Voyage au Portugal

Olá!!

De mi-juin à mi-août 2023, je suis allé au Portugal pour un voyage de longue durée. J’ai principalement séjourné à Lisbonne, où j’étais volontaire pour préparer les Journées Mondiales de la Jeunesse. Ce fut un événement d’une importance majeure. 1 à 1,5 million de personnes était attendu et c’est effectivement le nombre qui a été atteint.

Je suis donc arrivé le 16 juin, après environ 20 heures de car. En effet, comme je l’explique dans cet article, j’évite de prendre l’avion lorsque je voyage en Europe, par conviction écologique. 🌱 À mesure que je vieillis, j’arrive de mieux en mieux à dormir lors de ces trajets nocturnes. J’ai eu la joie de me réveiller alors que nous roulions parmi les paysages castillans, qui me rappellent tant de bons souvenirs. Pour que vous ayez une idée de ce à quoi cela ressemble, voici une photo prise sur le chemin de Compostelle en 2021 :

Quoi qu’il en soit, j’ai tâché de communiquer le plus possible en portugais dès que j’ai passé la frontière. Cela fait un an que je me suis remis à cette langue sur Duolingo. Comme lors de mon premier voyage à Lisbonne en 2015, j’arrive à peu près à me débrouiller. On me dit même que je parle bien, alors que j’ai l’impression d’avoir seulement un niveau intermédiaire. Il faut dire que j’ai commencé à apprendre la langue de Pessoa alors que je maîtrisais déjà très bien l’espagnol. Comme ces deux idiomes sont assez proches, cela m’a grandement facilité la tâche. Il y a huit ans, mon séjour à Lisbonne m’avait fait très bonne impression. Les Portugais sont un peuple très sympa, ouvert et accueillant. Je n’avais donc que des a priori positifs avant de commencer mon voyage et cela s’est confirmé sans cesse tout au long de mon séjour dans ce beau pays. 😊

Depuis mon arrivée, j’ai logé dans un couvent désaffecté avec d’autres volontaires. Ce monument est classé. Il est l’un des rares édifices à avoir survécu au tremblement de terre qui a ravagé Lisbonne en 1755. Voici deux belles photos de l’entrée :

Comme vous pouvez le voir, l’intérieur de cet édifice est décoré d’une belle faïence bleue, typique du Portugal. Maciel, le gardien de notre collocation, est très fier de l’histoire de son pays. Il m’a notamment fait découvrir le poème « Mar português », de Fernando Pessoa. ⛵ Un véritable joyau, que je pourrais éventuellement traduire lors d’une mise à jour de cet article.

Le dimanche 25 juin, nous sommes allés à Fátima, où la Vierge Marie serait apparue à trois enfants en 1917. 😇 Chacun est libre d’y croire ou non. Si vous souhaitez connaître cette histoire en détail, je vous invite à regarder ce film. Entre autres révélations, Marie aurait prédit qu’une lueur étrange dans le ciel annoncerait la Seconde Guerre mondiale. Pendant la nuit du 25 au 26 janvier 1938, le firmament était teinté d’une couleur inhabituelle. Née le 3 octobre 1929, ma grand-mère s’en est souvenue toute sa vie. Sœur Lucie, la dernière survivante des visions, a révélé deux des trois secrets confiés par la Vierge aux pastorinhos. 🐏 Elle ne divulguait le troisième secret qu’au Pape. Vers la fin de sa vie, Jean-Paul II a annoncé qu’il s’agissait de la prédiction de l’attentat dont il a été victime en 1981. La balle qui l’a traversé ce jour-là est aujourd’hui incrustée dans la couronne de la statue d’A Nossa Senhora. Voici quelques photos du sanctuaire :

Une semaine plus tard, je vous partage une autre merveille du Portugal : le pastel de nata ! 😋

Comme l’esprit et l’âme ont tout autant besoin de nourritures que le corps, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt le témoignage de sœur Lucie ainsi qu’un livre brésilien proposant des prières au Sacré-Cœur.

Ces deux ouvrages viennent de la librairie officielle du sanctuaire de Fátima, dont voici la photo :

Au Portugal comme ailleurs, on raconte certaines blagues. Un Lisboète m’a raconté celle-ci :

  • Quel est le meilleur monument à Porto ?
  • Réponse : la route vers Lisbonne.

D’après celui qui m’a raconté cette boutade, les Portuans disent la même chose en inversant le nom des deux villes… 😉

En marchant dans les rues de Lisbonne, de jour comme de nuit, j’ai pris quelques photos, notamment de bâtiments typiques du Portugal. Les voici :

Ci-dessous, vous pourrez voir la façade du musée national de la faïence. Un bel édifice de style gothique flamboyant, à 10 minutes à pied du couvent où je suis logé. 😊

La faïence est typique du Portugal. Voici donc ce à quoi ressemblent tous les trottoirs de Lisbonne :

Voici le parlement de la République du Portugal, le dimanche 23 juillet 2023 vers 1h30 du matin :

Je suis passé près de l’ambassade politique de l’Espagne auprès du Portugal. N’ayant pas le droit de la prendre en photo, je vous propose celle de l’ambassade économique de l’Espagne auprès du Portugal :

Le dimanche 9 juillet, j’ai visité le Panthéon, où se trouve la tombe de certains grands hommes de l’histoire du Portugal. Voici la façade de l’édifice :

Parmi les sépulcres, voici ceux de trois Portugais très illustres :

Nous avons aussi pu observer de belles vues sur Lisbonne et sur le Tage depuis la coupole de l’édifice.

Comme le 9 juillet était un dimanche, nous sommes allés à la messe dans l’église du Mosteiro dos Jerónimos (quartier de Belém). Vous pourrez admirer ci-dessous une photo du chœur de cet édifice religieux de style gothique flamboyant. Après ce rendez-vous avec Jésus, nous avons rejoint des volontaires de Shalom, qui célébraient les 41 ans de cette communauté brésilienne.

Le samedi 15 juillet, je me suis promené le long du Tage et dans le quartier de Belém. Voici quelques photos du fleuve qui se jette dans l’Atlantique à Lisbonne. Vous y verrez notamment le Pont du 25 avril, un viaduc impressionnant conçu par les architectes qui ont fait construire, plus tard, le Goden Gate :

Sur la photo suivante, vous pouvez voir un Christ rédempteur semblable à celui de Rio de Janeiro (en plus petit)…

Voici deux photos du Monastère des Hiéronymites, prises par Audrey, une volontaire philippine. Véritable joyau de Lisbonne, le Mosteiro dos Jerónimos se situe dans le quartier emblématique de Belém.

Voici d’autres photos de monuments incontournables de Belém, dont sa fameuse Tour :

Le lendemain, je me suis promené au Parc Eduardo VII avec Micaela, volontaire argentine et artiste professionnelle. Comme mon telemóvel n’avait plus de batterie, c’est elle qui a pris les photos des lieux où se tiendront les événements centraux des JMJ. Et quelles photos !

À la tombée de la nuit, nous avons marché dans les rues piétonnes, jusqu’à la Praça do Comercio, où nos chemins se sont séparés. Voici quelques photos du centre-ville de Lisbonne prises par Mica chemin faisant :

Le samedi 22 juillet, je suis resté à Lisbonne car j’avais reçu un gros projet de traduction à traiter dans l’urgence. Si je suis ravi d’avoir du travail, je n’ai malheureusement pas pu me joindre à Kariny et à Andrés, deux volontaires latino-américains (respectivement brésilienne et colombien), qui se sont rendus à Óbidos où s’est tenu un marché médiéval. Néanmoins, ils ont accepté de m’envoyer leurs plus belles photos, que je partagerai sur ce blog dès qu’elles me seront parvenues. 😊 Deux ans après, j’attends toujours…

Voici deux photos de l’église Nossa Senhora da Estrela (centre-ville de Lisbonne). Le dimanche 23 juillet peu après minuit, je m’y suis rendu pour la veillée de prière autour des symboles des JMJ.

Les JMJ ont commencé le 1er août. Les rues se sont remplies de centaines de milliers de pèlerins festifs et joyeux venus de monde entier. 😃 Quand on travaille depuis plus d’un mois pour préparer les JMJ, c’est un vrai bonheur que de voir les jeunes heureux et pleins de vie. Sans le savoir, leur joie est pour les volontaires une belle marque de gratitude pour tout ce que nous avons mis en place pour que les pèlerins soient bien accueillis. 😊

Je vais tout de même nuancer mes propos en vous montrant que les clichés qu’on peut avoir sur tel ou tel peuple se vérifient dans de tels rassemblements. Comme je viens de l’écrire, la quasi-totalité des pèlerins qui j’ai croisés dans les rues de Lisbonne était remplis de joie. Néanmoins, les rares que j’ai vus de mauvaise humeur étaient français. Mais c’était moins d’une demi-douzaine parmi mes nombreux compatriotes que j’ai rencontrés. J’ai trouvé qu’ils étaient plus civilisés que ce que j’ai l’habitude de voir lorsque je voyage. J’ai même vu une bande en marinière chanter une acclamation à Vitor, le serveur d’un bar qui s’était bien occupé d’eux. Pour continuer dans les clichés, les seuls groupes de pèlerins que j’ai vus gueuler et taper des mains lorsqu’ils voyaient leur drapeau brandi par un autre groupe étaient des Italiens. C’est une constante aux JMJ. D’habitude, je m’entends très bien avec les ressortissants de ce peuple dont une partie de ma famille est issue. Ils sont presque toujours fun et les Français devraient apprendre de leur joie de vivre. Mais, aux JMJ, c’est le seul endroit où je peux les trouver insupportables. Enfin, les seuls groupes de pèlerins que j’ai trouvés assis en cercle au milieu du trottoir étaient des Espagnols. Ceux d’entre vous qui ont vécu en Espagne comprendront la référence à la culture du botellón. 😉 Comme les Italiens, ils étaient particulièrement joyeux, mais en plus calmes. De manière générale, on peut observer que ces trois peuples latins aiment chanter fort et crier leur joie lorsqu’ils sont en groupe. En revanche, cette habitude ne se retrouve pas chez les Portugais, latins d’Europe à la mentalité bien différente.

Travaillant lors de la quasi-totalité des événements centraux, j’ai pu me rendre à celui qui était organisé le vendredi 4 août au Parc Eduardo VII. Lors du Chemin de Croix qui s’y déroulait, j’ai eu la chance d’être bien placé et de voir le Pape François. Voici une vidéo en espagnol de la 11e station, qui médite sur le crucifiement de Jésus. Je suis sûr que vous apprécierez le spectacle et la musique qui accompagnent ces réflexions sur ce Dieu fait homme qui nous rejoint dans nos souffrances et nos misères.

