Les textos littéraires

« Aujourd’hui, les jeunes ne lisent plus ! Ils sont tout le temps cramponnés à leurs portables et à Internet et ils écrivent n’importe comment… » Autant de discours défaitistes que l’on entend çà et là…

Mais si les nouvelles technologies pouvaient être précisément le laboratoire de nouvelles productions littéraires ?

Imaginons un groupe d’amis étudiants qui aime se réunir régulièrement pour déjeuner au restaurant universitaire (RU). L’un d’entre eux enverrait habituellement un SMS collectif comme :

« Bonsoir à tous ! Qui déjeune au RU demain ? »[1] Ou encore « RDV à 12h15 place André Leroy ».

Jusque là, rien de bien original… Mais ce même étudiant peut aussi explorer des styles littéraires autres que les formulations plates citées ci-dessus. Voici plusieurs exemples, dont certains sont d’authentiques « textos » envoyés jour après jour à la même liste de diffusion.

–          Le style « vite dit » :

Quibouforudemain ? 

–          Le style « formel » :

Madame, Monsieur,

Si vous désirez déjeuner au restaurant universitaire demain, veuillez me retrouver à 12h15 à la place André Leroy.

Dans l’attente de vos nouvelles, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

Jean O’Creisren

–          Le style « faux espoir » :

Salut les amis ! J’espère que vous allez tous bien. Je viens d’avoir une super idée ! Que diriez-vous qu’on se fasse une bouffe entre potes ? Je vous propose donc, pour ceux qui le peuvent, de nous retrouver à 12h15 place André Leroy pour aller au RU.

–          Le style « politique »[3] :

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

En 2012, je vous propose le changement ! J’ai décidé d’être candidat aux élections gastronomiques car j’ai le souci de manger. Pour le déjeuner de demain, je vous propose une alternative radicale à ce qui se pratiquait jusqu’à présent. Ce midi encore, le rendez-vous était fixé à 12h15 pour aller ensemble au RU. Demain, c’est à 12h10 que nous nous unirons pour une marche de la place André Leroy jusqu’au boulevard du Roi René en protestation contre la faim dans nos ventres.

Vive les choux à la crème, avec O’Creisren !

–          Le style « révolutionnaire » :

Travailleuses, Travailleurs,

On vous crève à la tâche ! On vous exploite ! On vous spolie des nuits entières à vous faire préparer vos partiels, vos dossiers, vos séminaires ! On vous condamne à un travail inhumain qui vous aliène à la musique, à l’histoire, aux sciences de l’éducation, aux sciences de l’opium du peuple[4] ! Ça ne peut plus durer !

Je vous appelle, au nom de tous nos camarades de Lutte Étudiante, à faire la Révolution ! Demain, venez nombreux à la marche populaire qui partira à 12h15 de la place Dédé Leréactionnaire pour prendre le RU d’assaut ! Nous allons leur montrer qui nous sommes !

¡¡Viva la Revolución!!

¡¡Hasta la victoria siempre!!

–          Le style « exploitation » :

Salut les amis ! Voici un message un peu différent de d’habitude pour le RU… Si, si, j’ai encore des idées ! Aujourd’hui, la différence ne réside pas dans la forme mais dans le fond. En bref, demain, j’irai vendre des places pour la soirée fluo et paillettes dans le hall du RU, mais j’ai aussi envie de déjeuner avec vous. Seriez-vous prêts à venir m’aider dans ce service, sachant qu’on déjeunera là-bas ensemble avant ou après ? Peut-être y aura-t-il même d’autres volontaires, auquel cas il n’y aura pas forcément besoin de nous. Êtes-vous chauds comme des baraques à frites pour me rendre ce petit service ?

–          Le style « télégraphe » :

RDV. Stop. Place André Leroy. Stop. RU. Stop. 12h15. Stop.

–          Le style « javanais » :

Quidigui mandangan  jodogo rudugu deudeugueumindinguin ?

–          Le style « imitation d’une langue exotique imaginaire » :

Ki dê-jeun ohru dheu-min ?

–          Le style « scout » :

Salut les gus ! Prêts pour le grand jeu de demain ?

