Terra Botanica

Vous aimez la science-fiction ? Découvrez « Terra Botanica », une nouvelle originale écrite par Jean O’Creisren…

Leonardo se pose beaucoup de questions. Ce travail a-t-il vraiment du sens ? Certes, il gagne bien sa vie. Oui, mais après ? Cette activité très lucrative le rend-il vraiment heureux ? Est-elle au service du bien commun ? Leo est indispensable à son entreprise. Contrairement aux autres, il a eu la chance de faire des études à Agrocampus, à Angers, tandis que son futur employeur finançait le développement de son haut potentiel. Bien sûr, il n’en parlait pas à ses camarades de promotion. Il disait juste qu’il voulait travailler dans la recherche en botanique, mais le reste de son parcours était top secret. D’ailleurs, depuis qu’il est retourné dans son pays, il n’a plus aucun lien avec ces étudiants français. Et c’est sans doute mieux ainsi.

Oui, ce travail si bien rémunéré dans ce laboratoire lui pose question. Quinze ans après son retour, il est en pleine crise de la quarantaine. Mettre au point des plantes de plus en plus psychotropes et addictives pour ce cartel latino-américain lui paraît vide de sens. Toute cette délinquance, tous ces massacres, toutes ces vies gâchées… Mais s’il dit mierda à son employeur, c’est la gâchette à coup sûr…

Le marché s’épuise, les drogues classiques ne se vendent plus tellement ; il faut innover. Une étude de marché fait ressortir une nouvelle demande de la part des consommateurs : une plante euphorisante, dégageant un gaz ou une énergie qui les mettrait dans une joie dynamique et qu’ils pourraient avoir chez eux. Il y travaille avec professionnalisme, mais sans grande conviction. Il est résigné, comme un esclave, comme un robot.

Dans ce bidonville de San Porro del Mono, le cartel local règne en maître. L’État a déserté les lieux depuis longtemps et la population fait confiance à ces bandits qui sortent les pauvres gens de la misère par le clientélisme. Le seul contre-pouvoir sérieux est l’Église catholique. Les prêtres, les religieux et les religieuses, qui vivent pauvres parmi les pauvres, sont aux côtés des toxicomanes, des enfants des rues et des prostituées. Ils ne cautionnent pas la mainmise des narcotrafiquants, mais ils sont bien obligés de fermer les yeux s’ils veulent rester en vie. Même certains dealers se montrent très croyants et arrosent généreusement la quête du dimanche avec leur argent sale. Le curé de la paroisse, le père Francisco, est un homme très respecté. Il est d’une très grande cohérence : généreux, bienveillant et franc, il vit sobrement et se met toujours au service d’autrui. Sa prédication est toujours remplie de sagesse et il s’adresse de manière accessible aux paroissiens qui, pour beaucoup, ne sont jamais allés à l’école. Croyants ou non, tout le monde l’admire et l’appelle El Santo, « le saint ».

*

*         *

Latif est désespéré. Et il n’est pas le seul. Dans le royaume de Dar ez-Zoulm, une grande partie de la population déprime. Tout va très bien pour les Zoulmites. Leur vie est paradisiaque : villas, piscines, voyages à l’étranger, festins réguliers. Mais pour les travailleurs originaires d’Asie du Sud-Est, c’est l’enfer. Venus pour pouvoir envoyer de l’argent à leur famille, ils sont payés misérablement. Ils sont entassés dans des logements insalubres, travaillent comme des bêtes et n’ont aucun moyen pour protester. Certains préfèrent se suicider pour que leurs familles puissent toucher l’argent des assurances. Quant aux jeunes filles, elles sont forcées à la prostitution.

L’Occident est complice de cette monarchie injuste. La richesse du royaume vient de ses nombreux gisements de pétrole, exploités par la multinationale Petroflouz. Latif et ses compagnons travaillent sur les puits d’extraction. Ils y font les métiers les plus dangereux et nombre d’entre eux sont tombés malades à cause de la pollution. Les Zoulmites habitent loin de ces bagnes et ne sont donc pas exposés à ces problèmes. D’ailleurs, se rendent-ils vraiment compte de ce que subissent les populations « accueillies » sur leur territoire ?

Latif marche seul dans le désert. Il se sent comme une victime. Il se croit beaucoup trop gentil pour résister aux injustices et prie Allah de lui venir en aide. Dans son Pakistan natal, on adore le même Dieu qu’ici. Pourquoi les croyants de Dar ez-Zoulm agissent-ils de la sorte ? Le Coran ne dit-il pas que tous les musulmans sont frères ?

Soudain, il trébuche et tombe à plat ventre. Il regarde quelle pierre l’a fait choir. À son grand étonnement, il s’agit d’une lampe, exactement comme celle d’Aladin. Incrédule, il la frotte pour voir quel sera le résultat…

*

*        *

Adila pleure sur ses enfants. Elle les aime. Elle connaît tous les trésors qui se cachent en eux. Mais la vie ne les a pas aidés. C’est comme si le sort s’était acharné sur toute la famille. Abbas, l’aîné, est devenu chef de bande. Il a rapidement compris qu’il aurait plus d’avenir dans le trafic de drogue qu’en tentant de suivre les cours dans ces établissements de ZEP où les professeurs sont dépassés.

Abra, la deuxième de la fratrie, est beaucoup plus raisonnable. Elle a toujours été studieuse et a toujours montré le bon exemple à ses frères et sœurs. Mais elle souffre d’asthme sévère à cause de l’environnement dans lequel se trouve la cité. En effet, Tutiroutupointes est coincée entre une bretelle d’autoroute et une raffinerie de pétrole tenue par Petroflouz, dans la banlieue nord de Marseille. Et les ferries à quai n’arrangent rien ! De nombreux problèmes de santé touchent ces populations qui n’ont pas les moyens de vivre ailleurs : maladies respiratoires, cancers, problèmes psychiques, voire malformations des fœtus et déficiences intellectuelles.

Dakwan, le troisième enfant de Badreddine et Adila, est très intelligent. Petit, il était curieux et s’intéressait à tout. Mais la crise d’adolescence fait des dégâts. Au collège de Tutiroutupointes, il ne fait pas toujours bon être un « intello ». Les enseignants voient que ce jeune a du potentiel, mais il préfère rester légitime auprès de ses copains que passer pour le « fayot de service », même si son grand frère est tellement craint que personne n’oserait le toucher. D’ailleurs, Dakwan s’identifie plus à Abbas qu’à son père. Ce dernier est âgé et il ne parle même pas français. Il ne travaille pas et c’est l’aîné caïd qui fournit l’argent à la maison.

Les deux derniers, Bahij et Faïda, font la consolation de leurs parents. Ils vivent encore de la fraîcheur de l’enfance, mais pour combien de temps ? Bahij est enjoué, et son sourire radieux emplit la maison. Il fait souvent le clown et apporte un peu de rire dans cette ambiance morose. Faïda est pleine de bienfaits pour sa famille. À quatre ans et demi, elle est déjà coquette, elle bute sur les mots et attendrit tout le monde, du terrible Abbas à la sérieuse Abra, du Dakwan peu assuré aux deux parents angoissés par leurs trois aînés.

Cette famille est un exemple type de ce qui se passe dans cette cité : chômage, discrimination, pollution, maladies, manque d’avenir, délinquance, mais aussi solidarité et vie. À Tutiroutupointes, tout le monde souffre de ces injustices. Mais, comme dans chaque cité de France et de Navarre, tout le monde se connaît. Donc s’ils veulent s’unir pour faire la révolution, ils en ont les moyens. Le tout est de la faire intelligemment…

*

*        *

Le père Francisco se lève. L’évangile est lu, il va enchaîner avec son homélie. On vient de lui diagnostiquer un cancer en phase terminale, mais il ne l’a dit à personne. Il n’a donc rien à perdre. Tout le monde attend avec impatience ce qu’il va dire. Après un long silence, il commence enfin son prêche :

« Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier si c’est au prix de sa vie ? »

Il s’arrête. Toute l’assemblée retient son souffle. Que va-t-il tirer de cette citation de l’évangile de Matthieu ?

« Mes amis, que signifie cette phrase pour nous aujourd’hui ? »

Pas de réponse.

« San Porro del Mono est remplie de gens bien. Vous êtes des gens bien. Vous êtes des enfants de Dieu et vous avez été créés pour faire le bien. »

Silence.

« Mais malgré cela, San Porro del Mono est remplie de violence, de misère et d’injustice. Pourquoi ? »

Silence.

« Eh bien parce que le démon y fait son œuvre ! Il y a, dans ce bidonville, des gens qui ont vendu leur âme au diable. Ils gagnent des milliers de pesos, ils ont des piscines, des femmes à volonté, parfois ils vont à l’église et donnent leur argent sale à la quête ou aux plus pauvres. Ils gagnent le monde entier, mais ils sont sur le chemin de l’enfer. Et vous, vous êtes complices ! Vous acceptez cette servitude ! Or, Dieu nous a créés pour l’amour, pour la liberté, pas pour cette complaisance avec le mal ! Dieu est plus fort que le diable ! L’amour est plus fort que la mort ! N’ayez pas peur et osez résister aux narcotrafiqu… »

Le sermon du padre est interrompu. Une balle vient de s’encastrer au milieu de son front. Personne ne sait d’où ça vient, mais le tireur a un message implicite pour l’assemblée : « Si vous faites ce qu’il vous a dit, il vous arrivera la même chose ! »

Dans ce bidonville, violence et religion sont omniprésentes. Les habitants en ont assez de la violence et la religion est leur seul refuge — avec la drogue, pour beaucoup. Les paroles d’El Santo ont retenti. Si tous les prêtres ne sont pas irréprochables, celui-ci était très aimé car il était très cohérent. Il a témoigné de ses convictions jusqu’au don de sa vie. Alors il est temps de reprendre le flambeau et de faire la révolution…

Le soir même, un groupe de personnes se réunit dans le plus grand secret. Les leaders de tous les groupes sont représentés : les syndicalistes, les religieux, les enfants des rues, les prostituées, les colporteurs… Seuls les trafiquants manquent à l’appel. Le conseil secret réfléchit à la manière dont il peut renverser ce régime narcocrate.

