Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Quel regard portons-nous sur les personnes handicapées ? Voyons-nous d’abord la personne ou le handicap ? Aujourd’hui, je vous parlerai particulièrement du handicap mental. Qu’elles soient porteuses d’une maladie génétique ou d’une autre difficulté, les personnes en situation de handicap mental peuvent parfois nous étonner, voire nous déranger. Pourtant, elles peuvent aussi beaucoup nous apporter. Je vais vous parler de l’expérience que j’ai vécue avec certaines d’entre elles via une association quand j’étais étudiant.

Suite à une proposition de l’aumônerie, j’ai pris contact avec l’équipe Foi et Lumière de la paroisse. En effet, le thème de l’année 2014-2015 était la fragilité. Dans ce cadre, il leur était proposé d’entrer en relation avec des personnes handicapées. 

Personnellement, j’avais envie de vivre cette expérience dans un but complètement utilitaire. En effet, il se trouve que j’écris des nouvelles et des contes. Je voulais y faire intervenir des personnages porteurs de handicap. Mais lorsqu’on écrit sur un tel sujet, il faut que ce soit basé sur du concret, sur du vécu. 

C’était donc ma motivation initiale pour y aller, mais j’avais tout de même un peu peur. La proposition nous avait été faite en septembre 2014. Mais ce n’est qu’en janvier 2015 que je me suis décidé à contacter la communauté Foi et Lumière. La première personne handicapée que j’ai croisée dans ce cadre est Patricia. Je n’étais pas très à l’aise au début, et la première chose qu’elle m’a dit a été : « T’as fini ? » Bonjour l’accueil ! Mais je me suis vite rendu compte que Patricia dit ça tout le temps et à tout le monde.

Cette première journée avec Foi et Lumière m’a fait beaucoup de bien. C’était un moment où je n’avais pas trop le moral. Deux communautés étaient réunies et nous étions très nombreux. Ce qui m’a d’abord frappé à la messe, c’est que, parmi les personnes porteuses de handicap, certaines sont très belles. J’ai aussi été marqué par une atmosphère remplie d’allégresse. Les personnes handicapées sont très joyeuses et ont un bel humour. Bref, j’étais venu avec le moral dans les chaussettes, et je suis reparti tout gonflé. En effet, on arrive avec nos fragilités, qui sont cachées, mais qui font mal. Et ces personnes qui ont la simplicité de ne pas cacher les leurs nous aident à relativiser. Comment peux-tu être malheureux quand tu vois rire des personnes qui auraient bien plus de raisons que toi de pleurnicher ?

Et à chaque rencontre Foi et Lumière, ça me faisait un bien fou ! Je me souviens également d’une fois où mon moral était au plus bas. Bon, rassurez-vous, ça ne m’arrive pas tous les jours non plus ! 😉 Bref, ce jour-là, je suis allé à la messe du Jeudi saint. J’y suis allé tout seul avec mes problèmes. J’étais en retard, ou juste à l’heure, je ne me souviens plus. En tout cas, l’église était pleine à craquer. J’ai tout de même pu trouver une place au fond. Sur la même rangée, un peu plus loin, il y avait Patricia avec sa maman. Quand Patricia m’a vu, elle m’a fait un grand sourire, et ça m’a remis du baume au cœur. Ça m’a vraiment remonté le moral et ça m’a aidé à oublier mes problèmes pendant un certain temps. 

Pour conclure sur cette expérience, il ne faut pas hésiter à vivre cette rencontre avec les personnes handicapées. Certaines d’entre elles peuvent nous paraître un peu déstabilisantes au début. Mais elles ont toutes un grand cœur et elles font énormément de bien autour d’elles. En tout cas, moi, elles m’ont transformé !

*
*       *

Comme je l’ai mentionné au début de ce témoignage, j’ai décidé de vivre cette expérience pour pouvoir écrire un conte. J’ai maintenant terminé la rédaction de ce récit et je suis à la recherche d’un éditeur pour le faire publier avec d’autres textes. Vous trouverez ci-dessous le passage où interviennent des personnes en situation de handicap mental. 


Pour situer cet extrait dans son contexte, le conte s’intitule « Mémoires d’un chapelet ». Eh oui, encore un truc de cathos (lol) ! Dans ce récit, j’ai imaginé un chapelet qui raconte sa vie. Si cela peut paraître rasoir au premier abord, cette vie est passionnante, puisqu’elle commence en 1980 à Lourdes, à la fin de la guerre froide, et s’étend jusqu’à aujourd’hui. Pendant ce temps, le chapelet ne cesse de changer de propriétaire et fait le tour du monde. Il vit donc différents événements historiques qui ont marqué les pays visités ainsi que les joies et les peines des personnes qui l’utilisent pour prier.