Il commencera après la rupture du rasso, à 12h15.
Il s’agira de faire le parcours du combattant depuis la place André Leroy.
Tout d’abord, vous devrez effectuer une petite course à cloche-pied tout le long de la rue Paul Bert, puis vous traverserez le pont de singe qui passe au-dessus du boulevard Foch. Enfin, c’est après avoir rampé dans la gadoue tout le long du boulevard du Roi René que vous arriverez au fortin où la graille est jalousement gardée par une patrouille de Témoins de Jéhovah[5] en furie. Il faudra vous emparer du butin au terme d’une prise de foulards acharnée. La patrouille qui le remportera gagnera le grand jeu et pourra déjeuner.

Fraternel Salut Scout,

Ornithorynque W.

–          Le style « catho illuminé » :

Chers frères et sœurs, réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse, car le Seigneur nous donne chaque jour ce dont nous avons besoin. Alléluia ! Demain, laissons-nous guider vers le RU où, nous qui avons soif de nourriture et de boisson, nous serons rassasiés ! Rassemblons-nous en enfants gastronomes à 12h15 sur la place André-Lepape pour marcher sur les pas de saint Félicien et témoigner de notre faim ! Dieu vous bénisse !

–          Le style « ivrogne »[6] :

Hrhey, qui peut hic ! man… man-man… manger au RU de… hips ! demaiiiiiiin ? Dessaoulé de parler cocomsa, hi ! hi ! hi ! J’hic ! J’ai fait la fêfffffête ce soiiir et hips ! J’ai un p’tit peu bu !

–          Le style « gendarme » :

Bonjour messieurs-dames, Gendarmerie Nationale ! Vous êtes priés de me suivre au RU pour un contrôle gastronomique. Notre fourgon partira à 12h30 de la place André Leroy. Soyez ponctuels ! Toute tentative de fuite sera sanctionnée par une contravention de première catégorie.

–          Le style « râleur vulgaire » [7] :

Putain de bordel de merde ! Demain, je sens que je vais encore crever la dalle… Ça me fait chier mais d’une force de devoir bouffer tous les jours ! Bon, alors, vous venez grailler avec moi au RU demain ? Oui ou merde ? Et me faites pas chier à me demander à quelle heure on se retrouve, vous savez très bien que c’est 12h15 place André Leroy. Allez vous faire foutre !

–          Le style « prout-prout » :

Très chers, qui d’entre vous compte se restaurer au RU demain ? À midi et quart, nous entreprendrons une charmante petite promenade depuis la place André Leroy jusqu’au boulevard du Roi René. Vous me voyez ravi de vous y inviter.

–          Le style « banlieusard » :

Wech gros ! On s’fait une bouffe c’midi ? Ça vous dit on s’retrouv’ cepla Dréan Royle ? 12-15, ça vous branche ? Yo tout l’monde !

–          Le style « médiéval » :

Oyez, oyez, bonnes gens ! Le seigneur de Deilyr de Lin Güist, messire le chevalier Jean Haut de Cresse-Reine, vous convie demain à un festin en l’honneur du déjeuner. Venez bouter la faim hors de vos ventres ! Venez emplir vos panses de moult frites, poulards, poissonnets et autres victuailles savoureuses ! Afin de festoyer dans la salle des bals du château de Rhült, nous devons d’abord prendre cette forteresse gardée par des félons d’hérétiques chaque vendredi. Raillions-nous pour partir guerroyer à midi sur la place de nostre bon Roy André. À l’assaut ! Montjoie ! Saint Denis !

–          Le style « poétique » :

Venez, mes chers amis, vous rassasier au RU !
Venez vous délecter de ses mets ordinaires !
Demain, marchons d’un pas très universitaire ;
Depuis André Leroy, nous parcourrons les rues.

–          Le style « Capitaine Haddock » :

Salut, marins d’eau douce ! Que diriez-vous d’une petite traversée du cap André Leroy à la crique du Roi René demain midi, à la recherche du trésor de Miamiam le Ru ? Tonnerre de Brest ! J’allais oublier de vous préciser à quelle heure on largue les amarres…
– Amarres larguées !  Poil au nez !
– TA GUEULE ! On est dans Tintin, là, pas dans Astérix !!! Essaie un peu de suivre, espèce de moule à gaufres !… Hm, hm… Donc comme je vous disais, on largue les amarres à 12h15. En route pour de nouvelles aventures !