– Il faut faire table rase du passé, annonce Felipe, un leader syndical d’âge mûr. Il faut prendre les armes pour renverser ce régime impérialiste ! Barricadons-nous ! ¡¡El pueblo unido jamás será vencido!![1]

– La violence ne résout rien, rétorque sœur Teresa. Pensez à Jésus, qui a sauvé le monde sur la croix. Pensez au pasteur Martin Luther King qui a fait changer les États-Unis par la non-violence…

– Je ne crois pas à votre Bon Dieu des Bisounours, ma p’tite dame ! Est-ce qu’Hitler est tombé de cette manière-là ? Nous avons affaire à des tarés ! Contre le fascisme et la dictature capitaliste, seule la révolution peut changer les choses !

– Et que pensez-vous d’une révolution non-violente ?

Tous se tournent vers Miguelito. De sa petite voix, le chef de bande des enfants des rues vient d’intriguer l’ensemble du conseil.

– Explique-toi, reprend María Magdalena, directrice de la maison clause du quartier.

– Eh bien, nous pourrions lancer une grève du manque !

– Une quoi ? répondent-ils tous en chœur.

– Une grève du manque ! C’est le même principe que la grève de la faim, mais avec la drogue. Tous les toxicomanes du bidonville arrêteraient de consommer jusqu’à ce que les narcos dégagent…

Devant les explications de l’enfant, tous éclatent de rire.

– Tu es jeune et sans expérience, Miguelito, reprend jovialement Melquíades, le porte-parole des colporteurs. Mais tu apprendras avec la vie qu’un toxico ne peut pas se passer de drogue comme ça. C’est une maladie et on n’en sort que très rarement à coups de bonne volonté.

– J’ai peut-être l’air jeune, mais j’ai bien plus d’expérience que vous ne le croyez. Nous, les enfants des rues, nous ne sommes pas du tout naïfs. Nous sommes des experts en matière de délinquance et de défonce. Et d’ailleurs, je ne suis même pas un enfant, mais un extraterrestre !

Devant cette nouvelle remarque, c’est un fou rire incontrôlable qui saisit toute l’assemblée. C’est à croire que le garçon vient de dévorer un space cake ! Mais tout à coup, les rires se transforment en cris de peur. En effet, ce n’est plus un enfant qui se dresse devant eux, mais un cloporte vert géant, avec des tentacules à la place des pattes. Il disait donc vrai !

– Ça vous fait peur ? Rassurez-vous : je vais vous effrayer encore davantage !

À la place de l’alien, les conseillers voient un jeune homme d’une trentaine d’années, l’air introverti. Ils crient en effet de plus belle, car c’est l’une des dernières recrues des narcotrafiquants. C’est Judas, l’assistant de Leonardo au laboratoire.

– N’ayez pas peur ! J’ai beau avoir un nom de traître, ce sont les narcos que je trahis. Si vous m’écoutez bien sagement, je vous indiquerai comment mener votre révolution. Mon vrai nom est Ra-Rho. Je viens d’une planète nommée Terra Botanica, qui est à un million d’années-lumière de la vôtre. D’ailleurs, ce nom est aussi celui d’un parc à thème dans l’ouest de la France, mais les responsables politiques locaux n’ont pas fait exprès de copier sur nous. Ils ne connaissaient pas l’existence de ma terre natale, donc nous ne pouvons pas les accuser de plagiat. Sur ma planète, la vie animale et végétale est foisonnante. On y trouve notamment une multitude d’espèces de plantes magiques. Avec deux collègues, j’ai été envoyé en mission pour aider les Terriens. Mon camarade Ra-Rib a été parachuté au Moyen-Orient, où il se fait passer pour un génie dans une lampe. Quant à Zarbi, il s’est déguisé en chômeur qui profite du système dans la banlieue de Marseille, en France. Nous communiquons par télépathie pour coordonner des insurrections qui changeront la face du monde. Donc ce qui se joue ici, à San Porro del Mono, servira toute l’humanité. Ça vous va ?

Tous acquiescent en silence.

– Bien, reprend Ra-Rho. Alors, la première plante que je vous propose est la tripa gerba. Elle agit sur l’ADN et provoque une mutation génétique ainsi qu’un profond dégoût pour tout type de drogue. En même temps, elle supprime tous les symptômes liés au manque et répare toutes les lésions dues à la consommation. Depuis mon recrutement au labo, j’en ai mis dans toutes les marchandises exportées à l’étranger. C’est pour cela que le marché s’essouffle et que les narcos sont de moins en moins généreux envers les pauvres du quartier. Cette situation nous aidera à gagner le soutien des habitants. Nous allons donc donner de la tripa gerba à tous les toxicos qui veulent en finir avec leurs tortionnaires. En échange, ils feront savoir haut et fort qu’ils entament la grève du manque. Ça vous va ? Vous avez des questions ?

– J’espère que nos cris de rire et de peur ne nous ont pas fait repérer, s’inquiète María Magdalena.

– Pas de problème, répond Ra-Rho. J’ai brouillé les ondes pour que cette maison semble déserte à toute personne extérieure à notre groupe.

– J’ai une autre question, demande Felipe. Comment as-tu fait pour venir jusqu’ici si ta planète est aussi loin ?

– Bah ! Enfin ! Par téléportation ! Quelle question !!!

*

*        *

Ra-Rib a réuni les ouvriers d’Asie du Sud-Est dans un endroit secret. Sans leur dire, lui aussi a agi sur les ondes pour que personne ne puisse les y trouver.

– Alors, vous en avez marre de cette exploitation de la bourgeoisie pétrolière ?

– Ouais ! Aux chiottes les Zoulmites !

– À Dar ez-Zoulm, on va tous les bouffer comme des loukoums !

– Je comprends votre colère, camarades ! Mais attention : nous allons agir de manière non-violente. Souvenez-vous de Gandhi, qui a réussi à libérer la plus grande démocratie du monde sans armes. Combien parmi vous sont indiens ? Bien, je vois beaucoup de mains levées ! Je vous propose de faire grève. Petroflouz sera bien emmerdée si les puits n’extraient plus rien, et les Zoulmites aussi !

– Mais comment veux-tu qu’on fasse grève de manière non-violente sans se faire taper dessus ? interroge un ouvrier au fort caractère originaire d’Indonésie.

– Eh bien avec ça, répond Ra-Rib en sortant de sa poche un petit pot, le corpus diamantis !

– Le quoi ?

– C’est une plante magique. Vous en mangez et personne ne pourra vous blesser. Votre corps deviendra si dur que ce sera l’arme qui cèdera.

Devant cette déclaration, tous éclatent de rire. Ça leur fait du bien : ces hommes n’ont pas ri comme ça depuis des mois, voire des années. Au bout d’un moment, Ra-Rib prend son apparence bleuâtre de génie et s’amuse à entrer dans la lampe, puis à en ressortir par intermittence.

Mâ shâ’ llâh ! s’écrient les ouvriers en chœur.

– Ça vous épate, hein ! Alors ? On croit aux plantes magiques, maintenant ? Bon, dit-il après avoir repris son apparence humaine, Latif, prends ce couteau à viande et coupe-moi le bras !

– Non, je ne pourrai jamais faire ça !

– Femmelette ! répond l’Indonésien en lui arrachant l’arme des mains. C’est un génie, ça va rien lui faire !

Et l’homme tranche d’un coup sec le bras de Ra-Rib, qui part à l’autre bout de la salle. Le sang gicle à flots, mais le membre repousse sur-le-champ.

– Pourquoi le bras est-il parti ? Parce que je n’avais pas pris de corpus diamantis ! J’en mange donc une bouchée… Mmmh… Ch’est bon ! Et là, tranche-moi le bras pour voir !

L’Indonésien recommence, mais c’est le couteau qui vole en éclats. Alors, tout le monde se rue vers le génie pour pouvoir se gaver de la plante magique.

*

*        *

Les sages du quartier fument la chicha sur la place principale de Tutiroutupointes.

– Ah, mon bon vieux Hakim… La vie n’est plus ce qu’elle était ! Nous, on essayait de s’intégrer. Mais pour nos petits-enfants, c’est bien plus difficile…

– Comment veux-tu t’intégrer quand la police te contrôle tout le temps, quand l’école n’est plus une garantie de réussite, quand l’air est trop pollué pour que tu puisses te développer normalement ?

Salam calikoum, mes oncles !

– Abbas ! Comment vas-tu, mon grand ?

– Pas fort ! Les affaires ne marchent plus trop, en ce moment… Quand il s’agit des clients qui ne fument que du shit marocain, il n’y a aucun problème. Mais ceux qui touchent à la came latino-américaine nous lâchent complètement ! Il y en a même qui dégueulent sur mes dealers ! J’ai dû arrêter de travailler avec mes fournisseurs de San Porro del Mono. C’est à croire que leur marchandise est maudite !

– Salut la compagnie !

– Tiens ! Salut Kevin ! Ça roule ?

Putaing, oui ! Toujoure la frite !

– Bah t’as de la chance ! T’es bien le seul ici… Tiens, v’là Amady !

Un homme de type subsaharien se dirige vers eux. Avec ses 140 kilos, il a du mal à se déplacer. Il arrive en sueur pour saluer les uns et les autres.

– Alors, j’ai l’impression que ça va pas fort !

– Ce n’est pas qu’une impression !

– Et si on changeait tout ça ?

– Comment veux-tu que ça change ?

– Ben… En faisant la révolution !

– T’es sérieux ?

– Très sérieux ! On est pauvres, on souffre de la pollution. Donc ce qui marche, aujourd’hui, c’est de foutre le bordel pour se faire entendre. Il y a eu les Gilets jaunes, il y a eu la Marche pour le climat. Je vous propose donc « la Marche des pauvres pour le climat ». Nous bloquerons les ronds-points avec des gilets verts fluorescents 100 % naturels…

– Attends, Amady ! T’es mignon, mais depuis qu’on te connaît, tu passes ta vie devant la télé à bouffer des chips et à fumer des pétards, tu profites de toutes les allocs possibles et tu nourris la réputation des étrangers qui profitent du système. Donc tu vas arrêter avec tes idées à la con ! Déjà, on n’est pas assez riches pour financer un truc pareil, et en plus, des gilets fluorescents 100 % naturels, ça n’existe pas !

– Bon, déjà, je n’y suis pour rien si je ne trouve pas de boulot. Les employeurs ne sont pas nécessairement racistes, mais quand on s’appelle Amady Coulibaly, c’est vachement plus dur d’avoir un job !

– Rien ne t’empêche de changer de nom !