Chemin de Croix – 11e station – Lisbonne – 04/08/2023

Avec le peu de mémoire qu’il restait sur mon téléphone, j’ai pu filmer une partie de la 12e station, à savoir la mort de Jésus sur la Croix. La méditation de ce don inestimable de Dieu pour notre salut était proposée en français.

Chemin de Croix – 12e station – Lisbonne – 04/08/2023

À la fin des JMJ, j’ai pu me rendre à la messe finale. Un très bel événement international ! Comme plus d’un million d’autres personnes, j’ai pu recevoir la bénédiction du Pape François après avoir eu la joie de communier et j’ai demandé à Dieu qu’elle bénéficie également à une personne qui m’est très chère, mais qui n’était pas présente.

L’après-midi, j’ai pu me rendre à la rencontre du Saint-Père avec les volontaires. Arrivé à la dernière minute après avoir galéré pour y parvenir, je n’ai malheureusement pas pu voir de près cet évêque de Rome pour qui j’ai tellement d’admiration. En revanche, j’ai pu voir passer le cortège des VIP sous haute sécurité à la fin de l’événement. Le Pape était dans l’une des voitures, mais je n’ai pu ni le voir en vrai ni le filmer de sorte qu’on puisse le reconnaître… Voici néanmoins la vidéo que j’ai pu faire :

Le cortège papal – Lisbonne – 06/08/2023

Après les JMJ, je suis parti dans le nord du Portugal avec une amie pour faire du tourisme. Les 10 et 11 août, nous avons eu la joie de visiter Coïmbre, une ville absolument magnifique. Voici quelques photos du jardin botanique de l’université :

L’université de Coïmbre date de la fin du XIIIe siècle, ce qui en fait l’une des plus vieilles d’Europe. Le bâtiment principal a été construit par les Maures et a rempli la fonction de palais royal avant d’être le nouveau siège de l’université. Autour, le dictateur Salazar a construit au XXe siècle plusieurs facultés dans un style qui rappelle l’architecture fasciste, franquiste et soviétique. Comme les étudiants de Coïmbre constituaient la première force d’opposition au régime, Salazar a tenu à regrouper toutes les facultés au même endroit pour mieux contrôler ses adversaires.

Voici la faculté de l’université de Coïmbre qui rencontre le plus de succès : la faculté de la bière… 😁

Nous avons aussi eu la joie de visiter de belles églises, comme Santa Cruz :

Nous avons aussi visité l’ancienne cathédrale, qui date du XIIe siècle. Crénelée, elle ressemble à un château fort. En effet, elle avait aussi un rôle défensif. La population s’y réfugiait quand la ville était attaquée et les défenseurs situés sur le chemin de ronde pouvaient contrôler depuis cette hauteur ce qui se passait en bas.

Nous avons également eu la chance d’être logés au grand séminaire, dont voici quelques photos :

Voici le Parc de la Sirène, situé près de la Place de la République :

Voici enfin la façade de la nouvelle cathédrale, ainsi que quelques beaux bâtiments de la ville de Coïmbre :

Malgré son léger tumulte touristico-universitaire, Coïmbre reste une ville à taille humaine, calme et verte. Voici quelques vues fluviales, de jour et de nuit :

Du 11 au 14 août, nous avons visité Porto. Voici quelques photos du début de notre séjour dans cette ville magnifique :

Ce bar que je ne nommerai pas aurait mieux fait de sous-traiter un traducteur professionnel digne de ce nom… 😉

L’église Nossa Senhora da Lapa :

Un camion de Betel (association caritative chrétienne), avec le slogan « Aidez-vous à aider ». 😊

Un message écrit sur un mur, qui se traduit par « Dans les mains de Dieu ». 😇

Porto est une ville bourgeoise, où la noblesse n’avait pas sa place à l’époque de la monarchie. D’où ces belles demeures, très hautes :

Voici quelques photos de la cathédrale, qui dispose notamment d’un magnifique cloître gothique en faïence :

Le dimanche 13 août, an de grâce 2023, nous avons fait une petite excursion à Braga, autre ville du nord du Portugal. Voici quelques photos de la cathédrale, où nous avons participé à la messe dominicale. Il s’agit du siège épiscopal le plus ancien du pays. Ainsi, quand quelqu’un a une voiture complètement défoncée ou fait une blague très ringarde, on lui dit : « c’est plus vieux que la cathédrale de Braga ».

Une chapelle richement décorée de la cathédrale de Braga

Voici la châsse renfermant les reliques de saint Barthélémy des Martyrs, archevêque de Braga, qui fut l’un des principaux contributeurs du Concile de Trente. Récemment canonisé par le Pape François, il était l’un des saints patrons des JMJ Lisbonne 2023.

Voici une statue à l’effigie du saint en question :

À proximité de cette statue, voici une belle tour dédié à la Vierge Marie. Elle a été érigée suite au tremblement de terre qui a détruit Lisbonne au XVIIIe siècle. Sur la banderole, on peut lire le nom de Pie XII, le pape qui a sauvé de nombreux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale :

Voici d’autres photos prises à Braga :

Le lundi 14 août, l’amie avec qui j’ai visité le nord du Portugal est repartie pour Lisbonne tandis que j’ai pris le car pour Valladolid. Cette ville espagnole me tient particulièrement à cœur et j’écrirai très certainement quelque chose à son sujet prochainement…

Si vous souhaitez découvrir la beauté de Lisbonne, je vous invite à vous délecter des images proposées dans le clip de l’hymne officiel des JMJ :

Hymne officiel des JMJ Lisbonne 2023

Si cette chanson vous a plu et si vous souhaitez en connaître les paroles en portugais, vous trouverez tout ce qu’il vous faut sur ce lien. 😊

Bom verão e até logo!!

Jean O’Creisren

Crédits images :

Primeira imagem:

Outras imagens: Jean O’Creisren, Audrey Criscille e Micaela Segovia Baldi.


Vous aussi, vous aimez découvrir de nouveaux horizons ?

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Apparemment, tout les différencie : une jeune femme au cœur d’or qui parle aussi bien anglais que russe, deux Bretons aussi têtus l’un que l’autre, un chirurgien algérien qui a tout abandonné pour commencer une licence de droit, un SDF alcoolique, ainsi qu’un traducteur italien à la fois fervent catholique et fan du groupe anarchiste Ska-P. 😉

Pourtant, ils vont cheminer ensemble vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils vont affronter les mêmes épreuves sur un pied d’égalité. Avec les autres pèlerins, ils formeront une communauté très hétérogène, mais solidaire. Tous marchent pour une raison singulière, qu’ils en aient conscience ou non. Trouveront-ils ce qu’ils recherchent en cours de route ? 🌻

Photo de Guduru Ajay bhargav sur Pexels.com

Vous aimez lire les articles de « Délires de linguiste » ? 🙂 Quatre ans après avoir lancé ce blog, je publie Unis par le Camino. Ce roman original se développe autour du Chemin de Compostelle. Différents personnages évoluent au cœur de cette Espagne que j’aime tant. Ce voyage initiatique leur permet de soulever de grandes questions dans des dialogues constructifs, de se connecter à leur for intérieur et de se recentrer sur leurs aspiration les plus profondes. Vous retrouverez dans cet ouvrage ma passion pour les langues, mon goût de l’aventure et une bonne dose d’humour. 😉

Entre autres retours sur ce roman, un lecteur m’a dit que l’intrigue est bien construite, avec autant de suspense que vous êtes en droit de l’attendre. 😎

Cette idée de lecture vous intéresse ? Vous pouvez commander mon livre sur le site de l’éditeur.

Vous pouvez également vous le procurer dans la librairie de votre choix ou sur une plate-forme en ligne. Voici les références bibliographiques à fournir à votre libraire :

O’CREISREN, Jean. Unis par le Camino : une quête de sens sur le chemin de Compostelle. Saint-Ouen : Les Éditions du Net, 2023.

Bonne lecture et ultreïa ! 😉

Jean O’Creisren

Pourquoi suis-je fan de Ska-P ?

Ska-P est un groupe de ska-punk qui chante en espagnol depuis les années 1990…

Connaissez-vous Ska-P ? Il s’agit d’un groupe de ska espagnol originaire du quartier populaire de Vallecas, à Madrid. S’il ne vous dit rien, je vous invite à visiter leur site officiel.

J’ai eu la chance de découvrir Ska-P l’année où j’ai commencé à apprendre la langue de Cervantès. J’avais alors 13 ans. Un cousin m’a introduit dans leur musique et cette dernière m’a plu. En écoutant les chansons de Planeta Eskoria et d’El Vals del Obrero, je me suis vite rendu compte que c’était un truc de rebelles. Et ça, comme ça te parle quand tu es ado ! J’ai découvert ce qu’est l’anarchisme et j’aimais beaucoup chanter “Legalización” pour embêter mes parents.

D’autre part, j’aimais bien le Gato López. Le symbole du groupe « est un chat ouvrier » (“es un gato obrero”) qui porte une casquette verte, jaune et rouge, ainsi que quelques piercings et une médaille anarchiste. Cet animal fume également un joint. Au collège, j’ai dessiné beaucoup de Gatos Lópeces, surtout pendant les cours de mathématiques. Voici mes deux plus belles œuvres en la matière :

J’ai dessiné ce Gato López pour l’afficher sur le mur de la classe, quand j’étais en 3e. C’est un hommage à Ska-P et aux 5 albums qu’ils avaient sortis à cette époque. Mais comme nous n’avions pas le droit de faire valoir des symboles politiques dans la classe, j’ai remplacé la médaille anarchiste par une médaille “Peace and love”. Bon, nous sommes bien d’accord que cela ne convient pas du tout à ce chat si agressif… 😂
Cette série de parodies du Gato López vise à imaginer quels types de chats symboliseraient des groupes d’autres styles musicaux. Enfin, c’est le point de vue d’un adolescent qui a plus de sympathie pour certains genres que pour d’autres…

Mais, surtout, l’écoute de Ska-P m’a énormément fait progresser en espagnol. Grâce à leurs chansons, j’ai pu apprendre les gros mots. En effet, les premières paroles que j’ai mémorisées par cœur sont celles d’“A la mierda”. J’ai également pu intégrer beaucoup de vocabulaire relatif à la politique, mais aussi améliorer ma compréhension orale et mon accent. Je n’aurais pas pu être tête de classe en espagnol de la 4e à la licence LLCE sans l’aide de Ska-P. Encore aujourd’hui, lorsque je traduis un texte du français vers le castillan, les paroles de leurs chansons me sont d’un grand soutien. Si j’ai un doute sur une préposition ou sur autre chose, je me rappelle que c’est formulé de telle façon dans un chant que je connais par cœur.

En outre, Ska-P propose des morceaux joyeux et dont le son me plaît, même lorsque les propos tenus sont tristes. Par exemple, le rythme de “Un@ más” donne envie de danser, bien que les paroles soient très pessimistes. Ainsi, j’ai parfois besoin d’écouter Ska-P pour me donner du courage : quand je conduis sous la pluie, quand je nettoie mon appartement, quand je fais la vaisselle, etc.