–          Le style « Obélix » :

 J’ai faim, par Toutatis ! Et je me sens un peu faible… Je mangerais bien un ou deux sangliers. Des sangliers ! Chic ! Chic ! Chic ! Allez, viens, Idéfix ! On va en cueillir dans la forêt de Ruix avec tous les Andégaves[2] qui aiment chasser. Nous partirons de l’entrée du village (forum du chef Andrix) à la quatrième heure (bref, à 12h30). Miam ! Miam ! Miam ! 

–          Le style « schtroumpf » :

Salut les schtroumpfs ! Qui veut schtroumpfer au RU demain ? Comme d’habischtroumpf, rendez-vous place André Leschtroumpf à 12h15. Bonne schtroumpf ! 

–          Le style « écolier » :

Salut les copains ! Eh, qui veut manger à la cantine avec moi demaiiiiiiiiiiiin ? On va manger plein de bonbons ! Mais si vous disez non, eh ben j’vais l’dire à ma maman, d’abord ! Na !

–          Le style « maîtresse » :

Bon, les enfants, qui mange à la cantine, demain ?

Le style « juridique » :

Accord de pause déjeuner

Il est convenu entre :

–          Jean O’Creisren, étudiant au capital de pas beaucoup d’€ dont le studio est établi quelque part à Angers (ci-après dénommé « l’Expéditeur du texto »), d’une part,
et


–          Henri-Pacôme Bensoussan, Mohammed de Broglie, Xun Diallo, Ana María Elkalaoui et Syméon Zhang (ci-après dénommés « les Potes de Expéditeur du texto »), d’autre part,


(ci-après dénommés collectivement « les Parties »)


l’accord de pause déjeuner  (ci-après dénommé « l’Accord ») exposé dans les présentes.


1. Les Parties conviennent d’un rendez-vous ce midi à 12h15 à la sortie de l’Université catholique de l’Ouest, sise au 3, place André Leroy, 49008 Angers (ci-après dénommé « le Lieu de rendez-vous »).


2. Lorsque les Parties seront parvenues au Lieu de rendez-vous susmentionné, elles se dirigeront ensemble au restaurant universitaire des Beaux-Arts sis à côté du parc où les étudiants font bronzette après le déjeuner en juin (ci-après dénommé « le RU »). Lors du trajet, il est autorisé de chanter, de raconter des blagues, de débattre et de discuter de tout et de rien. Toutefois, les Parties ne peuvent ni insulter les passants, ni voler les sacs à main des personnes âgées, ni lancer des pierres sur les voitures circulant de la rue Paul Bert au boulevard du Roi René.


3. Lorsque les Parties seront arrivées au RU, l’Expéditeur du texto est expressément autorisé à danser la danse de la pomme de terre sous le regard amusé des Potes de l’Expéditeur du texto et le regard étonné des passants. Le cas échéant, l’Expéditeur du texto s’engage à assumer la honte qui découlera d’un tel fait, notamment si la scène est filmée est divulguée en ligne. Toutefois, il est expressément interdit de passer devant les étudiants qui font la queue à l’entrée du RU.


4. Lorsque les Parties se serviront au RU, il leur est fortement recommandé de choisir une alimentation saine et équilibrée.


5. Lors du repas, il est expressément interdit de roter ainsi que de manger avec les doigts ou sans fermer la bouche.


6.
L’Accord est régi par le droit coutumier ainsi que par le Code des bonnes manières à table en Anjou. En cas de non respect du présent Accord par l’une ou l’autre des Parties, cette dernière sera rappelée à l’ordre oralement par ses potes.
 

On peut également imaginer des messages en langues étrangères. Parfois, celles-ci ne sont pas parlées par le destinataire. Certains indices peuvent donc lui permettre de comprendre les informations principales du message. Ainsi, tout le monde a compris ce SMS en arabe :

« Salâm calikum yâ ‘asdiqa’î! Keyfa-l-hâluk al-leyla? ‘Ana djayyîd, wa-l-hamdu-lillah! Wa-l-câ’ila? Man sayakulu fî-r-restaurant universitaire min al-ghad? Sawfa ‘ana fî place André Leroy bi 12h10. Leyla sacida! »

L’on peut aussi proposer un mensaje de texto en espagnol :

¡Hola tod@s!

