillir des fraises des bois ? 8. Quelle est la ville où ce n’est pas beau de dormir ? 9. Quelle est la ville où on fait caca ? 10. Quelle est la ville de l’Ouest qui est la plus à l’Est ? 11. Quelle ville est cerclée d’eau ? 12. Quelle est la ville la plus drôle ? 13. Quelle est la ville la plus polaire ? 14. Quelle est la ville où les papas ne sont jamais contents ? 15. Quelle ville est à la fois féroce et dangereuse ? 16. Quel est le village où les églises sont les plus droites ? 17. Quel est le bourg qui a le plus de rues ? 18. Quelle est la ville où il ne se passe jamais rien ? 19. Dans quelle ville les Bretons se sentent chez eux ? 20. Dans quelle ville mange-t-on du steak de baleine avec des pâtes ?
Réponses :
1. Bourges 2. Paris 3. Nancy 4. Toulouse 5. Caen 6. Metz 7. Roubaix 8. Limoges 9. Pau 10. Lorient 11. Lille 12. Vannes 13. Rennes 14. Perpignan (plus d’explications sur ce lien) 15. Le Lion d’Angers (bon, c’est sûr, il fallait connaître la géographie du Haut-Anjou) 16. La Chapelle d’Aligné (bon, c’est sûr, il fallait connaître la géographie du Sud de la Sarthe) 17. Strasbourg (bon, je sais que ce n’est pas un bourg, mais si vous avez des notions d’allemand, vous comprendrez le calambour) 18. Nevers 19. Le Caire (plus d’explications sur ce lien) 20. New York.
Bon, il est fort possible que vous ayez déjà entendu certaines de ces blagues par ailleurs, mais ce n’est que coïncidence. De toute façon, les blagues, les mots et autres expressions sont difficilement brevetables.
Quoi qu’il en soit, nous avons passé un bon déjeuner entre frères à retomber en enfance, sous le regard désespéré de nos parents…
Quel regard portons-nous sur les personnes handicapées ? Voyons-nous d’abord la personne ou le handicap ? Aujourd’hui, je vous parlerai particulièrement du handicap mental. Qu’elles soient porteuses d’une maladie génétique ou d’une autre difficulté, les personnes en situation de handicap mental peuvent parfois nous étonner, voire nous déranger. Pourtant, elles peuvent aussi beaucoup nous apporter. Je vais vous parler de l’expérience que j’ai vécue avec certaines d’entre elles via une association quand j’étais étudiant.
Suite à une proposition de l’aumônerie, j’ai pris contact avec l’équipe Foi et Lumière de la paroisse. En effet, le thème de l’année 2014-2015 était la fragilité. Dans ce cadre, il leur était proposé d’entrer en relation avec des personnes handicapées.
Personnellement, j’avais envie de vivre cette expérience dans un but complètement utilitaire. En effet, il se trouve que j’écris des nouvelles et des contes. Je voulais y faire intervenir des personnages porteurs de handicap. Mais lorsqu’on écrit sur un tel sujet, il faut que ce soit basé sur du concret, sur du vécu.
C’était donc ma motivation initiale pour y aller, mais j’avais tout de même un peu peur. La proposition nous avait été faite en septembre 2014. Mais ce n’est qu’en janvier 2015 que je me suis décidé à contacter la communauté Foi et Lumière. La première personne handicapée que j’ai croisée dans ce cadre est Patricia. Je n’étais pas très à l’aise au début, et la première chose qu’elle m’a dit a été : « T’as fini ? » Bonjour l’accueil ! Mais je me suis vite rendu compte que Patricia dit ça tout le temps et à tout le monde.
Cette première journée avec Foi et Lumière m’a fait beaucoup de bien. C’était un moment où je n’avais pas trop le moral. Deux communautés étaient réunies et nous étions très nombreux. Ce qui m’a d’abord frappé à la messe, c’est que, parmi les personnes porteuses de handicap, certaines sont très belles. J’ai aussi été marqué par une atmosphère remplie d’allégresse. Les personnes handicapées sont très joyeuses et ont un bel humour. Bref, j’étais venu avec le moral dans les chaussettes, et je suis reparti tout gonflé. En effet, on arrive avec nos fragilités, qui sont cachées, mais qui font mal. Et ces personnes qui ont la simplicité de ne pas cacher les leurs nous aident à relativiser. Comment peux-tu être malheureux quand tu vois rire des personnes qui auraient bien plus de raisons que toi de pleurnicher ?