– En France, c’est un handicap, mais au Bled, c’est un atout. Je peux être ami sur Facebook avec tous les Coulibaly que j’y trouve. J’en ai même invité un qui a lancé des plantations de coton bio au Mali. On pourrait s’en servir pour tisser nos gilets tout en favorisant le commerce équitable…

– Et avec quoi tu vas financer tout ça ? Avec ton RSA, tes APL et ton AAH basée sur ton handicap fictif ?

– Je peux trouver des financements, interrompt Hakim. Je suis parent avec le rappeur Karim Kif-Edderim. Il est très riche et très généreux. En plus, il ferait certainement une chanson pour soutenir notre mouvement.

– Bien, reprend Abbas. Et la teinture fluorescente naturelle ?

– Regarde-moi ça ! Cette poignée d’herbes nous changera la vie ! C’est de la stabylota verda. Tu teins du coton avec ce truc et tu as de beaux gilets verts…

– Je te croirai quand tu m’auras fait une démonstration.

– Très bien, cher Abbas ! Viens chez moi et je te montrerai. Tu peux me croire. Demande aux gens du quartier ! J’ai l’habitude de tromper l’État français, mais pas mes frères de la cité. D’ailleurs, je suis l’un de tes clients les plus fidèles et je t’ai toujours payé comptant.

– Pas faux ! Montre-moi ça, qu’on puisse enfin changer la vie de tous les banlieusards !

*

*        *

Pablo est désespéré. San Porro del Mono s’est complètement retourné contre son clan. La grève du manque a bien pris. Plus personne n’achète sa marchandise, ni ici ni ailleurs dans le monde. Son personnel se met en grève et refuse de massacrer les rebelles. À la télévision, il voit que l’entreprise Petroflouz est, elle aussi, en difficulté. Les ouvriers sont en grève à Dar ez-Zoulm et les Zoulmites plient devant eux depuis que le monde entier a vu les corps invincibles des esclaves brisant les armes de la répression. Ça fait le buzz, tout comme les manifestations des Gilets verts en France. Il y a différentes insurrections, mais pour quel résultat ? Partout, la situation est bloquée. Si on se soulève, il faut que ça serve à quelque chose. Pour l’instant, Petroflouz et les narcotrafiquants sont dans une situation critique, sans que rien ne s’améliore pour les insurgés. Ces derniers protestent, mais ne proposent aucune alternative concrète. Pablo sort son revolver, le charge et met le canon dans sa bouche.

« Boum ! »

Le dirigeant du cartel se retourne. Leonardo vient de frapper un grand coup sur la porte.

– J’ai une bonne nouvelle, patron !

– Ça existe encore, les bonnes nouvelles ?

– Vous vous souvenez de cette plante euphorisante que vous m’aviez demandée il y a quelques mois ? Judas m’a aidé à…

– Qu’est-ce que j’en ai à foutre, maintenant ? La drogue, ça ne marche plus ! Il faut innover, se reconvertir, et nous n’avons plus le moindre peso à investir là-dedans !

– Justement, Judas a trouvé un truc pas mal : le cactus ecologicus. Si on dépose un brevet, on peut sauver la compagnie, le bidonville et le monde entier avec !

*

*        *

Cinq ans se sont écoulés. En partenariat avec Petroflouz, le cartel de San Porro del Mono a développé des plantations de cactus ecologicus dans le désert de Dar ez-Zoulm. Les ouvriers agricoles d’Asie du Sud-Est sont très bien payés et envoient des biodollars qui participent largement au développement de leur pays d’origine. Le cactus ecologicus absorbe le dioxyde de carbone en grande quantité. Il peut même en attirer à des milliers de kilomètres. Une partie du carbone sert à la photosynthèse. Une énorme quantité de dioxygène est recrachée dans l’atmosphère, ce qui a un effet euphorisant. Les ouvriers sont donc très heureux et dynamiques au travail. Une autre partie du carbone est stockée dans le sol. Mais avec le cactus ecologicus, on fait surtout du biocarburant non polluant et du plastique biodégradable. Cela est notamment fabriqué dans des usines situées dans les quartiers sensibles. À Tutiroutupointes, la raffinerie Petrovert (anciennement Petroflouz) est devenue une usine éthique, qui emploie la main-d’œuvre locale dans des conditions de travail rêvées. Le jeune Dakwan vient d’obtenir son baccalauréat avec mention très bien. Après la classe préparatoire et une école d’ingénieur, il espère intégrer cette société dans laquelle son grand frère est manager. À San Porro del Mono, le cartel vit grassement du brevet lié au cactus ecologicus. Le bidonville n’en est plus un. C’est un quartier où il fait bon vivre, comme à Tutiroutupointes, à Dar ez-Zoulm et partout ailleurs. La Terre est moins polluée et les Terriens ont enfin compris que c’est par la justice et l’équité qu’ils peuvent réellement être heureux.

Jean O’Creisren


[1] « Le peuple uni ne sera jamais vaincu ! » Slogan marxiste très souvent utilisé dans le monde hispanique.


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La fable de la fougère et du bambou, à lire dans les moments difficiles

Quand votre vie semble ne pas porter ses fruits, lisez cette fable et vous vous rappellerez ce qui est vraiment important.

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D’après Rocío Belén Suárez

Jour après jour, nous faisons beaucoup dans un seul but : être heureux. Mais souvent se produit quelque chose qui modifie les critères : nous confondons le bonheur avec le succès.

Nous voulons que nos actions donnent du résultat, et en donnent immédiatement. Si cela ne se réalise pas, nous avons l’impression d’avoir perdu notre temps et nous essayons autre chose. Il doit bien être possible d’acquérir la gloire !

En cherchant à atteindre nos buts par cette allée et venue constante, nous finissons par être doublement angoissés : nous ne remplissons pas nos objectifs et, pire encore, nous ne sommes pas heureux.

ALORS, DANS LES MOMENTS OÙ VOUS SENTEZ QUE RIEN DE CE QUE VOUS ENTREPRENEZ NE PORTE SES FRUITS ET QUE LA VIE DEVIENT TRÈS DIFFICILE, QUAND VOUS AVEZ ENVIE DE RENONCER À TOUT PARCE QUE CELA N’A AUCUN SENS, SOUVENEZ-VOUS DE LA FABLE DE LA FOUGÈRE ET DU BAMBOU.

Il était une fois un menuisier qui semblait mener une vie comblée. Il gérait son atelier ; il vivait auprès d’une femme qu’il aimait et avait deux enfants. Mais un jour, il commença à recevoir moins de commandes. Des problèmes économiques se déclarèrent donc pour lui et sa famille.

Cet homme voulait prendre soin de son activité professionnelle. Pour ce faire, il commença à essayer plusieurs méthodes afin de relancer son atelier, mais aucune ne produisait un quelconque résultat. Ses problèmes économiques commencèrent à générer des soucis avec sa femme. Les voyant tristes et en conflit, les enfants se mirent à rencontrer des difficultés à l’école.

Le menuisier se sentait découragé : rien de ce qu’il entreprenait ne semblait avoir du sens, étant donné que les choses allaient de pire en pire. Un jour, sur le point de jeter l’éponge, il décida d’aller dans les bois pour discuter avec un vieux sage.

Après avoir marché pendant une demi-heure, il rencontra ce dernier. Le vieil homme vivait dans une humble maison. Voyant le menuisier, il l’invita à passer prendre un thé. Il remarqua l’inquiétude sur son visage et lui demanda ce qui lui arrivait. L’artisan conta ses mésaventures au sage, qui l’écouta avec attention et sérénité.

Quand ils eurent fini de boire le thé, le vieil homme invita son hôte à l’accompagner vers un jardin magnifique qui se trouvait derrière la maison. La fougère et le bambou trônaient au milieu de dizaines d’arbres. Le sage demanda au menuisier d’observer les deux plantes et lui annonça qu’il devait lui raconter une histoire.

« Il y a huit ans, j’ai pris quelques graines et j’ai semé la fougère et le bambou au même moment. Je voulais que ces deux végétaux croissent dans mon jardin, car tous deux me sont d’un grand réconfort. J’ai mis tout mon cœur à prendre soin de l’un et de l’autre comme s’il s’agissait d’un trésor. »

« Peu après, j’ai remarqué que la fougère et le bambou répondaient à mes soins de manière différente. La fougère a commencé à éclore et, en à peine quelques mois, elle est devenue une plante majestueuse qui ornait l’ensemble du jardin par sa présence. En revanche, le bambou restait sous terre, sans donner signe de vie. »

« Une année entière s’est écoulée, au cours de laquelle la fougère continuait à se développer, mais pas le bambou. Néanmoins, je n’ai pas baissé les bras. J’ai continué à m’en occuper avec plus grand soin. Malgré cela, une autre année s’est écoulée et mon travail n’a porté aucun fruit. Le bambou refusait de se manifester.

Je n’ai pas non plus baissé les bras après la deuxième année, ni après la troisième, ni après la quatrième. Au bout de cinq ans, j’ai enfin vu qu’un jour une brindille timide émergeait de la terre. Le lendemain, elle était beaucoup plus grande. En quelques mois, elle a poussé sans s’arrêter et est devenue un prodigieux bambou de 10 mètres. Sais-tu pourquoi ce dernier a mis tant de temps à sortir de terre ? »

Après avoir écouté l’histoire, le menuisier n’avait pas la moindre idée de la raison pour laquelle le bambou avait tant attendu pour se manifester. C’est alors que le vieil homme lui déclara :

« Il a mis cinq ans car, pendant ce temps, la plante était occupée à développer ses racines. Elle savait qu’elle devait croître jusqu’à atteindre cette hauteur impressionnante. C’est pourquoi elle ne pouvait pas sortir de terre avant de disposer d’une base ferme qui lui permette de s’élever de manière satisfaisante. Comprends-tu ? »

Alors le menuisier comprit que toutes ses luttes étaient destinées à développer ses racines. Par ailleurs, le fait de ne pas voir les fruits de son travail pour le moment ne signifiait pas qu’il perdait son temps, mais qu’il devenait plus fort.

Avant de le laisser partir, le sage fit part à son hôte d’un dernier message :

« Le bonheur te permet de rester doux. Les tentatives te permettent de rester fort. Les peines te permettent de rester humain. Les chutes te permettent de rester humble. Le succès te permet de rester brillant. »

Cette histoire doit vous rappeler que peu importe le temps que mettent les choses à porter leurs fruits. Dans les moments difficiles, le plus important n’est pas de chercher à voir les résultats à tout prix.

En revanche, il est fondamental de travailler avec ardeur au développement de vos racines. En effet, c’est seulement grâce à elles que vous pourrez croître et devenir la meilleure version de vous-même.