Le Gato López illustre la pochette de l’album ¡¡Que corra la voz!!

De quoi parlent les chansons de Ska-P ?

Les gens connaissent surtout Ska-P pour le tube “Legalización”. Mais il y en a d’autres, qui sont beaucoup plus intéressantes ! Certaines traitent de la condition ouvrière : “El Valso del Obrero”, “Naval Xixón”, “La fábrica”, etc. Les membres du groupe viennent des classes populaires et connaissent bien le sujet.

D’autres chansons traitent de politique. Elles critiquent le capitalisme et l’ordre établi. C’est notamment le cas de “¿Quiénes sois?” et de “Canto a la rebelión”. “Intifada” soutient le peuple palestinien sans aucun positionnement ni antisémite ni islamiste. J’aime bien ce chant, même si je ne pense pas que la contestation violente soit la solution. Le rythme de cette chanson est très rapide. Danser le rock là-dessus est un vrai défi, et je l’ai déjà relevé avec une amie. 😉 Ska-P dénonce également le libéralisme qui régit l’Union européenne dans “The Lobby Man”. De même, le groupe critique la monarchie espagnole dans “Jaque al rey”. Moi qui suis français, j’aime bien “La Colmena”, qui mentionne la crise des banlieues en 2005. Dans cette chanson, on entend Nicolas Sarkozy et Ska-P chante même en français… avec un accent espagnol. Dénoncer, critiquer… Mais bien évidemment, le groupe propose aussi des alternatives ! “Marinaleda” donne l’exemple d’une commune andalouse régie selon les principes de l’autogestion. Ska-P montre que l’anarchisme n’est pas une vaine utopie, mais qu’il peut être appliqué concrètement.

Si leur message politique est très souvent orienté, Ska-P dénonce également des injustices que tout être humain devrait dénoncer. Par exemple, “Violencia Machista” est un cri de résistance contre la violence faite aux femmes. “Alí el Magrebí” est un hommage aux migrants qui nous incite à la solidarité ainsi qu’à la lutte contre le racisme. De même, “Niño Soldado” et “Los hijos bastardos de la globalización” défendent les droits de l’enfant. Enfin, “El Olvidado” nous appelle à aider les sans-abris.

Par ailleurs, Ska-P est sensible à la cause animale. “Insensibilidad” parle des animaux de compagnie abandonnés par leurs maîtres. De même, le groupe s’oppose à la corrida dans “Abolición”, “Vergüenza” et “Wild Spain”.

En tant que groupe anticapitaliste, Ska-P critique la société de consommation. “Consumo Gusto” en est un bon exemple. Par ailleurs, le groupe aborde bien d’autres sujets : la censure, l’environnement, la peine de mort et les violences policières, les revendications féministes et LGBT+, l’évasion fiscale, etc. Enfin, quelques rares chansons ne sont pas engagées. C’est notamment le cas de “No lo volveré a hacer más”. Elle aborde avec humour le sujet des cuites et de la gueule de bois. J’ai regardé le clip avec un ami alcoolique qui ne parle pas espagnol. Il a beaucoup ri en le voyant et m’a déclaré : « Le mec dans la vidéo, c’est moi ! » Dans son premier album, le groupe a sorti “Como un rayo”. J’aime particulièrement le rythme festif de cette chanson. En cliquant ici, vous pourrez en regarder une vidéo avec les paroles. Et sur ce lien, vous trouverez l’archive d’un concert où Ska-P interprète ce morceau en 1995. Pour leurs grands fans comme moi, il est émouvant de voir les débuts du groupe, quand les membres étaient très jeunes et encore à la recherche de leur style…

À mesure que j’ai progressé en espagnol, je me suis rendu compte que les paroles des chansons de Ska-P relèvent d’une qualité littéraire très intéressante. Elles foisonnent de figures de style et de références culturelles bien trouvées.

Et au sujet de la religion ?

En tant que groupe anarchiste, Ska-P critique beaucoup les religions, et plus particulièrement le catholicisme. Souvent, ils mettent des mots à connotation sexuelle ou scatologique dans leurs chansons à thème religieux. Par exemple, dans l’une d’entre elles, ils comparent le Pape à une mouche à merde.

Ceux qui me connaissent un peu savent bien que, dans la vraie vie, je suis une grenouille de bénitier. Ainsi, bien que je sois fan de Ska-P, je refuse d’écouter les chansons qui ne respectent pas mon Dieu et mes croyances. Néanmoins, j’écoute parfois “Crimen Solicitationis”. Ce morceau s’attaque à l’Église, mais pour des raisons appropriées. En effet, elle met en lumière les abus sexuels commis par certains clercs. Je suis catholique, mais je considère que ces crimes sont très graves et je suis tout à fait d’accord avec Ska-P pour les dénoncer. Toutefois, ce qu’ils disent sur Benoît XVI n’est pas adéquat étant donné que ce pape est justement celui qui a permis de lutter contre ces atrocités.

Bien que Ska-P se montre hostile envers le christianisme, les références religieuses abondent dans les paroles de certaines chansons. Par exemple, dans “Intifada”, ils chantent “¿Quién podía imaginar que David fuese Goliat?”. Ce vers se traduirait par : « Qui pouvait imaginer que David deviendrait Goliath ? » Le groupe entend par là que les Israéliens et les Palestiniens ont échangé leurs rôles respectifs sur le plan militaire. En effet, dans la Bible, Goliath représente la force armée du puissant peuple philistin (le mot « philistin » a d’ailleurs donné, plus tard, « palestinien ») et David est un enfant juif fragile qui défie le géant en lui lançant des pierres. Aujourd’hui, c’est le contraire qui se produit : l’armée israélienne est très puissante et les opposants civils palestiniens ont jeté des cailloux aux soldats de Tsahal au cours de conflits nommés « intifadas ».

En outre, le groupe propose d’autres références à la Bible, à l’histoire de l’Église, à même à d’autres religions (comme l’évocation du croissant et du Ramadan dans “Alí el Magrebí”). Si l’on voulait détailler tout cela, il faudrait écrire un autre article. Quoi qu’il en soit, cela montre que les membres de Ska-P disposent d’une bonne connaissance du catholicisme, comme beaucoup d’Espagnols. De mon point de vue, il est important de s’intéresser à la culture religieuse. Après, croire ou non est un autre sujet. Chacun·e est libre d’avoir la foi ou non. Mais, pour pouvoir choisir, il faut savoir à quoi l’on décide de croire ou de renoncer. Et si votre culture religieuse vous sert à vous opposer à la religion, vos arguments auront beaucoup plus de poids que ceux d’une personne qui se considère comme athée, mais qui, en réalité, ne peut pas critiquer de manière efficace car elle ignore ce qu’elle rejette.

En somme, Ska-P est un groupe que j’aime énormément. Bien que je ne partage pas toutes leurs idées, bien que je n’aie jamais eu la chance de les voir en concert, je suis un grand fan de ces artistes. Ça vaut vraiment le coup d’écouter leur musique. Alors, n’hésitez pas à le faire, ¡¡hasta la victoria siempre!! 😉

Jean O’Creisren

Crédits images : Ska-P et Jean O’Creisren


Cet article vous a plu ?

Vous pourrez en lire la version espagnole sur : ¿Por qué soy fan de Ska-P?


Vous aussi, vous êtes fan de Ska-P ?

Cliquez pour lire la traduction en français des chansons suivantes :

« Alí el magrebí »

« No lo volveré a hacer más »

« The Lobby Man »

« El Olvidado »

Unis par le Camino : Jean O’Creisren publie son premier roman
(avec quelques extraits d’une chanson de Ska-P et un peu d’humour bienveillant au sujet de ce groupe controversé)

« Niño Soldado »

Voyage en Aragon et en Catalogne (avec la mention d’une chanson de Ska-P et une controverse théologique au sujet des paroles et du thème abordé par ces dernières)

« Patriotadas »

« Consumo gusto »

« Welcome to hell »

« Niño Soldado »


Articles en espagnol ou sur la langue et la littérature castillanes :

Érase una vez tres árboles

La Biblia y el móvil

Visite de la maison-musée de Lope de Vega

¿Quién era Natal Pinot?

Chistes franceses

La injerencia y la corrupción en la Ha política del Istmo de Panamá

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Ecología: ¿A qué se parecería un «Nuevo Trato Verde» para una economía mundial pospandémica?

Homenaje al líder máximo

Un encuentro estupendo en el Camino de Santiago

Mi cuerpo bajo la mirada de Dios

Faut-il enseigner les gros mots aux étrangers ?

« Nul ne maîtrise une langue s’il n’en connaît tous les niveaux. » Cette citation de Jean Maire de Dupont, fondateur de la gromologie, nous permet d’introduire une question à la croisée de la didactique et de la linguistique.

En effet, enseigner le langage vulgaire est-il utile aux personnes qui apprennent un idiome ? Est-ce au contraire une insulte à la beauté d’une langue ?

La question est loin d’être tranchée. Elle me rappelle un débat sur le sujet que j’ai eu avec une amie il y a une dizaine d’années. Par quelques anecdotes, je vais apporter quelques éléments de réponse à cette problématique qui est loin d’être tranchée…

Faut-il enseigner les gros mots aux étrangers ? Une question existentielle qui suscite de vifs débats…
  • Apprendre des gros mots dans une langue étrangère est motivant

Il y a quelques années, j’ai donné des cours de français à de jeunes Palestiniens dans le cadre d’une mission de coopération avec l’association AED. Trois élèves devaient effectuer un montage vidéo sous notre surveillance. Cela mettait un temps fou. Pour les motiver, je leur ai dit : « si vous avez terminé dans deux heures, je vous fais un cours sur les gros mots en français ! » 😃

Bien évidemment, cela a rendu leur travail très efficace. J’ai donc pu leur enseigner quelques insanités dans la langue de Rabelais. Mon collègue a pris une photo – que je n’ai malheureusement jamais pu récupérer – où je montrais dans une attitude très professorale un mot écrit au tableau, que la bienséance m’empêche de reprendre ici.

Les élèves nous ont raconté une anecdote en retour. Un mot très courant dans l’arabe vulgaire du Levant est shermout. Ce vocable signifie « salaud ». Lors d’un voyage de classe à Paris, ces jeunes Palestiniens ont enseigné ce terme à leur correspondant. Ce dernier répétait donc « shermout, shermout, shermout ! » lors de cette première soirée d’accueil. La mère de cet hôte parisien a donc demandé à son fils : « mais que veut dire ce mot arabe ? » Et le jeune homme de répondre : « Ça signifie « bienvenue » ! » Le lendemain, nos amis palestiniens sont partis visiter la ville-lumière. De retour chez leur correspondant, ils se sont fait accueillir avec un franc sourire par la mère de ce dernier, qui leur dit « Shermout ! »

  • On retient facilement les gros mots

Eh oui : si vous apprenez une langue, vous retiendrez facilement ce qui n’est pas à sortir devant n’importe qui… pour le meilleur et pour le pire !