Dans le passage que je vous propose ci-dessous, le chapelet revient d’Espagne, où un séminariste nigérian l’a donné à Marta, une jeune Mexicaine trisomique. En effet, ces deux personnages étaient réunis autour du pape Benoît XVI à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Madrid (2011). Un rassemblement d’un million de pèlerins venus de toute la planète…

Bonne lecture !

« Marta était venue au monde dans une famille en détresse. Son père Emiliano était alcoolique, violent et infidèle envers son épouse, absent pour ses enfants. Lorsque Lupita fut enceinte pour la troisième fois, elle confia cette grossesse à la Vierge de Guadalupe, sa sainte patronne, patronne du Mexique et de toute l’Amérique latine. Et l’enfant naquit avec cette fragilité qu’on appelle la trisomie 21. Cette nouvelle fut d’abord difficile à accepter, mais l’arrivée de cet enfant souda finalement toute la famille. Emiliano prit la résolution d’arrêter de boire, et, se laissant attendrir par cette enfant faible et touchante, il mûrit et se mit à assumer avec exemplarité son rôle d’époux et de père.

            Marta grandit dans l’État mexicain du Sinaloa, sur la côte pacifique, dans un cadre familial sécurisant. Bien que son handicap générât des difficultés et même une certaine souffrance pour elle, pour ses parents et pour ses frères et sœurs, l’amour qui régnait entre les uns et les autres les aidait à tout supporter, à faire confiance en tout, à tout espérer, à tout endurer. Cet amour portait de très beaux fruits qui n’auraient pas été là sans la présence de la jeune fille.

            Marta, lorsqu’elle revint d’Espagne en me portant autour du cou, fut heureuse de me montrer à sa famille. En effet, elle accompagnait de temps en temps Lupita, qui récitait le chapelet une fois par semaine avec d’autres femmes dans l’église paroissiale. La première fois qu’elle m’y emmena, sa mère lui dit : “tu sais, avec ton chapelet, tu n’es jamais seule. Quand tu le tiens dans ta main, c’est comme si tu tenais la main de la Vierge Marie.” 

            Marta connaissait par cœur toutes les prières, même si elle n’en comprenait pas tous les mots, sur lesquels elle fourchait. “Dios te salve María, llena eres de gracia…” À la fin de chaque dizaine, après avoir récité “Gloria al Padre, al Hijo y al Espíritu Santo como era en el principio ahora y siempre, y por los siglos de los siglos. Amén”, l’on s’adressait à la Vierge pour lui demander sa protection : “María, madre de gracia, de piedad y de misericordia, defiéndenos de nuestros enemigos y ampáranos, ahora y en la hora de nuestra muerte. Amén.” Devant la statue habillée et multicolore de sainte Marie, chacune des priantes portait des intentions particulières, depuis les petits problèmes du quotidien jusqu’à des événements plus graves, comme les violences occasionnées par la guerre entre l’État et les cartels. Marta priait simplement. Si elle formulait maladroitement ses prières à voix haute, ces paroles venaient du fond du cœur. Et le Bon Dieu, qui a choisi ce qu’il y a de faible dans le monde pour couvrir de confusion ce qui est fort, devait certainement accorder une grande importance à ces demandes toutes simples. 

            Marta fréquentait également la communauté locale Foi et Lumière, qui rassemblait des personnes handicapées et leurs familles, ainsi que des bénévoles extérieurs, appelés « amis ». Cela commençait par la messe dominicale à l’église paroissiale. Ce jour-là, pendant l’office, on entendait Verónica qui chantonnait des airs improvisés mais mélodieux, générant un agréable bruit de fond en continu. Comme elle, Amérigo ne savait presque pas parler. En revanche, il passait des heures à observer sa mappemonde et avait donc une immense culture géographique, dans un pays où la plupart des gens en savent peu sur le sujet. Il pointait alors ses interlocuteurs du doigt en disant le nom d’un pays. Ainsi, pendant la messe, on entendait de temps à autres : “Islande !” “Émirats Arabes Unis !” “Guatemala !” “Jordanie !” “Mongolie !” “Pays-Bas !” “Afghanistan !” “Népal !” “Oman !” “Chypre !” “Turquie !”. Après le Notre Père, les personnes du groupe Foi et Lumière se donnèrent la paix du Christ. Plus pacifique que les autres, Mahatma fit le tour de l’église pour serrer la main à toute l’assemblée, ce qui dura jusqu’à la fin de la messe. Puis vint le moment du déjeuner. Manolo marchait frénétiquement dans la salle paroissiale en poussant des cris aigus, et renversait parfois les couverts et les plats sur son passage. Parfois, il voulait entraîner avec lui un bénévole en le prenant affectueusement par le bras. Dans un élan de générosité, le jeune homme lança dans les mains de l’un des amis une cuillère et des serviettes en papier chiffonnées, avant de repartir faire une énième fois le même parcours. Pendant ce temps, Isabel tapotait sur un tambourin tout en chantant en boucle l’hymne de la dernière coupe du monde de football. Elle improvisait ainsi les paroles du refrain : “¡Samira-mira hé-hé! ¡Wó cào – wó cào heyéyé! Sam Ituarte vomitará… ¡Porque esto es África!” Les psalmodies de Verónica accompagnaient cette chanson au rythme de laquelle se trémoussait Mahatma, dans une prestation très originale qui empruntait à la fois au tai chi quan, au yoga, à la tecktonik et à la danse contemporaine. Derrière, on entendait la voix affirmée d’Amérigo qui scandait la chorégraphie : “Bahreïn ! … Belgique ! … Bolivie ! … Koweït ! … Malte ! … Qatar ! … Vatican !”