Source : “La fábula del helecho y del bambú que deberías leer cuando pases por un momento difícil”, conte écrit par Rocío Belén Suárez et publié sur La mente es Maravillosa ainsi que sur le site internet de Bioguia [consulté le 27 mars 2021 ; mis à jour le 10 décembre 2020]

Traduit de l’espagnol par Jean O’Creisren


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Nous parlons tous breton sans le savoir

Avez-vous déjà essayé d’apprendre le breton ? Croyez-moi : cette langue celtique est passionnante ! Depuis environ un an, je m’y suis mis avec passion. J’accomplis ainsi un rêve qui me berce depuis l’adolescence…

Pour avoir étudié l’arabe, l’allemand et le polonais, je dirais que la langue bretonne n’est pas extrêmement difficile. Bon, c’est certes plus corsé que l’espagnol ou l’italien. Mais ça reste plus facile que les langues sémitiques ou slaves.

Aujourd’hui, nous fêtons la Saint-Yves. En plus d’être le saint patron des avocats. Yves revêt, avec sainte Anne, une importance particulière en Bretagne (plus d’infos sur ce lien).

Dans cet article, je ne vais pas vous dispenser un cours de breton. Je vous partage juste quelques trouvailles humoristiques sur cet idiome passionnant. Vous verrez à quel point nous parlons tous breton sans le savoir

  • Amañ signifie « ici ». Ce terme breton se prononce exactement comme le français « amant ». Rien à voir avec amann, qui se prononce légèrement différemment et signifie « beurre ». Vous connaissez sans doute le kouign amann, le meilleur des desserts bretons, dont la saveur n’a d’égal que le taux de matière grasse…

Chérie, il paraît que tu as un amant. C’est vrai ?

Evel just[1] !

Et où est-il, que je lui règle son compte ?

Ici, dans cette pièce. Juste derrière ta marinière tâchée avec du beurre.

  • Brav [braw] signifie « beau » en breton. Rien à voir avec « brave » en français.

Dis-donc Maïwenn, il est beau, ce mec, là-bas !

Oui, c’est vrai. Mais il n’est pas très brave. L’autre jour, il hurlait en courant dans toute la crêperie parce qu’il avait vu un moucheron convoiter son verre de cidre…

  • D’ar est la particule utilisée en breton avant une date. On français, cela se traduirait par « le », comme dans l’expression : « le 21 février 1794 ». Rien à voir avec le dard d’un insecte, ou l’expression « avoir un dard dans le flanc », qui signifie « avoir fumé un joint ».

À quand remonte la dernière fois que tu t’es mis un dard dans le flanc ?

C’était le 21 juillet 2000, lors du concert des Cranberries au festival des Vieilles Charrues.

Oulà, ça fait un bail !

Eh oui, j’ai fait des bêtises dans ma jeunesse. Mais j’ai compris que le chanvre indien n’apporte rien de bon. Et on peut très bien être un vrai Breton sans boire et sans fumer !

  • Debriñ se prononce plus ou moins comme le mot français « débris ». Mais ce verbe breton se traduit par « manger ».

Les débris que tu vois sont les restes d’une épave du XVIe siècle. Ça te dirait qu’on essaie de retrouver le reste du bateau pour voir s’il y a un fabuleux trésor ?

Je m’en fiche complètement si ça ne se mange pas !

  • Echu veut dire « fini » en breton. Cela a sans doute un lien avec « échu » en français.

Papa, que veut dire « à terme échu » ?

As-tu fini de poser des questions idiotes, sale morveux ?

Et toi, as-tu fini de m’insulter au lieu d’avouer tout simplement que tu n’en sais rien ?

  • E-pad : eh non ! Rien à voir avec les EPHAD ! Ce terme breton signifie « pendant ».

— J’étudie le breton pendant mon séjour en Basse-Bretagne. Mais je ne sais pas avec qui le parler.

— Tu peux aller visiter l’EPHAD qui est à côté de chez moi. Il y a plein de personnes âgées qui ne demandent qu’à parler breton, et même à parler tout court. Et elles seront ravies de se sentir utiles pour toi qui reprends le flambeau : grâce à elles, tu aideras à la langue bretonne à traverser les âges ! 😉

  • Evit n’a rien à voir avec le verbe « éviter ». Il s’agit de la traduction de la préposition « pour » en breton.

— S’il te plaît, évite de manger du jambon.

— Pourquoi ? Ma religion me le permet…

— Peut-être, mais je ne mange jamais de porc pour des raisons environnementales. En effet, la Bretagne est polluée par les nitrates occasionnés par cet élevage.

  • Karr-tan : traduit littéralement par « char de feu », ce mot composé est la façon dont le breton exprime le français « voiture ». Évidemment, cette orthographe ne vous dit rien. Mais la prononciation peut laisser croire qu’on dit « carton » avec un fort accent brésilien. Aujourd’hui, on dit tout simplement karr (avec une mutation consonantique devant l’article : ur c’harr).

— J’ai une voiture super écologique. Je l’ai achetée à 15 000 € sur Ar C’horn Mat et je vais l’essayer demain.

— Combien consomme-t-elle ?

— 12 litres aux cents.

— Hein ? Et en quoi c’est écologique ?

— Eh bien, elle est tout en carton : du volant aux pneus en passant par le moteur. Fabrication très peu polluante et 100 % recyclable.

— Mais ton char de feu va brûler dès que tu allumeras le contact. Tu n’as quand même pas mis 15 000 € dans cette m**** ? Montre-moi ton contrat, que je vois s’il y a une clause de rétractation !

— Je n’ai signé aucun contrat. Je gars qui m’a fait la proposition me paraissait honnête. J’ai versé les 15 000 € sur un compte domicilié aux îles Caïman et il m’a envoyé la marchandise. De toute façon, je ne peux plus joindre le vendeur. Je suis retourné sur Ar C’horn Mat pour lui poser une question, mais il avait supprimé son profil…

  • Korn : rien à voir avec les vaches, les rhinocéros, les tricératops et le dragon de l’Apocalypse ! En breton, korn signifie « coin ». Il y a certainement un lien avec l’anglais « corner ».

— Sais-tu ce qui rend fou un paysan breton ?

— Non.

— Tu le mets dans un pré rond et tu lui dis qu’il y a une corne dans un coin !

  • Al-laezh se prononce comme le français « à l’aise ». Pourtant, ça n’a rien à voir. En breton, cela signifie « le lait ».

Tu as vu le lait qui se trouve sur la table ? Il y a au moins 3 litres. Chiche de le boire cul-sec ?

À l’aise ! Quand il s’agit de boire, je suis toujours là ! Je ne suis pas breton pour rien !

  • Mignon n’est pas l’équivalent breton de l’anglais cute. Ce terme est la traduction du français « ami », quelle que soit l’apparence et l’attitude de ce dernier.

Sois mignon et prépare-moi une galette saumon-jambon-chocolat-choux de Bruxelles, s’il te plait !

Non.

Et pourquoi donc ? N’es-tu pas mon ami ?

C’est justement par amitié que je refuse. Ce que tu me demandes de faire est absolument dégueu. J’ai trop d’estime pour toi pour céder à tes pulsions gastro-maso.

  • Mont veut dire « aller » ou « partir » en breton.

Que fais-tu pendant les vacances, Jakez ?

Je pars à l’étranger !

Où ça ? Au Pays de Galles ? En Irlande ? En Écosse ? À l’île de Man ? En…

En Normandie ! Mais rassure-toi : je n’irai pas plus loin que le Mont Saint-Michel !

  • Na n’est pas une façon gamine de narguer autrui en breton ! En français, on le traduirait par « ni ».

« Tu veux le beurre et l’agent du beurre ? Eh bien tu n’auras ni l’un ni l’autre ! Na ! »

  • Neuze [nözé] signifie « alors » en breton. Phonétiquement, cela fait penser à « nausée ».

Ac’h[2] ! C’est quoi, cette odeur ?

Ça vient de mon compost.

Et que mets-tu dans ton compost ?

Alors il y a des déchets de sardine et de crabe, du beurre rance, des miettes de kouign-amann, du gras de porc, des épluchures de légume, les étrons de mon chien Ar C’hi avec un peu de mazout d’Erika. Que du naturel ! Qu’en penses-tu ?

J’en pense que ça me donne une de ces nausées ! Je me sens dans le même état qu’après douze verres de chouchen…

  • N’ouzon ket signifie « je ne sais pas » en breton. Sur le plan phonétique, ça ressemble au français : « nous f’sons une quête »

Nous faisons une quête pour un groupe militant basé en Afrique qui soutient l’indépendance de la Bretagne.

Es-tu sûr que mon argent ira bien à la cause séparatiste ?

Ah, ça, je ne sais pas ! C’est un mec que j’ai rencontré sur Internet qui me l’a dit. Il avait l’air sympa, donc je lui fais confiance…

NB : « N’… ket » est une double négation, comme « ne… pas » en français. Or le français est la seule langue latine à utiliser ce procédé. Est-ce une influence celtique ? Cela viendrait-il du gaulois ?

  • Person signifie « curé » en breton et se prononce comme le français « personne ».

Qui est cette personne là-bas ?

C’est le père Le Kozh, le curé de notre paroisse. Ou plutôt le recteur, comme on dit dans le Morbihan.

Comme son nom l’indique, il a l’air très âgé. La relève est-elle assurée ?

Non, malheureusement ! C’est pour ça qu’il faut prier pour les vocations

  • Pet : en breton, il ne s’agit ni de flatulences ni de drogue ! Pet ? est un mot interrogatif qui veut dire « combien ? »

Combien de pets as-tu fumé avant de taguer un triskell sur la voiture de l’ambassadeur de France ?

Aucun, pardi ! J’ai arrêté le cannabis depuis le dernier concert de Matmatah. En revanche, le chouchen, c’est une autre histoire…

  • Poatr [‘pot] signifie « gars » ou « garçon » en breton. Eh oui, ça se prononce pareil que « pote » en français. Peut-être même que le mot français est bel et bien d’origine bretonne. Ce serait à vérifier…

Eh, gars ! Où est le Parlement de Bretagne, s’te plaît ?

Monsieur, de quel droit m’appelez-vous « gars » et me tutoyez-vous ? Je ne suis pas votre pote, jarnicoton !

  • Ro ne se réfère pas à l’action de roter. En breton, il s’agit de l’impératif « donne » ???
  • Sellet signifie « regarder » en breton. Rien à voir avec « la sellette » en français !

