Comment disait-on, dans la Grèce antique… ?

Tous les hellénistes ont appris les déclinaisons du grec ancien avec des noms tels que ἡ ἡμέρα, τῆς ἡμέρας[1], ou encore ὁ λόγος, τοῦ λόγου[2]. Mais certains mots, souvent d’un autre niveau de langage, ne sont pas mentionnés en classe.

Intéressons-nous à ces lexèmes qui, d’après le professeur Quentin-Baugos Krouakilêleubos Sakastou, faisaient la vie quotidienne des habitants de la Grèce antique…


1re déclinaison (noms féminin en –α, génitif en –ας) :
ἡ βόννα, τῆς βόννας [ê bonna, tês bonnas] : la charmante demoiselle[3]
ἡ πέτα, τῆς πέτας [ê péta, tês pétas] : la femme vulgaire
ἡ πούφια, τῆς πούφιας [ê pouphia, tês pouphias] : la femme aux mœurs légères
ἡ κόννα, τῆς κόννας [ê konna, tês konnas] : l’idiote
ἡ γρώνια, τῆς γρώνιας [ê gronia, tês gronias] : la gonzesse
ἡ κάια, τῆς κάιας [ê kaïa, tês kaïas] : le sol pierreux
ἡ δεγεύλα, τῆς δεγεύλας [ê dégueula, tês dégueulas] : la déchetterie
ἡ γαύδα, τῆς γαύδας [ê gauda, tês gaudas] : la chaussure


1re déclinaison (noms féminin en –ή, génitif en –ῆς) :
ἡ βουιαϐή, τῆς βουιαϐῆς [ê bouiabè, tês bouiabès] : la soupe de poisson
ἡ κηρμή, τῆς κηρμῆς [ê kermè, tês kermès] : la foire du dimanche après-midi
ἡ ὡτή, τῆς ὡτῆς [ê ôtè, tês ôtès] : l’employée au sein d’une compagnie aérienne


2e déclinaison (noms masculins en –ος, génitif en –ου) :
ὁ κάσος, τοῦ κάσου [o kassos, tou kassou] : le marginal
ὁ βώλος, τοῦ βώλου [o bolos, tou bolou] : le soumis
ὁ βώγος, τοῦ βώγου [o bogos, tou bogou] : le joli garçon
ὁ βος, τοῦ βου [o bos, tou bou] : le patron
ὁ νιάκος, τοῦ νιάκου [o Niakos, tou Niakou] : le Japonais[4]
ὁ βλώκος, τοῦ βλώκου [o blokos, tou blokou] : la forteresse de la côte atlantique
ὁ κρένιος, τοῦ κρένιου [o krénios, tou kréniou] : le quartier sensible
ὁ δούδος, τοῦ δούδου [o doudos, tou doudou] : l’objet transitionnel
ὁ κλάκος, τοῦ κλάκου [o klakos, tou klakou] : le camembert
ὁ σπεκύλος, τοῦ σπεκύλου [o spékulos, tou spékulou] : le biscuit belge


2e déclinaison (noms neutres en –ον[5], génitif en –ου) :
τό πωκέμον, τοῦ πωκέμου [to pokémon, tou pokémou] : la créature de manga
τό τωϐλέρον, τοῦ τωϐλέρου [to tobléron, tou toblérou] : la tablette de chocolat
τό σιλίκον, τοῦ σιλίκου [to silikon, tou silikou] : la chirurgie esthétique
ό ἁνέμον, τοῦ ἁνέμου [to anémon, tou anémou] : l’asexué
τό πέρον, τοῦ πέρου [to péron, tou pérou] : l’identité nationale argentine
τό πέπον, τοῦ πέπου [to pépon, tou pépou] : le communisme
τό ἤρμιον, τοῦ ἤρμιου [to hermion, tou hermiou] : le premier prix de sorcellerie
τό κάνιον, τοῦ κάνιου [to kanion, tou kaniou] : le précipice dans le Far West


3e déclinaison (noms masculins en –αξ, génitif en –ακος) :
ὁ φαξ, τοῦ φακος [o phax, tou phakos] : l’ancêtre du courrier électronique
ὁ Ἀλίφαξ, τοῦ Ἀλίφακος [o Haliphax, tou Haliphakos] : la capitale de la Nouvelle-Écosse