            Marta et les autres personnes handicapées étaient certes blessées et souffrantes, mais porteuses d’une joie si simple qu’elle transformait les personnes valides qui les accompagnaient, les ramenant à leurs propres fragilités, et les aidant à relativiser leurs petits problèmes. Ces cris, ces paroles au contenu étonnant étaient pleines de force et d’amour. Ces corps tordus étaient parfois d’une beauté rayonnante. Ces personnes faibles étaient libres, détachées de tout bien pour vivre l’amour. Car le Dieu d’amour est fort dans la fragilité humaine extrême. Et de cet amour jaillissait la communion, cette communion pour laquelle tous les êtres humains sont faits.

            Marta intervint durant le temps de prière : “Seigneur, je Te prie pour les personnes qui sont plus handicapées que moi, qui ne peuvent plus du tout bouger. Rends-leur le sourire malgré tout !” Pauvre en esprit, la jeune fille avait un cœur puissant et une foi d’une simplicité à déplacer les montagnes. Elle serrait ma croix dans sa main et s’adressait à voix basse à Jésus, à tout moment de la journée, pour lui confier ci et ça. Elle était également rayonnante de joie et s’émerveillait de tout, même des choses les plus insignifiantes. Elle amenait ainsi les personnes tristes à porter un regard renouvelé sur le monde (…). Oui, sa joie était contagieuse et elle faisait beaucoup de bien autour d’elle.

            Marta vit une seconde fois Benoît XVI, qui se rendit au Mexique en mars 2012. Le 21 décembre suivant, il ne se passa rien de particulier, n’en déplaise aux Mayas et à quelques illuminés. Puis, l’été d’après, nous nous embarquâmes pour le Brésil [où allaient se tenir les JMJ de Rio de Janeiro]. »

Si vous souhaitez rencontrer et aider des personnes en situation de handicap, vous pouvez vous rapprocher de plusieurs associations, comme la Communauté de l’Arche, Simon de Cirène, À bras ouverts ou encore la Fondation Jérôme Lejeune.

Jean O’Creisren

Crédits images : https://www.freepik.com/free-photo/handicapped-business-executive-using-digital-tablet_1005932.htm


Vous aussi, vous aimez réfléchir sur des thèmes profonds ?

Vous aimerez :

Mon corps sous le regard de Dieu

Unis par le Camino : Jean O’Creisren publie son premier roman

Espérer l’inespéré

Je cherche la représentation du Christ

Quand on parle du loup…

Brève réflexion sur l’intelligence artificielle…

L’ingérence et la corruption dans l’histoire politique de l’isthme de Panama (1501-1941)

Faut-il légaliser l’euthanasie et le suicide assisté ?

L’Union européenne est-elle démocratique ?

On récolte ce que l’on sème…

Quel est le sens de Noël ?

La COMECE envoie un message de soutien au peuple ukrainien et appelle à prier pour la paix

Envie d’acheter des vêtements durables ?

Nahouaille-Aquart

Don des langues : le point de vue d’un linguiste sur la Pentecôte

Qu’est-ce que la liberté ?

Bx Noël Pinot : quel exemple pour nous aujourd’hui ?

Voyage en Aragon et en Catalogne

Pensées de Laurent Jouet

Visite de la maison-musée de Lope de Vega

Des arguments pour évangéliser

Quelle Europe voulons-nous ?

Dans un peu plus d’un mois, les citoyens de l’Union européenne seront appelés à voter. Nous élirons nos représentants à Strasbourg. Ce scrutin sera à la proportionnelle, donc inutile de faire des calculs pour éviter le pire au second tour ! Nous pouvons voter selon nos convictions les plus profondes…

Mais pourquoi nous déplacer le 9 juin ?