Regarde-moi ce procès inique ! Argan est sur la sellette juste à cause de ses idées séparatistes ?

Il a quand même entarté le Président français avec un kouign amann et bombardé Matignon de harengs pourris. J’ai l’impression qu’il est davantage jugé pour ses actes que pour ses idées.

Il y a quand même pire que ça. Étant donné qu’Argan est la traduction bretonne du prénom « Barthélémy », il aurait pu se sentir appelé à faire un massacre…

  • Stal signifie « magasin » en breton. En français, les stalles sont des pièces de mobilier en bois qui ornent le chœur de certaines églises.

Tiens, il paraît qu’un nouveau magasin a ouvert. Il s’appelle « Ar stal nevez ». Sais-tu ce qu’ils y vendent ?

Uniquement des stalles ! C’est un ébéniste qui a monté ça.

Ça ne doit pas marcher fort ?

Tu rigoles ? Quand la saison des pardons approche, toutes les églises du coin les appellent pour se faire un coup de neuf !

  • Tomm-tomm : en breton, tomm signifie « chaud » et tomm-tomm veut donc dire « très chaud ». Eh non : rien à voir avec les GPS !

« Gast ! Ce village en centre-Bretagne est complètement paumé ! Ce sera très chaud d’y aller au feeling. Je préfère utiliser mon GPS TomTom. »

  • Yen : eh non, rien à voir avec la monnaie japonaise ! En breton, yen signifie « froid ».

Si la Bretagne devient indépendante, quelle monnaie adopter ? L’euro ? Le dinar breton ? Une monnaie nationale nommée « l’hermine » ?

La finance est toujours un débat passionné ! En Bretagne, il fait froid. Cela me rappelle le caractère introverti des Japonais. Pourquoi ne pas adopter le yen ?

Cet article vous a plu ? Pourquoi ne pas vous mettre, vous aussi, au breton ? Pour l’avoir testée, je peux vous assurer que la méthode ASSIMIL est encore très efficace, mais elle est payante. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à consulter ce lien.

Si vous parlez déjà arabe, hébreu ou araméen, il vous sera facile d’apprendre le breton et toutes les langues celtiques. Plus d’explications sur ce lien (en anglais).

Vous êtes breton ou bretonne et vous trouvez que mon article appuie trop sur certains clichés de mauvais goût ? Pour me faire pardonner, je vous propose une chanson qui met en valeur la beauté de cette langue celtique. 😊 Je vous préviens juste qu’il s’agit d’un chant nationaliste, en faveur de l’indépendance de la Bretagne. Les paroles sont traduites en anglais. Peut-être ne serez-vous pas d’accord avec tout, mais rien ne vous empêche de régaler vos oreilles au son d’« Ar chas doñv ‘yelo da ouez » :

Bon vent en mer celtique !

Kenavo !

Jean O’Creisren


[1] En breton, evel just signifie « bien sûr ».

[2] En breton, ac’h ! signifie « beurk ! » ou « pouah ! ».


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« Rosa » de Pixinguinha et Otávio de Souza (paroles en français)

Vous aussi, vous êtes fan de Pixinguinha et d’Otávio de Souza ? Voici ma traduction en français des paroles de « Rosa ».

AVERTISSEMENT : « Rosa » est une chanson d’amour brésilienne qui s’appuie sur des images religieuses. Comme vous pourrez le lire, il s’agit de sentiments passionnels non réciproques. La vision torturée de l’amour véhiculée par cette chanson n’est pas représentative du point de vue de l’Église catholique sur les questions affectives. Elle ne correspond pas non plus au point de vue de Jean O’Creisren, à qui la traduction de « Rosa » a été confiée. Cette traduction s’adresse donc aux personnes curieuses de savoir ce que signifie cette chanson en français. Elle ne souhaite en aucun cas diffuser les idées exprimées dans les paroles de ce morceau interprété par Marisa Monte. Si vous souhaitez en savoir plus sur ce que disent l’Église et le blogger de ce mystère insondable qu’est l’amour, vous pouvez lire cet article.

Rose

Tu es divine et gracieuse,
Statue majestueuse
D’amour sculptée par Dieu
Et formée avec l’ardeur
De l’âme de la plus belle des fleurs
Dont l’odeur entraîne aux cieux.
Dans la vie, elle est ma préférée
Par le beija-flor.
Si seulement, avec moi, Dieu était si clément,
Ici, dans cet environnement
De lumière formée sur une toile
Éblouissante et belle :
Ton cœur, près du mien transpercé,
Cloué et crucifié
Sur la croix rose
De ta poitrine essoufflée.

Tu es la forme idéale,
Statue magistrale,
Ô âme éternelle
De mon premier amour, sublime amour.
Tu es, de Dieu, la fleur souveraine.
Tu es, de Dieu, la création
Qui, dans tout son cœur, ensevelis un amour,
Le rire, la foi, la douleur,
Dans des santals parfumés
Qui exhalent une intense saveur ;
Dans des voix aussi torturées
Qu’un rêve en fleur.
C’est l’étoile lactée ;
C’est la mère de la royauté ;
C’est enfin tout ce qu’il y a de beau
Dans toute la splendeur
De la sainte nature.

Pardon si j’ose te confesser
Que je t’aimerai toujours.
Oh fleur, ma poitrine ne résiste pas !
Oh, mon Dieu ! Comme c’est triste,
L’incertitude d’un amour
Qui me fait davantage peiner en espérant
Te conduire un jour au pied de l’autel,
Pour promettre aux pieds du Tout-Puissant
En prières émouvantes
De douleur et recevoir
L’onction de ta gratitude.
Après avoir racheté mes désirs
Dans des nuages de baisers
Je devrai t’envelopper jusqu’à souffrir
De complètement faner.

D’après la chanson « Rosa » de Pixinguinha et Otávio de Souza

Traduction du portugais vers le français par Jean O’Creisren


NB : dans la première strophe de « Rosa » apparaît le mot portugais beija-flor. La traduction littérale en français serait « embrasseur de fleurs ». En fait, il s’agit d’une espèce de colibri. En traduisant les paroles, j’ai donc choisi de laisser l’expression originale, qui n’a sans doute pas d’équivalent dans la langue de Molière.


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La carte familière

Avec le nouveau confinement, nos restaurateurs souffrent d’une crise dont ils ne sont pas responsables… Pour les soutenir, je vous propose un peu d’humour dans cette période qui n’est drôle pour personne.

En France, nous pouvons être fiers de notre gastronomie. Nous avons également une belle langue, riche en matière de lexique culinaire. Cela vaut également pour le registre familier : bouffe, pinard, patates, claquos, bibine et autres bonbecs…

Imaginez la carte d’un restaurant rédigée uniquement avec de tels vocables… Ce serait inhabituel, original, et peut-être même vendeur. Essayons de voir ce que ça donnerait ! 😊

Voici la carte d’un resto de proximité sans prétention :

Aux délices du linguiste

Nos mets :

Plats de résistance :

  • Tartiflette normande
  • Saumon à l’oseille

Desserts :

  • Crème brûlée
  • Gâteau de bonbons

Nos boissons :

Boissons alcoolisées :

  • Vin blanc
  • Vin rouge
  • Bière

Boissons chaudes :

  • Thé
  • Café serré
  • Café allongé

Boissons fraîches :

  • Eau plate
  • Eau pétillante

Rien de plus classique… Voilà maintenant ce que donnerait la même carte en langage familier :

À la bonne graille du linguiste

Bouffe :

Pour se faire péter la panse en salé :

  • Patates au claquos
  • Poiscaille qui coûte un bras, accompagnée de fric végétal

Pour se faire péter la panse en sucré :

Bibine :

Tise :

  • Vinasse blanche
  • Pinard rouge
  • Binouze

Bibine qui crame la gueule :

  • Pisse-mémé
  • Kawa corsé
  • Jus de chaussette

Bibine qui caille :

  • Château-la-Pompe
  • Flotte qui pique

Voilà pour cette publication en soutien moral aux restaurateurs français. Bon courage à tous pour le confinement ! En union de prière avec ceux qui sont particulièrement touchés !

Jean O’Creisren

Crédits images 1 et 2 : https://fr.freepik.com/photos-vecteurs-libre/conception


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Le pouvoir de l’amour

Comme toute bonne mère, quand Diana sut qu’elle attendait un bébé, elle fit tout ce qu’elle pouvait pour aider Luisito, son fils de trois ans, à se préparer à cette nouvelle étape dans sa vie.

Ils savaient que le nouvel enfant serait une fille. Jour et nuit, Luisito chantait et chantait encore pour sa petite sœur qui était dans le ventre de sa mère. Il s’attendrissait à son sujet avant même de la connaître… Il voulait déjà jouer avec elle et la protéger.

La grossesse de Diana se déroula normalement, et au bout des neuf mois, l’accouchement s’annonça. Bientôt, les contractions se produisaient toutes les cinq minutes, puis toutes les trois minutes… Et finalement toutes les minutes… Diana dut passer plusieurs heures en salle d’accouchement quand, soudain, une complication se présenta.

Les médecins dirent qu’il fallait faire une césarienne… Après de longues heures de combat, la petite sœur de Luisito vint au monde, mais dans de très mauvaises conditions. On l’emmena immédiatement dans une ambulance au service de réanimation néo-natale de l’hôpital de la ville. Les jours passèrent et l’état de santé de l’enfant empira. Les pédiatres durent finalement annoncer aux parents cette terrible nouvelle : « Il y a très peu d’espoir, attendez-vous au pire. » Diana et son mari contactèrent alors le cimetière local afin de réserver un emplacement pour leur petite fille.