Il y a une bonne dizaine d’années, j’étais en colocation avec un ami chinois, que nous appellerons Wei. Il apprenait le français dans l’optique d’étudier en France une fois le niveau B2 validé. Il n’était pas excellent en langues, mais ses bonnes compétences interpersonnelles lui permettaient de bien progresser au contact des natifs. Il avait beaucoup d’humour et s’amusait à sortir à n’importe qui les bêtises que nous lui apprenions.

Par exemple, lorsqu’il est allé louer un vélo de la ville, la fonctionnaire municipale, âgée d’une quarantaine d’années, lui a demandé s’il se plaisait en France. Il a donc répondu : « Oui, ça roule ma poule ! »

Invité chez moi pour fêter Noël, il était ravi de commenter l’évier qui fuyait : « c’est la flotte ! ». Quand nous sommes partis dans la voiture pour aller à la messe, il a commenté : « on va dans la bagnole ! » Et en ressentant le climat hivernal, il s’est exclamé à la sortie de la célébration : « ça caille ! »

Je vous laisse imaginer tout cela avec l’accent mandarin…

Lors d’un repas dans une famille très chic, la maîtresse de maison a proposé à Wei de se resservir. Il a répondu avec enthousiasme : « Ah oui, je kiffe, c’est exquis ! »

Nos autres colocataires me reprochaient d’apprendre à Wei uniquement le langage familier et vulgaire. J’ai donc essayé de lui enseigner le niveau de langue soutenu.

Avec Wei et un autre ami, nous avons fait un footing un jeudi matin par -10°C. C’est à cette occasion que je lui ai appris l’expression « ça caille ! » Mais je lui ai également appris le verbe « surplomber » lorsque nous pouvions admirer le lac depuis une butte surélevée. Je lui ai aussi demandé de retenir l’adjectif « pittoresque » lorsque nous admirions une belle vue sur un paysage rocheux. Eh bien, sur les trois, il n’a retenu que « ça caille ! »

Cela prouve que l’on retient mieux les gros mots que les autres termes.

Et j’ai pu en faire l’expérience, moi aussi. En tant que linguiste passionné, vous imaginez bien que j’ai profité de cette année de colocation pour apprendre quelques mots de mandarin. Et bien évidemment, je n’ai pas appris que des vocables châtiés…

Wei a poursuivi ses études dans une autre ville et j’ai également suivi mon chemin là où la Providence m’a mené. Mais nous avons toujours gardé contact. Un jour, je suis allé le voir dans le pays étranger où il réside maintenant. Nous nous sommes retrouvés le premier soir dans un restaurant chinois, en compagnie de celle qui est aujourd’hui son épouse. Comme il n’y avait pas de table disponible pour nous au début, nous avons patienté au comptoir à déguster des chips de crevettes. Nous étions juste à côté de la cuisine. Comme dans beaucoup de restaurants chinois, le personnel était d’origine chinoise. J’ai alors répété à l’amie de Wei tout ce que ce dernier m’avait appris. Mon ancien colocataire m’a supplié de parler moins fort, car de tout ce que je disais, seuls les gros mots étaient prononcés correctement et le personnel en cuisine comprenait parfaitement les grossièretés que je criais à tue-tête.

Wei retenait mieux les gros mots français que le langage soutenu. Je prononçais mieux les insanités que les autres termes de mandarin… Il est évident que notre cerveau apprend mieux le niveau de langue familier. Cela n’est pas toujours une bonne chose, car le contexte ne nous permet pas toujours de briller par notre science…

  • Est-ce une insulte à l’élégance de la langue française ?

Faut-il enseigner les gros mots aux étrangers ? Comme je l’écrivais au début de cet article, une controverse à ce sujet m’opposait à une bonne amie, lorsque nous étions étudiants. Elle me soutenait que les étrangers apprennent le français pour l’élégance de notre belle langue. Par conséquent, il ne fallait pas dénaturer ce prestige, de son point de vue.

Mais n’oublions pas que la vulgarité fait également partie de notre idiome. Rabelais est sans conteste l’un de ses pères fondateurs. Néanmoins, sa plume est assez fleurie…

La richesse du français s’applique aussi aux 6000 à 7000 langues qui font la diversité de notre humanité. Il y a quelques années, j’ai eu la chance de travailler au sein d’une entreprise dont les ressources humaines étaient très internationales. L’un de mes collègues guinéens nous y a appris quelques merveilles de sa langue natale. Mais quand on ne sait dire que « bunnaru », « kanaro », « foytougol » ou « lebol bunna » en fulfulde, ça limite les conversations…

Un autre de mes collègues, d’origine kabyle et d’un tempérament très blagueur, était invité à l’anniversaire de cet ami guinéen. Lorsque celui-ci déclamait son discours, l’Algérien applaudissait avec les autres en criant : « Foytougol ! Foytougol ! Foytougol ! », ce qui signifie « Péter ! Péter ! Péter ! »

Évidemment, les jeunes femmes peules qui entouraient ce farceur étaient très choquées de voir que la poésie de leur langue était réduite à ce verbe trivial…

Dans quelle mesure la vulgarité insulte-t-elle la beauté du français ou de n’importe quel idiome ? Dans quelle mesure honore-t-elle, au contraire, sa richesse ? La question restera éternellement ouverte…

En somme, faut-il enseigner les gros mots aux étrangers ? Chacun est libre de répondre comme il l’entend…

Quant à ce débat avec cette amie, il s’est terminé par la rédaction de mon tout premier exercice de style : « Les jurons distingués ». C’est à partir de là qu’a germé l’idée de mon blog. Si vous le souhaitez, vous pourrez lire cette première production littéraire sur ce lien… 😉

Jean O’Creisren


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Avez-vous déjà parcouru le chemin de Compostelle ? Si oui, vous avez certainement plein d’anecdotes à raconter… Si non, qu’attendez-vous pour vous lancer dans cette aventure ? 😀

Entre autres trouvailles, je vous partage quelques traductions étranges que j’ai photographiées chemin faisant…

« Bienvenidos » et non « Bienvenida »… Voilà ce qu’on appelle une traduction littérale complètement ratée !
Lorsque je voyage en voiture, je fais des pauses toutes les 2 heures sur des « secteurs d’autoroute ». Pas vous ?
Bon, il ne s’agit pas d’une traduction, mais d’une pierre que j’ai trouvée sur le chemin. Je l’ai prise en photo car elle ressemble étrangement à la carte de la péninsule Ibérique. Ne trouvez-vous pas ?
On comprend l’idée, mais on voit bien que ces traductions en différentes langues ne sont pas l’œuvre d’un locuteur natif…
Traduction très orale…
On commence la série des perles de la machine à laver de Burgos…
Je n’ai jamais pensé à laver mes vêtements avec des coings… Et vous ?
Bon, cela aurait pu être rédigé par un Français qui ne maîtrise pas correctement les accords du participe passé… c’est à dire sans doute la majorité de nos compatriotes.
Bon, ce n’est pas une traduction, mais cette auto-dérision d’un Breton têtu m’a bien fait rire…
« Chemin alternatif » aurait bien fait l’affaire ! Parfois, la traduction littérale est le meilleur choix…
En voilà une manière de s’exprimer !
Private joke pour les arabophones… Cette traduction est-elle vraiment inmejorable ?

Bon, ça, c’était une traduction intersémiotique très explicite à destination de certains pèlerins un peu particuliers… 😉

Une fois arrivée à Saint-Jacques-de-Compostelle, je suis tombé sur cette autre traduction vraiment pas terrible…

Et voilà pour la série des traductions bizarres ! Si ça veut vous donner envie de vous lancer dans l’aventure du chemin de Compostelle, n’hésitez pas à relever ce défi ouvert aux personnes de toutes convictions politiques et religieuses !

Si vous pensez que les traductions bien faites, par des êtres humains compétents, c’est quand même beaucoup mieux, n’hésitez pas à consulter ces publications et à vous rapprocher de cette organisation. 🙂

¡Buen Camino a tod@s!

Ultreïa !

Jean O’Creisren


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Vous n’auriez jamais deviné que ces mots sont du breton…

Aujourd’hui est une date importante en Bretagne. En effet, nous fêtons la Sainte-Anne. Alors bonne fête à toutes les Anna, Annaïg, Naig et Anaëlle !

Le breton est un idiome passionnant. Il s’agit d’une langue celtique à l’orthographe bien singulière. Si certains mots ou expressions comme « Blaovezh mat ! »[1], « Nedelec laouen ! »[2] ou « Yec’hed mat ! »[3] ne font aucun doute, d’autres vocables semblent venir d’autres langues.

Voici quelques exemples :

Ac’h : si l’orthographe est bien bretonne, la phonétique fait penser à la réaction d’un Allemand surpris. En breton, ac’h ! signifie « beurk ! » Ça veut donc dire que vous êtes surpris par quelque chose de dégoûtant…

Amzer : ça sonne hébreu ou arabe, mais c’est bien du breton. Cela signifie « temps », aussi bien d’un point de vue temporel que météorologique.

Bara : on dirait de l’espagnol, mais ce terme est bien breton. Dans la langue de Cervantès, ce mot existe avec deux R. Barra signifie notamment « barre » (de chocolat, de métal ou autre), « comptoir de bar » (terme très utile en Espagne), ou encore « baguette de pain ». Je ne sais pas si cela a un lien avec le dernier sens du mot castillan, mais bara signifie « pain » en breton. D’ailleurs, l’expression bara ha gwin (« du pain et du vin ») est peut-être à l’origine du verbe français « baragouiner ». En effet, d’après certaines sources, les Bretons demandaient ces denrées dans leur langue maternelle lorsqu’ils faisaient une halte dans une auberge française (plus d’informations à ce sujet sur ce lien).

Butun : de prime abord, ce mot semble arabe. D’ailleurs, بُطُن [buṭun] signifie « ventre » ou « abdomen » dans la langue du Ḍād. Mais là, rien à voir ! En breton, butun signifie « tabac ». Un conseil : évitez de manger du tabac, vous risqueriez d’avoir mal au ventre…

Deus : eh oui, cela signifie bel et bien « Dieu » en latin et en portugais. Mais ça veut aussi dire « viens ! » en breton. Et si Dieu vous disait : « Viens en Bretagne et apprend le breton ! »

Dirak : ce terme aux consonances turques signifie « devant » en breton. Devant nos yeux, les langues celtiques sont menacées… En avant pour leur sauvegarde !