Pourquoi l’Europe ?

Avant tout, posons-nous cette question. C’est vrai, ça ! Pourquoi l’Europe ? Comment en sommes-nous venus à acheter nos bonbecs en euros ? Comment en sommes-nous arrivés à râler après les grands propriétaires terriens qui touchent toutes ces aides de Bruxelles sans jamais monter sur le tracteur ?

L’Union européenne est le fruit d’un long processus de maturation, qui n’est pas terminé. La construction de cette organisation régionale a commencé avec la création de la CECA en 1951. Mais l’Europe, c’est avant tout un continent chargé d’histoire où différents peuples ont vécu, se sont affrontés, se sont mélangés, ont fait fleurir différentes cultures et ont cheminé ensemble.

Un peu d’histoire…

Après l’effondrement de l’Empire romain, les Arabo-musulmans envahissent le sud de la Méditerranée. Un siècle plus tard, Charlemagne ressuscite le rêve impérial. Il unit les Latins et les Germains sous ce qui sera la première tentative de construction européenne. On parle souvent du couple franco-allemand. Or l’Empire carolingien est à la fois l’ancêtre du royaume de France et du Saint-Empire romain germanique. Par ailleurs, ses frontières correspondaient approximativement à celles des six pays fondateurs de l’UE.

Au Moyen Âge, l’Europe est unie par une même culture judéo-chrétienne. Église latine à l’ouest, Églises orthodoxes à l’est, communautés juives ici et là… En Occident, le latin est la langue véhiculaire. Bien qu’on parle une mosaïque de dialectes sur cette moitié du continent, les étudiants de partout peuvent étudier dans les premières universités qui font leur apparition : Bologne, Oxford, Palencia, Salamanque, La Sorbonne… Mais les Européens se rencontrent, se mélangent et coconstruisent cette unité chrétienne de nombreuses autres façons.  Les ordres religieux tapissent le continent de monastères, gardiens de la culture, de la transmission et de la sagesse. Les pèlerins voyagent et échangent, notamment sur le chemin de Compostelle. Enfin, les croisades sont une occasion de rassembler les chrétiens contre ceux qu’ils nomment les « infidèles ». La culture médiévale unit donc les peuples européens dans leur diversité.

Quelques siècles plus tard, la Renaissance enrichit le continent d’un nouveau souffle. L’imprimerie permet à la culture écrite de se diffuser. On redécouvre les auteurs de l’Antiquité gréco-latine. Cela occasionne de grands progrès dans toutes les sciences dures et humaines. Bon, peut-être pas encore en informatique ou en nanotechnologie, mais ça viendra plus tard… 😊 Avec les avancées en navigation, les Européens partent à la conquête du monde, pour le meilleur et pour le pire. Sur le plan politique, la féodalité laisse place progressivement à l’État de droit. Au niveau économique, le religieux perd du terrain pour laisser place à l’argent et au marché. C’est le début du capitalisme et de l’individualisme qui en découle. Malgré les affrontements violents entre catholiques et protestants, l’Europe reste chrétienne et l’existence de Dieu n’est pas encore remise en cause. Les différents souverains vont constituer une alliance contre un ennemi commun : les Turcs qui veulent envahir l’Europe et la convertir à l’islam.

Au XVIIIe siècle, la philosophie des Lumières est un nouveau courant de pensée qui traverse le continent. À cette époque, les jeunes nobles pérégrinent à travers toute l’Europe. Ce « Grand Tour » est un voyage initiatique qui vient parfaire leur éducation. La langue véhiculaire est alors le français. Les intellectuels de tous pays correspondent entre eux. Les uns et les autres pensent les bases de nos systèmes démocratiques actuels. Séparation des pouvoirs, abolition de l’esclavage, respect des libertés individuelles, tolérance… On remet en cause le pouvoir politique et religieux. On pense universel. On pense Europe.

Au XIXe siècle, l’idée d’Europe perd du terrain. On regarde vers le passé avec nostalgie. Les nationalismes se réveillent ici et là et de nouveaux États apparaissent. Ce qui unit le continent est la révolution industrielle. Certains pays puissants partent coloniser les autres coins du monde. Ce jeu de tensions et de rivalités finit par éclater en 1914.

Suite au premier conflit mondial apparaît l’idée d’Union européenne. Certains veulent construire les États-Unis d’Europe. D’autres pensent à mettre en commun les intérêts économiques, en vue de construire, éventuellement, une unité politique par ce biais.

En 1951, l’Europe est ravagée par la Seconde Guerre mondiale, encore plus meurtrière que la précédente. C’est pour construire une paix durable et une certaine prospérité économique qu’est créée la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Si l’on met en commun les matériaux qui servent à l’armement, on ne se fera plus la guerre.