¿Qué os parece almorzar en el comedor universitario mañana? Podemos salir de la plaza Andrés Rey a las doce y cuarto. Un poco temprano, ¿verdad? Pero así son horarios entre los gabachos…

Buenas noches

Un fuerte abrazo

Juan

… ou encore un small message service (SMS) en anglais :

Hi everybody! Would you like to eat some frogs at the university refectory tomorrow? We can meet at quarter past twelve at King Andrew Square. C u 2morro!

… et pourquoi pas un mandatum en latin ? Bien entendu, afin de rester dans l’ambiance culinaire du RU, écrivez de préférence votre texto dans un latin de cuisine :

Ave amici ! Qui edere in restauranto universitairo crastino die ? In praedicto loco  platea Regis Andraeae à 12h15. Cras !

Crédits images : https://fr.freepik.com/photos-gratuite/groupe-amis-heureux-partage-smiley-emoji-telephone-mobile_2602369.htm


[1] La plupart de ces messages sont d’authentiques SMS qu’il m’est arrivé d’envoyer dans différents élans d’inspiration à mes amis pour marcher de la Place André Leroy (qui se trouve devant les locaux de l’Université Catholique de l’Ouest, à Angers) au RU dit des Beaux-Arts, sur le boulevard du Roi René.
[2] Tribu gauloise qui peuplait l’Anjou à l’époque de la conquête de Jules César.
[3] Envoyé quelques jours avant le premier tour des élections présidentielles de 2012.
[4] « Sciences de l’opium du peuple » signifie « théologie » en terminologie marxiste.
[5] Des témoins de Jéhovah avaient effectivement l’habitude de faire du prosélytisme à la sortie du RU le vendredi midi.
[6] SMS envoyé suite à une soirée de folie avec ce même groupe d’amis, de laquelle une personne n’est pas rentrée dans son état normal après avoir abusé de… Cola-Cola.
[7] Bizarrement, ce texto n’a pas été très apprécié par les destinataires, malgré un long post scriptum précisant qu’il fallait bien évidemment le prendre au 72e degré.


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Une soirée étudiante qui foira…

La langue française offre une certaine richesse, notamment dans ses différents registres. Mais que se passe-t-il si on mélange tout ? Par exemple, si on conjugue des verbes familiers et vulgaires au passé simple ou à l’imparfait du subjonctif ? Voyons donc comment une soirée étudiante qui tourne mal pourrait être narrée de la sorte.


Albane, jeune lycéenne innocente et sans expérience aucune, se faisait chier entre père et mère. Elle chopa donc le téléphone fixe de ses parents pour appeler son amie Claire, une étudiante qui lui avait proposé de venir teuffer le soir même. Elles organisèrent l’évasion de la candide demoiselle qui se barra dès que ses parents se mirent à pioncer.

En arrivant dans l’appartement de sa complice, la fugitive mata avec étonnement les bouteilles et canettes qui jonchaient le sol. Elle n’était point venue en imaginant que ses hôtes picolassent. Cependant, ils tripèrent joyeusement des singeries de Vincent qui, se prenant pour un chasseur de la savane, fit comme s’il butât un éléphant à l’arc. Mais Albane se marra moins lorsqu’il la dragua de manière extrêmement reloue. Outre se bourrer la gueule, ils bouffèrent des chips et des pop-corn que notre lycéenne kiffa grave sa race. Et ceci jusqu’à ce qu’Arnaud, en état d’ébriété avancé, gerbât sur sa robe. La jeune demoiselle à l’habit ainsi salopé l’engueula violemment. Les autres convives, que le partage du joint eut énormément shooté, se fouturent[1] alors de sa gueule.

Prise d’une incontrôlable colère, elle les baffa tous d’une force inouïe. Claire, dont la lucidité était encore intègre, la vira de l’immeuble. Seule, triste, vulnérable au milieu de cette rue déserte, Albane sentit sa gorge se nouer et chiala à chaudes larmes. Elle reprit ainsi le chemin du logis familial, sous la pluie, couverte de honte. Si seulement ce malappris d’Arnaud n’avait point dégueulassé sa robe ! Que ne voulut-elle pas appeler son frère afin qu’il raboulât sa caisse pour la chercher ! Si seulement on ne lui eut point chouravé son téléphone mobile une semaine auparavant ! Qu’elle se sentit couillonnée, ce soir-là ! Cette histoire l’emmerdait, et ses pieds, chaussés de talons aiguilles, douillèrent de marcher une demi-heure sous la pluie. Albane était désormais une lycéenne forte d’une nouvelle expérience : elle savait à présent ce que peut être une soirée étudiante qui tourne mal…


[1] Cette forme est une entrave volontaire à la langue française. En effet, le verbe « foutre » ne se conjugue ni au passé simple ni à l’imparfait du subjonctif. Nous avons donc inventé cette forme sur le modèle du verbe « croître » : ils crûrent.