Hepken : on pourrait croire que c’est de l’allemand ou du néerlandais. En réalité, hepken est un mot breton qui signifie « seulement » ou « sans plus ».

Labour : ce terme est commun à plusieurs langues. En français, il s’agit d’un vocable agricole, joliment défini par le Larousse : « Retournement de la terre à l’aide de la bêche, de la houe, de l’araire ou de la charrue, pour l’ameublir, enfouir ce qu’elle porte en surface, et préparer ainsi son futur ensemencement. » Mais en anglais et en breton, labour signifie « travail ».

Lakaat : on dirait un mot finnois, n’est-ce pas ? Il n’en est rien : il s’agit du verbe « mettre » en breton.

On : en anglais, cela veut dire « sur ». Mais en breton, on se traduit par « je suis ». À l’heure où je rédige cet article, je suis en train de taper sur mon ordinateur. Et vous, où êtes-vous ? Pelec’h out ?[4]

Ostaleri : non, non, ce n’est pas du basque ! En breton, ostaleri signifie « bistrot ». Il y a certainement une étymologie commune avec le français « hôtel ». Pour bien appuyer sur les clichés, ce terme peut être d’une grande utilité si vous voyagez en Bretagne. 😉

Out : en anglais, cela signifie « dehors ». Mais en breton, out se traduit par « tu es ».

Penaos : non, non, ce n’est pas du grec ! En breton, penaos ? signifie « comment ? »

Prest : ce terme s’écrit pareil que le mot anglais signifiant « prêtre ». Mais en breton, ça se prononce [prêst] et ça veut dire « prêt ». Êtes-vous prêt à prêter votre prestige à un prêtre ?

Serret : ce terme semble catalan. Et effectivement, serret signifie « colline » dans cette langue. En revanche, en breton, on traduit ce mot par « fermé ». Notons la ressemblance avec l’espagnol « cerrado » (fermé) et le français « serrure ».

Ul loa : eh non, rien à voir avec un ukulélé ! S’il paraît tiré d’une langue polynésienne, ce groupe nominal signifie « une cuillère » en breton. On peut certes faire de la musique avec, mais c’est quand même moins joli !

Yaouank : non, non ! Ce mot ne vient ni du russe ni d’une quelconque langue amérindienne du Canada. C’est bel et bien du breton et ça signifie « jeune ». En revanche, l’orthographe du lexème signifiant « vieux » ne trahit pas son appartenance celtique : kozh.

Et voilà pour la leçon de linguistique d’aujourd’hui ! Cet article était plutôt sérieux. Si vous voulez rire un bon coup sur les clichés liés au peuple breton, je vous propose de regarder ce clip :

Cet article vous a plu ? Pourquoi ne pas vous mettre, vous aussi, au breton ? Je vous recommande la méthode ASSIMIL. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à consulter ce lien.

À bientôt pour de nouveaux délires de linguiste !

Kenavo !

Jean O’Creisren


[1] Bloavezh mat : Bonne année !

[2] Nedelec laouen : Joyeux Noël !

[3] Yec’hed mat : Santé ! (très utile en Bretagne)

[4] Pelec’h out ? : où es-tu ?


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Do you know Duolingo? It is a method to learn a language online for free.

Using Duolingo in French, you can improve your English, your Spanish, your German and your Italian.

Then again, you can also learn Arabic, Gaelic, Esperanto, Welsh, and many other languages. However, for this you will have to put Duolingo in English.

For a few months on, I have been improving my Arabic thanks to Duolingo, so, I can assure you that this app is a good method to get better at languages, that it is very efficient for acquiring vocabulary. Nonetheless, the lexicon is what matters most when it comes to improving your knowledge of a language.

On the other hand, to make progress, you need to learn and have fun! Well, the sentences offered by Duolingo are sometimes very funny…

While working on my Arabic, here are some of the weirdest sentences I have found:

Arabic sentencesTransliteration / transcriptionTranslation into English
هل كلبك كريم؟  Hal kalbuka karrîm ?Is your dog generous?  
هو زوجك وهو غريب جدّاً  Huwa zawjuki wa-huwa rarrîb jiddan.He is your husband and he is very weird.  
ابنك غريب  ‘Ibnuka rarrîb.Your son is weird.  
بوب عنده تنّورة  Bob cindahu tannurra.Bob has a skirt.  
غرفة القطّ جميلة  Rurrfatu-l-qiṯṯ jamîla.The cat’s room is pretty.  
هل أنا كرسيّ القطّ؟  Hal ‘anâ kursîyy el-qiṯṯ?Am I the cat’s chair?  
قهوة سيث بيضاء لكن طيّبة  Qahwa Seth beïḏâ’ lâkin ṯayyiba.Seth’s coffee is white but good.  
لا أُحِبُّ السَّفَر إلى بَيتيLâ ‘uhhibbu-s-safarr ‘ilâ beïtî.I do not like traveling to my house.
قطّتك ملكة يا سامQiṯṯatak malika yâ Sam.Your cat is a queen, Sam.
كراج جميلKarrâj jamîl.A pretty garage
تِلفازي في أسَديTilfâzî fî ‘assadî.My television is in my lion.
لَيْسَ عِنْدُها كَلْب أزْرَق لٰكِن عِنْدُها كَلْب أبْيَضLaysa cinduhâ kalb ‘azrraq lâkin cinduhâ kalb ‘abyaḏ.She does not have a blue dog but she has a white dog.
أعْمَل في شَرِكة قِطَّتي وَأنا مَشْغولة دائما‘Acmal fî sharrika qiṯṯatî wa-‘anâ mashrûla dâ’iman.I work in my cat’s company and I am always busy.
كَري لا تُحِبّ النَّوم بَعْد الظُّهْر، ما مُشْكِلَتُها؟Karrrrî lâ tuhhibbu-n-nawm bacd eż-żuhrr, mâ mushkilatuha?Carrie does not like to sleep in the afternoon, what is her problem?
مَن لَيْسَ عِندُهُ قَريب غَريب؟Man laysa cinduhu qarrîb rarrîb ?Who does not have a weird relative?
أُمّي لا تَشْرَبُ مَاء‘Ummî lâ tashrrabu mâ’.My mother does not drink water.
يُحِبّ النَّوم لٰكِن يُحِبّ دُروسَهُ أيضْاًYuhhibb en-nawm lâkin yuhhibb durrûsahu ‘ayḏan.He likes to sleep but he likes his lessons, too.
ٲنْتِ صَديقَتي لِٲنَّكِ تُحِبّينَ ٱلٲكْل يا سارۃ‘Anti sadîqatî li’annaki tuhhibbîna-l-‘akl yâ Sâra.You are my friend because you like to eat, Sarah.
 .لا، لا يُريد عَصيراً ساخِناًLâ, lâ yurrîd casîrran sâhrinan.No, he does not want warm juice.
لا تُحِبِّينَ الكَباب لٰكِن اليَوْم تُريدينَ كَباباً، صَحيح؟Lâ tuhhibbîna-l-kabâb lâkin al-yawm turrîdîna kabâban, sahhîhh?You do not like kebab but today, you want kebab, correct?
خالَتي غَريبة لٰكِن لا نَكْرَهُهاHrâlatî rarrîba lâkin lâ nukrrahuhâ.My maternal aunt is weird but we do not hate her.
أفَرِّش أسْنان كَلْبي كُلّ صَباح‘Afarrrrish ‘asnân kalbî kull sabahh.I brush by dog’s teeth every morning.
لِماذا لا تُفَرِّشون أسْنانَكُم؟Limâza lâ tufarrrrishûn ‘asnânkum?Why do you all not brush your teeth?
In Duolingo, some sentences are very weird…

Though Duolingo enables you to learn a language for free, it is not the perfect method. Indeed, some people tell me that the pace does not fit them and that they wish they could go faster in their learning. I, myself, have experienced this while learning Arabic. During the first two months, everything seemed very easy and I got bored.

Duolingo enables you to get better at languages, but what is the other side of the coin? Who is behind this app? Where does your data go?

In Eco-Translation, Michael Cronin notices that, while using Duolingo, you help translate the Web for free.

“Von Ahn wants to harness this collective computing power for translation by encouraging users to learn a second language through Duolingo. As learners progress, they will be invited to translate simple sentences at first before eventually being asked to translate sentences from live web pages. The harnessing of this collective translational power through advanced technology is Von Ahn’s answer to his initial question: ‘How can we get 100 million people translating the Web into every major language for free?’ (Von Ahn 2011)”

I don’t know if it is true. These words on Duolingo are only Von Ahn’s opinion and I have no evidence that he tells the truth. If he is right, when you reach an advanced level, Duolingo uses your data to destroy the jobs of professional translators.

You got it: Duolingo is an interesting way to learn a language. Sometimes, it offers you weird sentences, which enables you to make progress while having fun. However, as a language teacher and as a translator, I have some doubts about Duolingo’s effectiveness and ethics. Will you use this method? If you do, how will you use it? It’s up to you!

I am not the only one that have noticed some weird sentences on Duolingo. Indeed, the Langfocus channel has published a video on YouTube about it.

Jean O’Creisren


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Vous n’auriez jamais deviné que ces mots sont du breton…

Don des langues : le point de vue d’un linguiste sur la Pentecôte

L’Esprit Saint nous est donné ! Alléluia ! Oui, nous fêtons la Pentecôte, jour où nous sommes appelés à témoigner de l’amour du Christ jusqu’aux extrémités de la Terre.

Je ne sais pas pour vous, mais je suis un fan du Paraclet ! J’invoque le Saint-Esprit dès que j’ai une décision importante à prendre, quand je dois tenir avec quelqu’un une discussion profonde ou lui écrire un message qui requiert une extrême délicatesse… Si vous êtes croyant, je vous encourage à faire de même ! 😊

Avant d’entrer dans cette réflexion, je vous invite donc à prier l’Esprit Saint, par exemple par ce beau chant…

Le jour de la Pentecôte, l’Esprit Saint fut donné aux disciples du Christ sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu » (Ac 2, 3). Image par Gerd Altmann de Pixabay.

La Bonne Nouvelle de la Résurrection s’adresse à tous les hommes de tous les peuples. À chacun, quelle que soit sa langue. Et justement, je compte aujourd’hui analyser avec vous le récit de la Pentecôte sous l’angle linguistique. Je ne sais pas si cela a déjà été fait, mais voici ce qu’un linguiste passionné peut dire sur le texte des Actes des Apôtres…

Après cette analyse scientifique, nous tenterons d’en tirer quelques conclusions théologiques.

Tout d’abord, qu’enseigne la Bible à ce sujet ? Voici le récit de la Pentecôte selon saint Luc :

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. » Ils étaient tous dans la stupéfaction et la perplexité, se disant l’un à l’autre : « Qu’est-ce que cela signifie ? » D’autres se moquaient et disaient : « Ils sont pleins de vin doux ! » Alors Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Non, ces gens-là ne sont pas ivres comme vous le supposez, car c’est seulement la troisième heure du jour (…). Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir (…). »

Source : Lc 2, 1-15 ; 22-24 (texte copié sur le site de l’AELF).