Et à chaque rencontre Foi et Lumière, ça me faisait un bien fou ! Je me souviens également d’une fois où mon moral était au plus bas. Bon, rassurez-vous, ça ne m’arrive pas tous les jours non plus ! 😉 Bref, ce jour-là, je suis allé à la messe du Jeudi saint. J’y suis allé tout seul avec mes problèmes. J’étais en retard, ou juste à l’heure, je ne me souviens plus. En tout cas, l’église était pleine à craquer. J’ai tout de même pu trouver une place au fond. Sur la même rangée, un peu plus loin, il y avait Patricia avec sa maman. Quand Patricia m’a vu, elle m’a fait un grand sourire, et ça m’a remis du baume au cœur. Ça m’a vraiment remonté le moral et ça m’a aidé à oublier mes problèmes pendant un certain temps.
Pour conclure sur cette expérience, il ne faut pas hésiter à vivre cette rencontre avec les personnes handicapées. Certaines d’entre elles peuvent nous paraître un peu déstabilisantes au début. Mais elles ont toutes un grand cœur et elles font énormément de bien autour d’elles. En tout cas, moi, elles m’ont transformé !
* * *
Comme je l’ai mentionné au début de ce témoignage, j’ai décidé de vivre cette expérience pour pouvoir écrire un conte. J’ai maintenant terminé la rédaction de ce récit et je suis à la recherche d’un éditeur pour le faire publier avec d’autres textes. Vous trouverez ci-dessous le passage où interviennent des personnes en situation de handicap mental.
Pour situer cet extrait dans son contexte, le conte s’intitule « Mémoires d’un chapelet ». Eh oui, encore un truc de cathos (lol) ! Dans ce récit, j’ai imaginé un chapelet qui raconte sa vie. Si cela peut paraître rasoir au premier abord, cette vie est passionnante, puisqu’elle commence en 1980 à Lourdes, à la fin de la guerre froide, et s’étend jusqu’à aujourd’hui. Pendant ce temps, le chapelet ne cesse de changer de propriétaire et fait le tour du monde. Il vit donc différents événements historiques qui ont marqué les pays visités ainsi que les joies et les peines des personnes qui l’utilisent pour prier.
Dans le passage que je vous propose ci-dessous, le chapelet revient d’Espagne, où un séminariste nigérian l’a donné à Marta, une jeune Mexicaine trisomique. En effet, ces deux personnages étaient réunis autour du pape Benoît XVI à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Madrid (2011). Un rassemblement d’un million de pèlerins venus de toute la planète…
Bonne lecture !
« Marta était venue au monde dans une famille en détresse. Son père Emiliano était alcoolique, violent et infidèle envers son épouse, absent pour ses enfants. Lorsque Lupita fut enceinte pour la troisième fois, elle confia cette grossesse à la Vierge de Guadalupe, sa sainte patronne, patronne du Mexique et de toute l’Amérique latine. Et l’enfant naquit avec cette fragilité qu’on appelle la trisomie 21. Cette nouvelle fut d’abord difficile à accepter, mais l’arrivée de cet enfant souda finalement toute la famille. Emiliano prit la résolution d’arrêter de boire, et, se laissant attendrir par cette enfant faible et touchante, il mûrit et se mit à assumer avec exemplarité son rôle d’époux et de père.
Marta grandit dans l’État mexicain du Sinaloa, sur la côte pacifique, dans un cadre familial sécurisant. Bien que son handicap générât des difficultés et même une certaine souffrance pour elle, pour ses parents et pour ses frères et sœurs, l’amour qui régnait entre les uns et les autres les aidait à tout supporter, à faire confiance en tout, à tout espérer, à tout endurer. Cet amour portait de très beaux fruits qui n’auraient pas été là sans la présence de la jeune fille.
Marta, lorsqu’elle revint d’Espagne en me portant autour du cou, fut heureuse de me montrer à sa famille. En effet, elle accompagnait de temps en temps Lupita, qui récitait le chapelet une fois par semaine avec d’autres femmes dans l’église paroissiale. La première fois qu’elle m’y emmena, sa mère lui dit : “tu sais, avec ton chapelet, tu n’es jamais seule. Quand tu le tiens dans ta main, c’est comme si tu tenais la main de la Vierge Marie.”
Marta connaissait par cœur toutes les prières, même si elle n’en comprenait pas tous les mots, sur lesquels elle fourchait. “Dios te salve María, llena eres de gracia…” À la fin de chaque dizaine, après avoir récité “Gloria al Padre, al Hijo y al Espíritu Santo como era en el principio ahora y siempre, y por los siglos de los siglos. Amén”, l’on s’adressait à la Vierge pour lui demander sa protection : “María, madre de gracia, de piedad y de misericordia, defiéndenos de nuestros enemigos y ampáranos, ahora y en la hora de nuestra muerte. Amén.” Devant la statue habillée et multicolore de sainte Marie, chacune des priantes portait des intentions particulières, depuis les petits problèmes du quotidien jusqu’à des événements plus graves, comme les violences occasionnées par la guerre entre l’État et les cartels. Marta priait simplement. Si elle formulait maladroitement ses prières à voix haute, ces paroles venaient du fond du cœur. Et le Bon Dieu, qui a choisi ce qu’il y a de faible dans le monde pour couvrir de confusion ce qui est fort, devait certainement accorder une grande importance à ces demandes toutes simples.