Crédit image : https://fr.freepik.com/photos-gratuite/gens-dans-concert_946199.htm


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Litanie des vins et des fromages français

Dans la liturgie catholique, la litanie des saints est une prière chantée à des occasions solennelles, comme un baptême ou une ordination. L’assemblée invoque l’Église du Ciel en demandant à différents saints de s’unir à elle dans la prière.

La gastronomie française est riche, en particulier concernant les vins et les fromages. Certains de ces mets ont pour appellation d’origine contrôlée (AOC) des noms commençant par le mot « Saint ». Pourquoi ne pas imaginer cette litanie en leur honneur ?

Docteur, prends pitié.
Docteur, prends pitié.
Ô foie, prends pitié.
Ô foie, prends pitié.
Docteur, prends pitié. 
Docteur, prends pitié.

Saint Vincent, patron des vignerons, priez pour nous.
Ô patron des fromagers, saint Uguzon, priez pour nous.
Tous les saints qui étaient des gloutons et et des pochtrons, priez pour nous.

Saint-Estèphe et Saint-Emilion, régalez-nous.
Sainte-Foy-Bordeaux et Sainte-Croix-du-Mont, régalez-nous.
Saint-Julien, enivrez-nous.

Saint-Georges-Saint-Émilion, régalez-nous.
Saint-Amour, régalez-nous.
Tous les vins rouges et vins du Bordelais, enivrez-nous.

Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Saint-Just et Saint-Pourçain, régalez-nous.
Saint-Véran et Saint-Romain, régalez-nous.
Tous les vins du Val de Loire et de Bourgogne, enivrez-nous.

Saint-Bris, Saint-Pierre Doré et Saint-Péray, régalez-nous.
Saint-Chinian et Saint-Joseph, régalez-nous.
Tous les vins blancs, vins floraux et vins fruités, enivrez-nous.

Sainte-Maure-de-Touraine et Saint-Rémois, puez pour nous.
Pauligny-Saint-Pierre et Saint-Florentin, puez pour nous.
Tous les fromages de chèvre et au lait cru, engraissez-nous.

Saint-Laurent et Saint-Félicien, puez pour nous.
Saint-Marcellin, puez pour nous.
Tous les fromages à pâte molle et à croûte fleurie, engraissez-nous.

Saint-Paulin et Saint-Nectaire, puez pour nous.
Saint-Rémy et Saint-Gelais, puez pour nous.
Tous les fromages à pâte pressée non cuite, franc-comtois ou poitevins, engraissez-nous.

Saint-Siméon et Saint-Foin, puez pour nous.
Saint-Just et Saint-Staib, puez pour nous.
Tous les fromages franciliens et rhônalpins, engraissez-nous.

Saint-Agur et Saint-Julien, puez pour nous.
Saint-Albray et Saint-Môret, puez pour nous.
Saint-Algue, tous les fromages auvergnats, nordistes et aquitains, engraissez-nous.

Curé nantais et Caprice des dieux, puez pour nous.
Chaussée aux moines, puez pour nous.
Tous les fromages religieux ne commençant pas par le mot « saint », engraissez-nous.

Saint-André et Saint-Nicolas, puez pour nous.
Saint-Pierre et Saint-Gildas-des-Bois, puez pour nous.
Tous les fromages de France et de Navarre, engraissez-nous.

De la famine et de la soif, délivre-nous, docteur.
De la gloutonnerie et de l’abus des bonnes choses, délivre-nous, docteur.
De l’obésité et de l’alcoolisme, délivre-nous, docteur.
Du cholestérol et de la cirrhose, délivre-nous, docteur.

Nous qui sommes buveurs de glace, écoute-nous.
Nous qui sommes mangeurs de graisse, écoute-nous.