Jean O’Creisren


[1] « ê èméra, tês èmèras » : « le jour » (qui a donné en français le mot « éphémère »)
[2] « o logos, tou logou » : « le discours » (mot d’où provient le suffixe –logie dans les noms de disciplines comme « biologie », « géologie », « astrologie », « théologie » et autres « psychologie » ; cette racine est aussi à l’origine du suffixe –logue dans « philologue », « sociologue » et « scientologue », entre autres).
[3] Nous laissons au Professeur Krouakilêleubos Sakastou l’entière responsabilité de la terminologie machiste des mots suivants et invitons la gente féminine à le prendre avec le sourire.
[4] Nous laissons au professeur Krouakilêleubos Sakastou l’entière responsabilité de ce mot à consonance raciste et invitons nos amis japonais à le prendre avec le sourire.
[5] En grec, l’on ne prononce pas les nasales : prononcer cette désinence comme l’ensemble de lettres -on- de « bonne » et non celui de « bon ».


Crédits image : https://fr.freepik.com/vecteurs-libre/illustration-grece-antique_3098924.htm


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Les jurons distingués

Nous avons souvent tendance à utiliser des jurons grossiers, sans forcément penser à ce qu’ils signifient…

Cherchons des synonymes courants et soutenus de quatre interjections vulgaires fréquemment utilisées en français :

Merde (substantif féminin) : excrément, fiente, crotte, caca, selles, déjection, étron, immondice, etc.

Putain (substantif féminin) : prostituée, courtisane, péripatéticienne, fille de joie, fille publique (vieilli), catin, belle-de-jour, belle-de-nuit, etc.

Bordel (substantif masculin) : maison close, maison de tolérance, boxon, etc.

Fait chier (périphrase verbale avec omission du pronom personnel sujet) : laxatif

Certains mots d’une vulgarité semblable sont aussi utilisés très fréquemment. Il nous paraît tout aussi opportun d’en proposer des alternatives :

Chiant (participe présent à valeur adjectivale) : déféquant

Chieur, chieuse (substantif) : déféqueur, déféqueuse[1]

Emmerder (verbe du premier groupe) : (en)crotter

Foutre (verbe du troisième groupe) : mettre (poser, déposer, entreposer, fourrer) ou faire (fabriquer, mener à bien, réaliser, etc.)

Un certain nombre de gros mots ont un signifié très peu correct. Nous avons donc préféré mettre là un frein au flot de notre imagination…

Afin d’illustrer notre propos, imaginons un dialogue entre deux étudiants, Jules et François. Ces derniers échangeraient dans une conversation-type de la vie en colocation :

—    Laxatif ! François a encore laissé son fille publique de shampooing dans la douche… François !
—    Péripatéticienne ! Pourquoi tu cries comme ça, Jules ?
—    Pourquoi ? Ah, belle-de-jour, ça, c’est la meilleure ! Combien de fois faudra-t-il que je te répète que, si tu laisses ton shampoing de fiente dans la douche, les autres n’ont plus de place pour mettre leurs affaires ?
—    Excrément ! J’ai encore oublié…
—    Ben ça…
—    Mais c’est pas ma faute, étron !
—    Courtisane de maison close de crotte ! En plus, tu vas essayer de me faire croire que t’y peux rien ? T’es malani[2], peut-être ? C’est vraiment déféquant que, chaque matin, quand j’arrive, le chef dans l’arrière-train[3], pour me doucher, le gigolo de shampooing de monsieur François m’en empêche… Ça m’encrotte vraiment de te dire ça, mais la prochaine fois, je le dépose dans la poubelle !
—    Fille de joie ! Fais pas ton déféqueur !
—    Mais c’est toi le déféqueur, boxon !

Jean O’Creisren

[1] « Déféqueur » et « déféqueuse » sont des néologismes ; [2] « Teubé » ; [3] À vous de trouver quelle expression se cache dans cette réplique…


Vous voulez en savoir plus sur la genèse de cet article ?

Je vous invite à lire « Faut-il enseigner les gros mots aux étrangers ?« 


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