Le jour de la Pentecôte, chacun entend les apôtres prêcher dans sa langue maternelle. Mais quelles langues parlaient les peuples cités dans ce passage ?

  1. « Parthes, Mèdes et Élamites »

Les Parthes, les Mèdes et les Élamites venaient d’Iran. L’Empire parthe était le grand rival de l’Empire romain. Comme les Perses, les Parthes et les Mèdes parlaient des langues indo-iraniennes. Ce groupe linguistique se rattache à la famille indo-européenne. Aujourd’hui, il inclut notamment le persan (ou farsi), le kurde (qui est peut-être le lointain descendant de langue mède) et certaines langues indiennes (comme l’hindi et l’ourdou).

En revanche, les Élamites parlaient un idiome qui n’a rien à voir avec les langues indo-européennes. L’élamite faisait peut-être partie des langues dravidiennes, dont les survivantes sont aujourd’hui parlées au sud de l’Inde. Selon certains linguistes, l’élamite serait donc un lointain cousin du tamoul. Mais ce rapprochement ne fait pas consensus au sein de la recherche en linguistique. Certains l’associe à certaines langues caucasiennes, voire aux langues altaïques, comme le turc ou le mongol. D’autres spécialistes disent que celle langue ne se rattache à aucune famille connue. D’après eux, ce serait donc un isolat, comme le basque.

La dernière source écrite connue en langue élamite date de l’époque d’Alexandre le Grand. Néanmoins, il est très probable que cet idiome fût encore parlé à l’époque du récit des Actes des apôtres. En effet, certains historiens pensent que sa version la plus récente se serait éteinte après l’an mil.

Pour plus d’informations sur la civilisation élamite, je vous invite à cliquer sur ce lien. Si vous souhaitez accéder aux recherches les plus récentes sur l’écriture élamite, cet article de vulgarisation peut vous intéresser.

  • Les « habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce… »

Les habitants de la Mésopotamie et de la Judée parlaient à cette époque des langues sémitiques, comme l’araméen.

En revanche, ceux de « la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie » venaient tous d’Asie Mineure, soit l’actuelle partie asiatique de la Turquie. Au Ier et au IIe millénaire avant Jésus-Christ, les langues anatoliennes étaient une branche de la famille indo-européenne parlée dans la région. Elles étaient notamment pratiquées par les Hittites. Cette branche a aujourd’hui disparu. Je ne saurais pas vous dire s’il en restait des traces à l’époque où se déroule le récit de la Pentecôte. Elles ont dû perdre du terrain devant l’influence du grec dans la partie orientale de l’Empire romain. Comme cette histoire se déroule au début de notre ère (difficile d’annoncer la résurrection de Jésus avant sa naissance 😉), il est possible que les langues anatoliennes aient déjà disparu au moment de l’énonciation. Néanmoins, cette source estime qu’elles se sont éteintes au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne. En effet, le livre des Actes des Apôtres (chapitre 14), les habitants de Lystres communiquent en lycaonien, une langue qui n’est pas comprise par Paul et Barnabé. D’aucuns affirme qu’il s’agit d’un dialecte grec (dans ce cas, il serait étonnant que les deux missionnaires hellénisés ne l’entendissent guère) ; d’autres sources estiment que l’origine de cette langue est incertaine et que l’étymologie du toponyme « Lycaonie » serait anatolienne. Les Phrygiens parlaient une langue helléno-phrygienne, donc une langue indo-européenne apparentée au grec. Notons que le récit des Actes des Apôtres ne mentionne pas les Galates, autre peuple anatolien de l’époque. Ces derniers parlaient une langue celtique, donc également indo-européenne. C’est plus tard qu’ils ont été évangélisés par l’apôtre Paul. Pour en savoir plus sur les langues anatoliennes, vous pouvez cliquer sur ce lien.

  • « habitants (…) de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène »

Ces locuteurs parlaient des langues chamito-sémitiques (ou afro-asiatiques). Ce groupe inclut aujourd’hui la branche berbère (certainement parlée par les habitants « des contrées de Libye proches de Cyrène »), la branche égyptienne (certainement la langue copte dans le texte de Luc), la branche sémitique (mentionnée ci-avant et ci-après), les langues tchadiques (parlées au Sahel) ainsi que les langues couchitiques et, selon certains linguistes, les langues omotiques, parlées dans la Corne de l’Afrique. Pour en savoir plus sur cette famille de langues, je vous invite à consulter cet article d’Universalis.

  • « Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes »

Les Romains parlaient bien évidemment latin. Cette langue qu’on ne présente pas est la mère des langues romanes, comme le français, l’espagnol, l’italien, le portugais, le roumain et quelques langues régionales et autres dialectes. Certains linguistes considèrent que les langues latines et celtiques font partie d’un même groupe, appelé « langues italo-celtiques ».

Les Juifs de Palestine parlaient araméen ou hébreu, deux langues sémitiques. La langue arabe se rattache également à cette branche de la famille afro-asiatique. Elle est donc très proche de l’hébreu ! On veut nous faire croire qu’Israéliens et Palestiniens ne pourront jamais s’entendre, mais ils parlent des langues sœurs !

Enfin, les Grecs et les Crétois parlaient grec ancien. Il s’agit d’une langue helléno-phrygienne, de la famille indo-européenne.

CONCLUSION

Après ce développement scientifique, nous allons tenter d’en tirer quelques conclusions théologiques. Pour ce faire, nous allons compléter cet exposé linguistique avec une lecture symbolique et spirituelle du texte de la Pentecôte.

Si l’on considère que tous les peuples cités dans les Actes des Apôtres parlaient une langue propre[1], cela nous fait trois familles linguistiques :

  • Langues indo-européennes
  • Langues chamito-sémitiques
  • Langues dravidiennes, caucasiennes, altaïques ou (plus probablement) isolat.

Tout d’abord, ces familles de langues représentent aujourd’hui une imposante majorité des locuteurs qui composent l’humanité. On y retrouve une grande partie des idiomes les plus largement pratiqués : l’hindi, l’anglais, l’espagnol et le français font partie de la famille indo-européenne. L’arabe est une langue sémitique. En 1999, on estimait que le tamoul, langue dravidienne, était parlé par 74 millions de personnes, un nombre qui a certainement augmenté depuis.

D’autre part, le chiffre 3 est hautement symbolique d’un point de vue chrétien. Pouvons-nous y voir une manifestation de la Sainte Trinité[2], le jour où la troisième Personne se fait connaître ? Cette effusion de l’Esprit ne nous invite-t-elle pas à entrer dans l’amour infini qui L’unit au Père et au Fils ? À la Pentecôte, le Paraclet révèle-t-Il le Dieu un et trine jusque dans cette classification linguistique ?

Et si nous divisons ces familles en groupes (ou en « branches »), apparaît le résultat suivant :

  1. Langues indo-européennes : 4 groupes (branche indo-iranienne, branche helléno-phrygienne, branche italo-celtique et éventuellement branche anatolienne)
  2. Langues chamito-sémitiques : 3 groupes (branche sémitique, branche égyptienne et branche berbère)
  3. Langues dravidiennes, caucasiennes, altaïques ou isolat : 1 groupe (élamite)

Cela fait donc 8 groupes linguistiques différents. Or, selon Steve Desrosiers, le chiffre 8 symbolise, entre autres, l’universalité et l’infini. Pour plus de précisions à ce sujet, vous pouvez lire les pages 52 à 56 de son ouvrage disponible en libre accès Les nombres : symbolisme et propriétés. Mon analyse est donc que l’Esprit Saint appelle toute l’humanité à entendre la Bonne Nouvelle de la Résurrection du Christ. Et par cet événement cosmique, Dieu nous invite tous à la vie éternelle. 😊

Dans le récit de la tour de Babel, l’apparition des langues sert à diviser une humanité qui voulait s’élever sans Dieu. Le livre de la Genèse nous apprend en effet que l’homme ne peut « se faire un nom » s’il exclut son Créateur de ses rêves de grandeur. Pour plus d’informations sur l’interprétation chrétienne de ce passage biblique, vous pouvez lire ce bref article.

Considérée comme l’anti-Babel, la Pentecôte vient rassembler l’humanité malgré sa diversité linguistique. Saint Irénée de Lyon l’exprime très clairement dans ce passage :

« C’est l’Esprit, au dire de Luc, qui est descendu après l’Ascension du Seigneur sur les Apôtres à la Pentecôte, et qui a pouvoir sur tous les peuples pour les introduire à la vie et leur ouvrir la nouvelle Alliance. C’est pourquoi, s’unissant à toutes les langues, ils chantaient un hymne à Dieu. L’Esprit ramenait à l’unité toutes les races éloignées, et offrait au Père les prémices de tous les peuples. » (source : AELF)

Derrière ces 3 familles de langues qui couvrent une grande partie de l’humanité, la Terre entière (symbolisée par le chiffre 8) entend parler de Dieu dans sa langue maternelle.

À travers ces chiffres (3 et 8), le Dieu trinitaire manifeste qu’Il est le Dieu de tous les peuples. Par ailleurs, cette diversité linguistique indique que le Saint-Esprit nous appelle à annoncer Jésus à l’ensemble de l’humanité. Allons donc proclamer que Dieu est amour et qu’Il aime infiniment chaque être humain ! C’est là le message principal de la Pentecôte !

Jean O’Creisren


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Vous n’auriez jamais deviné que ces mots sont du breton…


[1]  Certes, cela n’est pas sûr historiquement parlant, mais le sens d’un texte biblique se situe parfois à un autre niveau. Dans l’hypothèse où les langues anatoliennes fussent encore parlées à l’époque, les chiffres avancés sont exacts.

[2] Concernant la Trinité et le Saint-Esprit, sainte Hildegarde de Bingen a reçu des visions reconnues par l’Église catholique. Vous pourrez en lire une sur ce lien.

Nous parlons tous breton sans le savoir

Avez-vous déjà essayé d’apprendre le breton ? Croyez-moi : cette langue celtique est passionnante ! Depuis environ un an, je m’y suis mis avec passion. J’accomplis ainsi un rêve qui me berce depuis l’adolescence…

Pour avoir étudié l’arabe, l’allemand et le polonais, je dirais que la langue bretonne n’est pas extrêmement difficile. Bon, c’est certes plus corsé que l’espagnol ou l’italien. Mais ça reste plus facile que les langues sémitiques ou slaves.

Aujourd’hui, nous fêtons la Saint-Yves. En plus d’être le saint patron des avocats. Yves revêt, avec sainte Anne, une importance particulière en Bretagne (plus d’infos sur ce lien).