Ô psy, écoute-nous, 
Ô psy, écoute-nous. 
Régime, exauce-nous,
Régime, exauce-nous.

Voilà pour cette litanie d’ivrognerie et de gloutonnerie ! Si vous n’avez jamais lu ou entendu la litanie des saints pour de vrai, je vous invite à voir à quoi ça ressemble sur ce lien.

Crédits image : https://fr.freepik.com/vecteurs-libre/jeu-icones-doodle-noir-vin_2870645.htm



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Comment disait-on, dans la Grèce antique… ?

Tous les hellénistes ont appris les déclinaisons du grec ancien avec des noms tels que ἡ ἡμέρα, τῆς ἡμέρας[1], ou encore ὁ λόγος, τοῦ λόγου[2]. Mais certains mots, souvent d’un autre niveau de langage, ne sont pas mentionnés en classe.

Intéressons-nous à ces lexèmes qui, d’après le Professeur Quentin-Baugos Krouakilêleubos Sakastou, faisaient la vie quotidienne des habitants de la Grèce antique…


1re déclinaison (noms féminin en –α, génitif en –ας) :
ἡ βόννα, τῆς βόννας [ê bonna, tês bonnas] : la charmante demoiselle[3]
ἡ πέτα, τῆς πέτας [ê péta, tês pétas] : la femme vulgaire
ἡ πούφια, τῆς πούφιας [ê pouphia, tês pouphias] : la femme aux mœurs légères
ἡ κόννα, τῆς κόννας [ê konna, tês konnas] : l’idiote
ἡ γρώνια, τῆς γρώνιας [ê gronia, tês gronias] : la gonzesse
ἡ κάια, τῆς κάιας [ê kaïa, tês kaïas] : le sol pierreux
ἡ δεγεύλα, τῆς δεγεύλας [ê dégueula, tês dégueulas] : la déchetterie
ἡ γαύδα, τῆς γαύδας [ê gauda, tês gaudas] : la chaussure


1re déclinaison (noms féminin en –ή, génitif en –ῆς) :
ἡ βουιαϐή, τῆς βουιαϐῆς [ê bouiabè, tês bouiabès] : la soupe de poisson
ἡ κηρμή, τῆς κηρμῆς [ê kermè, tês kermès] : la foire du dimanche après-midi
ἡ ὡτή, τῆς ὡτῆς [ê ôtè, tês ôtès] : l’employée de compagnie aérienne


2e déclinaison (noms masculins en –ος, génitif en –ου) :
ὁ κάσος, τοῦ κάσου [o kassos, tou kassou] : le marginal
ὁ βώλος, τοῦ βώλου [o bolos, tou bolou] : le soumis
ὁ βώγος, τοῦ βώγου [o bogos, tou bogou] : le joli garçon
ὁ βος, τοῦ βου [o bos, tou bou] : le patron
ὁ νιάκος, τοῦ νιάκου [o Niakos, tou Niakou] : le Japonais[4]
ὁ βλώκος, τοῦ βλώκου [o blokos, tou blokou] : la forteresse de la côte atlantique
ὁ κρένιος, τοῦ κρένιου [o krénios, tou kréniou] : le quartier sensible
ὁ δούδος, τοῦ δούδου [o doudos, tou doudou] : l’objet transitionnel
ὁ κλάκος, τοῦ κλάκου [o klakos, tou klakou] : le camembert
ὁ σπεκύλος, τοῦ σπεκύλου [o spékulos, tou spékulou] : le biscuit belge


2e déclinaison (noms neutres en –ον[5], génitif en –ου) :
τό πωκέμον, τοῦ πωκέμου [to pokémon, tou pokémou] : la créature de manga
τό τωϐλέρον, τοῦ τωϐλέρου [to tobléron, tou toblérou] : la tablette de chocolat
τό σιλίκον, τοῦ σιλίκου [to silikon, tou silikou] : la chirurgie esthétique
ό ἁνέμον, τοῦ ἁνέμου [to anémon, tou anémou] : l’asexué
τό πέρον, τοῦ πέρου [to péron, tou pérou] : l’identité nationale argentine
τό πέπον, τοῦ πέπου [to pépon, tou pépou] : le communisme
τό ἤρμιον, τοῦ ἤρμιου [to hermion, tou hermiou] : le premier prix de sorcellerie
τό κάνιον, τοῦ κάνιου [to kanion, tou kaniou] : le précipice dans le Far West