Ils avaient aménagé une nouvelle chambre pour leur bébé et ils étaient maintenant en train de faire les préparatifs pour des funérailles. Toutefois, Luisito suppliait ses parents de le laisser voir sa petite sœur, en leur répétant :

« Je veux chanter pour elle comme quand elle était dans le ventre de maman… »

Cela faisait deux semaines qu’elle était en thérapie intensive et il semblait que l’enterrement viendrait avant la fin de la semaine entamée. Luisito continuait à dire avec insistance qu’il voulait chanter pour sa petite sœur, mais ses parents lui expliquaient que les enfants n’étaient pas autorisés à entrer dans le service des soins intensifs. Cependant, Luisito ne pouvait pas comprendre et insista jusqu’à ce que sa maman se décide…

Diana emmènerait Luisito voir sa petite sœur, qu’on le lui permette ou non ! S’il ne la voyait pas à ce moment-là, peut-être ne la verrait-il jamais vivante. Elle le vêtit d’une énorme barboteuse et l’emmena aux soins intensifs. Luisito était caché dans un immense panier de linge sale. Mais l’infirmière en chef s’en aperçut et devint rouge de colère…

« Sortez-le d’ici tout de suite ! Les enfants ne sont pas admis dans ce service ! »

Le fort caractère de Diana se révéla. Oubliant ses bonnes manières de dame bien éduquée qui l’avaient toujours caractérisée, elle fusilla l’infirmière du regard, ses lèvres ne formant qu’une seule ligne. Puis elle lui dit fermement :

« Il ne s’en va pas avant d’avoir vu sa petite sœur et d’avoir chanté pour elle ! »

Ensuite, elle prit Luisito et le conduisit jusqu’au lit du bébé. Il regarda ce tout petit être qui perdait déjà la bataille pour garder la vie… Au bout d’un moment, il commença à chanter, avec la voix qui sort du cœur d’un enfant de trois ans :

« Tu es mon soleil, ma seule lumière,

 Tu me rends heureux quand le ciel n’est pas bleu… »

Tout de suite, le bébé parut répondre à la voix stimulante de Luisito. Son pouls commença à redevenir normal.

« Continue, mon fils ! », lui demandait désespérément sa mère, les larmes aux yeux.

Et l’enfant continua sa chanson :

« Tu ne sais pas, ma petite sœur, combien tu remplis mon cœur.

Aujourd’hui, je voudrais que tu viennes, s’il te plaît… »

Tandis que Luisito chantait pour la fillette, celle-ci remuait et sa respiration était maintenant aussi douce que celle d’un chaton que l’on caresse.

« Continue, mon chéri ! », lui disait sa maman.

Et il continuait, comme lorsque sa petite sœur était encore dans le ventre de sa mère.

« L’autre nuit, petite sœur, quand je dormais, j’ai rêvé que je t’embrassais… »

Tandis que le garçon continuait à chanter, le bébé commençait à se relâcher et à entrer dans un sommeil réparateur, qui semblait le rétablir à vue d’œil.

« Continue, Luisito ! »

C’était maintenant la voix de l’infirmière grognon qui, les larmes aux yeux et la gorge nouée, n’arrêtait pas de demander à l’enfant de poursuivre sa chanson.

« Tu es ma lumière, ma seule amie ; comme je t’aime !

S’il te plaît, je voudrais que tu viennes… »  

Et le lendemain… la petite fille était presque en assez bonne santé pour rentrer à la maison. Les journaux et les informations ne se lassèrent pas de relater « le miracle de la chanson d’un frère ».

Les médecins appelèrent tout simplement cela « un miracle ». Diana l’appela « le miracle de l’amour et de la miséricorde de Dieu ».

Voici une belle histoire, celle du pouvoir de l’amour, en toutes circonstances. Ne te décourage pas et bats-toi pour ceux que tu aimes : l’amour est incroyablement puissant ! (…)

D’après une chaîne de prière en espagnol reçue par courriel. Source inconnue.

Titre original : « El poder del amor ».

Traduction : Jean O’Creisren


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On récolte ce que l’on sème…

On récolte ce que l’on sème…

Un beau matin, une femme bien habillée s’arrêta devant un homme délaissé, qui leva les yeux lentement… et regarda franchement cette femme qui paraissait habituée aux bonnes choses. Son manteau était neuf. Il semblait qu’elle n’avait jamais manqué un repas de toute sa vie. La première pensée de cet homme fut : « Elle veut seulement se moquer de moi ». Tant d’autres l’avaient fait…

– S’il vous plaît, laissez-moi tranquille ! grogna l’indigent.

À sa surprise, la femme resta face à lui. Elle souriait, ses dents blanches renvoyaient des éclats éblouissants.

– As-tu faim ? lui demanda-t-elle.

– Non, répondit-il sarcastiquement, je reviens tout juste d’un dîner avec le Président… Maintenant, va-t’en !

Le sourire de la femme se fit plus grand encore. Soudain, l’homme sentit une main douce sous son bras.

– Que faites-vous, madame ? demanda l’homme, irrité. Je vous dis de me laisser tranquille !!! 

Juste à ce moment-là, un policier s’approcha.

– Il y a un problème, madame ? demanda l’agent.

– Il n’y a aucun problème, officier, répondit la femme. Je suis juste en train de l’aider à se lever. Voulez-vous me donner un coup de main ?

L’officier se gratta la tête.

– Bien sûr ! Ces dernières années, le Vieux Juan n’a pas arrêté de nous gêner par ici. Que lui voulez-vous ? demanda-t-il.

– Vous voyez la cafétéria, là-bas ? demanda-t-elle. Je vais lui donner quelque chose à manger et le sortir du froid un petit instant.

– Êtes-vous folle, madame ? résista le pauvre laissé-pour-compte. Je ne veux pas y aller !

Il sentit alors deux mains fortes qui le saisirent par les bras et le soulevèrent.

– Laissez-moi partir, officier ! Je n’ai rien fait…

– Allons, mon vieux, c’est une bonne opportunité pour toi ! lui susurra le policier à l’oreille.

Finalement, et non sans difficulté, la femme et l’agent de police emmenèrent le Vieux Juan à la cafétéria et l’assirent à une table dans un coin de la salle. Il était presque midi, la plupart des gens avait déjà pris leur encas du matin et le groupe du déjeuner n’était pas encore arrivé.

Le gérant s’approcha et leur demanda :

– Qu’est ce qui se passe, officier ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Cet homme a un problème ?

– Cette dame l’a amené ici pour qu’il mange quelque chose, répondit le policier.

– Oh, non ! Pas ici ! répondit le gérant en colère. Avoir quelqu’un comme ça ici, c’est mauvais pour mon commerce !!!

Le Vieux Juan esquissa un sourire presque édenté.

– Madame, je vous l’avais dit. Maintenant, allez-vous enfin me laisser partir ? Moi, je ne voulais pas venir ici depuis le début…

La femme s’adressa au gérant de la cafétéria et sourit.

– Monsieur, connaissez-vous Hernández y Asociados, la banque qui est à deux rues d’ici ?

– Bien sûr que je les connais, répondit-il avec impatience, leurs réunions hebdomadaires ont lieu dans l’une de mes salles de banquets. 

– Et vous gagnez beaucoup d’argent en les nourrissant lors de ces réunions hebdomadaires ? 

– Et en quoi ça vous regarde ?

– Moi, monsieur, je suis Penélope Hernández, présidente et propriétaire de cette société.

– Oh, pardon !!! s’écria le gérant.

La femme sourit à nouveau.

– Je pensais bien que ça pouvait faire la différence et changer votre attitude.

Elle s’adressa au policier, qui essayait tant bien que mal de réprimer un éclat de rire :

– Voulez-vous prendre une tasse de café avec nous, ou peut-être un repas, monsieur l’agent ?

– Non, merci, madame, répliqua l’officier. Je suis de service.

– Alors peut-être une tasse de café à emporter ?

– Oui, madame. Ce serait mieux.

Le gérant de la cafétéria tourna sur ses talons, comme s’il eût reçu un ordre.

– Je vous apporte un café immédiatement, monsieur l’agent !

L’officier le vit s’éloigner et livra sa pensée.

– Vous l’avez bien remis à sa place, dit-il.

– Ce n’était pas mon intention, répondit la dame. Que vous le croyiez ou non, j’ai une bonne raison de faire tout cela.

Elle s’assit à table, face à son invité. Elle le regarda fixement.

– Juan, te souviens-tu de moi ?

Le Vieux Juan regarda le visage de son hôte de ses yeux chassieux.

– Je crois que oui. Enfin, vous me dites quelque chose…

– Regarde, Juan, peut-être suis-je un peu plus grande, mais regarde-moi bien, dit la dame. Peut-être me vois-tu plus enrobée maintenant, mais quand tu travaillais ici, il y a de nombreuses années, j’y suis venue une fois, par cette même porte, morte de faim et de froid. 

Quelques larmes coulèrent sur ses joues.

– Madame ? interrogea l’agent. Il ne pouvait pas croire ce à quoi il assistait, ni même penser que cette femme eût pu connaître la faim.

– Je venais d’être diplômée de l’université de ma région, commenta-t-elle. J’étais arrivée dans cette ville à la recherche d’un emploi, mais je ne trouvais rien.

La voix brisée, elle poursuivit :

– Mais quand il ne me restait plus que mes derniers centimes et qu’on m’avait expulsée de mon appartement, je déambulais dans les rues. C’était en février, il faisait froid et j’étais presque morte de faim. Alors j’ai vu cet endroit et je suis entrée avec l’infime espoir de pouvoir obtenir quelque chose à manger.

Les yeux baignés de larmes, la femme continua à parler :

– Juan m’a reçue avec un sourire.

– Maintenant, je me souviens, dit Juan. J’étais de service, derrière le comptoir. Vous vous êtes approchée et vous m’avez demandé si vous pouviez travailler en échange de quelque chose à manger.

– Tu m’as dit que ce n’était pas conforme à la politique de la maison, continua la femme. Alors, tu m’as fait le sandwich à la viande, le plus gros que j’avais jamais vu… Tu m’as donné une tasse de café et je suis allée dans un coin pour profiter de ma nourriture. J’avais peur que tu t’attires des ennuis. Ensuite, quand je t’ai vu payer de ta poche le prix du repas dans la caisse, alors j’ai su que tout allait bien se passer.

– Alors, vous avez monté votre propre entreprise ? demanda le Vieux Juan.

– Oui, j’ai trouvé du travail le jour même. J’ai travaillé très dur, et j’ai gravi les échelons avec l’aide de Dieu, mon Père. Plus tard, j’ai monté ma propre entreprise, qui a prospéré, avec l’aide de Dieu.

Elle ouvrit son sac à main et sortit une carte de visite.

– Quand tu auras terminé, je veux que tu ailles faire une visite à monsieur Martínez. C’est le DRH de mon entreprise. J’irai lui parler et je suis sûre qu’il te trouvera quelque chose à faire au bureau.

Elle sourit.

– Je crois même que je pourrais t’avancer de l’argent, suffisamment pour que tu puisses t’acheter un peu de vêtements et trouver un endroit où vivre jusqu’à ce que tu retrouves une vie stable. Si une fois ou l’autre, tu as besoin de quelque chose, ma porte est toujours ouverte pour toi, Juan. 