En 1957, on va plus loin avec le traité de Rome. La Communauté économique européenne (CEE) établit, entre autres, la Politique agricole commune (PAC). L’idée est de permettre la sécurité alimentaire des pays de l’Union. Si cette mesure est parfois critiquée, nous pouvons nous réjouir qu’il n’y ait plus de famine en Europe de nos jours… La CEE, c’est aussi la redistribution de moyens vers les régions les plus pauvres et une prise de conscience des questions environnementales.

En 1993, la CEE devient l’Union européenne, avec le traité de Maastricht. Cela signifie, entre autres, la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux. Plus besoin de poireauter des heures à la douane pour aller en vacances dans le pays d’à côté ! Puis en 2002, une partie des États membres adopte une monnaie unique : l’euro. En 2004, dix pays intègrent l’Union. Une grande partie d’entre eux a subi le joug communiste pendant plusieurs décennies. Accueillir ces peuples qui ont souffert, ces économies moins développées, est un véritable défi…

Et aujourd’hui ?

Ce long processus nous montre que l’Europe s’est construite progressivement. Les peuples du continent ont une histoire commune : la chrétienté, l’humanisme, les Lumières et la révolution industrielle. Mais aussi des guerres et de multiples brûlures de l’histoire. Nous avons donc de bonnes raisons de nous entendre et d’avancer main dans la main.

Aujourd’hui, de nouveaux défis se présentent. Par exemple, comment l’Union européenne doit-elle se positionner face au conflit ukrainien ? Quelles politiques adopter aux niveaux migratoire et environnemental ? Comment protéger les citoyens européens face à l’inflation ?

Autre débat qui n’est pas sous le feu des projecteurs : doit-on obliger les pays qui ne disposent pas du « droit à l’avortement » à l’appliquer dans leur loi ? Doit-on, au contraire, considérer que les prérogatives sur les questions bioéthiques doivent rester nationales, dans un souci de souveraineté et de protection de la vie humaine de sa conception à son terme naturel ?

Dans quelques temps, nous seront appelés à voter. Chacun a le droit de donner sa voix à qui il ou elle veut. Mais notre vote sera déterminant pour notre avenir. « Tu n’imagines pas la puissance que tu es ! L’histoire c’est toi, l’histoire c’est toi qui la fais ! » Dans sa chanson « Les extrêmes », le groupe Tryo nous invite ainsi à prendre « le chemin vers les urnes ».

Mais alors, pour qui voter ? Pour quoi voter ?

Aujourd’hui, de nombreux défis se présentent à l’Europe. Aux États-Unis, les libertés individuelles règnent, mais souvent au détriment de la justice sociale et de l’environnement. En Chine, c’est une croissance économique qui se veut égalitaire, mais au mépris des droits de l’Homme et de la Planète. La France toute seule ne peut pas s’imposer face à ces deux géants. Mais l’Europe, si ! En Europe, nous avons à la fois l’économie de marché, un modèle social relativement égalitaire et des normes environnementales strictes. Nous pouvons proposer au monde ce modèle démocratique équilibré !

Pour les élections européennes 2024, Jean-Marc Jancovici a animé un débat avec les principales têtes de liste sur les questions d’écologie :

Élections européennes : quels enjeux écologiques ?

Parmi les défis de l’Europe lors des élections européennes de 2019, les experts en la matière voulaient créer plus d’intégration au niveau fiscal, social et militaire. Mais pour quelles raisons ?

Une politique fiscale harmonisée permettrait de mieux nous protéger face à la concurrence parfois agressive des États-Unis et de la Chine. Par exemple, en 2016, l’acier chinois a inondé le marché unique européen avec ses prix cassés. Il était vendu à perte car ce régime communiste a préféré produire trop que licencier des ouvriers. Les États-Unis ont mis des barrières douanières, mais l’UE n’était pas armée pour se protéger de la même façon. Résultat : des dizaines de milliers de chômeurs dans les États membres.

S’entendre au niveau fiscal permettrait aussi de mettre en place des politiques fructueuses en matière sociale et environnementale. Par exemple, un certain nombre de partis proposent de taxer les produits d’importation venant de pays qui ne respectent pas l’humain et/ou l’environnement. Hier, les gilets jaunes réclamaient une taxe sur le kérozène. Cette idée est reprise par certaines listes de gauche à l’approche des élections européennes 2024. C’est difficile à appliquer à l’échelle d’un pays. En revanche, au niveau européen, c’est beaucoup plus faisable

Sur le plan social, c’est peut-être plus compliqué. Le coût de la vie n’est pas du tout le même suivant les États membres. Il est donc difficile d’appliquer un salaire minimum unique. Néanmoins, plus d’harmonisation sociale permettrait d’harmoniser les économies de la zone euro. Aujourd’hui, ces dernières sont si diverses que les 20 pays sont vulnérables en cas de crise économique dans l’un d’entre eux. Mais une zone euro plus homogène permettrait de résorber plus facilement ce genre de menace. Notons qu’une meilleure intégration fiscale peut aussi jouer dans ce sens.