Dans cet article, je ne vais pas vous dispenser un cours de breton. Je vous partage juste quelques trouvailles humoristiques sur cet idiome passionnant. Vous verrez à quel point nous parlons tous breton sans le savoir…

  • Amañ signifie « ici ». Ce terme breton se prononce exactement comme le français « amant ». Rien à voir avec amann, qui se prononce légèrement différemment et signifie « beurre ». Vous connaissez sans doute le kouign amann, le meilleur des desserts bretons, dont la saveur n’a d’égal que le taux de matière grasse…

— Chérie, il paraît que tu as un amant. C’est vrai ?

— Evel just[1] !

— Et où est-il, que je lui règle son compte ?

— Ici, dans cette pièce. Juste derrière ta marinière tâchée avec du beurre.

  • Brav [braw] signifie « beau » en breton. Rien à voir avec « brave » en français.

— Dis-donc Maïwenn, il est beau, ce mec, là-bas !

— Oui, c’est vrai. Mais il n’est pas très brave. L’autre jour, il hurlait en courant dans toute la crêperie parce qu’il avait vu un moucheron convoiter son verre de cidre…

  • D’ar est la particule utilisée en breton avant une date. On français, cela se traduirait par « le », comme dans l’expression : « le 21 février 1794 ». Rien à voir avec le dard d’un insecte, ou l’expression « avoir un dard dans le flanc », qui signifie « avoir fumé un joint ».

— À quand remonte la dernière fois que tu t’es mis un dard dans le flanc ?

— C’était le 21 juillet 2000, lors du concert des Cranberries au festival des Vieilles Charrues.

— Oulà, ça fait un bail !

— Eh oui, j’ai fait des bêtises dans ma jeunesse. Mais j’ai compris que le chanvre indien n’apporte rien de bon. Et on peut très bien être un vrai Breton sans boire et sans fumer !

  • Debriñ se prononce plus ou moins comme le mot français « débris ». Mais ce verbe breton se traduit par « manger ».

— Les débris que tu vois sont les restes d’une épave du XVIe siècle. Ça te dirait qu’on essaie de retrouver le reste du bateau pour voir s’il y a un fabuleux trésor ?

— Je m’en fiche complètement si ça ne se mange pas !

  • Echu veut dire « fini » en breton. Cela a sans doute un lien avec « échu » en français.

— Papa, que veut dire « à terme échu » ?

— As-tu fini de poser des questions idiotes, sale morveux ?

— Et toi, as-tu fini de m’insulter au lieu d’avouer tout simplement que tu n’en sais rien ?

  • E-pad : eh non ! Rien à voir avec les EPHAD ! Ce terme breton signifie « pendant ».

— J’étudie le breton pendant mon séjour en Basse-Bretagne. Mais je ne sais pas avec qui le parler.

— Tu peux aller visiter l’EPHAD qui est à côté de chez moi. Il y a plein de personnes âgées qui ne demandent qu’à parler breton, et même à parler tout court. Et elles seront ravies de se sentir utiles pour toi qui reprends le flambeau : grâce à elles, tu aideras à la langue bretonne à traverser les âges ! 😉

  • Evit n’a rien à voir avec le verbe « éviter ». Il s’agit de la traduction de la préposition « pour » en breton.

— S’il te plaît, évite de manger du jambon.

— Pourquoi ? Ma religion me le permet…

— Peut-être, mais je ne mange jamais de porc pour des raisons environnementales. En effet, la Bretagne est polluée par les nitrates occasionnés par cet élevage.

  • Karr-tan : traduit littéralement par « char de feu », ce mot composé est la façon dont le breton exprime le français « voiture ». Évidemment, cette orthographe ne vous dit rien. Mais la prononciation peut laisser croire qu’on dit « carton » avec un fort accent brésilien. Aujourd’hui, on dit tout simplement karr (avec une mutation consonantique devant l’article : ur c’harr).

— J’ai une voiture super écologique. Je l’ai achetée à 15 000 € sur Ar C’horn Mat et je vais l’essayer demain.

— Combien consomme-t-elle ?

— 12 litres aux cents.

— Hein ? Et en quoi c’est écologique ?

— Eh bien, elle est tout en carton : du volant aux pneus en passant par le moteur. Fabrication très peu polluante et 100 % recyclable.

— Mais ton char de feu va brûler dès que tu allumeras le contact. Tu n’as quand même pas mis 15 000 € dans cette m**** ? Montre-moi ton contrat, que je vois s’il y a une clause de rétractation !

— Je n’ai signé aucun contrat. Je gars qui m’a fait la proposition me paraissait honnête. J’ai versé les 15 000 € sur un compte domicilié aux îles Caïman et il m’a envoyé la marchandise. De toute façon, je ne peux plus joindre le vendeur. Je suis retourné sur Ar C’horn Mat pour lui poser une question, mais il avait supprimé son profil…

  • Korn : rien à voir avec les vaches, les rhinocéros, les tricératops et le dragon de l’Apocalypse ! En breton, korn signifie « coin ». Il y a certainement un lien avec l’anglais « corner ».

— Sais-tu ce qui rend fou un paysan breton ?

— Non.

— Tu le mets dans un pré rond et tu lui dis qu’il y a une corne dans un coin !

  • Al-laezh se prononce comme le français « à l’aise ». Pourtant, ça n’a rien à voir. En breton, cela signifie « le lait ».

— Tu as vu le lait qui se trouve sur la table ? Il y a au moins 3 litres. Chiche de le boire cul-sec ?

— À l’aise ! Quand il s’agit de boire, je suis toujours là ! Je ne suis pas breton pour rien !

  • Mignon n’est pas l’équivalent breton de l’anglais cute. Ce terme est la traduction du français « ami », quelle que soit l’apparence et l’attitude de ce dernier.

— Sois mignon et prépare-moi une galette saumon-jambon-chocolat-choux de Bruxelles, s’il te plait !

— Non.

— Et pourquoi donc ? N’es-tu pas mon ami ?

— C’est justement par amitié que je refuse. Ce que tu me demandes de faire est absolument dégueu. J’ai trop d’estime pour toi pour céder à tes pulsions gastro-maso.

  • Mont veut dire « aller » ou « partir » en breton.

— Que fais-tu pendant les vacances, Jakez ?

— Je pars à l’étranger !

— Où ça ? Au Pays de Galles ? En Irlande ? En Écosse ? À l’île de Man ? En…

— En Normandie ! Mais rassure-toi : je n’irai pas plus loin que le Mont Saint-Michel !

  • Na n’est pas une façon gamine de narguer autrui en breton ! En français, on le traduirait par « ni ».

« Tu veux le beurre et l’agent du beurre ? Eh bien tu n’auras ni l’un ni l’autre ! Na ! »

  • Neuze [nözé] signifie « alors » en breton. Phonétiquement, cela fait penser à « nausée ».

— Ac’h[2] ! C’est quoi, cette odeur ?

— Ça vient de mon compost.

— Et que mets-tu dans ton compost ?

— Alors il y a des déchets de sardine et de crabe, du beurre rance, des miettes de kouign-amann, du gras de porc, des épluchures de légume, les étrons de mon chien Ar C’hi avec un peu de mazout d’Erika. Que du naturel ! Qu’en penses-tu ?

— J’en pense que ça me donne une de ces nausées ! Je me sens dans le même état qu’après douze verres de chouchen…

  • N’ouzon ket signifie « je ne sais pas » en breton. Sur le plan phonétique, ça ressemble au français : « nous f’sons une quête »

— Nous faisons une quête pour un groupe militant basé en Afrique qui soutient l’indépendance de la Bretagne.

— Es-tu sûr que mon argent ira bien à la cause séparatiste ?

— Ah, ça, je ne sais pas ! C’est un mec que j’ai rencontré sur Internet qui me l’a dit. Il avait l’air sympa, donc je lui fais confiance…

NB : « N’… ket » est une double négation, comme « ne… pas » en français. Or le français est la seule langue latine à utiliser ce procédé. Est-ce une influence celtique ? Cela viendrait-il du gaulois ?

  • Person signifie « curé » en breton et se prononce comme le français « personne ».

— Qui est cette personne là-bas ?

— C’est le père Le Kozh, le curé de notre paroisse. Ou plutôt le recteur, comme on dit dans le Morbihan.

— Comme son nom l’indique, il a l’air très âgé. La relève est-elle assurée ?

— Non, malheureusement ! C’est pour ça qu’il faut prier pour les vocations…

  • Pet : en breton, il ne s’agit ni de flatulences ni de drogue ! Pet ? est un mot interrogatif qui veut dire « combien ? »

— Combien de pets as-tu fumé avant de taguer un triskell sur la voiture de l’ambassadeur de France ?

— Aucun, pardi ! J’ai arrêté le cannabis depuis le dernier concert de Matmatah. En revanche, le chouchen, c’est une autre histoire…

  • Poatr [‘pot] signifie « gars » ou « garçon » en breton. Eh oui, ça se prononce pareil que « pote » en français. Peut-être même que le mot français est bel et bien d’origine bretonne. Ce serait à vérifier…

— Eh, gars ! Où est le Parlement de Bretagne, s’te plaît ?

— Monsieur, de quel droit m’appelez-vous « gars » et me tutoyez-vous ? Je ne suis pas votre pote, jarnicoton !

  • Ro ne se réfère pas à l’action de roter. En breton, il s’agit de l’impératif « donne » ???
  • Sellet signifie « regarder » en breton. Rien à voir avec « la sellette » en français !

— Regarde-moi ce procès inique ! Argan est sur la sellette juste à cause de ses idées séparatistes ?

— Il a quand même entarté le Président français avec un kouign amann et bombardé Matignon de harengs pourris. J’ai l’impression qu’il est davantage jugé pour ses actes que pour ses idées.

— Il y a quand même pire que ça. Étant donné qu’Argan est la traduction bretonne du prénom « Barthélémy », il aurait pu se sentir appelé à faire un massacre…

  • Stal signifie « magasin » en breton. En français, les stalles sont des pièces de mobilier en bois qui ornent le chœur de certaines églises.

— Tiens, il paraît qu’un nouveau magasin a ouvert. Il s’appelle « Ar stal nevez ». Sais-tu ce qu’ils y vendent ?

— Uniquement des stalles ! C’est un ébéniste qui a monté ça.

— Ça ne doit pas marcher fort ?

— Tu rigoles ? Quand la saison des pardons approche, toutes les églises du coin les appellent pour se faire un coup de neuf !

  • Tomm-tomm : en breton, tomm signifie « chaud » et tomm-tomm veut donc dire « très chaud ». Eh non : rien à voir avec les GPS !

« Gast ! Ce village en centre-Bretagne est complètement paumé ! Ce sera très chaud d’y aller au feeling. Je préfère utiliser mon GPS TomTom. »

  • Yen : eh non, rien à voir avec la monnaie japonaise ! En breton, yen signifie « froid ».