Il y eut des larmes dans les yeux du vieillard.

– Comment puis-je vous remercier ? demanda-t-il.

– Ne me remercie pas, répondit la femme. Rends gloire à Dieu. C’est Lui qui m’a amenée jusqu’à toi.

Hors de la cafétéria, l’agent et la femme s’arrêtèrent et, avant de s’en aller chacun de son côté, ils échangèrent :

– Merci pour toute votre aide, officier, dit madame Hernández.

– Au contraire, répondit l’agent, merci à vous ! Aujourd’hui, j’ai vu un miracle, quelque chose que je n’oublierai jamais. Et… et merci pour le café !

Que Dieu te bénisse toujours ! Et n’oublies pas que, quand tu lances ton pain sur l’eau, tu ne sais jamais quand tu le retrouveras… Dieu est si grand qu’Il peut abriter tout le monde de Son amour. Et en même temps, Il est assez petit pour entrer dans ton cœur.

Quand Dieu t’emmène au bord de la falaise, aie pleinement confiance en Lui et laisse-toi porter ! Seulement l’une de ces deux choses se passera : soit Il te soutiendra dans ta chute, soit Il t’apprendra à voler !

(…)

D’après une chaîne de prière en espagnol reçue par courriel. Source inconnue. Titre original : « Uno cosecha lo que siembra ».

Traduction : Jean O’Creisren.

Image par J Garget de Pixabay


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Vous voulez apprendre une langue ? Vous voulez progresser en anglais, en espagnol ou en allemand ? De nombreuses méthodes ont fait leurs preuves…

Entre autres, je vous conseille de réemployer le vocabulaire que vous apprenez. Cela vous permettra de le retenir durablement. Concrètement, il s’agit d’écrire des textes ou des phrases avec ces mots nouveaux. Mais quand ces termes n’ont rien à voir les uns avec les autres, ça peut donner des textes complètement absurdes. Cet exercice littéraire vous permet d’apprendre en vous amusant.

Depuis quelques mois, j’apprends le breton grâce à une méthode qui me convient. J’ai donc rédigé un dialogue dans cette langue passionnante. J’ai juste utilisé les 400 mots que je connais pour le moment. Ce texte littéraire n’a ni queue ni tête. Je vous proposerai d’abord le dialogue en breton, puis sa traduction en français.

Étant encore un novice dans l’apprentissage de cette langue, je ne garantis pas que ce soit de la grande littérature. Ne vous attendez pas non plus à de la haute philosophie druidique… Ce sont juste de purs délires de linguiste ! Entre autres, il est possible que le texte en breton contienne des erreurs. Le but n’est pas d’enrichir la littérature en langue bretonne, mais de promouvoir cette langue tout en vous faisant passer un bon moment ! 😊

Dialogue absurde en breton

– Ac’h ! An amann en osteleri zo glas !

– N’eo ket amann ! Madigoù int…

– Madigoù int ?

– Evel just ! Int madigoù ar baraer gant laezh ha chistr !

– Ha pelec’h emañ ar levr ? Pell ar gador eo ?

– N’eo ket ! War an taol eo, e-kichen ar gador.

– Trugarez Mammig !

– N’on ket da mamm ! Da c’hoar on. An Itron El-Kalawi eo ma anv.

– N’ouzon ket piv out.

– N’ouzout ket ? Ul leue out !

– N’on ket ! Ma tad zo an Aotrou Diallo, ar maer, ha ma mamm zo ur skolaerez. Ha n’eo ket melen ma blev !

– Nann, avat ar bara orañjez zo ret. Keta ?

– Eo ! Hag ur gwele digor ivez !

– Ya ! Hag aez eo o chom en ti-kêr tomm-tomm !

– Ya ! Ha daez eo butuniñ ganin war ur vag yaouank…

– Trist eo, kentoc’h.

– Ya, trist eo… Sell ! Petra eo se ?

– Se zo kafe gant laezh, chokolad, chistr, gwin ruz ha butun…

– Mat-tre ! Yec’hed mat !

– Trugarez ! Piv eo ar sekretour ?

– Hemañ eo : ar den-mañ gant ar sac’h.

– N’eo ket ar person ?

– Nann. Ar person zo ar den-hont, hep leue. Mab ma mignonez eo.

– Piv eo da mignonez ?

– Ar plac’h-se eo. Homañ gant ar blev gwenn eo, ha medisinez eo.

– Mat-tre ! Ha pelec’h emañ ar mor ?

– Ahont, e-kichen Bro-Saoz, Iwerzhon, Euskadi, Bro-C’hall ha Kembre…

– …hag emaint e-kichen ma liorzh !

– Evel just ! Hag ar gazetenner ivez. Pell ar gazetenn int…

– Piv eo ar gazetenner ?

– Homañ eo ! Al leue-mañ eo ! Ar gwaz ar studierez eo !

– Piv eo ar studierez ?

– Honnezh eo ! Ar plac’h-se merc’h ar skolaer eo. Zo gwreg ar gazetenner. Zo c’hoazh yac’h.

– ‘Ta diskuizh eo ?

– Ya, met skuizh eo Tadig ! An dour fresk zo ret…

– Ha bras eo ar paotr-mañ…

– Petra zo ?

– Ar straed zo gwer avat ar sekretour zo kozh, hepken er gêr…

– Marteze… Koulskoude, ar vakansoù tostoc’h int… Prest out ?

– Prest on ! Peseurt lein emañ en daoulagad an amezeg ?

– N’ouzon ket ! Avat ar sukr emañ war an taol. Mat eo ar sport hag al labour ivez !

– Te out ur paour-kaezh !

– Ya, un tammig. Mar plij, deus amañ, ez eus an korn ha glav zo.

– Eo se an amzer brezhoneg…

– Tomatez, deuit ! Mat-tre eo dont ha saludiñ hep gouzout peseurt ospital zo fall !

– N’eus ket studier klañv en ospital-mañ ken d’ar sul…

– Hag er stal nevez ivez !

– Petra ?

– Omp studieren eus Bro-C’hall. Pe liv eo banniel Bro-C’hall ?

– Int glas, gwenn ha ruz bannieloù Bro-C’hall ha Bro-Saoz !

– Mat-tre ! Ha penaos zo al livioù en ti ?

– Evel ur banne hag evel ur pellgomzadenn…

– Diaes eo goulenn ur penestr serret digant da breur. Lavar din : piv o chom er stal-vutun ?

– Ma mignonez !

– Ha piv eo he kamarad ?

– Henhont, hag ar bananez brav ivez. Dit eo o arc’hant.

– Trugarez ! Bananez eo honhont ?

– Ya, met diaes eo o chom en ti-post ganeoc’h, gant ar sigaretennoù ha gant an all traoù…

– Ebet ki zo dit.

– Gortoz ! Te eo. Tomm out er korn hag er gêr !

– Ma ! Neuze mat eo bezañ echu hag ober bannieloù dindan an dour. Ac’h ! Piv eo hennezh ?

– Ma c’hoar eo ar studierez-se. Xun eo he anv. Koant eo ?

– N’eo ket ! Setu unan all salud !

– N’eo ket yen ar salud-mañ dirak da breur. Eus pelec’h zo ?

– Eus a-dreñv hini ah zo kozh.

– Ar tud kozh oc’h c’hwi !

– Trugarez ! Pelec’h emañ ar pakad ? En ti ?

– Aes eo mont ganin ha gant ur gador tomm ha demata e Iwerzhon.

– A-walc’h ! Kenavo !

– Demat ! Mont a ra ? Alo adarre ! Salud c’hoazh !

– Ken arc’hoazh !

Traduction en français du dialogue absurde ci-avant

– Berk ! Le beurre est bleu dans le bistrot !

– Ce n’est pas du beurre ! Ce sont des bonbons…

– Ce sont des bonbons ?

– Bien sûr ! Ce sont les bonbons du boulanger avec du lait et du cidre !

– Et où se trouve le livre ? Est-il loin de la chaise ?

– Non ! Il est sur la table, à côté de la chaise.

– Merci maman !

– Je ne suis pas ta mère ! Je suis ta sœur. Mon nom est madame El-Kalawi.

– Je ne sais pas qui tu es.

– Tu ne sais pas ? Tu es un imbécile !

– Non, je n’en suis pas un ! Mon père est monsieur Diallo, le maire, et ma mère est une institutrice. Et je ne suis pas blond !

– Non, mais le pain orange est nécessaire. N’est-ce pas ?

– Si ! Et un lit ouvert également !

– Oui ! Et il est facile d’habiter dans une mairie très chaude !

– Oui ! Et il est difficile de fumer avec moi sur un jeune bateau…

– C’est triste, tu veux dire.

– Oui, c’est triste… Regarde ! Qu’est-ce que c’est ?

– C’est du café avec du lait, du chocolat, du cidre, du vin rouge et du tabac…

– Très bien ! Santé !

– Merci ! Qui est le secrétaire ?

– C’est lui : cet homme-ci, avec le sac.

– Ce n’est pas le curé ?

– Non. Le curé est cet homme, là-bas, qui n’a pas de veau avec lui. C’est le fils de mon amie.

– Qui est ton amie ?

– C’est cette fille. Celle-là, avec les cheveux blancs. Elle est médecin.

– Très bien ! Et où se trouve la mer ?

– Là-bas, à côté de l’Angleterre, de l’Irlande, du Pays Basque, de la France et du Pays de Galle…

– … et tout cela est à côté de mon jardin !

– Bien sûr ! Et le journaliste aussi. Tout cela est loin du journal…

– Qui est le journaliste ?

– C’est lui ! C’est cet imbécile-ci ! C’est le mari de l’étudiante !

– Qui est l’étudiante ?

– C’est cette fille-là ! C’est la fille de l’instituteur et la femme du journaliste. Elle est encore en bonne santé.

– Mais elle n’est pas fatiguée ?

– Non, mais papa l’est ! L’eau fraiche s’avère nécessaire…

– Et ce gars est grand…

– Qu’y a-t-il ?

– La rue est verte mais le secrétaire est vieux, seulement dans la maison…

– Peut-être… Pourtant, les vacances se sont approchées… Es-tu prêt ?

– Je suis prêt ! Quel petit-déjeuner se trouve dans les yeux du voisin ?

– Je ne sais pas ! Mais le sucre est sur la table. Le sport, c’est bien, et le travail aussi !

– Tu es une pauvre malheureuse !

– Oui, un peu. S’il te plaît, viens ici, il y a un coin et il pleut.