Enfin, pourquoi construire une Europe militaire ? Avec une armée communautaire, l’UE aurait plus de poids sur le plan géopolitique. Et rappelons-le : davantage de poids pour l’Europe, c’est davantage de poids pour la France !

Bien sûr, chacun peut voter pour qui il ou elle le souhaite. De nombreuses valeurs peuvent nous animer, qui sont toutes louables : la prospérité économique et le plein emploi, une juste redistribution des richesses, un environnement sain, une meilleure inclusion des personnes en situation de handicap, la protection de la vie de sa conception à son terme naturel, la lutte contre toute forme de discrimination, etc. Mais comme Européen et comme chrétien, je vous invite à faire confiance à des gens qui croient en l’Europe, car le monde en a besoin !

Jean O’Creisren



Bibliographie :

Chancellerie des Universités de Paris, « Histoire de la Sorbonne », Paris, La Chancellerie des Universités de Paris,  https://www.sorbonne.fr/la-sorbonne/histoire-de-la-sorbonne/ [consulté le 15.04.2019]

Commission européenne, 2019, « L’histoire de l’Union européenne », Bruxelles, Commission européenne,  https://europa.eu/european-union/about-eu/history_fr [consulté le 16.04.2019]

MADELINE Béatrice, 2019, « Une concurrence rigide et décalée face aux inquiétudes », in Pour l’Éco, 8, pp. 16-19.

MALET Tina, 2018, « XVIIIe siècle : L’Europe des Lumières », Paris, Herodote,  https://www.herodote.net/XViiie_si_cle-synthese-2157.php [consulté le 16.04.2019]

MUNCH Bertrand (dir.), 2018, « L’idée d’Europe dans l’histoire », Paris, Direction de l’information légale et administrative,  https://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/union-europeenne/approfondissements/idee-europe-histoire.html [consulté le 16.04.2019]

PERNOT François, « Histoire de l’Europe » (cours de master dispensé à l’Université de Cergy-Pontoise en 2014-2015)

PRÉAULT Christophe & LESUR Alexandra (dir.), 2018, « Qu’est-ce que la CECA ? », Paris, Toute l’Europe,  https://www.touteleurope.eu/actualite/qu-est-ce-que-la-ceca.html [consulté le 15.04.2019]

Semaines Sociales de France, « Quelle Europe voulons-nous ? ». Session 2017 à Paris. Plus d’informations sur ce lien.

Crédits image : https://www.freepik.com/free-photo/hands-waving-flags-europeanunion_2979539.htm


Vous aussi, vous pensez que l’Union européenne a besoin de réformes ?

Vous aimerez « The Lobby Man » de Ska-P (paroles en français)


Vous aussi, vous aimez refaire le monde ?

Vous aimerez :

Lettre ouverte à François Bayrou

L’Union européenne est-elle démocratique ?

Unis par le Camino : Jean O’Creisren publie son premier roman

Pour une écologie à visage humain

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Brève réflexion sur l’intelligence artificielle…

Pourquoi enseigner l’histoire ?

Limitation à 80 : bonne ou mauvaise idée ?

1609 : quand l’Espagne a expulsé tous les musulmans qui vivaient sur son territoire

Que dit la Bible sur les questions migratoires ?

Écoconduite radicale

Ecología: ¿A qué se parecería un «Nuevo Trato Verde» para una economía mundial pospandémica?

Faut-il privatiser les aéroports de Paris ?

Des arguments pour évangéliser

L’ingérence et la corruption dans l’histoire politique de l’isthme de Panama (1501-1941)

« Patriotadas » de Ska-P (paroles en français)

Révolte des Comunidades : quand la Castille s’insurgeait contre ses élites autoproclamées

Je cherche la représentation du Christ

Faut-il légaliser l’euthanasie et le suicide assisté ?

Nahouaille-Aquart

Écologie :  à quoi ressemblerait réellement une Nouvelle donne verte visant à inventer une économie mondiale post-pandémie ?

« Consumo gusto » de Ska-P (paroles en français)

La COMECE envoie un message de soutien au peuple ukrainien et appelle à prier pour la paix

Envie d’acheter des vêtements durables ?