— Si la Bretagne devient indépendante, quelle monnaie adopter ? L’euro ? Le dinar breton ? Une monnaie nationale nommée « l’hermine » ?

— La finance est toujours un débat passionné ! En Bretagne, il fait froid. Cela me rappelle le caractère introverti des Japonais. Pourquoi ne pas adopter le yen ?

Cet article vous a plu ? Pourquoi ne pas vous mettre, vous aussi, au breton ? Pour l’avoir testée, je peux vous assurer que la méthode ASSIMIL est encore très efficace, mais elle est payante. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à consulter ce lien.

Si vous parlez déjà arabe, hébreu ou araméen, il vous sera facile d’apprendre le breton et toutes les langues celtiques. Plus d’explications sur ce lien (en anglais).

Vous êtes breton ou bretonne et vous trouvez que mon article appuie trop sur certains clichés de mauvais goût ? Pour me faire pardonner, je vous propose une chanson qui met en valeur la beauté de cette langue celtique. 😊 Je vous préviens juste qu’il s’agit d’un chant nationaliste, en faveur de l’indépendance de la Bretagne. Les paroles sont traduites en anglais. Peut-être ne serez-vous pas d’accord avec tout, mais rien ne vous empêche de régaler vos oreilles au son d’« Ar chas doñv ‘yelo da ouez » :

Bon vent en mer celtique !

Kenavo !

Jean O’Creisren


[1] En breton, evel just signifie « bien sûr ».

[2] En breton, ac’h ! signifie « beurk ! » ou « pouah ! ».


Vous aussi, vous aimez jouer avec les mots ?

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Connaissez-vous Duolingo ? C’est une méthode qui permet d’apprendre une langue en ligne gratuitement.

À partir du français, vous pouvez vous perfectionner en anglais, en espagnol, en allemand et en italien.

Mais vous pouvez aussi apprendre l’arabe, le gaélique, l’espéranto, le gallois et plein d’autres langues. Cependant, il vous faudra passer par l’anglais.

Depuis quelques années, je perfectionne mon arabe grâce à Duolingo. Je peux donc vous assurer que cette application est une bonne méthode pour s’améliorer sur le plan linguistique. Cela est très efficace pour acquérir du vocabulaire. Or le lexique est ce qu’il y a de plus important pour progresser dans une langue.

Mais pour s’améliorer, il faut apprendre en s’amusant ! Or les phrases proposées par Duolingo sont parfois très drôles…

En travaillant mon arabe, voici quelques phrases bizarres que j’ai trouvées :

Phrase en arabeTranslittération / transcriptionTraduction en français
هل كلبك كريم؟  Hal kalbuka karrîm ?Est-ce que ton chien est généreux ?  
هو زوجك وهو غريب جدّاً۰  Huwa zawjuki wa-huwa rarrîb jiddan.C’est ton mari et il est très bizarre.  
ابنك غريب٠  ‘Ibnuka rarrîb.Ton fils est bizarre.  
بوب عنده تنّورة٠  Bob cindahu tannurra.Bob a une jupe.  
غرفة القطّ جميلة٠  Rurrfatu-l-qiṯṯ jamîla.La chambre du chat est belle.  
هل أنا كرسيّ القطّ؟  Hal ‘anâ kursîyy el-qiṯṯ?Suis-je la chaise du chat ?  
قهوة سيث بيضاء لكن طيّبة Qahwa Seth beïḏâ’ lâkin ṯayyiba.Le café de Seth est blanc mais il est bon.  
لا أُحِبُّ السَّفَر إلى بَيتيLâ ‘uhhibbu-s-safarr ‘ilâ beïtî.Je n’aime pas voyager vers ma maison.
قطّتك ملكة يا سامQiṯṯatak malika yâ Sam.Ta chatte est une reine, Sam.
كراج جميلKarrâj jamîl.Un beau garage
تِلفازي في أسَديTilfâzî fî ‘assadî.Mon téléviseur est dans mon lion.
لَيْسَ عِنْدُها كَلْب أزْرَق لٰكِن عِنْدُها كَلْب أبْيَضLaysa cinduhâ kalb ‘azrraq lâkin cinduhâ kalb ‘abyaḏ.Elle n’a pas de chien bleu mais elle a un chien blanc.
أعْمَل في شَرِكة قِطَّتي وَأنا مَشْغولة دائما‘Acmal fî sharrika qiṯṯatî wa-‘anâ mashrûla dâ’iman.Je travaille dans l’entreprise de mon chat et je suis toujours occupée.
كَري لا تُحِبّ النَّوم بَعْد الظُّهْر، ما مُشْكِلَتُها؟Karrrrî lâ tuhhibbu-n-nawm bacd eż-żuhrr, mâ mushkilatuha?Carrie n’aime pas dormir l’après-midi. Quel est son problème ?
مَن لَيْسَ عِندُهُ قَريب غَريب؟Man laysa cinduhu qarrîb rarrîb?Qui n’a personne de bizarre parmi ses proches ?
أُمّي لا تَشْرَبُ مَاء‘Ummî lâ tashrrabu mâ’.Ma mère ne boit pas d’eau.
يُحِبّ النَّوم لٰكِن يُحِبّ دُروسَهُ أيضْاًYuhhibb en-nawm lâkin yuhhibb durrûsahu ‘ayḏan.Il aime dormir, mais il aime aussi ses leçons.
ٲنْتِ صَديقَتي لِٲنَّكِ تُحِبّينَ ٱلٲكْل يا سارۃ‘Anti sadîqatî li’annaki tuhhibbîna-l-‘akl yâ Sâra.Tu es mon amie car tu aimes manger, Sarah.
 .لا، لا يُريد عَصيراً ساخِناًLâ, lâ yurrîd casîrran sâhrinan.Non, il ne veut pas de jus chaud.
لا تُحِبِّينَ الكَباب لٰكِن اليَوْم تُريدينَ كَباباً، صَحيح؟Lâ tuhhibbîna-l-kabâb lâkin al-yawm turrîdîna kabâban, sahhîhh?Tu n’aimes pas les kébabs, mais aujourd’hui, tu veux un kébab. C’est bien ça ?
خالَتي غَريبة لٰكِن لا نَكْرَهُهاhrâlatî rarrîba lâkin lâ nukrrahuhâ.Ma tante maternelle est bizarre, mais nous ne la haïssons pas.
أفَرِّش أسْنان كَلْبي كُلّ صَباح‘Afarrrrish ‘asnân kalbî kull sabahh.Je brosse les dents de mon chien tous les matins.
لِماذا لا تُفَرِّشون أسْنانَكُم؟Limâza lâ tufarrrrishûn ‘asnânkum?Pourquoi ne se brossent-ils pas les dents?
L’application Duolingo propose de nombreuses phrases bizarres.

Si Duolingo vous permet d’apprendre une langue gratuitement, ce n’est pas la méthode parfaite. En effet, certaines personnes me disent que le rythme n’est pas adapté et qu’elles aimeraient avancer plus vite dans leur apprentissage. J’ai moi-même fait cette expérience en apprenant l’arabe. Pendant les deux premiers mois, je trouvais tout trop facile et je m’ennuyais. Néanmoins, le côté intuitif de Duolingo m’a néanmoins permis de dépasser un point de grammaire qui m’avait toujours bloqué dans l’apprentissage de cette langue sémitique. Ayant commencé à utiliser cette application il y a un peu plus de 3 ans, j’ai testé un certain nombre de langues. Je remarque que j’ai seulement persévéré dans 3 d’entre elles : l’arabe, le portugais et l’allemand. Or, il se trouve que ce sont les seules que j’avais étudiées auparavant avec des méthodes plus solides, notamment au niveau de la grammaire. La persévérance est-elle due au fait que je ne partais pas vraiment de zéro ou au fait que j’étais déjà assez motivé d’avance pour apprendre ces langues qui peuvent me servir dans ma profession de traducteur ?

Duolingo vous permet de vous améliorer en langues, mais quel est le revers de la médaille ? Qui est derrière cette application ? Où vont vos données ?

Dans Eco-Translation, Michael Cronin observe qu’en utilisant Duolingo, vous travaillez gratuitement pour la traduction du Web. Il relaye des propose que Luis Von Ahn, fondateur de l’appli, a tenu en 2011 dans cette conférence :

« Von Ahn veut exploiter ce pouvoir informatique collectif à des fins de traduction en encourageant les utilisateurs à apprendre une deuxième langue avec Duolingo. À mesure qu’ils progresseront, les élèves seront d’abord invités à traduire des phrases simples. Puis on leur demandera finalement de traduire des extraits de contenu web disponibles en ligne. L’exploitation de ce pouvoir collectif transnational à travers la haute technologie est la réponse de Von Ahn à sa question initiale : “Comment pouvons-nous faire en sorte que 100 millions de personnes traduisent gratuitement le Web vers chaque langue majeure ?” (Von Ahn 2011) »

Donc, d’après le fondateur et CEO de Duolingo, lorsque vous atteignez un niveau avancé, Duolingo utilise vos données pour détruire l’emploi des traducteurs professionnels.

⚠ Autre point d’alerte : je me demande si Duolingo n’est pas une entreprise d’origine satanique. 😈 En effet, à l’heure où je mets à jour cet article, cela fait près de 2 ans que j’utilise cette application presque au quotidien. Chaque jour où le streak s’allonge, une célébration discrète est prévue autour du nombre atteint. Par exemple, si j’ai joué sur Duolingo pendant 12 jours d’affilée, le chiffre 12 est illuminé avec une flammèche. Quand on atteint une centaine, comme un streak de 300 jours, une célébration bien plus festive est prévue : l’oiseau de Duolingo devient un phœnix doré et les récompenses pleuvent pour le joueur. Il y a peu, j’ai atteint un streak de 666 jours. Quelle ne fut pas ma surprise de voir que le nombre de l’antéchrist était, lui aussi, célébré en grandes pompes ! 😲 Bien que cette appli soit très efficace pour apprendre une langue, peut-être faut-il quand même s’en méfier…

Vous l’avez compris : Duolingo est une méthode intéressante pour apprendre une langue. Parfois, elle vous propose des phrases bizarres, ce qui vous permet de progresser en vous amusant. Mais en tant que professeur de langues et traducteur, j’ai quelques réserves quant à la pleine efficacité et quelques doutes quant à l’éthique de Duolingo. À vous de choisir si vous utilisez cette méthode, et comment vous l’utilisez…

Je ne suis pas le seul à avoir repéré des phrases bizarres sur Duolingo. En effet, la chaîne YouTube Langfocus a publié une vidéo en anglais à ce sujet :

Cet article sur Duolingo vous a plu ? Vous pouvez le relire en anglais sur ce lien.

Jean O’Creisren


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