– C’est un temps breton…

– Venez, les tomates ! C’est très bien de venir et de saluer sans savoir quel hôpital est mauvais !

– Il n’y a plus d’étudiant malade dans cet hôpital le dimanche…

– Et dans le nouveau magasin non plus !

– Quoi ?

– Nous sommes des étudiants originaires de France. De quelle couleur est le drapeau français ?

– Les drapeaux français et anglais sont bleu, blanc et rouge !

– Très bien ! Et comment sont les couleurs à la maison ?

– Comme un coup à boire et comme un coup de fil…

– Il est difficile de demander une fenêtre fermée à ton frère. Dis-moi : qui habite dans le bureau de tabac ?

– Mon amie !

– Qui est son ami ?

– Celui qui est là-bas, et les belles bananes également. Leur argent t’appartient.

– Merci ! Ce sont des bananes ?

– Oui, mais il est difficile d’habiter dans le bureau de poste avec vous, avec les cigarettes et avec les autres choses…

– Aucun chien n’est à toi.

– Attends ! C’est toi. Tu es chaud dans le coin et dans la ville !

– Bien ! Alors il est bon d’être fini et de faire des drapeaux sous l’eau. Berk ! Qui est-ce ?

– Cette étudiante est ma sœur. Elle s’appelle Xun. Est-elle jolie ?

– Non ! Voici une autre salutation !

– Cette salutation-ci n’est pas froide devant ton frère. D’où est-il ?

– De derrière celui qui est vieux.

– C’est vous, les vieux !

– Merci ! Où est le paquet ? À la maison ?

– Il est facile de partir avec toi ainsi qu’avec une chaise chaude et de dire bonjour à l’Irlande.

– Assez ! Au revoir !

– Bonjour ! Ça va ? Allô à nouveau ! Salut encore !

– À demain !

Et voilà pour l’exercice de style de fin août ! Ce dialogue absurde vous a donné envie d’apprendre le breton ? Je vous recommande de prendre des cours avec un professeur ou d’utiliser la méthode ASSIMIL.

À bientôt sur mon blog pour de nouvelles trouvailles en littérature linguistique !

Jean O’Creisren


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« Consumo gusto » de Ska-P (paroles en français)

Vous aussi, vous êtes fan de Ska-P ? Voici ma traduction en français des paroles de « Consumo gusto » (¡¡Que corra la voz!! – 2002)

Je consomme du plaisir / Avec un plaisir suprême[1]

Acheter, des choses qui ne valent rien,
Acheter, pour les oublier dans le grenier,
Acheter, c’est un plaisir exceptionnel,
Acheter, comme j’aime gaspiller !
Toute la journée, je bosse comme un connard jusqu’à 10 heures
pour un salaire de merde qui s’épuise avant la fin du mois,
mais la télé me dit que je dois consommer.
J’accepte avec un plaisir suprême ; je me laisse persuader.


Payer, le collège du gamin,
Payer, la putain de lumière, l’eau et le gaz,
Payer, la maison de retraite de maman,
Payer, ma vie consiste à évaluer le débit.
Je paye la facture de la bagnole, je paye la copropriété
je paye la putain d’hypothèque, je paye l’addition que je dois au bar,
je paye la facture du caméscope, je paye la facture du téléviseur,
je paye l’assurance de la bagnole, je paye la facture de l’ordinateur.


Putain d’argent, putain d’argent [bis]
la société de consommation m’a transformé en son serviteur.
Putain d’argent, putain d’argent [bis]
avoir toujours de l’eau jusqu’au cou : c’est ça, la vie d’un consommateur !


Esclave de la putain de publicité, je suis esclave !
Esclave, la société du bien-être ne traite pas tout le monde en égal.


Ici se termine l’histoire de cet humble travailleur
qui s’est fait utiliser et ne s’est même pas rendu compte
de qui tire les bénéfices, de qui tire les ficelles :
ceux qui sont là-haut, ceux qui mènent la barque.


Putain d’argent, putain d’argent [bis]
la société de consommation m’a transformé en son serviteur.
Putain d’argent, putain d’argent [bis]
avoir toujours de l’eau jusqu’au cou : c’est ça, la vie d’un consommateur !


Esclave de la putain de publicité, je suis esclave !
Esclave, la société du bien-être n’est pas égale avec tout le monde. [ter]
Ne traite pas tout le monde en égal… ne traite pas tout le monde en égal… Égal !

Traduit de l’espagnol par Jean O’Creisren avec l’autorisation du groupe Ska-P

Texte source : https://www.musica.com/letras.asp?letra=23666 [consulté le 01.01.2020]


[1] «Consumo gusto» peut se traduire de plusieurs façons. Consumo signifie « je consomme », mais fait aussi partie de l’expression sociedad de consumo, qui veut dire « société de consommation ». Avec une orthographe différente, con sumo gusto se traduirait par « avec un plaisir suprême ». À la fin de la première strophe, cette expression apparaît, comme un clin d’œil au jeu de mots du titre : «Acepto con sumo gusto, yo me dejo persuadir». J’ai donc traduit par : « J’accepte avec un plaisir suprême ; je me laisse persuader. »


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« The Backwoods of Canada », un hommage littéraire au pays de l’érable

Aujourd’hui, 1er juillet, nous célébrons la fête nationale du Canada. Je vous propose donc la traduction d’un extrait de The Backwoods Of Canada. Il s’agit d’une série de lettres qu’une voyageuse britannique a écrit à sa mère au XIXe siècle. Catharine Parr Traill rédige en anglais dans un style captivant. Dans cette traduction inédite en français, j’ai tâché de rendre toute la description poétique de la nature canadienne… Pour plus d’informations sur l’œuvre, veuillez consulter ce lien.

Traduction de Jean O’Creisren :

Brick Laurel, fleuve Saint-Laurent, le 6 août 1832

Ma chère mère, j’ai arrêté de vous écrire pour cette simple raison : je n’avais rien à dire. Chaque jour n’était en quelque sorte que l’écho de celui qui le précédait ; si bien qu’une page copiée sur le journal de bord du capitaine se serait avérée aussi amusante et tout à fait aussi instructive que mon journal si j’en avais tenu un pendant la dernière quinzaine.

Ce temps a été si vide d’événements que la vue d’un groupe d’hyperoodons, de deux ou trois phoques et d’un marsouin, peut-être en chemin pour un dîner ou un thé au Pôle Nord, a été considérée comme un fait d’une grande importance. Chaque longue-vue a été réquisitionnée dès qu’ils ont fait leur apparition et les monstres marins ont presque été dévisagés à en être décontenancés.

Les côtes de la Terre-Neuve étaient en vue le 5 août, exactement un mois après le jour où nous avons jeté notre dernier regard sur les îles Britanniques. Bien que la côte fût brune, déchiquetée et désolée, j’ai salué son apparition avec ravissement. Rien ne m’a jamais semblé aussi rafraîchissant et délicieux que la brise de la terre qui nous est parvenue, portant, pensai-je, la santé et la joie sur ses ailes (…).

Le 7 août—Ce matin, nous avons reçu la visite d’un joli petit oiseau, guère plus grand que notre roitelet huppé. Je l’ai salué comme un oiseau de bon augure, un petit messager envoyé pour nous souhaiter la bienvenue dans le Nouveau Monde. Et j’ai presque ressenti une joie enfantine à la vue de notre menu visiteur. Il y a dans nos vies des moments joyeux où nous tirons le plus grand plaisir des choses les plus insignifiantes, de même que les enfants sont contents avec le plus simple des jouets (…).

Je peux maintenant apercevoir avec précision le tracé de la berge sur la rive sud du fleuve. Parfois, les hautes terres sont soudainement enveloppées dans de denses nuages de brume en perpétuel mouvement, roulant dans des volutes sombres, tantôt teintes de lumière rosée, tantôt blanches et floconneuses, ou brillantes comme l’argent lorsqu’elles captent les rayons du soleil. Les changements qui se produisent dans le banc de brouillard sont si rapides que, la prochaine fois que je lèverai les yeux, je verrai peut-être la scène transfigurée, comme par magie. Le rideau de brume est lentement tiré, comme par des mains invisibles, et les montagnes sauvages et boisées sont partiellement révélées, avec leurs puissants rivages rocheux et leurs baies aux courbes majestueuses. À d’autres moments, la masse de vapeur se divise, se déplace le long des vallées et des profonds ravins, comme de hautes colonnes de fumée, ou reste suspendue comme des draperies neigeuses parmi les pins sombres de la forêt (…).

Le 8 août —Bien que je ne puisse que demeurer en état d’émerveillement et d’admiration devant la majesté et la puissance de ce fleuve imposant, je commence à me lasser de son immensité et je rêve d’une vue plus proche du rivage ; mais actuellement, nous ne voyons rien d’autre sur la rive sud que de longues rangées de collines revêtues de pins, avec ici et là une tache blanche, qu’on me présente comme des colonies et des villages ; en revanche, sur la rive nord du fleuve, d’immenses montagnes dépouillées de verdure limitent notre vue. Mon admiration pour les paysages montagneux fait davantage pencher mon intérêt vers ce côté-ci du cours d’eau, et je regarde avec un plaisir concluant la progression des cultures le long de ces régions accidentées et inhospitalières (…).

Tandis que j’écrivais ce qui précède, j’ai été surprise par un remue-ménage sur le pont. En montant pour m’enquérir de la cause de tout cela, j’ai été informée qu’un bateau amenant le pilote tant attendu avait appareillé du rivage ; mais après tout ce tapage et toute cette agitation, il s’est avéré qu’il s’agissait seulement d’un pêcheur français accompagné d’un pauvre gamin déguenillé, son assistant. Sans trop de difficulté, le capitaine a persuadé monsieur Paul Breton[1] de nous piloter jusqu’à Green Island, à une distance de quelques centaines de miles en remontant le fleuve, où il nous a assurés que nous devrions rencontrer un pilote confirmé, si cela ne se produit pas avant.

J’ai quelques petites difficultés à comprendre monsieur Paul, car il parle un dialecte particulier ; mais il semble assez accommodant et serviable. Il nous informe que le maïs est encore vert et que les épis sont à peine formés. Il nous dit également que les fruits estivaux ne sont pas encore mûrs, mais que nous trouverons à Québec des pommes et autres fruits en abondance.

D’après Catharine Parr Traill, The Backwoods Of Canada (1836)

Extrait traduit de l’anglais par Jean O’Creisren


[1] « Monsieur Paul Breton » : en français dans le texte.


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