Voyage en Aragon et en Catalogne

Pourquoi enseigner l’histoire ?

Conception actuelle de l’histoire en éducation

Formation mentale dans cette branche de l’enseignement

En préparant le CAPES d’espagnol, j’ai lu un ouvrage sur l’histoire de la Bolivie. Ce passage m’a interpellé, et je me suis donc amusé à le traduire. En effet, l’histoire paraît passionnante à certains et rébarbative à d’autres. Alors, pourquoi l’enseigner à tout le monde ? Ce texte datant des années 1970 apporte quelques éléments de réponse. Si vous avez quelque chose à ajouter à ce sujet, vos commentaires sont les bienvenus…


            L’Histoire est une science sociale et politique qui explique le processus du passé de l’homme, d’un point de vue non seulement chronologique, mais aussi et surtout critique. Elle est une science car elle est adaptée à des lois et à des normes qui régissent son Déroulement.

            Elle fait partie des sciences politico-sociales, par ses liens directs avec le droit, la politique, l’économie et la sociologie.

            Pour nous, les professeurs, qui devons maîtriser la pédagogie, cette matière gagne actuellement une importance d’une grande vitalité, du fait de l’orbite de l’esprit que connaît aujourd’hui notre monde, si agité par des événements majeurs.

            Par sa nature, l’Histoire semble nous appeler à la réflexion, au droit chemin, pour ne pas nous écarter des voies de la Civilisation et de la Paix.

            C’est pour cette raison qu’il faut la considérer comme l’une des matières clés de l’enseignement, parmi les plus précieuses dans le domaine social, pour la formation des nouvelles générations.

            Avant tout, nous devons comprendre à quel point elle est importante, et lui attribuer la place qui lui revient. Mais il est nécessaire de différencier l’enseignement de l’Histoire à un niveau de base et à un niveau moyen. Il n’y a pas d’égalité de points de vue entre les deux cycles. Le mécanisme de sa transmission est une chose en niveau basique et une autre en niveau moyen.

            Avant tout, que proposons-nous en niveau basique ?

            Former l’homme de demain, avec une notion complète et intégrale du monde.

            De ce point de vue, l’enseignement de l’Histoire au niveau basique s’opère aux côtés des autres matières.

D’après Félix Eguino Zaballa, Historia de Bolivia, 1973
Passage traduit de l’espagnol par Jean O’Creisren


Crédits image : https://www.freepik.com/free-photo/close-up-globe-clock-historic-map_2544076.htm


Vous aussi, vous aimez refaire le monde et réfléchir sur des sujets profonds ?

Vous aimerez :

Pour une écologie à visage humain

Révolte des Comunidades : quand la Castille s’insurgeait contre ses élites autoproclamées

L’intérêt géostratégique du détroit de Magellan aux XVIe et XVIIe siècles

Voyage en Aragon et en Catalogne

Mariologie de comptoir

Visite de la maison-musée de Lope de Vega

La COMECE envoie un message de soutien au peuple ukrainien et appelle à prier pour la paix

Lettre ouverte à François Bayrou

Unis par le Camino : Jean O’Creisren publie son premier roman

L’Union européenne est-elle démocratique ?

Quelle Europe voulons-nous ?

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Écoconduite radicale

Limitation à 80 : bonne ou mauvaise idée ?

Nahouaille-Aquart

Écologie :  à quoi ressemblerait réellement une Nouvelle donne verte visant à inventer une économie mondiale post-pandémie ?

Qu’est-ce que la liberté ?

Faut-il privatiser les aéroports de Paris ?

Voyage en Castille

Mon corps sous le regard de Dieu

Que dit la Bible sur les questions migratoires ?

L’ingérence et la corruption dans l’histoire politique de l’isthme de Panama (1501-1941)

Brève réflexion sur l’intelligence artificielle…

Des arguments pour évangéliser

Envie d’acheter des vêtements durables ?

Mon corps sous le regard de Dieu

Le 3 mai 2016, Jeanne Larghero est intervenue à l’Appart’ sur le sujet de l’affectivité et de la sexualité. Loin d’être taboue dans l’Église, cette question a été traitée avec bienveillance et l’intervenante nous a montré combien le regard de Dieu sur notre corps est beau.

Que dit l’Église sur la question de la sexualité ? Le mardi 3 mai 2016, Jeanne Larghero a donné une conférence aux étudiants qui fréquentent l’aumônerie de Cergy-Pontoise. La thématique était : « Mon corps sous le regard de Dieu ». Philosophe, écrivain et formatrice en éducation affective et sexuelle, l’intervenante a publié un ouvrage intitulé Quand la philosophie se mêle de sexe (Desclée De Brouwer, 2014). Dans un monde où la question affective est omniprésente, cet éclairage sur le point de vue de l’Église a beaucoup interpellé l’auditoire.