3e déclinaison (noms masculins en –αξ, génitif en –ακος) :
ὁ φαξ, τοῦ φακος [o phax, tou phakos] : l’ancêtre du courrier électronique
ὁ Ἀλίφαξ, τοῦ Ἀλίφακος [o Haliphax, tou Haliphakos] : la capitale de la Nouvelle-Écosse


[1] « ê èméra, tês èmèras » : « le jour » (qui a donné en français le mot « éphémère »)
[2] « o logos, tou logou » : « le discours » (mot d’où provient le suffixe –logie dans les noms de disciplines comme « biologie », « géologie », « astrologie », « théologie » et autres « psychologie » ; cette racine est aussi à l’origine du suffixe –logue dans « philologue », « sociologue » et « scientologue », entre autres).
[3] Nous laissons au Professeur Krouakilêleubos Sakastou l’entière responsabilité de la terminologie machiste des mots suivants et invitons la gente féminine à le prendre avec le sourire.
[4] Nous laissons au Professeur Krouakilêleubos Sakastou l’entière responsabilité de ce mot à consonance raciste et invitons nos amis japonais à le prendre avec le sourire.[5] En grec, l’on ne prononce pas les nasales : prononcer cette désinence comme l’ensemble de lettres -on- de « bonne » et non celui de « bon ».

Crédits image : https://fr.freepik.com/vecteurs-libre/illustration-grece-antique_3098924.htm


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Nous avons souvent tendance à utiliser des jurons grossiers, sans forcément penser à ce qu’ils signifient…

Cherchons des synonymes courants et soutenus de quatre interjections vulgaires fréquemment utilisées en français :

Merde (substantif féminin) : excrément, fiente, crotte, caca, selles, déjection, étron, immondice, etc.

Putain (substantif féminin) : prostituée, courtisane, péripatéticienne, fille de joie, fille publique (vieilli), catin, belle-de-jour, belle-de-nuit, etc.

Bordel (substantif masculin) : maison close, maison de tolérance, boxon, etc.

Fait chier (périphrase verbale avec omission du pronom personnel sujet) : laxatif

Certains mots d’une vulgarité semblable sont aussi utilisés très fréquemment. Il nous paraît tout aussi opportun d’en proposer des alternatives :

Chiant (participe présent à valeur adjectivale) : déféquant

Chieur, chieuse (substantif) : déféqueur, déféqueuse[1]

Emmerder (verbe du premier groupe) : (en)crotter

Foutre (verbe du troisième groupe) : mettre (poser, déposer, entreposer, fourrer) ou faire (fabriquer, mener à bien, réaliser, etc.)

Un certain nombre de gros mots ont un signifié très peu correct. Nous avons donc préféré mettre là un frein au flot de notre imagination…

Afin d’illustrer notre propos, imaginons un dialogue entre deux étudiants, Jules et François. Ces derniers échangeraient dans une conversation-type de la vie en colocation:

—    Laxatif ! François a encore laissé son fille publique de shampooing dans la douche… François !
—    Péripatéticienne ! Pourquoi tu cries comme ça, Jules ?
—    Pourquoi ? Ah, belle-de-jour, ça, c’est la meilleure ! Combien de fois faudra-t-il que je te répète que, si tu laisses ton shampoing de fiente dans la douche, les autres n’ont plus de place pour mettre leurs affaires ?
—    Excrément ! J’ai encore oublié…
—    Ben ça…
—    Mais c’est pas ma faute, étron !
—    Courtisane de maison close de crotte ! En plus, tu vas essayer de me faire croire que t’y peux rien ? T’es malani[2], peut-être ? C’est vraiment déféquant que, chaque matin, quand j’arrive, le chef dans l’arrière-train[3], pour me doucher, le gigolo de shampooing de monsieur François m’en empêche… Ça m’encrotte vraiment de te dire ça, mais la prochaine fois, je le dépose dans la poubelle !
—    Fille de joie ! Fais pas ton déféqueur !
—    Mais c’est toi le déféqueur, boxon !

[1] « Déféqueur » et « déféqueuse » sont des néologismes ; [2] « Teubé » ; [3] À vous de trouver quelle expression se cache dans cette réplique…


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