Marta fréquentait également la communauté locale Foi et Lumière, qui rassemblait des personnes handicapées et leurs familles, ainsi que des bénévoles extérieurs, appelés « amis ». Cela commençait par la messe dominicale à l’église paroissiale. Ce jour-là, pendant l’office, on entendait Verónica qui chantonnait des airs improvisés mais mélodieux, générant un agréable bruit de fond en continu. Comme elle, Amérigo ne savait presque pas parler. En revanche, il passait des heures à observer sa mappemonde et avait donc une immense culture géographique, dans un pays où la plupart des gens en savent peu sur le sujet. Il pointait alors ses interlocuteurs du doigt en disant le nom d’un pays. Ainsi, pendant la messe, on entendait de temps à autres : “Islande !” “Émirats Arabes Unis !” “Guatemala !” “Jordanie !” “Mongolie !” “Pays-Bas !” “Afghanistan !” “Népal !” “Oman !” “Chypre !” “Turquie !”. Après le Notre Père, les personnes du groupe Foi et Lumière se donnèrent la paix du Christ. Plus pacifique que les autres, Mahatma fit le tour de l’église pour serrer la main à toute l’assemblée, ce qui dura jusqu’à la fin de la messe. Puis vint le moment du déjeuner. Manolo marchait frénétiquement dans la salle paroissiale en poussant des cris aigus, et renversait parfois les couverts et les plats sur son passage. Parfois, il voulait entraîner avec lui un bénévole en le prenant affectueusement par le bras. Dans un élan de générosité, le jeune homme lança dans les mains de l’un des amis une cuillère et des serviettes en papier chiffonnées, avant de repartir faire une énième fois le même parcours. Pendant ce temps, Isabel tapotait sur un tambourin tout en chantant en boucle l’hymne de la dernière coupe du monde de football. Elle improvisait ainsi les paroles du refrain : “¡Samira-mira hé-hé! ¡Wó cào – wó cào heyéyé! Sam Ituarte vomitará… ¡Porque esto es África!” Les psalmodies de Verónica accompagnaient cette chanson au rythme de laquelle se trémoussait Mahatma, dans une prestation très originale qui empruntait à la fois au tai chi quan, au yoga, à la tecktonik et à la danse contemporaine. Derrière, on entendait la voix affirmée d’Amérigo qui scandait la chorégraphie : “Bahreïn ! … Belgique ! … Bolivie ! … Koweït ! … Malte ! … Qatar ! … Vatican !”
Marta et les autres personnes handicapées étaient certes blessées et souffrantes, mais porteuses d’une joie si simple qu’elle transformait les personnes valides qui les accompagnaient, les ramenant à leurs propres fragilités, et les aidant à relativiser leurs petits problèmes. Ces cris, ces paroles au contenu étonnant étaient pleines de force et d’amour. Ces corps tordus étaient parfois d’une beauté rayonnante. Ces personnes faibles étaient libres, détachées de tout bien pour vivre l’amour. Car le Dieu d’amour est fort dans la fragilité humaine extrême. Et de cet amour jaillissait la communion, cette communion pour laquelle tous les êtres humains sont faits.
Marta intervint durant le temps de prière : “Seigneur, je Te prie pour les personnes qui sont plus handicapées que moi, qui ne peuvent plus du tout bouger. Rends-leur le sourire malgré tout !” Pauvre en esprit, la jeune fille avait un cœur puissant et une foi d’une simplicité à déplacer les montagnes. Elle serrait ma croix dans sa main et s’adressait à voix basse à Jésus, à tout moment de la journée, pour lui confier ci et ça. Elle était également rayonnante de joie et s’émerveillait de tout, même des choses les plus insignifiantes. Elle amenait ainsi les personnes tristes à porter un regard renouvelé sur le monde (…). Oui, sa joie était contagieuse et elle faisait beaucoup de bien autour d’elle.
Marta vit une seconde fois Benoît XVI, qui se rendit au Mexique en mars 2012. Le 21 décembre suivant, il ne se passa rien de particulier, n’en déplaise aux Mayas et à quelques illuminés. Puis, l’été d’après, nous nous embarquâmes pour le Brésil [où allaient se tenir les JMJ de Rio de Janeiro]. »