En effet, la sexualité est un sujet duquel on parle énormément, mais sur lequel il est difficile d’avoir un discours juste et adéquat. Jeanne Larghero nous rappelle que Dieu, notre Créateur, s’intéresse à notre corps. Il n’est pas indifférent au fait qu’on ait un corps d’homme ou de femme. Il nous regarde et nous dit : « Quel homme bien ! » « Quelle fille super ! » Et plus encore : Dieu a des sentiments pour nous !

En outre, notre corps sexué est appelé à la vie éternelle. Au jour de la résurrection, nous verrons Dieu dans notre propre chair, après l’avoir recherché pendant toute notre existence terrestre.

Quand on lit le livre de la Genèse, le Seigneur crée l’homme « mâle et femelle », si l’on traduit littéralement. C’est le premier récit de l’histoire où est affirmé que l’homme et la femme ont la même origine et la même dignité. Avant d’évoquer Adam et Ève, ce récit traite de la création des animaux et de leur reproduction, mais sans aborder directement la question de la sexualité. En effet, ce n’est pas aux bêtes que Dieu dit : « Soyez féconds et multipliez-vous » (Gn 1, 22). En revanche, ce n’est qu’au moment de créer une réalité à son image que le Seigneur donne existence au couple humain doté de sexualité et de fécondité. « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27). En d’autres termes, la sexualité humaine n’a rien à voir avec la sexualité animale, car elle reflète la gloire de Dieu. Par ailleurs, je ne peux pas séparer la façon dont je vis ma sexualité du regard que je pose sur l’homme ou sur la femme que je suis. En effet, il n’y a rien de plus concret que ma masculinité ou ma féminité. Si je suis un homme, plus le regard que je pose sur les femmes est beau, plus mon regard sur ma propre masculinité sera beau.

Voulu par Dieu, notre corps sert à la relation ; il est entièrement fait pour entrer en relation avec l’autre. Il n’est pas différent de moi. En effet, on n’« a » pas un corps, mais on « est » un corps. Quand quelqu’un me dit « je t’aime », il ou elle aime mon corps. La relation sexuelle est la forme accomplie de la relation amoureuse ; c’est pourquoi l’Église demande qu’elle ne soit pas vécue à la légère, mais qu’elle implique un réel engagement d’amour.

Si le corps de l’homme produit sans cesse des spermatozoïdes, celui de la femme n’est fertile qu’une dizaine de jours par cycle. Cela signifie que la sexualité humaine n’est pas le lieu de l’instinct et de la reproduction, contrairement à ce qui se passe chez les animaux. Elle est quelque chose de profond, de sacré.

Lorsque l’acte sexuel engendre un être humain, on crée du « pour toujours », on donne la vie à un être appelé à l’éternité.

Après la conférence, certains étudiants ont posé des questions sur ce qui est permis et interdit par l’Église en matière de morale sexuelle. L’intervenante a répondu que moraliser n’a pas de sens en soi, mais que l’amour et la sexualité doivent se vivre dans la vérité, en voulant réellement le bien de l’autre et en se donnant pleinement. C’est la définition même du mariage.

La soirée s’est terminée par des débats entre les étudiants, sur cette belle question qui préoccupe tout un chacun.

Jean O’Creisren

Crédits image : https://fr.freepik.com/vecteurs-libre/adam-eve-au-jardin-eden-ander-pommier-au-fruit-defendu-connaissances-vecteur-dessin-anime-illust_4029181.htm


Cet article vous a plu ?

Vous pourrez le relire en espagnol sur ce lien.


Vous aussi, vous aimez réfléchir sur des thèmes profonds ?

Vous aimerez :

Unis par le Camino : Jean O’Creisren publie son premier roman

Nahouaille-Aquart

Pour une écologie à visage humain

Que peuvent nous apporter les personnes en situation de handicap ?

Envie d’acheter des vêtements durables ?

Espérer l’inespéré

Je cherche la représentation du Christ

Quel est le sens de Noël ?

Don des langues : le point de vue d’un linguiste sur la Pentecôte

Des arguments pour évangéliser

Bx Noël Pinot : quel exemple pour nous aujourd’hui ?

Qu’est-ce que la liberté ?

Faut-il légaliser l’euthanasie et le suicide assisté ?

On récolte ce que l’on sème…

L’ingérence et la corruption dans l’histoire politique de l’isthme de Panama (1501-1941)

L’intérêt géostratégique du détroit de Magellan aux XVIe et XVIIe siècles

Brève réflexion sur l’intelligence artificielle…

Voyage en Aragon et en Catalogne

Mariologie de comptoir